Mali: Justice, la rupture

Publié le 25 octobre
Source : Le Pays

Arrivé à la tête du département de la Justice seulement en avril 2019, le ministre Malick Coulibaly laisse pantois plus d’un observateurs sur son style très en décalage sur celui de ses prédécesseurs.

Me. Mohamed Aly Bathily, Mamadou Diarra, Aminata Mallé, Me. Mamadou Ismaël Konaté, Tiénan Coulibaly. En cinq ans, cinq ministres se sont succédé à la tête du département de la Justice. Un secteur clé sur lequel reposait l’espoir des Maliens. Mais jamais comblé. La justice se portait mal, et même très mal. Le chef de l’Etat, Ibrahim Boubacar Keïta qui avait 2014, année de lutte contre la corruption, en avait bien conscience. Une déclaration restée un vain slogan pendant cinq longues années.

Critiqué et éclaboussé par les scandales de corruption à répétition, le président de la République s’est défendu en déclarant avoir transmis tous les dossiers à la justice.

Personne ou presque ne l’a cru. Car premier magistrat de la République, pour beaucoup la poursuite des corrompus ne tenait qu’à la seule volonté du Chef.

Mais les événements récents démontrent que non. Au bout de six mois, Malick Coulibaly, sixième Garde des sceaux du régime IBK, a ouvert la chasse aux corrompus. De l’Apcam à l’Aéroport, en passant par le Conseil régional de Kayes, la mairie de Baguinéda et celle du District, le rafle fait rage. En moins de deux mois, le procureur en charge du Pôle économique et financier, Mamoudou Kassogué, nommé très récemment, a envoyé plus d’une dizaine de cadres dans les cellules de la prison centrale de Bamako. Parmi les pensionnaires, deux personnalités aussi sulfureuses qu’influentes qui ont pesé de tous leurs poids pour la réélection du président IBK : Bakary Togola et Adama Sangaré.

Les bavards

L’actuel Garde des Sceaux, Malick Coulibaly, 48 ans, magistrat contraint à la démission, devenu avocat, a un profil identique à ceux de deux de ses prédécesseurs : Me Mohamed Aly Bathily, lui aussi ancien magistrat, et Me. Mamadou Ismaël Konaté, avocat de son état. Entre les trois, la comparaison s’arrête là.

Si les deux derniers, à l’instar de Malick Coulibaly, avaient affiché leur volonté de redonner à la justice ses lettres de noblesse, force est de reconnaître qu’ils ont fini sur le carreau. En cause de leur échec : leur modus operandi.

Très bavard, Mohamed Aly Bathily, au lieu de poser des actions concrètes, s’est d’abord attelé à régler des comptes avec une bonne partie des jeunes magistrats qu’il qualifiait, à l’envi, d’être « sans niveau et corrompus ». Dès son arrivée, il a poursuivi six magistrats pour « faits de corruption ». Pis, devenu ministre des Affaires foncières, au nom de son mouvement APM, il a à plusieurs occasions invité les populations à ne pas se soumettre aux « décisions judiciaires arbitraires ». Par la même méthode, foulant aux pieds les décisions judiciaires, l’avocat des fonctionnaires radiés en 2012, Me. Mohamed Aly Bathily, guidé par ses instincts populistes, envoie des bulldozers pour casser des logements.

Conséquence: des familles mises à la rue et L’Etat condamné à payer plusieurs milliards de francs CFA aux victimes pour dommages et intérêts.

Le second, Me. Mamadou Ismaël Konaté, lui, revendique avec fierté des réformes imprimées à l’outil judiciaire pendant son bref passage à la tête de ce département. L’ancien ministre de la Justice, passé maître dans l’art de la critique sur les réseaux sociaux, se vente d’avoir créé l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (Oclei). Auteur d’un livre, depuis 2018, dans lequel il dit tout le mal qu’il sait de la justice malienne, l’ancien Garde des Sceaux, dans son bilan, affirme aussi avoir activé plus d’une centaine de dossiers de corruption.

Mais, comme son autre confrère et prédécesseur, Me. Mamadou Ismaël avait un gros défaut qui a conduit à son échec : le zèle. Trop pressé de se bâtir une réputation dans le gouvernement, il tente de conclure un deal avec l’animateur radio Ras Bath. Objectif : communiquer sur ses futures poursuites judiciaires. Échec. La suite est connue. Emprisonné puis libéré, le porte-parole du CDR lynche Mamadou Ismaël Konaté sur les ondes des radios et réussira même à le faire partir du gouvernement sur la pointe des pieds. Ce, par la force du micro et de la rue.

Autre échec cuisant. Quand les magistrats décrètent une grève illimitée, le Garde des Sceaux d’alors, Mamadou Ismaël Konaté, trop sûr de lui-même, menace au nom on ne sait de quelle loi, de remplacer les grévistes par de nouveaux magistrats. Des échecs auxquels s’ajoute le fiasco du procès Amadou Aya Sanogo et coaccusés. Après le grand bluff, voilà arrivé l’ère du concret.

Lassina NIANGALY

Source : Le pays

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