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Grève illimitée des magistrats : Grosse déculottée pour le garde des sceaux

La sortie fracassante du ministre Konaté a tourné au vinaigre. En réponse aux menaces par lui proférées dimanche soir, les porteurs de robe ont durci le ton à travers une Assemblée générale convoquée dès lundi, comme pour dire : La lutte ne fait que commencer.

« Nous n’avons pas de mot d’ordre à suivre du ministre de la justice. Nous sommes une institution et nous sommes au dessus du ministre », arguent les grévistes, opposant un niet catégorique à l’appel du ministre Konaté de reprendre le travail sous peine de « sanctions » lourdes.  

Pour eux, l’amélioration des conditions de vie ainsi que du cadre de travail des magistrats n’est pas monnayable. « Aucune espèce de compromis ne profitant qu’à des tierces personnes en la personne de Cheick Mohamed Chérif Koné voir Dramane Diarra ne nous fera plier » poursuivent les manifestants. En effet, ces deux personnages dont les têtes sont mises à prix par les magistrats auraient tout simplement lâché les siens en s’invitant à la télévision nationale pour sonner la suspension de la grève. Quelle ne fut leur surprise de constater que la posture pour la cause globale et l’intérêt générale était inébranlable et donc primait sur tout autre compromis aux contours inavoués et incertains. «Ils ont des intérêts personnels, un agenda particulier à défendre. Ils ne défendent plus les intérêts des syndicats. Celui qui est en train de diffuser le message a formellement démissionné du syndicat. Il a ramassé ses affaires. Il n’ose même plus remettre les pieds dans le bureau ici », explique Badra Alou Nanacassé, vice président du Syndicat autonome de la magistrature (Sam).

Quelle ne fut la désolation des usagers qui ont constaté encore une fois la paralysie des cours et tribunaux de la République.

Encouragé dans son argumentaire par les deux magistrats dissidents, le garde des sceaux s’est-il donc fait piéger.

Ce revers survient après celui à lui infligé par l’affaire Ras Bath où l’opinion publique s’était déchaînée contre lui pour la libération immédiate du chroniqueur radio.

Selon le juge Sidi Maiga, les magistrats n'ont pas de moral à recevoir d'un gouvernement budgétivore.  Faisant allusion à la kyrielle de scandales qui ont émaillé la gouvernance actuelle (achat de jet privé, allocation des primes, indemnités tant aux ministres en fonction qu'aux anciens premiers ministres, offres des véhicules V8 aux imams en dépit de la laïcité de l'État Malien etc...), il martèle que les magistrats maliens n'ont pas de leçon d'économie ou d'austérité à recevoir d'un gouvernement budgétivore.

Dans cette affaire, les 570 magistrats de la République ont décidé de jouer gros pour leur survie, et pour leur indépendance.

Même si la grève se poursuit de plus belle, les syndicalistes maintiennent que les portes du dialogue ne sont pas fermées avec le Gouvernement.

Par David Dembélé

Dépêches du Mali

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