Assurance Maladie Obligatoire : Merci Monsieur Togo !

Publié le 12 juillet
Source : Dépêches du Mali

Nous l’avons vu aller au charbon, se frotter avec placidité et clairvoyance aux terrains les plus hostiles. Il se démenait sur tous les créneaux pour vendre l’AMO et lui procurer un élan attrayant. Pétri d’une expertise qu’il doit à plusieurs formations acquises sur d’autres modèles, Luc a joué un rôle central dans l’élaboration des textes afférents au Régime d’assurance maladie universelle (RAMU).

 

Début sur-agité et incertain pour une aventure qui était partie pour échouer. L’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), si l’on s’en tient à l’immense vent de contestation qui a émaillé le contexte de son lancement, allait ainsi disparaitre aussitôt après le démarrage effectif, le 1er mai 2011, des cotisations sociales.

Certes l’heure n’est pas au bilan pour la jeune structure qui cherche encore ses marques. Mais, force est dire que le terrain a été déblayé au vu de la forte affluence dont bénéficie la CANAM. A ce jour, plus de 1 600 000 personnes y sont enrôlées et assurées.

Le DG sortant, Ankoundio Luc Togo, dont le départ a été acté par le Conseil des Ministres de ce 10 juillet 2019, est sans conteste l’artisan de ce bilan.

Fuyant par pure modestie les compliments et le folklore, ce grand commis de l’Etat aura tout donné. C’est lui qui, est-il besoin de le rappeler, a guidé les premiers pas de cette jeune structure. Bien avant, il avait joué un rôle clé dans l’élaboration des textes jusqu’à leur adoption en janvier 2009 par l’Assemblée nationale.

L’expert fut de tous les combats de premières heures pour l’AMO. Nous l’avons vu aller au charbon, se frotter avec placidité et clairvoyance aux terrains les plus hostiles. Il se démenait de conférence à conférence, d’atelier à atelier pour vendre le dispositif et lui procurer un élan attrayant.

Doté d’une expertise qu’il doit à plusieurs formations acquises sur d’autres modèles à l’échelle internationale, il a joué un rôle central dans l’élaboration des textes afférents au Régime d’assurance maladie universelle (RAMU).

Ainsi, le processus de mise en place de l’Assurance maladie et du Régime d’assistance médical (RAMED) aura duré une dizaine d’années. C’est véritablement en 2011 que la Direction de la Protection sociale et de l’Economie solidaire, où travaillait M Togo, a été investi de la mission. Et c’est bien lui qui a piloté l’étude de cadrage, et l’étude technique et organisationnelle… S’ajoute l’organisation et la tenue de la série de rencontres avec les partenaires sociaux.

Arrivé fin 2012 à la tête de la CANAM,  il va vite œuvrer à l’ancrage et à l’expansion de l’AMO de manière à conférer au dispositif une image de patrimoine nationale accessible à tous les maliens.

En quelques années Luc a fait de l’assurance maladie une vitrine. Le modèle malien est aussitôt devenu une référence si bien que des pays viennent s’en inspirer. C’est le cas de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Togo, du Burkina Faso et du Burundi.

Auréolé de plusieurs reconnaissances internationales M Togo peut pour autant se réjouir. 2017, en France, il fut lauréat de l’OSCAR du Leadership et de l’Excellence des managers africains. L’année suivante, 2018, il reçoit au Maroc le prestigieux prix de Meilleur promoteur de la sécurité sociale en Afrique décerné par la Fondation 225, initiatrice depuis 2007 du prix africain du développement.

La révocation du DG Togo pourrait dès lors paraitre des plus absurdes. Surtout à l’heure d’un tournant aussi décisif pour l’AMO. Hélas, c’est la loi de l’administration d’Etat encline à un processus de continuité.

A son successeur, d’emboiter le pas et de poursuivre la marche, d’autant que les attentes des assurés restent nombreuses. 

L’arbre ne doit pas cacher la forêt

Le bilan tant vanté n’est pas exempt de reproche. Si de toute son énergie M Togo a boosté le service en lui donnant l’élan et le crédit dont il bénéficie à ce jour, les assurés eux piaffent d’impatience de se voir épargnés des longues files dans les structures socio sanitaires. 

Ils souhaitent ardemment un automatisme et une fluidité dans la collaboration entre les services de recouvrements (INPS + CMSS) et la CANAM. Etant entendu que la CANAM assure le suivi, le référencement et bien d’autres missions...

Les assurés pointent du doigt, le non-respect du délai (15 jours) de remboursement des pharmacies par l’AMO avec comme conséquence un refus catégorique de certaines pharmacies de céder les médicaments aux assurés.

Aussi est à dénoncer l’épineux problème de la fermeture et la gestion des droits, exigeant un déplacement physique de l’assuré pour être rouvert.  

A cela s’ajoute le non-respect des délais (1 mois) de livraison des cartes biométriques.

Au sujet des médicaments conventionnés, la CANAM semble se féliciter qu’au Mali 95% sont pris en charge par l’AMO alors que certains pays en sont à 85%. « Aucun système d’assurance maladie, ne prend en charge 100% des médicaments. Dans aucun pays, le système d’assurance prends tous les médicaments », assure le DG sortant.

Par David Dembélé

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