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Au Mali, le PMU roule-t-il pour le parti au pouvoir ?

C’est au parti RPM d’offrir les pagnes à ses militantes à l’orée des festivités du 8 mars 2017. Mais quand Pari mutuel urbain (PMU-Mali) - Société d'économie mixte malienne au sein duquel l’Etat malien détient 75% du capital, le fait à sa place - il y a rien de plus illégal.

Dimanche 26 février à 10h 10. Trois minibus frappés aux couleurs (vert-jaune-rouge) de la société PMU Mali s’immobilisent devant l’imposant siège du RPM sis à l’hippodrome. Une petite poignée de femmes accourent vers lesdits véhicules afin de s’en rassurer de la provision : il s’agit de plusieurs ballons de pagnes gracieusement offerts aux femmes du parti RPM à l’occasion des festivités du 8 Mars 2017.

« Ces pagnes sont une donation du RPM à ses militantes » nous confie un baron du parti au pouvoir. A la question de savoir pourquoi ce sont les véhicules du PMU qui livrent le colis, l’élite des « tisserands » botte en touche.

Interrogée, une femme influente au sein de la formation politique du président, enfonce le clou : « c’est un don de PMU Mali ». Version qui laisserait croire que, cette entité serait devenue la caisse de résonnance du RPM. Une entreprise étatique donc au service d’un clan ?

« C’est archi faux ! J'ai personnellement contribué à hauteur de 300.000F CFA à titre de participation », rétorque, sans preuves, le désormais ministre de l’Economie numérique, Harouna Modibo Touré, PDG de la société au moment des faits.

« Financer un parti politique avec de l’argent provenant d’une structure publique relève de l’illégalité du point de vue du droit », laisse entendre Moussa Coulibaly, avocat au Barreau malien qui souligne que les ressources générées par PMU Mali doivent être mises à la disposition de l'État pour le financement des actions de développement ou d'intérêt public.

D’après nos enquêtes, Harouna Modibo Touré n’en est pas à son premier geste de générosité. Nommé ministre de l’Economie numérique à la faveur du remaniement ministériel du 11 avril 2017, le désormais ex PDG de PMU, nous confie une source proche de lui, se serait aussi engagé auprès d’artistes maliens ayant des bonnes relations avec la famille présidentielle.

« Je suis surpris de la teneur de vos questions et souhaiterais surtout savoir comment avez vous reçu mon email? Ce sont de fausses informations car je juge ma gestion transparente et claire.
J'apprécie votre démarche d'aller à la vérité mais vous mets en garde contre toute publication d'information erronée sur le PMU car je jouerai pleinement mon rôle de gendarme du secteur de la presse
 », menace l’actuel ministre de l’Economie numérique et de la Communication.

Multiplication anarchique des centres de jeux

Depuis deux ans, PMU a choisi de se rapprocher de plus en plus de ses parieurs à travers la multiplication de ses centres de jeux.

Si certaines opinions en veulent à PMU Mali de contribuer à la paupérisation d’une population en proie au chômage (Le Mali compte 21,5% de chômeurs selon les chiffres du gouvernement malien), Harouna Modibo vante les mérites d’une politique qui a permis de redresser une société au bord du gouffre. « Comment rester sans créer de l'emploi et faire profiter aux parieurs la diversité des jeux? Combien de jeunes chômeurs ont retrouvé la joie avec ces centres de jeux ? Allez-y plutôt demander à ceux qui jouent dans ces salles… », glisse l’ancien PDG de PMU Mali pour justifier la démultiplication des centres de jeux à travers le Mali.

Longtemps restée sur la course de chevaux, la société a ajouté d’autres cordes à son arc à travers l’instauration de nouveaux jeux. « Il s’agit d’apporter de nouvelles ressources au PMU et renflouer les caisses du trésor », s’explique Harouna Modibo Touré.

Miroitant le gain facile, la société s’est vite muée en marchand d’illustrations prenant le cœur d’une frange de parieurs répondant à tous les âges.

Les couches inactives y passent tout leur temps. Cogitant sur des victoires qui n’arrivent jamais, ces parieurs devenus des partisans du moindre effort, voient tout facile.

Le phénomène est perçu par le sociologue Aly Ousmane Diarra comme un facteur aggravant de la « fainéantisation » d’une jeunesse désœuvrée et attirée par l’appât du gain facile.

« On ne peut s’en passer »

Sur les 100 points de jeux prévus pour environ deux millions de parieurs (dont principalement des jeunes), plus d’une cinquantaine sont opérationnels.

A l’ombre des murs géants du Camp militaire de Kati (ville située à 15 km de Bamako), les hommes en uniformes en font leur tasse de thé, tergiversant sur les différents genres de combinaisons : Teliman, Bebe, Tibali et autres. Assied au milieu d’un « grin » de parieurs, Ismaël Diawara reconnait que la transparence n’est pas absolue : « Les dés sont souvent pipés avant même le jeu », assure-t-il.

Badjènè Camara est dans le cercle des femmes qui passent le clair de leur temps devant le siège de PMU Mali sis au grand marché de Bamako. Elle ne cache pas son amertume : « Plus tu connais les pièges du jeu, moins tu gagnes », ce qui relève d’un paradoxe.

Ouverts tous les jours de 9h à 20h le centre de jeux de Baco djicoroni ACI (un quartier situé à la périphérie de Bamako) lance des courses chaque 5 minutes. Pour faire jouer la centaine de parieurs qui le côtoie, il met à disposition des tickets numérotés. 

Selon  Richard Sissoko, fidèle parieur de ce lieu, toutes les options sont mises sur la table : 7 chevaux et 8 chevaux… « Il est bien rare de gagner mais on ne peut s’en passer », déplore-t-il. Toutefois, l’étudiant recalé de l’ENA pointe du doigt le système de fraude imposé au parieur faute d’une mauvaise volonté d’aller vers la modernisation et l’informatisation du système. « Les tickets sont cédés moyennant la somme correspondant au nombre de chevaux joués. Mais au moment de remplir le ticket destiné au parieur, le revendeur indélicat insère un papier entre le carbone et la souche destinée au PMU Mali afin que l’écriture n’apparaisse pas sur la souche destinée au service de contrôle. Au lieu des numéros joués par le parieur, l’agent du PMU écrit autres choses à l’aide d’un bic noir. Une manœuvre qui lui permet de toucher des dividendes au détriment du parieur », regrette-t-il.  

Des antécédents fâcheux

PMU Mali traine encore des casseroles au Pôle économique du Mali. La crise de 2014 lui a valu l’arrestation pour mauvaise gestion de plusieurs de ses responsables.

C’est le rapport 2011-2012, soit l’avant dernier du Bureau du Vérificateur Général, qui en épingle la gérance. Le document fait état d’irrégularités financières s’élevant à 30 709 840 670 francs CFA, dont 3 392 531 682 francs CFA au titre de la fraude et l’accord sans justification ni autorisation de la somme de 771, 72 millions de FCFA à titre de dons.

Le même rapport précise, que « le PMU Mali a réalisé des opérations frauduleuses d’un montant de 1,10 milliard de francs CFA sous forme de sorties d’argent non justifiées ou sur la base de fausses pièces justificatives ». Pour dissimuler cette fraude, poursuit le rapport, des écritures comptables ont été passées, répartissant le montant entre le compte «pertes et profits» et «autres comptes», donnant ainsi l’apparence de pertes d’argent subies par la société.

Au sujet du versement illégal (mentionné dans le rapport) de 100 Millions F CFA à un agent de la sécurité d’Etat, l’ancien PDG Touré répond : « Je n’en sais rien ! ».

Enquête réalisée par

D. Dembélé

 

Après sa réadmission au sein de l’Association Mondiale des Loteries (WLA), une organisation basée en Suisse dont le fonctionnement laisse planer un mystère cornélien, PMU Mali a ajouté d’autres cordes à son arc. Outre le jeu classique, la société adopte plusieurs autres jeux. Optant pour une stratégie de proximité, elle a construit une centaine de points courses en directs et centres de jeux à Bamako et dans la périphérie.

PMU draine plusieurs centaines de parieurs vers ses centres de jeux, créant des effets collatéraux indéniables. Une situation de précarité sans précédent est perceptible au sein de certains ménages disposant de parieur (s).

Membre de la WLA depuis belle lurette, la société où l’Etat malien détient 75% du capital, avait en effet été suspendue par cette organisation le 4 novembre 2010 pour non payement de ses cotisations de 2009.

Avec pour mission l’organisation des paris sur les courses de chevaux et de jeux de hasards, PMU Mali brasse 92 Milliards de F CFA de chiffre d’affaire. Plutôt que de se dédier entièrement à sa vocation d’apporter à l’économie nationale une contribution sous forme d’impôts, taxes et autres redevances, la vache laitière s’illustre 23 ans après sa création à faire plaisir aux régimes. Elle est citée dans plusieurs rapports d’enquête dont celui du Bureau du Vérificateur général (BVG) qui l’épingle pour des irrégularités financière s’élevant à plus 30 Milliards de F CFA.  

 

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