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Sommet de l'OIF: le Canada et le Québec lâchent Michaëlle Jean

Le Canada et le Québec ont annoncé, ce mardi 9 octobre 2018, qu'ils retiraient leur soutien à la candidature de Michaëlle Jean pour le poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

L'ancienne journaliste canadienne, née en Haïti, concourait pour un second mandat, mais la Rwandaise Louise Mushikiwabo est désormais assurée de prendre sa place lors du 17e sommet de la Francophonie, qui ouvrira ses portes jeudi en Arménie.

Avec nos envoyés spéciaux à Erevan, Christophe Boisbouvier,  Jean-Pierre Monzat  et  Igor Gauquelin

La « bataille des dames » pour la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie, n'aura sans doute pas lieu. A quelques heures du 17e sommet de l'OIF, organisé les 11 et 12 octobre 2018 dans la capitale de la République d'Arménie, la Canadienne Michaëlle Jean, en quête d'un second mandant, a perdu le soutien des siens et se retrouve sans aucune chance de l'emporter.

Mardi soir, le Canada et le Québec se sont en effet ralliés à la candidature de sa rivale, la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo, qui était déjà soutenue par la Belgique, la France, l'Union africaine et une grande partie des près de 30 Etats africains de l'OIF. Mis en minorité ces derniers mois, les Nords-Américains expliquent vouloir éviter de rompre avec la coutume, qui veut que le secrétaire général de l'OIF soit choisi unanimement et non lors d'un vote.

« Le Canada a décidé de se rallier au consensus, comme c'est la tradition, ça a toujours été la manière de faire, on ne va pas la changer », expliquait en soirée à l'Agence France-Presse une source gouvernementale outre-Atlantique, laissant au passage entendre que Michaëlle Jean pouvait encore choisir de jeter l'éponge de sa propre initiative : « On a bien vu qu'elle n'avait pas les appuis nécessaires, la suite lui appartient, il faut se rendre à l'évidence. »

« Pour ce qui est du poste de secrétaire général, le Canada est prêt à se rallier au consensus, comme le veut la façon de faire en Francophonie », a confirmé Jérémy Ghio, porte-parole de la ministre canadienne de la Francophonie Mélanie Joly, dans un courriel adressé à la presse. Même son de cloche également chez le nouveau Premier ministre élu du Québec, François Legault, attendu à Erevan avec Justin Trudeau, et qui salue le « potentiel » du consensus qui se dessine.

En annonçant sobrement qu'il se rallie à ce consensus naissant autour de Louise Mushikiwabo, le Canada utilise finalement une « façon polie » pour annoncer qu'il retire son soutien à Michaëlle Jean, explique-t-on du côté d'Ottawa. Une manière très diplomatique, donc, mais pour autant dénuée de la moindre ambiguïté. Le Canada laisse désormais le chef du gouvernement Justin Trudeau s'exprimer sur le sujet. Il devrait le faire à son arrivée à Erevan ce mercredi.

La combativité de Michaëlle Jean, les soutiens de Louise Muchikiwabo

A 24 heures du sommet, les deux rivales sont en tout cas sur place et se sont même chaleureusement saluées lundi. Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada née en Haïti, savait qu’elle ne partait pas favorite pour garder son poste. Mais elle s'est battue. Elle espérait encore pouvoir convaincre une majorité des 54 délégations de plein droit, sur 84 entités représentées au total, lors du huis clos prévu entre chefs d’Etat et de gouvernement vendredi.

Mardi soir, quelques chefs d’Etat africains semblaient encore encourager Michaëlle Jean à se battre jusqu'au bout, malgré le lobbying de la France. Il se murmurait que le Tunisien Béji Caïd Essebsi et le Malien Ibrahim Boubacar Keïta n'étaient pas hostiles à sa candidature. Bien que Mme Muchikiwabo ait reçu le soutien du comité des candidatures de l'UA le 28 juin dernier à Nouakchott, « IBK » avait d'ailleurs invité Mme Jean à Bamako le 22 septembre dernier.

Ces trois derniers mois, avant de changer son fusil d'épaule, le Premier ministre fédéral du Canada a tout fait pour défendre sa compatriote. Depuis la fin juin, il a téléphoné un par un aux chefs d'Etat africains, pour essayer de casser le consensus qui s'était formé à Nouakchott lors du sommet de l'UA. Mais en face, Louise Mushikiwabo a mené une campagne méthodique, avec l'aide décisive de son président. Et face à ce bloc africain, Justin Trudeau a commencé à douter.

En début de semaine, des éléments parus dans la presse canadienne ont commencé à se faire l'écho d'un doute dans l'entourage de Mme Jean. La France aurait même promis au Canada d'appuyer sa campagne pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU contre le retrait de sa ressortissante. L’un des enjeux : éviter que le sommet ne se retrouve parasité par la question du secrétariat général sur fond de désaccord entre les deux gros bailleurs de l'OIF.

Selon un dernier pointage effectué mardi soir à Erevan, Michaëlle Jean espérait encore pouvoir compter sur le soutien de quelque 17 à 18 délégations au sein de l'OIF vendredi, malgré les polémiques sur sa gestion financière. En dépit des critiques dont fait l’objet le Rwanda sur la question des droits de l'homme et sur son rapport complexe à la Francophonie, Louise Muchikiwabo aurait donc probablement le vent en poupe en cas de vote formel. D'où la décision du Canada.

Le retour de l'OIF dans le giron de l'Afrique sous l'impulsion de Paris

« J'aime bien Justin Trudeau, mais je n’ai pas envie de me mettre à dos Paul Kagame », soufflait encore récemment un chef d’Etat d’Afrique de l’Ouest à RFI, traduisant à sa manière à lui la logique africaine à l'œuvre ces derniers mois au sein de l'OIF, en faveur de Louise Mushikiwabo, et plus généralement la tentation de tout un continent, où vit la majorité des Francophones du monde, de voir repris en main le poste de secrétaire général de l’organisation, occupé en leur temps par l'Egyptien Boutrous Boutros-Ghali et le Sénégalais Abdou Diouf avant Michaëlle Jean.

« Le cœur de la Francophonie bat en Afrique », tel était d’ailleurs l’argument brandi par la France ces dernières semaines, alors qu'elle se défend d’avoir soufflé l’idée d’une candidature rwandaise à Kigali pour servir ses intérêts, et se retranche officiellement derrière le choix des Africains et l'intérêt de la Francophonie pour justifier sa position. Mais le témoignage d’un partisan de Michaëlle Jean en dit long sur le rôle prêté à Paris dans cette affaire : « Les Français, quand ils veulent quelque chose, ils mettent le paquet et c’est très impressionnant. »

M. Macron a mis une forte pression sur les épaules de Justin Trudeau lors d'un tête-à-tête il y a deux semaines à New York. En amont, il a fait passer des messages à Kigali via des émissaires et plus précisément Maurice Lévy, selon Paul Kagame lui-même. Il a mobilisé le roi du Maroc, à croire un proches de ce dernier. Mais c'est en février, en marge d'une réunion sur le G5 Sahel, que les Français ont demandé au président de la Commission de l'UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, de soutenir leur initiative. L'UA dont le Rwanda assure actuellement la présidence tournante.

Source : RFI

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