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Analyse politico-sécuritaire du Mali : Didier Dakouo dénonce la diversité des mandats de Barkhane, de la Minusma et des FAMa

“Une volonté politique manifeste des autorités maliennes et de la communauté internationale devrait les amener à plus d’interventions militaires intégrées en dépit de la différence de leurs cahiers de charges car, au-delà des différences, l’objectif affiché demeure le même à savoir la paix pour le Mali”, assure Didier Dakouo, manager de sécurité.

 Les mois de mars et d’avril 2012 marquèrent un tournant décisif dans l’histoire politico-sécuritaire du Mali. Les deux mois ont respectivement connu le coup d’Etat militaire improvisé contre Amadou Toumani Touré, président d’alors de la République du Mali, et la chute des trois régions du Nord ; à savoir : Tombouctou, Gao et Kidal aux mains d’une rébellion à dominante touareg qui réclamait la sécession du Mali pour créer la République de l’Azawad.

Très vite, ils seront mis en déroute par des groupes jihadistes ou terroristes liés à Al-Qaïda dont le plus influent fut le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), qui sévit dans les régions du Nord du Mali pendant une bonne dizaine de mois.

A l’initiative du Mali et sur demande expresse du président de la transition d’alors le Pr. Dioncounda Traoré, la France intervint militairement au Mali en février 2013 sous l’égide du Conseil de sécurité des Nations unies pour “débarrasser” le Mali des jihadistes dans le Septentrion. Cela a permis l’organisation de consultations électorales et l’élection du président de la République Ibrahim Boubacar Kéita qui conduisit des négociations dont l’accord préliminaire de Ouagadougou a finalement conduit à la signature d’un accord définitif pour la paix en mai 2015. Depuis, le pays nourrit l’espoir d’isoler pour de bon les violences terroristes, criminelles et surtout les conflits intercommunautaires.

Deux ans après la signature de l’accord pour la paix, le constat est triste, le résultat est piètre face aux efforts déployés, les espoirs s’amenuisent. A ce jour, les efforts déployés pour la paix et la stabilité du Mali sont multiples et multiformes. Voici les partenaires internationaux qui ont plus ou moins directement agi.

Le Burkina Faso a conduit les premières négociations, la France s’est déployée à travers les opérations Serval et Barkhane, et l’Algérie a agi en qualité de second médiateur. L’Union africaine a déployé les premières troupes militaires au Mali après l’intervention française, et les Nations unies à travers le déploiement de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) ont pris la relève de la Mission africaine avec la résolution 2100 du Conseil de sécurité des Nations unies. Enfin, l’Union européenne s’attèle à la formation des militaires maliens. Face à une telle débauche d’efforts au chevet du Mali, les enjeux sont énormes. D’abord la question de l’efficacité et de l’efficience de ces acteurs se pose et le devoir de résultat s’impose au risque d’entacher leur image et leur crédibilité.

Le  contexte sécuritaire malien et ses implications politiques actuelles ?

L’environnement sécuritaire du Mali s’est dégradé dans plusieurs  régions du pays. Le conflit autrefois qualifié de “conflit du Nord” a une incidence aussi importante, voire plus importante au centre que dans le Septentrion du Mali.

La flambée de violence et la recrudescence des actes criminels et terroristes pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs au nombre desquelles nous avons :

L’immensité et la complexité géographique du Nord du Mali, avec la difficulté d’accès et de contrôle de certaines zones par les Forces armés maliennes, la difficulté de maîtrise du terrain par les forces étrangères, l’absence d’opérations conjointes réelles des différentes forces Minusma, Barkhane, FAMa, voire groupes armés, la limitation des moyens logistique des forces armées maliennes, la difficulté du pouvoir central à canaliser les groupes armées signataires des accords de paix d’Alger, les conflits intercommunautaires fratricides entre les communautés touaregs et la enfin la lenteur dans le processus du désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des combattants ou groupes armés. Parmi les facteurs ci-dessus cités, contribuant à l’insécurité grandissante au nord et au centre du Mali, aucun n’en demeure moins important.

En dehors des réunions de coordinations entre les états-majors de la Minusma, Barkhane et FAMa, les trois forces ne mènent pas d’interventions courantes conjointes sur le terrain, diversité de mandat oblige. La Minusma, qui s’accroche à son mandat de protection de civils et l’accompagnement du processus politique, Barkhane avec quelques milliers d’hommes qui prétend lutter contre le terrorisme dans le Sahel, donc le Mali n’étant pas la seule priorité, et les Forces armées maliennes qui, en même temps protègent les civils contre les violences, luttent contre le terrorisme, et doivent faire face aux conséquences dégénératives des conflits intercommunautaires en cas de besoins.

Cependant, s’il est vrai que toutes ces forces ont le même objectif ; à savoir : la paix et la sécurité du Nord et du Centre en particulier et du Mali en général, une volonté politique manifeste des autorités maliennes et de la communauté internationale devrait les amener à plus d’interventions militaires intégrées en dépit de la différence de leurs cahiers de charges  car, au-delà des différences, l’objectif affiché demeure le même à savoir la paix pour le Mali.

L’impuissance et le manque de fermeté des autorités maliennes et de la communauté internationale à l’égard de certains groupes armés signataires des accords de paix pour le Mali, influent énormément sur la persistance des tensions intercommunautaires exacerbées par la divagation des combattants armés. Les conséquences néfastes découlant de ces actions ou comportements sont, entre autres, des actions criminelles commises par des individus armés non identifiés, cherchant avant tout à survivre par tous les moyens en attendant l’aboutissement du processus politique mis à mal par le non-respect des accords signés.

L’effet contraire du Mécanisme opérationnel de coordination (Moc)

Le Mécanisme opérationnel de coordination (Moc) devrait apporter une touche non négligeable, voire capitale à la sécurisation des zones de conflits et la réduction des actes criminels dont les braquages des individus isolés. Il faut rappeler que ce mécanisme est une disposition de l’accord de paix qui consiste à organiser des patrouilles conjointes menées par des forces régulières et combattant les différentes factions rebelles armées afin de contribuer aux efforts de paix et de stabilité et de poser les jalons de la cohésion sociale et du vivre ensemble des communautés rivales.

Deux ans après la signature de l’accord pour la paix au Mali, ce mécanisme eut l’effet contraire avant de fonctionner de manière bancale. Effet contraire, car les groupes armés rivaux refusèrent de faire fi des rivalités et de s’accepter mutuellement au sein des Moc.

Bien que revendiquée par Al Mourabitoune, l’attaque la plus meurtrière de l’histoire du terrorisme au Mali qui s’est produite le 18 juin 2017 dans le camp du Moc à Gao, mis le feu au poudre, poussant certains groupes combattants à déclarer que c’était une manœuvre visant à réduire leurs troupes.

Le bilan s’éleva à près de 80 morts et plusieurs blessés. Alors, le Moc, au lieu de marcher droit vers le l’objectif assigné, commença à boiter, en raison de handicaps l’empêchant d’atteindre son but initialement défini. Des combats violents s’en sont suivis en flagrante violation des accords pour éloigner les groupes armés signataires, de l’esprit de l’accord sous le regard de la communauté internationale.

Rôle et place de la DDR dans la stabilisation du Mali

Quand la démobilisation et la réinsertion suscitent des espoirs qui peinent à devenir réalité, la prolifération des armes et la croissance exponentielle de la criminalité deviennent une triste réalité à contempler, car la démobilisation le désarmement et la réinsertion des combattants demeurent l’un des moyens pour limiter la prolifération des armes légères dans une zone de conflit.

La DDR étant un processus qui suscite des convoitises au sein des groupes armés, son annonce et la lenteur dans sa mise en œuvre a occasionné dans le contexte malien des luttes suprématistes auxquelles les combattants se sont livrés pour se tailler la part belle au moment des cantonnements.

D’aucuns accusent les autorités maliennes d’entretenir des liens occultes avec certains groupes armés, et à la France de jouer un double jeu entre certains groupes armés et les autorités maliennes. Même si ces accusations restent à prouver au-delà d’un faisceau d’indices, il est cependant clair que ce sentiment de laxisme ne concourt guère à la cessation des hostilités entre les rivaux.

 De la reconquête du Nord à la résurgence de la crise du Centre  et du Sud

La situation sécuritaire épineuse du Centre est aussi difficile que celle du Nord. Il s’agit cette fois-ci d’une lutte contre des groupes radicaux ou jihadistes selon la terminologie voulue ou choisie par chacun. Toute la complexité de cette situation réside dans le fait que les militaires maliens sont accusés de violation de droits de l’Homme d’une part et  s’estiment eux, être dans leur mission régalienne de défense et de protection du territoire d’autre part.

Après la reconquête du Nord, plusieurs personnes ont été interpellées dans les campements peuls, dont les leaders des pasteurs nomades qui avaient rejoint ou envoyé leurs proches dans les camps d’entraînement du Mujao à Gao.

Pendant que les efforts étaient concentrés sur le processus de paix et de réconciliation dans le conflit du Nord, le Centre du Mali est devenu entre-temps le nouveau théâtre de violences contre les Forces armées maliennes du Mali.

Certaines attaques perpétrées au centre comme au sud du Mali, furent revendiquées par la frange d’Ançar Eddine du Sud, parfois appelée Katiba du Sud. D’autres attaques cependant pas les moindres, commises contre le restaurant “La Terrasse”, l’hôtel Radisson, ont été revendiquées par le Al Mourabitoune et récemment l’attaque terroriste contre le Campement Kangaba de Bamako revendiquée par “Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin” un groupe terroriste qui a fait allégeance à Al-Qaïda et qui coalise les principaux groupes terroristes qui opèrent au Mali.  Ces multiples incidents au sud et au centre prouvent à suffisance que le pays est infesté par divers groupes terroristes qui gardent toujours une grande capacité de nuisance en dépit des efforts consentis par les forces internationales en action au Mali.

Au regard de la situation sécuritaire qui prévaut au Mali, bon nombres de citoyens ne savent plus à quel saint se vouer, car l’insécurité a  atteint son paroxysme. Les incidents criminels et terroristes ont une influence négative sur le Mali et entravent d’une part l’émergence et le développement économique, humain, éducatif et socio-médical des populations touchées.

Les incidents enregistrés par des organisations concernant les grandes catégories de menace dont le terrorisme, le conflit armé et la criminalité durant les deux dernières années, ne semblent pas démontrer des signes d’amélioration.

Selon International Crisis Group, les autorités maliennes ayant partiellement géré la crise se focalisant sur le septentrion après la libération, se retrouvent aujourd’hui à gérer les conséquences d’énormes erreurs commises de 2013 à 2016. En effet, le manque d’attention, et la négligence de la soif de justice de l’une des populations majoritaires du Centre à savoir les Peuls, a commencé depuis l’interpellation dans les campements peuls après la libération, a conduit à la création d’un mouvement armé dénommé Front de libération du Macina.

La résolution de cette nouvelle crise nécessite d’élaborer des programmes spécifiques de dé-radicalisation prenant en compte la justice sociale et les vulnérabilités des jeunes, ainsi que leurs projets dans les secteurs d’insertion professionnelle, à savoir l’éducation et l’emploi.

Par conséquent, la complexité du problème de la radicalisation ou des actes de violence radicale, nécessite l’implémentation d’un véritable programme intégré sur le plan sociologique, économique, politique et enfin militaire pour contrer la menace appelée jihadiste ou terroriste qui relevant beaucoup plus d’une manipulation facilitée par de grandes vulnérabilités, instrumentalisent la religion musulmane qui font basculer la jeunesse qui en proie à de tels actes que plutôt une conviction fondée sur des croyances religieuses.

Les pistes de solutions à court, moyen et long terme

A court terme, il faut inéluctablement le redéploiement des autorités administratives, exécutives, législatives, éducatives, sanitaires, et sécuritaire sur l’ensemble du territoire pour redonner confiance et espoir aux enfants, adolescents et jeunes des cinq cents écoles fermées des zones d’insécurité en fin d’année scolaire 2017 contre près de trois cents en fin d’année scolaire 2016 soit 13 % de l’ensemble des écoles de la région de Mopti

S’il est vrai que l’avenir d’un pays repose sur sa jeunesse, il est d’autant plus vérifié que cette jeunesse doit être éduquée, soignée, économiquement épanouie dans une société dépourvue de  velléités susceptibles de plonger cette jeunesse dans un mirage de jihadisme comme moyen d’expression.

A moyen terme, il s’avère vital de :

    Développer des programmes destinés à donner une plus grande conscience participative à la gestion de la sécurité aux populations des zones d’insécurité en particulier et à toute la population malienne en général en impliquant les leaders religieux et communautaires.

    Mettre un accent particulier sur la prévention des conflits armés et des incidents criminels par le biais de partage d’informations sécurisées et fluidifiées pouvant créer la confiance entre les populations et les forces de l’ordre sans délation d’un côté ni bavure de l’autre.

A long terme, privilégier le transfert de compétences entre la force française Barkhane et les Forces armées maliennes notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, assurer une formation de recyclage à toutes les forces militaires et paramilitaires face aux nouveaux types de menaces récurrentes, les modes opératoires et les conditions favorables aux attaques, l’inclusion de nouveaux curriculums d’enseignement de droits de l’Homme à tous les niveaux de formations militaires et paramilitaires, des efforts continus en dépit de ceux déjà déployés dans le renforcement des moyens logistique de l’armée (armes, locomotive, matériel des renseignement et de communication etc.) afin de contenir toutes les menaces dans une zone donnée de manière autonome.

De nos jours, la création d’une Forsat (Force spéciale antiterroriste) de quelque milliers d’hommes s’avère inefficace dans un pays de plus de 15 millions d’habitants, pour contrer une menace terroriste généralisée et versatile dans un contexte sécuritaire volatile. Alors tous les militaires doivent être des forces spéciales antiterroristes.

Didier Dakouo, Manager sécurité

Source : L'Indicateur du Renouveau  11 Oct 201

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Commentaires

0 #1 OttoX 15-10-2017 16:29
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