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Macron au Mali: la France doit réorienter sa stratégie, selon la FIDH

La politique française en Afrique, et particulièrement au Mali où se rend vendredi le président Emmanuel Macron, est trop "purement militaire", et doit prendre en compte le besoin de changement démocratique qui s'exprime sur le continent, estime Florent Geel, de la FIDH.

La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a publié récemment un rapport alarmant sur le Mali, qui connaît "un niveau d'insécurité sans précédent" près de deux ans après la signature d'un accord de paix.

Q- Quelle est la situation au Mali ?

R- La situation empire, puisque la violence s'est étendue au centre du pays, ainsi qu'aux frontières avec le nord du Burkina et le Niger. C'est conforme à la stratégie des groupes armés qui instrumentalisent, faute d'arbitre étatique, des conflits locaux, et leur donnent une dimension régionale et "terroriste".

Les groupes armés, y compris parmi les signataires de l'accord de paix d'Alger (en mai 2015), entretiennent l'instabilité qui est bonne pour eux et leurs business. Et leur stratégie de harcèlement marche très bien, notamment avec la Minusma (Mission de maintien de la paix de l'Onu), qui a passé plus de temps à se protéger qu'à protéger les civils.

Cela va de pair avec des progrès extrêmement lents dans la mise en œuvre de l'accord d'Alger.

Q- Quel regard portez-vous sur l'action de la France au Mali?

R - La stratégie purement militaire demeure limitée, et il va falloir que la diplomatie française en tire les conséquences. On ne nie pas la nécessaire dimension sécuritaire mais le constat est sans appel: on ne règlera pas la question du terrorisme sans prendre en compte toutes les dimensions.

Jusqu'à présent, la politique africaine française a été marquée par la prépondérance de la vision de Jean-Yves Le Drian (ex6ministre de la Défense devenu chef de la diplomatie) et une stratégie mêlant la présence militaire et les alliances avec les autocrates de la région comme le président tchadien Idriss Deby. Le tout au prix d'un silence important sur les violations des droits de l'homme et les enjeux de gouvernance. Ainsi, rien n'a été dit sur l'élection contestée et contestable de Deby, rien n'a été dit sur le Congo- Brazzaville, rien ou presque n'a été dit sur le Gabon.

Parallèlement, en terme d'aide publique au développement la politique française a atteint un niveau historiquement bas, 0,38% du revenu national brut, et n'est pas forcément bien orientée ou adaptée.

Q- Qu'attendez vous de la nouvelle présidence française ?

R - M. Macron représente au niveau international le pragmatisme, l'ouverture. Il doit savoir que la nécessité de changement est aussi importante en Afrique qu'en France. La gouvernance, la démocratie, et les élections sont les conditions du développement. Il faut faire confiance à l'espoir démocratique en Afrique, investir dans le secteur de la gouvernance.

A cet égard, la lutte contre l'impunité est cruciale, et nous devons réorienter notre aide publique vers la justice. Je vous donne un exemple. La FIDH a déposé deux plaintes au Mali, concernant des crimes sexuels commis à Tombouctou pendant l'occupation jihadiste (en 2012 et 2013). Il y a 130 victimes, et 15 principaux responsables ont été identifiés. Certains sont morts, d'autres sont dans la nature, d'autres sont encore bien connus. C'est le cas de Alfousseyni Ag, dit "Houka Houka", l'ancien juge islamiste de Tombouctou, inculpé pour de graves crimes. Il vit dans la région, c'est quelqu'un qu'on pourrait appréhender sans déstabiliser l'accord de paix. Et pour les habitants de Tombouctou, cela serait un message fort, cela montrerait qu'on ne fait pas la paix à n'importe quel prix.

Source : AFP 19/05/17

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