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Mali : Quand les banques boudent la clientèle

Pour protester contre les tracasseries judiciaires dont sont victimes les travailleurs de banque, le Syndicat national des banques et établissements financiers (Synabef) a déclenché un vaste mouvement de grève qui a paralysé les affaires à Bamako.

L’arrestation jugée « arbitraire » de plusieurs travailleurs de banque est le mobile principal du vaste mouvement d’humeur enclenché mercredi au Mali. Le Synabef en veut bougrement au corps judiciaires dans sa façon d’appliquer le droit. Il avait déposé un préavis de grève de 72 heures, pour les journées du 25,26, 27 novembre. Raison pour laquelle aucune banque n’opère depuis mercredi dans le pays. Outre les établissements financiers, sont concernés par ce vaste mouvement d’humeur, les assurances et commerces implantés au Mali.

La direction générale d’Ecobank Mali n’a pas tardé à en informer sa clientèle via des messages téléphoniques et des emails. 

Aminata Traoré est bamakoise. Elle attendait ce vendredi pour faire un retrait bancaire dans le but de pouvoir couvrir ses frais pour le mariage d’un proche à Sikasso. La grève des banques la met dans une situation compromettante.

Le cas Hamadoun Boré à la base de la grogne

Tout est partie de l’arrestation et la mise sous verrous de Hamadoun Boré, directeur commercial Entreprise à la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Mali (BICIM), une banque affiliée au Groupe PNB Paribas.

« Le camarade Boré est privé de sa liberté, depuis vingt mois, par la seule volonté du nommé Mohamed Cissé de l’entreprise Cissé Technologie, pour avoir tout simplement autorisé le payement de chèques respectant toutes les mentions obligatoires d’un tel moyen de payement. A savoir la dénomination « chèque », le montant en chiffre et en lettre, la date, l’ordre formel de payer, la signature, la banque tirée, l’indication du bénéficiaire », explique Aguib Bouaré, patron du Synabef.

Le Synabef dénonce aussi l’emprisonnement et l’inculpation des employés des banques par la « jurisprudence Cissé Technologie ». Sur le fond, le syndicat dénonce l’instrumentalisation de certains juges qui veulent imposer, dans l’illégalité la plus totale, des nouvelles règles et exigences sur le paiement d’un chèque.

La grève vise à attirer l’attention des autorités politiques, judiciaires du pays, ainsi que l’opinion nationale et internationale sur l’ampleur des abus afin d’échapper à l’insécurité judicaire rampante et d’éviter au personnel bancaire des emprisonnements à tour de bras.

Pour le secrétaire général du Synabef, la « jurisprudence Cissé Technologie », impose au Synabef d’arrêter de travailler dans l’attente du retour à la sécurité judicaire à travers le respect des lois et réglementations de la profession bancaire. « Il n’est pas question que l’on s’en prenne à un agent de banque pour quelque raison que ce soit. C’est à la banque d’en répondre », juge le chef syndical de la BICIM, Hamadoun Bah.

Le combat du Synabef a vite gagné le cœur des professionnels du secteur. L’emprisonnement du sieur Boré est jugé illégal et inacceptable. Pour le syndicat, le cas Hamadoun Boré devrait interpeller tous les professionnels de banque. « N’importe quel agent aurait appliqué la procédure tel que l’a fait le camarade Boré », assure le chef du syndicat. 

Devant l’agence principale de la Banque internationale pour le Mali (BIM), c’est le calme plat. Ce haut lieu d’opérations qui d’ordinaire grouille de monde est enveloppé dans un silence déconcertant.

De nombreux banquiers interrogés confient que les banques enregistrent très souvent des cas d’abus. A la justice de jouer son rôle dans un pays où le poids de l’argent pèse lourdement sur les décisions judiciaires. « Nous espérons que, pour cette fois, le droit sera dit », fulmine Rama Touré, caissière à la Banque nationale de développement agricole (BNDA).

Par David Dembélé

Source: Dépêches du Mali

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