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Accords de Ouagadougou : Sentiments de frustration chez le peuple

Bamako

La signature mardi de l’accord entre les autorités maliennes et les groupes rebelles lève le blocage qui empêchait le déroulement des élections sur toute l’étendue du territoire, dont Kidal notamment. Une option sérieuse, donc, dans la sortie de crise. Mais l’accord reste obscur et inachevé sur bien des points qui continuent de frustrer l’opinion publique nationale dans son écrasante majorité.

Comme une traînée de poudre, la nouvelle de la signature de l’accord a atteint les quatre coins du monde. Tous attendaient l’acte. Il est finalement survenu mardi soir après dix jours de débats intenses entre les deux parties et la médiation burkinabé. Un cessez-le-feu immédiat, le retour de l’armée malienne à Kidal et le cantonnement des combattants touaregs sur des sites de regroupement : voici les principaux points de l’accord, lequel cependant n’inspire que réserves et méfiance.

La déclaration de première heure de la haute représentante  de l’Union européenne, Catherine Ashton sur la signature de l'accord préliminaire au Mali en dit long sur la détermination de la communauté internationale à y parvenir : « Je me félicite de la signature aujourd'hui à Ouagadougou d'un accord préliminaire à l'élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali par les autorités maliennes et les mouvements armés non terroristes du Nord du Mali. » Et de poursuivre que « cet accord revêt une portée historique : il constitue une étape cruciale dans un processus de construction de la paix par le dialogue ».

Membre de la classe politique malienne, Yeah Samaké félicite le gouvernement de transition de la signature de l'accord intérimaire de Ouagadougou qui, selon lui, est un signe précurseur de la résolution de la crise du Nord.

La pomme de discorde

Si la communauté internationale jubile à la signature du document qualifié d’historique, c’est loin d’être le cas au Forum des organisations de la société civile (FOSC). Les réactions sont très vives au sein de ce collectif dont les membres ont fait l’objet d’arrestations pour tentative de marche pendant l’état d’urgence. En effet, les griefs de la société civile vont de la disposition qui parle du désarmement au mystère qui entoure la traduction devant la justice des responsables des différents groupes rebelles. Mamoutou Diabaté, président du FOSC, a annoncé que son organisation resterait debout, malgré tout, pour dénoncer le contenu de ces accords qui ne visent pas l’intérêt du Mali. Mais que cela se ferait dans le cadre du respect strict de la loi.

Les réserves de Daniel Tessougué, procureur général près le tribunal de la commune III, sont surtout d’ordre judiciaire. Tout comme l’opinion publique nationale, il s’interroge si les négociateurs maliens à Ouagadougou ont suffisamment prêté attention à la question fondamentale des crimes de guerre et crimes contre l’humanité dont se sont rendus coupables les dirigeants du MNLA à Aguel’hoc et ailleurs au Nord du Mali. En février 2013, la justice malienne a lancé des mandats d’arrêt contre les responsables des différents groupes armés opérant au Nord. « Si on sème la graine de l’impunité à Ouagadougou, on récoltera les fleurs de l’impunité à Bamako », conclut-il en guise d’avertissement.

La réaction de Maïmouna Traoré, membre d’une ONG féminine, est tout aussi virulente, comme beaucoup d’autres : « C’est du n’importe quoi ! J’avoue que les dirigeants de la transition ont honteusement capitulé devant la France et ses protégés du MNLA », affirme-t-elle.

Par David Dembélé

Depechesdumali.com

 

 

 

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