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Chronique satirique : Un marcheur nommé Ladji Charlie Bourama

Depuis la marche parisienne du 11 janvier 2015, Ladji Bourama est devenu Ladji Charlie. Qui l'eût cru ? Ladji Bourama n'est plus Ladji Bourama: il s'appelle désormais Ladji Charlie.

Lors de la « marche républicaine » du dimanche 11 janvier 2015 organisée à Paris contre les terrorisme, on l’a vu aux bras du président français, François Hollande, et du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyaou. Les images télévisées, qui continuent de faire le tour du monde, montrent notre président compatriote tout de noir vêtu avec, sur la tête, un chapeau de fermier texan. Il ne lui manquait plus que la pancarte portant la mention: « Je suis Charlie ». A son retour à Bamako, Ladji Charlie ne tarissait pas d’éloges sur lui-même. Il s’est notamment félicité d’avoir été placé juste à côté de François Hollande, loin devant des rois et des reines, ce qui, à l’en croire, témoignerait de la « grandeur millénaire » du Mali. Le discours a le mérite de la simplicité car, pour une fois, l’éminent greco-latinophone de Koulouba s’exprimait en français facile et non au subjonctif. Cependant, la propagande n’est pas loin puisque si le critère de la « grandeur millénaire » des nations devait prévaloir pendant la marche, le représentant du Mali, un pays qui mendie journellement son pain, se serait sans doute retrouvé en queue de peloton, à vingt bons kilomètres de la foule de marcheurs européens et asiatiques. Au lieu d’aller dépenser nos maigres impôts dans une marche à Paris, Ladji Charlie aurait dû, à mon humble avis, organiser une marche sur notre propre sol. Surtout que les occasions de marcher se sont multipliées depuis que les jihadistes ont égorgé, à Kidal, une dizaine de nos préfets et sous-préfets. Mon avis pèse peut-être des haricots mais cela ne m’empêche nullement de l’émettre : tout le monde n’est-il pas soudain devenu Charlie ?

Question: pourquoi Ladji Charlie a-t-il décidé, toutes affaires cessantes, de participer à la marche parisienne ?

Les raisons sautent aux yeux. Depuis le 24 mai 2014, Ladji ne contrôle le nord de son pays que sur le papier. Son unique bouclier contre Iyad Ag Ghali et consorts ? L’armée française et, accessoirement, les pieuses prières du Chérif de Nioro ! De surcroît, Ladji n’arrive à payer les salaires des fonctionnaires que grâce à la charité du FMI, un machin financier franco-européen. Affaires de Boeing et d’équipements militaires aidant, l’hôte de Koulouba change de Premier Ministre tous les quatre mois, ce qui témoigne de l’instabilité chronique de son régime. Dans ces conditions, il a intérêt à répondre à l’appel de son ami socialiste français contre le terrorisme. D’autant que c’est sur le terrain militaire malien, et non sur le terrain socio-économique français, que ce précieux ami a, depuis son élection, réalisé ses seuls exploits. En somme, la participation de Ladji Charlie à la marche obéit à la même logique que la récente libération du chef terroriste Wadoussene: complaire à l’ancien colonisateur et renvoyer l’ascenseur à François Hollande, l’homme sans lequel Koulouba serait devenu, depuis janvier 2013, le salon de thé des jihadistes de tout poil. Voilà pour le côté géopolitique des choses. Quant à l’aspect juridico-religieux, il prête beaucoup moins à sourire. De fait, je constate une grave injustice des autorités politiques françaises qui, selon que vous soyez juif ou musulman, vous bastonnent à la Dioncounda Traoré ou vous caressent dans le sens du poil. Vous voulez des exemples ? Eh bien, je vous en donne un plein panier !

Ayant publié, en février 2006, des caricatures du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui), le journal Charlie Hebdo ne reçoit aucune mise en garde des autorités qui, au contraire, dépêchent des militaires pour sécuriser ses locaux, ce qui prouve qu’elles savent tout le danger que font peser les caricatures sur l’ordre public. Cérise sur le gâteau, le ministère français de la Culture organise, le 15 mars 2006, une pimpante soirée pour rendre hommage aux caricaturistes qui s’appellent, entre autres, Plantu, Cabu, Wolinski, Sattouf, Jul, Luz et Charb. Ce dernier va jusqu’à s’étonner de l’émoi suscité par les caricatures du Prophète (psl): » J’ai vu les dessins, c’est énormément de bruit pour pas grand-chose…À Charlie, avant qu’on ne soit embêtés par les musulmans intégristes, on a eu affaire à l’extrême droite catholique. Ça s’est terminé normalement devant les tribunaux, ils ont perdu. Ils attaquent pour tester, en espérant gagner et que la législation change. Les juifs, ils ne nous font pas chier. ». Pourtant, en 2014, les autorités françaises interdisent avec fracas des représentations théâtrales de l’humoriste Dieudonné au motif qu’elles attentent à la religion juive ! Le judaïsme vaudrait-il mieux que l’islam en France ? Pourquoi, au nom de la laïcité et de la liberté d’expression, l’Etat français protège-t-il un journal qui insulte l’islam alors qu’il réprime un artiste qui insulte le judaïsme ?

Ce que je dis des autorités politiques françaises vaut aussi pour la justice française. Ayant tenu des propos jugés « antisémites », Dieudonné est poursuivi pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse » et condamné, le 10 mars 2006, à 5.000 euros d’amende par un tribunal français. Jugement confirmé en appel le 15 novembre 2007. Or, le 22 mars 2007, le tribunal de grande instance de Paris, sur réquisition du procureur de la République, accorde une relaxe à Charlie Hebdo, qui était poursuivi par la Grande Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue Islamique Mondiale pour la publication de deux des caricatures du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui).

Deuxième exemple d’injustice judiciaire : le mercredi 14 janvier 2015, juste une semaine après l’attentat qui a décimé douze de ses animateurs, Charlie Hebdo publie une nouvelle caricature du Prophète (psl). Loin de condamner cette énième provocation, le Premier Ministre français, Manuel Valls, s’affiche sur les antennes avec, sous le coude, un exemplaire de Charlie Hebdo. Nul juge n’ouvre la moindre poursuite contre une publication qui, comme de la cocaïne, s’écoule à plus de 5 millions d’exemplaires. Or, le même jour, sur ordre du procureur de Paris, le compère Dieudonné est arrêté par la police pour « apologie de terrorisme ». Son crime ? Avoir écrit: « Je me sens Charlie Coulibaly ». Aux yeux du procureur, cette phrase revient à chanter les louanges d’Amedy Coulibaly, un complice des jihadistes qui ont massacré, le 7 janvier 2015, les rédacteurs de Charlie Hebdo. C’est donc entendu: en France, vous pouvez librement insulter une religion, une communauté et un prophète mais gare à vous si vous osez vous « sentir » Coulibaly !

Tiékorobani

Source : Procès-Verbal 20/01/15

 

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