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Une agence de coopération française livre un journaliste béninois à ses bourreaux

L’Agence de coopération française CFI se présente comme étant « au service du développement pour les médias et par les médias des pays du Sud ». Mais on a vu récemment, au Bénin, que lorsque ses intérêts sont en jeu, elle est capable de se transformer elle-même en une menace pour les journalistes. Comme Ignace Sossou l’a récemment appris à ses dépens. 

On la savait très proche des médias et des journalistes à travers son chapelet d’initiatives en faveur du rayonnement professionnel des hommes et femmes de medias. On lui connaissait moins son côté Judas ou Pilate, comme l’a désormais révélé son rôle dans les ennuis que connaît notre confrère Ignace Sossou au Bénin.

CFI met actuellement en œuvre un projet baptisé « Verifox Afrique ». Il s’agit de mieux outiller des médias africains « pour lutter contre le phénomène de prolifération des fausses informations, en particulier en période électorale, dans trois pays : le Bénin, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire ».

Dans ce cadre, CFI a organisé une conférence à Cotonou où il a fait venir, jeudi 19 décembre, Mario Mètonou, Procureur de la République près le Tribunal de première instance de première classe de Cotonou. Devant un parterre de journalistes, M. Métonou a livré une communication dont le journaliste d’investigation Ignace Sossou a repris des extraits sur Facebook.

Des propos attribués au Procureur accablent sa hiérarchie et le pouvoir en place au Bénin.

Le procureur, selon plusieurs confidences, se serait ensuite fait remonter les bretelles par sa hiérarchie juste après son intervention. 

Seulement le juriste dit ne pas se reconnaître dans les propos que le journaliste lui attribue. Malentendu ? Non, Scandale ! S’engage ensuite une partie de pression, de harcèlement, de menaces… Face aux différentes tentatives de lui faire supprimer ses publications, le journaliste résiste, convaincu qu’il a raison, prêts à prendre à témoin des enregistrements sonores.

Le procureur, selon plusieurs confidences, se serait ensuite fait remonter les bretelles par sa hiérarchie juste après son intervention. 

Mais dans tout ceci, c’est le rôle de CFI qui interroge et inquiète sérieusement.

Un certain Pierre Jalladeau, Directeur Afrique de l’agence française a choisi de voler au secours de Monsieur Métonou en adressant très fièrement un courrier au ministre de la Justice, patron du procureur. Et il lui fallait un agneau sacrificiel. Il est tout trouvé : un « journaliste peu scrupuleux ».

Dans sa correspondance d’une rare violence pour une organisation à caractère diplomatique, M. Jalladeau se range derrière le procureur (il en a le droit). Mais il ne se contente pas de cela. Il va plus loin en faisant un portrait sulfureux de notre confrère le qualifiant de « journaliste peu scrupuleux » qui a profité de ce « moment privilégié  pour tenter de faire le buzz aux dépens de M. le Procureur ».

« Je tiens à vous informer par ailleurs que ce journaliste et ce média ne font pas partie des bénéficiaires du projet Vérifox et qu’à l’avenir, nous ne considérerons pas travailler avec lui », a poursuivi l’auteur de la correspondance.

Avec cette correspondance, les autorités béninoises ont trouvé un bon argument pour se jeter sur ce journaliste, multi traumatisé et qui, il n y a pas encore longtemps, échappait à un attentat en pleine circulation dans son pays.

A lire la correspondance de CFI et la description y décrite, il est très facile de se faire l’idée d’un malpropre indigne de faire partie des bénéficiaire des projets de l’agence.

Eh, bien, c’est là où la fourberie devient manifeste. Il y a deux semaines à peine, CFI avait jugé utile d’inviter le même journaliste pour honorer de sa présence ses trente années d’existence, à Paris. Oui, Ignace « journaliste peu scrupuleux » revient de l’anniversaire des 30 ans de CFI à Paris, précisément au « Forum média et développement » organisé à l’occasion. Le même « journaliste peu scrupuleux » est membre fondateur de l’Initiative Impact Investigation, un réseau international de journaliste d’investigation dont la mise en place a été facilitée par …CFI.

Et pourtant, face à des pressions d’une soirée, et pour calmer les autorités béninoises, l’agence française choisit de donner un baiser de Juda à Ignace Sossou. En le livrant à ses bourreaux. Ces derniers, eux, pour se donner bonne conscience, publie la missive.

Sacrifié ainsi à l’autel des intérêts inavoués de CFI, Ignace, a été cueilli à son domicile, comme un malfrat dès le lendemain vendredi par « des hommes en uniforme bleues », témoigne l’épouse du journaliste. Ainsi enlevé devant sa famille, il a été maintenu en garde à vue tout le weekend.

Dans un Bénin où les acquis démocratiques sont sérieusement ébranlés depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon et son Régime subitement devenu répressif, contraignant ses adversaires à l’exil, il ne fait pas bon d’être journaliste indépendant.

CFI dont la mission fondamentale devrait s’inscrire pleinement dans le renforcement des acquis démocratiques surtout dans le domaine spécifique de la liberté d’expression a surpris plus d’un.

Le confrère Ignace qu’elle qualifie de « peu scrupuleux » jouit d’une réputation de fer auprès de plusieurs structures et organisations de médias et d’homme de media. C’est le cas de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’ouest (CENOZO) et du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) dans le cadre desquels il a participé à plusieurs projets dont les « West africaleaks » publiés en 2018.

Ignace avait notamment travaillé sur « Everan Benin, un hypermarché aux ramifications offshores ». 

Ces derniers mois, Ignace Sossou est la cible d’une campagne d’agressions. Trainé devant les tribunaux pour son article sur l’hypermarché, il a aussi reçu plusieurs menaces anonymes directes. Plusieurs fois pris en filature en circulation. Alors qu’il revenait d’une conférence africaine sur le journalisme d’investigation en Afrique, le journaliste a eu droit à un accueil des plus déconcertants. A peine a-t-il récupéré ses bagages que des agents en civil l’apostrophent pour le soumettre à interrogatoire et à une fouille de ses bagages. Avant de le laisser partir, ils ont dû faire une copie de son document de voyage. Et ce n’est pas fini. Plus tard, le même est renversé dans la circulation par un véhicule lugubre jamais identifié jusqu’ici. Le confrère s’en est sorti, mais non sans passer par un coma et sans subir ne chirurgie réparatrice avant. Il aurait pu facilement y laisser sa vie.

C’est donc un journaliste qui croule sous cet acharnement excessif que CFI a décidé de livrer à ceux qui ne cherchent que la moindre occasion pour le faire taire définitivement.

Fuite en avant et irresponsabilité

CFI semble prendre peu à peu de conscience de sa désinvolture après avoir accusé le confrère de tous les péchés d’Israël. Ce retournement de veste ou simulacre de mea culpa va-t-il réussir à éteindre le feu et laver l’honneur d’un journaliste émérite et digne de respect.

Le communiqué laconique diffusé vendredi en soirée cherche désespérément les mots justes pour dévoiler son mea culpa après la frasque méprisante à l’endroit du journaliste et de la liberté d’expression.   

Il porte les germes d’une hypocrisie manifeste et peine à avouer le tort de l’agence : « CFI est vivement préoccupée par l’arrestation du journaliste Ignace Sossou. La détention d’un journaliste en raison ses publications, quelle qu’en soit la teneur ne peut être justifiée et porte atteinte aux principes fondamentaux de la liberté de la presse ».

« Notre courrier n’était destiné qu’au ministère afin de protéger notre partenaire média qui avait fait venir le Procureur au Forum », s’est défendu un responsable de CFI.

Et de regretter :« A la lumière de ce qui se passe aujourd’hui et de la visible instrumentalisation de ce courrier, nous ne pouvons, nous aussi, que regretter sa circulation et sa formulation. Les termes utilisés étaient à l’évidence mal choisis. Nous espérons désormais surtout qu’Ignace Sossou sera rapidement libéré ».

En jetant en pâture le confrère béninois, CFI semblait bien camoufler et préserver ses intérêts auprès des autorités béninoises. Mais l’institution française était loin d’imaginer la riposte vigoureusement à lui assené par les journalistes et les acteurs de la liberté de la presse.

Faudrait-il en déduire que CFI se meut en un appareil politique pour absolument courtiser les gouvernants africains ? 

 

Grande mobilisation en soutien contre « une justice » réputée injuste et marionnette

 

Reconnue pour son iniquité, la justice béninoise, ne pouvait que malmener ce 24 décembre 2019 l’avocat commis d’office pour la défense du journaliste. Le professionnel digne du statut d’un vrai hero va, contre toute attente, écoper d’une peine lourde, qui ne se justifie guère, de 18 mois assortis d’une amende de 200 000 F CFA. La main parjure du pouvoir Patrice Talon est passée par là.

La mobilisation ne faiblit pas depuis l’interpellation, la garde à vue jusqu’à l’inculpation ce 24 décembre 2019 de Ignace. La Cenozo et le Réseau Initiative Impact Investigation (3i) sont sur le qui-vive.

Les responsables de la Cenozo affiche la détermination de la plus grande faitière ouest africaine des journalistes d’investigation : « Certes nous avons affaire à un pouvoir têtu au Benin qui expulse des ambassadeurs (de l'Union européenne), qui a exclu toute l'opposition à une élection, mais nous n’abandonnerons jamais ».

Le communiqué de la Cenozo diffusé à grande échelle à travers tous ses relais et membres dans les pays de l’Afrique de l’ouest, affiche une détermination sans faille : « La Cenozo condamne avec la dernière énergie cette pratique moyenâgeuse et demande    aux autorités béninoises la mise en liberté immédiate de notre confrère Ignace K. Sossou ».

Le Réseau 3i dans son communiqué de ce 24 décembre renchérit : « On lui reproche 3 tweets qui ont déplu au procureur de la République. Le Réseau demande la libération immédiate d’Ignace Sossou ».

 

 

Par Dave Dembélé

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