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Madina Ndiaye, première joueuse de kora au Mali : “Que les femmes restent derrière les hommes”

Artiste musicienne, première femme à jouer la kora au Mali, fille de feu El hadj Mamadou Ndiaye et de feue Fily Cissé, Madina Ndiaye est née en 1964 à Tombouctou dans la maison de René Caillé. Dans le cadre de la célébration du 8 mars, notre équipe de reportage a cherché à en savoir davantage sur elle.

 Quand avez-vous commencé à jouer de la kora ?

J’ai commencé à jouer en 1996, mais c’est en 1999 que je me suis donnée à fond à ça parce que Toumani Diabaté était mon professeur. Mais il n’avait pas assez de temps pour s’occuper de moi. C’est lui qui m’a fait toucher la kora pour la première fois et m’a montré les premières notes avant de m’offrir ma première kora.

A ce moment vous n’aviez pas encore perdu la vue…

C’est en 2002 que j’ai perdu la vue. Mais je dois vous dire que Toumani n’est pas le seul à m’enseigner la kora. Il y a eu aussi Djéli Mady Cissoko, enseignant à l’INA, et Modibo Diawara qui joue à l’Ensemble instrumental national.

Pourquoi le choix de la kora ?

Je ne l’ai pas choisie par hasard. Je l’ai vue en rêve et le lendemain après avoir raconté l’histoire à ma grande sœur, je suis allée voir mon professeur. Sa première question fut de savoir si j’étais Malienne car je m’habillais toujours en culotte avec la tête “garçonnet” et je lui ai confirmé que je suis originaire de la première région du Mali.

Quelle a été la réaction de votre famille ?

Ma famille me soutenait bien qu’elle m’encourageait à continuer mes études. J’ai arrêté mes études en troisième année administration/finance à l’Ecica après deux échecs au BT.

Que pensez-vous de ceux qui sont hostiles à l’idée de voir une femme jouer de la kora ?

Ce ne sont que de simples croyances rétrogrades. J’ai perdu la vue à la suite d’une infection qui a attaqué mon premier œil et après je devais subir une opération, mais je n’ai pas pu le faire à temps. Le second œil aussi a été infecté. C’est suite à cette infection que je suis devenue aveugle, ce n’est pas le fait de jouer de la kora, ça n’a rien à voir. Je mène ma petite vie de façon paisible et modeste, sans toutefois mendier et c’est grâce à cet instrument.

Vous êtes quasiment la seule femme à jouer la kora au Mali. Quelles sont vos impressions ?

J’ai un sentiment de satisfaction. Je suis très fière de ce que je fais. Je demande le soutien de tous pour la production de mon deuxième album.

Nous voyons ceux qui profitent de leur handicap pour mendier. Comment les jugez-vous ?

Je condamne la mendicité sous toutes ses formes. Nous les handicapés, nous devons plutôt redoubler d’effort pour nous en sortir et pour nous faire respecter. Nous devons consentir plus de sacrifices que les personnes normales. Le handicap, ce n’est que le nom. Il faut savoir se battre malgré tout ! Et vivre à la sueur de son front.

Vivez-vous de votre art ?

Aujourd’hui, ce n’est pas facile de vivre de son art surtout avec la technologie et on ne peut rien contre cela.

Quel a été le moment le plus glorieux et le plus difficile dans votre carrière musicale ?Au moment où j’ai perdu la vue, c’était très difficile pour moi et beaucoup pensaient que c’était fini pour moi. Le moment le plus glorieux ? Je me suis retrouvée avec ma kora après avoir perdu la vue.

Quel appel avez-vous à lancer aux femmes en ce jour du 8 mars ?

Il faut qu’on reste toujours derrière les hommes. Mais nous les femmes ne voulons pas entendre cela. On doit se donner la main et on doit vraiment travailler. Je dis aux femmes de respecter les hommes, de les aider. La femme ne doit pas croiser les bras parce qu’on est femme ou parce qu’on est handicapée.

Propos recueillis par Ousmane Sagara

Source: L'Indicateur du Renouveau

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