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Tracasseries sur les corridors : Le Président du CMTR veut empêcher l’arrêt des payements illégaux et menace un cadre de « Mali Justice Project »

De retour samedi 25 mai d’une mission de restitution des activités de la composante 3 du projet Mali Justice Project (MJP) à Sikasso en droite ligne de la lutte contre la corruption sur les corridors nationaux, Salihou Guiro était loin d’imaginer qu’il subirait des représailles dignes d’une autre époque. De surcroit émanant d’un responsable, fut-il Président du Conseil malien des transporteurs routiers (CMTR). A peine a-t-il regagné son bureau à Bamako, le team leader par intérim de MJP subit le courroux de Youssouf Traoré.   

Le coup de fil inopportun ce lundi 11 H du président du CMTR revêt un arrière-goût d’amertume sapant les espoirs de voir les corridors nationaux enfin débarrassés des tracasseries en tout genre. Menaçant au demeurant le cadre de MJP en réponse à une action vigoureuse de sensibilisation de ce dernier sur le terrain, Youssouf Traoré s’y est mal pris. L’inamovible président (en poste depuis plus d’une décennie) scande subtilement qu’il est contre la cessation immédiate de toute perception de sommes illégales par ses agents le long des corridors nationaux. Et donc contre toute initiative tendant à renforcer la libre circulation des personnes et des biens. 

Salihou Guiro était tout naturellement dans son rôle d’attirer l’attention des agents du CMTR sur les principes élémentaires des instruments juridiques qui interdisent formellement la perception d’argent indus. « A l'agent du CMTR, j'ai dit ceci : la Lettre de voiture ne doit pas se vendre dans un poste de contrôle mais au lieu de chargement du camion, car il s'agit d'un contrat entre le transporteur et le propriétaire de la marchandise. Une lettre récente du ministre des Transports lui interdit de lier la vente de la Lettre de voiture au paiement du ticket ou de la redevance CMTR qui est illégale », informe-t-il sur dans un petit rapport.

Après cette intervention au poste de contrôle de Bougouni, le Team leader de MJP a été vivement salué par les passagers et autres acteurs de la lutte contre les tracasseries routières.

Qui mieux que ce spécialiste du transport pouvait se frotter à cette noble mission de mise au point auprès des agents sur le terrain. D’où la colère noire du patron du CMTR qui s’est vu dans l’obligation de lui « remonter les bretelles ».

Lundi 27 mai, à 11h 38 précises, son appel retentit sur le téléphone de Salihou Guiro. Les salutations d’usage ont vite basculé en se muant en menaces verbales directes proférées par le premier responsable du CMTR. Youssouf Traoré en a visiblement lourd sur le cœur, ce qui lui vaut de prononcer des mots à forte connotation dangereuses : “I tè fara anw na. Ni i ma fara anw na Alla Kama, i be na o kai fenwèrè kama” (Si tu ne nous laisse pas tranquilles, tu verras).

« C’est une menace ? » interroge le cadre de MJP, 3 fois de suite. Il n’obtiendra pas de réponse.

En lieu et place du principe de la légalité, qui devrait guider ces échanges, Youssouf Traoré a donc choisi de résoudre son problème par un accent de violence.

Colère et menaces

Nous nous sommes fait le devoir de vérifier cette information auprès du président du CMTR en personne. A la question de savoir s’il a vraiment proféré des menaces à l’encontre du cadre de MJP, le président du CMTR s’est montré très évasif au point de renier Salihou Guiro avec qui il a pourtant collaboré du temps où ce dernier était Conseiller technique au Ministère des transports. « Monsieur s’il vous plait, je suis à jeun, je m’apprête à aller à la mosquée, je ne peux vraiment pas vous répondre ce moment-là ».

Devant notre insistance à lui soutirer des mots, il se ravise et lance d’un ton sec : « S’il vous a dit ça, je ne peux pas vous l’affirmer. Demandez-lui pourquoi il a reçu ces menaces-là. Demandez-lui pourquoi. Je ne l’ai même pas vu. Où il m’a vu ? Où il m’a rencontré. Je ne le connais même pas », soupire-t-il avant de nous raccrocher au nez.

Notre interlocuteur s’est depuis lors rétracté pour de bon. Nos diverses tentatives de le joindre à nouveau ont été vouées à l’échec.

Le cadre de MJP ajoute : « Cette même personne m’a déjà dit un jour Monsieur Guiro toi je te respecte. Mais les autres s’ils ne se méfient pas, j’enverrai des loubards les tabasser à mort ».

Contre les menaces reçues par son agent, MJP a d’ores et déjà commis un avocat.

Ce comportement désaxé du premier responsable du CMTR montre à quel niveau la résistance est totale sur le terrain et met en évidence toute la difficulté qui entame le parcours de la lutte contre la corruption et les tracasseries routières. 

Ci-dessous l’intégralité du rapport de cette action, diffusée le 26 mai 2019 sur la page facebook de Salihou Guiro.

« Hier samedi 25 mai 2019, en revenant de Sikasso nous nous sommes arrêtés au poste de contrôle de Bougouni entre 11H30 et 12H00. 

Nous avons constaté que des cars étaient immobilisés et que des passagers faisaient des va-et-vient entre les cars et ledit poste. Les premiers passagers interrogés étaient 3 Mauritaniens: bien qu'étant en règles les policiers/gendarmes leur ont fait payer 2 000 Frs chacun sans quittances.
Entré dans le poste je me suis présenté (en mission de facilitation de la circulation des personnes et des biens). Il y'avait 2 agents (un policier et un gendarme) sur une table et un agent du CMTR sur une autre table.

Sur la table des hommes en uniforme, des pièces d'identité qui étaient échangées contre l'argent payé par le passager appelé. Je leur ai rappelé les règles confirmées par nos réunions de restitution sous la présidence du Gouverneur de Sikasso en présence de leur hiérarchie respective:
- le contrôle des passagers se fait à bord des cars, sauf à la frontière;
- le défaut de pièce d'identité est passible d'une amende de 1000 Frs perçue sur quittance du Trésor valable 24H;

- le contrôle du carnet de vaccination ne se fait qu'à la frontière et n'est pas confié à la Police;
- le défaut de carnet de vaccination ne donne pas lieu à la perception d'une amende;
- ces règles sont valables pour les étrangers qui ont droit au même respect que les Maliens ne serait-ce que parce que nous avons l'ambition de réussir l'intégration sous régionale.
Ils ont promis de se conformer aux règles à partir de ce moment. Les perceptions illicites ont cessé et les passagers sont retournés à leurs cars; j'ai été très sensible aux remerciements d'une vieille dame qui a pu récupérer sa pièce.

A l'agent du CMTR, j'ai dit ceci : - la Lettre de voiture ne doit pas se vendre dans un poste de contrôle mais au lieu de chargement du camion, car il s'agit d'un contrat entre le transporteur et le propriétaire de la marchandise;

- une lettre récente du ministre des Transports lui interdit de lier la vente de la Lettre de voiture au paiement du ticket ou de la redevance CMTR qui est illégale.

A cet égard j'ai demandé aux hommes en uniforme de ne pas se rendre complice des abus du CMTR. Ils m'ont répondu qu'ils n'ont pas reçu d'instruction de leur hiérarchie dans ce sens.
J'ai conclu sur ce sujet que les dispositions idoines seront prises pour que force reste à la loi ».

 

Par David Dembélé

 

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