Constance dans la résistance : L’heure du refus d’obéissance a sonné

Publié le 11 mai
Source : l'Aube

Le 30 avril 2020, par Arrêt, la Cour constitutionnelle a proclamé les résultats définitifs de l’élection des députés à l’Assemblée nationale. Depuis cette date, le Mali traverse de graves convulsions.

Dans toutes les grandes agglomérations, que cela soit à Bamako ou dans les villes de l’intérieur, les citoyens ne cessent de manifester leur frustration. Ce qui vaut ces manifestations, c’est le rejet des résultats proclamés, parce que résultats biaisés, tronqués à la suite de l’annulation de milliers de votes des citoyens au seul profit des candidats ayant les faveurs du pouvoir en place.

Nous voici face à un réel déni de justice, un acte qui s’assimile à un véritable troisième tour d’un scrutin prévu pour deux tours. L’observateur avisé ne s’y trompe pas. L’objectif de l’acte qui jure avec toute pratique de la démocratie est d’offrir au pouvoir en place une majorité confortable lui permettant de réaliser son funeste projet contre notre Patrie : organiser la partition du Mali afin de donner satisfaction à ceux qui, du 22 septembre à ce jour, n’ont jamais accepté notre devise, un Peuple, un But, une Foi.

Ici et là, des voix s’élèvent pour en appeler à une union providentielle autour du chef de l’Etat afin, arguent-elles, de sortir le pays de l’ornière. Pourtant, les faits sont têtus. Qu’il nous suffise d’une brève rétrospective et nous pourrons affirmer que, dans l’histoire contemporaine du Mali, exception faite du jour de la proclamation de l’indépendance, rarement événement n’aura suscité une forte cohésion que l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta, en 2013, à la présidence de la République. Pratiquement, avec plus de 77% des suffrages sur son nom au deuxième tour de la présidentielle, l’homme peut se prévaloir d’avoir été plébiscité. Et, comme pour davantage raffermir la cohésion des Maliens autour de sa personne, le candidat non élu, Soumaïla Cissé l’a félicité pour cette victoire avant de se rendre à son domicile pour lui signifier, avec élégance, la reconnaissance de sa victoire comme celle du Mali et de tous les Maliens.

Cette quasi-unanimité à l’adhésion à la victoire d’un homme n’avait qu’un seul but : redresser la Patrie en trouvant une solution pérenne et satisfaisante à la crise au nord du Mali. C’était le moment des grandes espérances. Mais aujourd’hui, sept ans après l’événement, nous sommes en droit de nous poser la question : qu’est-ce que l’heureux élu, Ibrahim Boubacar Keïta, a fait de ce capital de confiance et de légitimité ? Nous pourrions pousser plus loin et nous étonner qu’après ces faits, aujourd’hui, des avocats autoproclamés sollicitent la clémence du Peuple et, de nouveau, l’union autour de sa personne.

De 2013 au 30 avril 2020, nulle souffrance, nulle humiliation n’a épargné le Peuple malien. S’il jette un regard sur la situation prévalant dans son pays, le constat qu’il fait est des plus désolants car, ce qu’il découvre, c’est : un pays éclaté en plusieurs morceaux, une guerre civile au Nord et au Centre avec son lot de morts, civils et militaires, au quotidien, des réfugiés internes et externes, des villages détruits, des milliers de vies humaines à jamais brisées, l’école saccagée, la jeunesse déboussolée, la société et l’appareil d’Etat gangrenés et clochardisés par la corruption et la prédation à grande échelle.

Des commissions d’enquêtes parlementaires ont été instituées afin d’édifier le Peuple sur les graves événements impactant la vie de la Nation. Aucune de ces commissions n’a pu travailler pour, à terme, déposer ses conclusions sur : le désastre de Kidal en mai 2014, les détournements massifs opérés à l’occasion de l’achat d’armes, d’équipements et de fournitures militaires pour notre pays en guerre.

Assurément, la mauvaise gouvernance se manifeste à travers la prise en otage du Mali par une oligarchie ploutocratique. Cette oligarchie vient, avec la proclamation des résultats de l’élection des députés à l’Assemblée Nationale, de faire un vrai pied de nez à un peuple digne qui ne demande qu’à être respecté. En effet, l’Arrêt par lequel cet acte a été perpétré se lit comme une insulte à l’endroit de tout un peuple. Il en résulte que, dans la conscience collective des Maliens, l’écrasante majorité des députés accédant ainsi à l’Assemblée Nationale sur la base d’une désignation d’hommes et de femmes adoubés par un pouvoir illégitime sont : les alliés et les obligés des séparatistes et des terroristes, les narcotrafiquants et leurs obligés, les grands corrupteurs et leurs obligés, les alliés et obligés des milices armées antirépublicaines ; en un mot, ces députés ne sont autres que ceux contre les délits et crimes desquels le peuple malien a élu Ibrahim Boubacar Keïta en 2013.

Aujourd’hui, tout se passe comme si Ibrahim Boubacar Keïta a atteint, selon l’expression de Laurence J. Peter, « le seuil d’incompétence » et cela, de manière irrémédiable. Lui demander de changer sa manière de gouverner relève de l’utopie. Aussi, la seule option qui reste aux Maliens est de résister et de persévérer dans la résistance : la Résistance, pour éviter d’être les spectateurs passifs de la dégénérescence de la Patrie ; Résistance, pour préserver l’unité nationale, l’indépendance et la souveraineté du Mali, l’honneur et la dignité des Maliens.

Il nous incombe, face aux actes prévus tendant à nous priver de ce qui nous est exclusif, notre Patrie, une et indivisible, de refuser, et d’assumer le Refus.

Refus d’assister sans réagir à la partition programmée et à la du Mali !

Refus de nous laisser réduire en esclaves des séparatistes, des narcotrafiquants, des terroristes, des milices armées antirépublicaines, des grands corrupteurs et leurs obligés, de tous ceux dont les mains et la conscience sont tachées du sang de notre Peuple !

Refus de sacrifier notre Patrie sur l’autel des calculs politiques opportunistes ; de participer au « festival des brigands » !

Et gardons en mémoire : « Quand l’homme refuse, il dit « non” ! Les Maliens ne dérogent pas à la règle qui, depuis le 30 avril 2020, avec véhémence, disent « non” ! ».

Choguel Kokalla Maïga

Source : l’Essor

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