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Menace jihadiste : “Le chant des sirènes”

Abandonnée par les hautes autorités administratives et politiques, les jeunesse désoeuvrée de l’Afrique de l'Est et de l'Ouest résistent difficillement au “chant des sirènes” des mouvements djihadistes. 

 

Une investigation transnationale  AIPC-ZAM

Auteurs:  David Dembele (Mali), Hamza Idris (Nigeria), Muno Gedi (Somalia), Bram Posthumus (Burkina Faso) et notre correspondant Kenyan

 

Une approche uniquement militaire pour lutter contre le terrorisme en Afrique de l'Est et l'Ouest ne crée que de plus en plus de terroristes. Une équipe AIPC-ZAM a découvert comment au Kenya des escadrons de la mort de la police presque chassent les jeunes aux bras d'Al-Shabaab, et au Mali l’abandon des couches desoeuvrées par les autorités pousse les jeunes à jetter leur devolu sur les groupes armés. Cependant, en Somalie, un gouvernement corrompu et faible fait que des paysans et commerçants font plus confiance aux milices qu’aux structures de l’Etat en terme de «bonne gestion». Et au Burkina Faso, un mouvement progressiste, prêt à combattre la terreur, est  très malheureux avec l'action militaire occidentale dans son pays.

Une enquête transnationale dans cinq pays par une équipe de journalistes d'investigation africains.

Mali

Abandonnée par l’Etat, il est difficile pour la jeunesse désœuvrée malienne de résister aux sirènes des mouvements djihadistes. Une approche uniquement militaire vis à vis du terrorisme en Afrique de l'Ouest ne crée que de plus en plus de terroristes.

Au Mali l’abandon de la couche jeune par les pouvoirs publics pousse certaines familles à “donner” leurs fils à « toute personne susceptible de leur assurer une quelconque ascension à travers l’argent ».

« Le gouvernement nous ignore complètement et ceci nous révolte », soupire Mahamane Gobi, un entrepreneur de construction en disgrâce dans la cité légendaire de Tombouctou.

L'atelier de Gobi est en effet, resté vide depuis l'invasion djihadiste dans le nord du Mali en 2012. La destruction jihadiste des vieilles bibliothèques et mausolées, a été suivie par une guerre sans merci contre le terrorisme menée par le gouvernement malien avec l’aide des militaires français. Cette guerre avait également vu de nombreuses violations des droits de l'homme. (https://www.hrw.org/fr/world-report/2014/country-chapters/260148).’

Les bombardements avaient occasionné la destruction des mausolées et autres bâtiments historiques qui avaient survécu après le passage des djihadistes. Gobi nourrissait depuis lors l’espoir de pouvoir participer à la reconstruction de la ville à travers l’acquisition de marchés par son entreprise. Hélas, les entrepreneurs locaux ont été négligés au profit des entreprises amenés depuis la capitale Bamako, le quartier général du gouvernement empêtré dans la corruption dans le sud.

La crise a apporté son lot de désagrément chez la population en général. Pour tout document administratif, il faut se rendre à Bamako à environ 1000 km.  Une option à laquelle les populations peinent à se plier en raison de l’insécurité et les difficultés financières. "Tout le monde ici est au chômage comme moi», se lamente l’ex-guide de tourisme, Ayouba Ag Moha. Plusieurs habitants rencontrés dans la ville des 333 Saints murmurent : « Si le gouvernement ne fait rien pour nous, nous allons envisager de rejoindre les partis qui nous manifestent des intérêts ».

Il y a à ce jour toutes sortes de groupes armés dans le nord du Mali. A commencer par des milices touaregs, dont le combat pour une «Azawad» indépendant a pris de l'ampleur depuis l'insurrection libyenne qui a chassé les gardes Touareg de Kadhafi  vers le sud. Il y a des chefs de guerre locaux comme Iyad al Ghali, ex-conseiller présidentiel qui avait brièvement dirigé un « programme de développement » dans le nord jusqu'à ce que lui aussi, a vu que la guerre était une bien meilleure façon de gagner sa vie. La milice islamiste par lui fondée est connue sous le sobriquet Ansar Dine. Sans oublier les groupes tribaux qui vivent du traffic de drogue et des armes.

Dans ce tohu-bohu, les groupes jihadistes apparaissent les plus attrayants pour la jeunesse désœuvrée. Les termes «sauvetage spirituel» et «jihad» sonnent  comme la musique aux oreilles de jeunes hommes en colère avec des familles désespérées. Il n'y a guère de famille, nous dit le fonctionnaire local Omar Babi à Gao, qui n'a pas vu un des siens partir rejoindre les mouvements armés qui leur font miroiter le « bonheur ».

La terreur a fait fuir environ un tiers des habitants de Tombouctou, une ville désormais occupée par de pittoresques infrastructures militaires.

De nombreuses forces anti-terroristes opèrent au Mali. Il faut citer la MINUSMA, l’Opération Barkhane et les forces spéciales de la France, l'armée malienne et les Européens qui assurent des formations militaires pointues.

Les groupes jihadistes ont fait du pays (nord et sud) une véritable poudrière : en Novembre 2015, vingt et une personnes sont mortes lors d'une attaque sur le Radisson Blu par Al Mourabitoun. En Janvier 2016, la mission de l'UE à Bamako a été attaquée. Juste avant, Al Mourabitoun avait attaqué le “Splendid hotel” au Burkina Faso voisin.

Les forces occidentales « certainement font empirer les choses", dit l’activiste militant des droits humains Chrysogone Zougmoré de la Coalition Nationale de la Lutte contre la Vie Chère à Ouagadougou, au Burkina Faso. “Après que les Forces spéciales françaises s’étaient déplacées d'ici pour se battre (contre Al Mourabitoun) à Bamako, nous craignions que les terroristes les suivraient tôt au tard dans notre pays. Et exactement, ceci est arrivé.”

La France qui a toujours soutenu des dictateurs corrompus dans la région, devraient surtout rester en dehors de ces conflits, dit Zougmoré." Nous avons chassé notre (ancien dictateur) Blaise Compaoré nous-mêmes. Nous pouvons faire la même chose avec les terroristes. "

KENYA

Un jour vers la fin de 2014 Mohamed Abdi, un résident de Mandera, -400 kilomètres au nord de Wajir, dans la region frontière du Kenya avec la Somalie-, a vu quatre Toyotas blancs et deux fourgonnettes arriver dans son quartier. Les huit occupants ont emménagé dans l'hôtel où il travaillait comme gardien et ils se sont toujours assis dans leurs chambres pendant la journée; seulement la nuit ils sont sortis. Mohamed parfois demandait ce qu'ils faisaient à Mandera, mais généralement obtenait une réponse évasive. Mais un soir un des hommes a dit: "Tunaenda kutafuta Nyama Choma", en swahili "Nous sommes à la recherche pour le barbecue."

Tout à coup, il y avait beaucoup de cas de personnes disparues. "Chaque fois qu'ils sont sortis, vous entendez le lendemain matin que quelqu'un avait disparu», dit Abdi, qui, comme les autres résidents, soupçonne que ces hommes étaient des membres de l'Anti-Terror Police Unit APTU.

Il y a eu des attaques terroristes horribles au Kenya. Parmi les dizaines d'entre eux le bain de sang au centre commercial Westgate à Nairobi en Septembre 2013, avec 67 morts, se distingue, comme le fait, peut-être plus encore, l'attaque au Garissa University College au nord-est du Kenya, où 147 étudiants ont été massacrés en Avril 2015. Mais la question est de savoir si, pour lutter contre ces actes horribles, il aide de torturer et tuer les gens.

La Commission nationale kenyane des droits de l'homme (KNCHR) a documenté un total de 120 cas de violations des droits de l'homme par les autorités kenyanes, dont 25 exécutions extrajudiciaires et 81 disparitions forcées, avec la plupart des cas en 2014 et 2015. Parmi ceux-ci sont l'assassinat de la proprietaire de thé kiosque Isnina Musa, qui a été enlevée et embarquée de force dans une voiture banalisée suivie par un véhicule KDF, et dont le corps a été trouvé dans une tombe peu profonde à l'extérieur de Mandera en Décembre 2015. Il y a aussi le cas de Moulid Hassan, également de Mandera, qui marche toujours avec difficulté après avoir été enlevé  par des hommes qui ont dit qu'ils étaient des soldats, puis l'ont battu pendant deux jours et lui ont cicatrisé avec l'eau bouillante. (Moulid est un militant de la paix: un membre du comité du gouvernement d'initiative «Nyumba Kumi», un regroupement mis en place pour lutter contre l'insécurité.)

Et il y a le quasi-assassinat de l’ étudiant de médecine Abass Abdi, qui  a échappé seulement parce que l'un des trois soldats KDF qui l'avaient dans les buissons  avait dit  «Il ne faut pas" quand les deux autres disaient «nous allons en finir avec lui."

Le secretaire generale de l’ Intérieur, général-major Joseph Nkaissery, qui dirige le secteur de la sécurité intérieure, a nié l'existence de fosses communes et défendu les forces de sécurité contre les accusations d'exécutions extrajudiciaires. Il a également appelé les journalistes qui ont rapporté sur ces choses, des «antipatriotiques». Néanmoins, ces incidents, ainsi que le fait que les Forces de défense du Kenya ont envahi la Somalie  “où ils tuent des innocents” sont cités comme la raison pour laquelle le jeune Abdi, de la région côtière du Kenya, dit qu’il a rejoint Al Shabaab.

«Nous (les jeunes musulmans) sont morts au Kenya sans aucune forme de procès. Donc, ne vous plaignez pas si nous le faisons en retour ». Abdi professe que «l'Islam prévaudra sur la terre". "Peut-être que nous pouvons vivre en Somalie selon l'Islam. Mais même si le Kenya abandonne la Somalie, l'Ouganda est toujours là de même que l'AMISOM (l’armée de l'Union africaine). Les Américains ont dit qu'ils quitteraient l'Irak. Vous ne pouvez pas leur faire confiance, donc je ne vois pas de fin à la guerre. "

Selon un US 'Assistance Factsheet sur la sécurité recent, Kenya a reçu US $ 141 millions des EU comme appui contre le terrorisme entre 2010 et 2014. Notant un nombre croissant d'incidents terroristes dans cette période, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a annoncé en mai 2015 qu'il irait fournir 100 millions $ de plus.

SOMALIE

Abdi Mohamed (26), un ancien membre d'Al Shabaab -il avait rejoint la milice après qu'elle avait repris son village-, a fait défection d'Al-Shabaab en 2015 sur la promesse d'amnistie du gouvernement somalien.  Il a essayé de rejoindre l'armée régulière, mais trouva bientôt il n'y avait pas de salaire conséquent. L'armée était en plein désarroi. Il est même possible que les éléments de l'armée voyous utilisent l'arme Abdi avait remis aux magasins de l’etat pour voler ou violer des femmes. Les femmes sont violées par des soldats tout le temps en Somalie;  surtout dans le camp pour «personnes déplacées» à Mogadiscio où Mohamed réside maintenant. “L’idée de rejoinder de nouveau Al-Shabaab n’est pas envisageable : «Ils vont me qualifier de traître et me tuer sur le champs," dit-il.

De nos jours, Al-Shabaab n’est pas totalement détesté dans le Bas Shabelle. "Ils ont apporté une bonne gestion,". Voilà ce que pense l’opinion publique dans le district de Bal'ad. Les femmes trouvent les vêtements règles gênants, mais disent qu'il est plus facile de se conformer. Les vendeurs du marché emballent et deballent consciencieusement leurs marchandises cinq fois par jour pour rendre les visites obligatoires aux mosquées. Les familles espèrent simplement qu'aucun des militants développe une attraction pour leurs filles. Si ca arrive, un tel monsieur peut frapper à la porte pour dire "Je veux cette fille pour ma femme.”  Les gens gardent le silence sur leurs points de vue en tant que tout cela.  La critique est puni par la mort.

Mais neanmoins, beaucoup de gens disent qu'ils aiment «l'ordre et la paix» sous Al Shabaab. «Je peux apporter mes marchandises de la ferme et les vendre», dit Hassan Jamal. "Je ne suis pas volé par des criminels ou des soldats en maraude." La plupart des gens pensent que l'administration gouvernementale  est  associée  aux actes d’incompétence, la violence et la criminalité.  Commerçant au marché Mady Nurow dit: "Si l'armée gouvernementale remporte un combat contre Al-Shabaab demain et prend en charge l'administration, Al-Shabaab sera de retour avant midi."

NIGERIA

Pendant longtemps, les Nigérians dans le Nord-Est aussi désespéraient de leur armée.  Au lieu de les protéger contre les raids de Boko Haram sur leurs villages, les soldats arrêtaient, torturaient et tuaient des centaines de jeunes hommes  soupçonnés de «terrorisme». “Personne ne savait qui était l'ennemi”, scande un résident de Maiduguri à une ONG de sondage au début de 2015.

Il n'a pas aidé que les citoyens de la région avaient seulement Boko Haram à leur parler dans leur propre langue. La plupart des communications du gouvernement et des médias dans la région était en haoussa ou en anglais, alors que la grande majorité des dix millions de personnes dans la région ne parlent que Kanuri. Ainsi, des promesses de «sauvetage» et les «solutions» à la pauvreté et la misère, venant des idéologues de Boko Haram, étaient les seuls messages que les habitants recevaient. Ces memes ideologues justifiaient leurs attaques sanglantes contre des villages parce que ces villages n’avaient pas été «assez fidèles» a l’ideologie anti-occidentale et anti-chrétienne du mouvement.

"Boko Haram va attaquer le peuple et partir. Ensuite, l'armée viendra et arrête les gens. Même la (volontaire) ‘Civilian Joint Task Force’ qui assistait l’armee a commencé à agir comme les militaires et a abuser des gens”.

Mais à partir de la mi-2015 les choses ont commencé à changer. Avec l'élection du nouveau président nigérian Buhari -un musulman et un ressortissant du Nord-, et la nomination de Tukur Buratai à la tête de l'armée, des lots de villageois innocents qui avaient été arrêtés ont été libérés. L'armée a commencé à partager des informations, des photos et des communiqués de presse avec les habitants. Ils ont également commencés a mieux controler le ‘Civilian Joint Task Force’, ce qui limite les abus commis par ces jeunes volontaires. « Aujourd'hui, nous n’allons plus paniquer quand on voit l'armée. Nous savons qu'ils recherchent les vrais terroristes et qu’ils ne vont pas nous nuire ", commente un résident de Maiduguri.

Coïncidence ou non, dans la même période -de Avril 2015- Radio Dandal Kura, avec des fonds de l'USAID, a commencé à diffuser dans la langue Kanuri. Pour la première fois, les habitants ont entendu d'autres habitants –qui n’ étaitent pas membres de Boko Haram- méditant sur les alternatives à la pauvreté et la violence. “Pour la première fois, on nous a raconté le comment et le pourquoi de notre redoutable Boko Haram”, dit Grema Modu, un jeune habitant du quartier Shuhuri. "Dandal Kura permet à nos jeunes de parler», ajoute l’agriculteur Salma Ali. «Et nos gens leur prennent au sérieux." Kolomi Kareem, un jeune volontaire dans la Civlian Joint Task Force, est convaincu que radio Dandal Kura a conduit à la désertion des rangs de Boko Haram. "Il est arrivé à moi au moins quatre fois que les membres de Boko Haram sont venus se rendre parce qu'ils ont été influencés par Dandal Kura."

La nouvelle orientation du Nigeria sur des “cœurs et des esprits »des gens nord-Orients est alors, peut-être, quelque chose qui fonctionne réellement dans la guerre contre le terrorisme. Bien que l’annonce du président Buhari d'une défaite «technique» de Boko Haram a été exagérée (dépuis les attentats suicides se poursuivent et la milice détient toujours les filles enlevées), 'AfricaCheck' à l'Université de Witwatersrand en Afrique du Sud a concédé, dans une évaluation en Février 2016, que les militants avaient été chassés des grands centres. La vigilance, non seulement en ce qui concerne les restes de Boko Haram, mais aussi à l'égard des soldats volontaires, semble encore necessaire, cependant : “Ils doivent trouver un emploi après la guerre, sinon ils vont présenter un danger pour l'Etat ", prévient l’expert en sécurité, Salihu Bakari.

 

Cette enquête dénommée « Chant des sirènes » a été réalisée par le Collectif l’Edition collective africaine www.investigativecollective.com en partenariat avec ZAM www.zammagazine.com

 

 

 

 

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