Lundi 22 Janvier 2018

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Alioune Ifra NDiaye à propos du projet de révision constitutionnelle : « Elle m’apparait plus que suspecte »

Je suis de ceux qui pensent que notre constitution a besoin de toilettage. Je le souhaite même. Etant un pays en crise, est-ce légalement possible maintenant ?

J’ai quand même observé le processus et pris le temps de lire le projet de révision constitutionnelle dans le secret espoir de pouvoir le défendre. Au delà du bon travail de sémantique que les techniciens ont fait et de certaines propositions intéressantes, je n’ai pas été convaincu de voter oui, le 9 juillet.

Pourquoi ?

1. La révision de notre texte fondamentale, la mère de toutes nos lois, le coran, la bible, la thora, la matrice de notre République, ne doit pas faire l’économie d’un large débat. Parlons du minimum de pédagogie possible. Je n’ai pas connaissance, par exemple, que les députés qui ont voté ce projet ont pris le temps de le partager et de l’expliquer à leur électeur. Il est également ambigu d’enclencher le processus pendant le mois de carême doublé de l’hivernage. Pourquoi se hâter de réviser notre texte fondamental sans un travail réel de pédagogie ? La démarche a semé en moi une méfiance que j’ai du mal à me débarrasser.

2. Notre pays est en crise. Il est dit dans notre constitution au titre 16 dans l’article 118 que « Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire ». Nos autorités n’ont pas le droit d’enclencher la procédure de révision constitutionnelle parce que nous sommes un pays en crise, avec des enclaves qui se multiplient de plus en plus, notamment dans le centre. Même si la Cour constitutionnelle l’a définie comme « une insécurité résiduelle », tous les maliens la vivent dans leur chair et savent que c’est la plus grande crise de notre histoire et qu’elle est à la limite d’imploser notre pays. D’ailleurs, qu’est-ce qui explique la régulière reconduction de l’Etat d’urgence ? Une « insécurité résiduelle » ?

3. Enfin, au delà de l’incidence budgétaire injustifiée de la réforme et de l’entretien des sénateurs, je ne suis pas convaincu que « l’hyperprésidentialisation » de notre système politique que propose le projet de révision constitutionnelle soit une bonne solution pour mettre en œuvre la nouvelle dynamique du Mali post-crise. Elle étouffe l’esprit de responsabilité vis-à-vis de nous même, vis-à-vis de nos partenaires, vis-à-vis de notre Etat et de nos institutions. Elle est en contradiction avec le principal argument des partisans de la révision, c’est-à-dire mettre en phase la constitution avec l’accord d’Alger. Je suis de ceux qui pensent que, pour être en phase avec l’évolution du monde et l’esprit de l’accord d’Alger, il va nous falloir sérieusement promouvoir la responsabilité à tous les niveaux, questionner la dynamique de notre décentralisation et réinventer les pouvoirs des collectivités qui vont avec. « L’hyperprésidentialisation » de notre système politique ne le permettrait pas. Elle neutraliserait même les propositions du projet de révision constitutionnelle qui vont dans ce sens. Elle serait un recul dangereux pour notre pays. Car tout partira du chef et reviendra au chef.

Bref, au delà de sa hors-règle, l’action de révision constitutionnelle m’apparaît plus que suspecte. Je reste convaincu qu’elle n’est pas en faveur d’une nouvelle dynamique du Mali post-crise. Je vais donc m’associer à la campagne pour le non et à toute action légale qui pourrait convaincre nos autorités à retirer le projet.

Alioune Ifra NDiaye

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