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Fronde contre la loi n°2014-015 et l'OCLEI : Le faux combat de Yacouba Katilé

Le secrétaire général du syndicat national des Travailleurs des administrations d’Etat (Syntade), Yacouba Katilé et ses camarades  mènent un vrai faux combat contre la loi n°2014-015 et à la création de l'Office Central de Lutte Contre l'Enrichissement Illicite (OCLEI). 

 

L’opérationnalisation de la lutte contre l’enrichissement illicite à travers l’installation des membres de l'Office Central de Lutte Contre l'Enrichissement Illicite (OCLEI) a semé la panique dans la haute administration malienne. La réaction la plus vigoureuse est donc venue du Syndicat National des Travailleurs des administrations d’Etat (Syntade) dont le secrétaire général n’est autre que le patron de l’Union nationale des Travailleurs du Mali (Untm), Yacouba Katilé. Dans une correspondance datée du 16 juillet 2017 et adressée au Premier ministre, chef du gouvernement, Abdoulaye Idrissa Maïga, les travailleurs de l’administration publique par la voix de leur secrétaire général demandent l’abrogation pure et simple de cette disposition législative. Il s’agit d’une curieuse réaction d’un syndicat qui, au lieu de s’occuper d’autres priorités, s’insurge contre une loi visant à moraliser la vie publique à travers une lutte féroce contre l’enrichissement illicite.

 

A notre avis, cette lutte doit être le combat des syndicalistes dont le mandat est la défense des intérêts matériels et moraux de ses membres. Le cancer de la corruption détruit progressivement les fondements de la République. Des sommes détournées, chaque année, pouvaient servir à construire des écoles, des centres de santé, des routes, des usines, à améliorer les conditions de vie et de travail des agents de l’administration. Juste un exemple, le rapport 2006 du Bureau du Vérificateur Général a établi à 103 milliards de F CFA les pertes financières encourues par l’Etat. Le Vérificateur général de l’époque, Sidi Sosso Diarra avait souligné que le Gouvernement de la République pouvait procéder à une augmentation du salaire des fonctionnaires à hauteur de 60% si cette manne financière n’avait pas pris une autre destination.

Le secrétaire général du Syntade et ses camarades mènent un faux combat contre cette loi. Leur réaction pourra être interprétée comme si la haute administration publique malienne est remplie des cadres qui ont des pantalons troués. Ce qui est loin de refléter la réalité. Il existe encore au sein de la haute sphère étatique des cadres intègres et honnêtes qui servent avec dévouement et patriotisme leur pays.

L’appel du Syntade à ses militants de ne pas faire des déclarations de biens à l’OCLEI doit être donc considéré comme sans objet.

 

La correspondance de la honte 

 

Voilà la fameuse lettre adressée au Premier ministre, chef du gouvernement par le secrétaire générale du Syntade avec ampliation à certains départements ministériels. Lisez cette correspondance de la honte.

 

« Suite à l'adoption de la loi n°015 et à la création de l'Office Central de Lutte Contre l'Enrichissement Illicite (OCLEI), un certain nombre de tendances dangereuses relevées dans ladite loi nous amènent à vous adresser la présente afin que le Gouvernement prenne les mesures qui garantissent le développement harmonieux de nos administrations, notamment en abrogeant cette loi purement et simplement.

En effet, comme vous le savez sans doute, dans toute administration, qu'elle soit publique ou privée, les travailleurs ont besoin de sécurité, de considération et de respect pour donner la plénitude de leur savoir-faire et contribuer ainsi au développement du pays. L'assainissement de l'environnement du travail sous toutes ses formes participe de cela, et parmi les éléments d'assainissement, la lutte contre la corruption et l'enrichissement figure en bonne place. Quoi de plus normal donc, que le gouvernement s'attèle à optimiser les maigres ressources pour le plus grand bien de toute la nation, à travers la lutte contre l'enrichissement illicite.

Mais quand l'Etat initie une loi qui, dans le cadre de sa mise en application, adopte des méthodes et des procédés qui sont en inadéquation, voire en rupture totale avec les dimensions culturelle et sociale de la gestion qui ont permis d'installer un climat de stabilité et de progrès dans les services depuis quelques temps déjà, cette loi devient une entrave sérieuse au bon fonctionnement de l'administration.

De plus la loi n°2014-015 du 27 mai 2014 constitue une atteinte grave à la vie privée, familiale des travailleurs et des travailleuses qui apparaissent aux yeux de la société comme des prédateurs de l'économie du pays. Une des dispositions de la loi ne fait pas obligation à l'Etat d'apporter des preuves contre un fonctionnaire qu'il accuse, mais c'est à ce dernier d'apporter la preuve de son honnêteté.

Cela veut dire que tout accusé est présumé coupable sauf s'il apporte la preuve de son innocence, ce qui est contraire à la plus élémentaire des règles du droit.

Par ailleurs, la loi pèche aussi par son caractère sélectif non seulement parce qu'elle désigne comme coupables présumés les agents des services financiers, d'assiette ou de recouvrement mais aussi et surtout parce qu'elle ignore les coupables de détournement de deniers publics déjà identifiés dans les rapports de contrôle des structures existantes. En effet, il n'est fait aucune mention dans la loi du sort réservé à ces rapports qui dorment dans les tiroirs.

Messieurs les Ministres, jamais dans l'histoire du Mali, un syndicat ne s'est opposé à une mesure d'assainissement de la vie publique et singulièrement des services de l'administration. Depuis le Contrôle Général d'Etat, en passant par le Bureau du Vérificateur Général, la Cellule d'Appui aux Structures de Contrôle de l'Administration. (CASCA), le Pôle Economique, les syndicats de travailleurs et de travailleuses ont toujours appuyé et accompagné le Gouvernement dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance et dans toutes les prises de décision allant dans ce sens.

Mais si aujourd'hui, l'OCLEI rencontre la désapprobation totale de tous les travailleurs en général et, des travailleurs des Services Financiers, d'Assiettes ou de Recouvrement en particulier à travers tout le pays, c'est à cause des insuffisances graves qui ont été décelées dans la mise en application des dispositions de la loi.

La structure ainsi créée, l'OCLEI, peut être qualifiée de remède qui est pire que le mal, car elle va affecter psychologiquement les travailleurs qui se battent tous les jours pour atteindre les objectifs de recettes et souvent au péril de leur vie. La baisse de recettes qui va découler de cette situation au niveau du budget de l'Etat dépassera sans nul doute les ressources engrangées dans la lutte contre la corruption et l'enrichissement illicite, lutte qui dépend beaucoup plus de la volonté politique que de la création de structures nouvelles.

Messieurs les Ministres, les travailleurs et les travailleuses condamnent avec la dernière rigueur l'indexation de leurs services respectifs comme la seule source sinon comme la principale source d’enrichissement illicite du pays. En conséquence, Ils exigent des pouvoirs publics et des membres de l'OCLEI, l'arrêt immédiat et sans délai de leurs activités dans les services, en l'occurrence le fichage des fonctionnaires.

En attendant l'abrogation de la loi dans toutes ses dispositions, nos membres, individuellement ou collectivement ne feront aucune déclaration de biens à l'OCLEI et doivent nous informer de toutes tentatives de représailles à leur encontre. Nous sommes déterminés à utiliser tous les moyens légaux à notre disposition pour nous faire entendre ».

Par C Doumb avec dépêches du Mali 

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