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Burkina Faso: électeurs ou non, les déplacés de Kaya placent leurs espoirs dans le scrutin

La campagne se poursuit au Burkina Faso en vue de la présidentielle et de législatives du dimanche 22 novembre. Selon l’ONU, le pays compte environ un million de déplacés dont près de la moitié (plus de 400 000) vivent actuellement dans la région du centre-nord, la région de Kaya, à une centaine de kilomètres de la capitale. Ils pourront voter là où ils se trouvent... mais pas tous. Reportage.

Avec notre envoyée spéciale à Kaya,  Carine Frenk

Secteur 6, à l’est de Kaya. C’est là, dans une petite maison, que se sont installées quatre veuves venues du village de Dablo, 100 km plus au Nord. Elles ont toutes de jeunes enfants, et toutes un peu la même histoire. Il y a Zenabo, Kotim, Habibou et aussi Fati. « C'était un dimanche, raconte-t-elle. Il était 9h, j'étais au champ, en train de cultiver. Mon mari est venu, il m'a demandé d'aller lui chercher un café. À mon retour, une vingtaine d'hommes avaient débarqué de nulle part. Mon mari a essayé de s'enfuir. Ils l'ont poursuivi, et ils l'ont tué. vous imaginez maintenant quelle est ma vie. »

Bien sûr le quotidien est toujours difficile, dit-elle. « Le problème, c'est le manque d'argent. Pour en gagner un peu, je lave des habits, je fais quelques travaux champêtres. Mais la vie n'est pas du tout simple pour moi. »

Fati a sa carte d’électrice. Elle votera prochain. Elle demande à celui qui sera élu de ramener la paix. Elle voudrait rentrer chez elle, à Dablo.

 « Je ne pourrai pas voter, je me sens un peu oublié »

Pendant ce temps justement, le village organise le scrutin de dimanche prochain. Issouf Ouédraogo, le président de la commission électorale communale indépendante (Ceci) de Kaya, est un homme débordé. À quelques jours du vote, la commission distribue des cartes d’électeurs aux déplacés. « C'est la carte d'un déplacé. Cette personne va voter à la garderie populaire. On les a intégrés un peu partout dans les différents bureaux de vote dans la commune de Kaya. »

Tous ceux qui avaient carte d’identité ont pu être enrôlés sans problème. Ceux qui étaient inscrits et avaient leur ancienne carte d’électeur ont dû faire des demandes de transferts. 1550 dossiers ont été traités. « Ca nous a pris deux mois en gros. Et chaque jour, on était là à remplir les demandes pour les envoyer à la Céni à Ouaga. Donc ça n'a pas été vraiment facile. »

Sayouba a 28 ans. Il fait partie de ces déplacés, les plus nombreux selon la Céni, qui n’ont ni pièce d’identité ni ancienne carte d’électeur. Il ne pourra pas voter. « Quand il y a eu l'attaque, on est parti dans la précipitation sans pouvoir prendre nos papiers. Et on est ici sans pouvoir faire de carte d'électeur parce qu'on n'a pas les documents nécessaires pour ça. Dimanche, je ne pourrai pas voter et ça me fait mal parce que c'est quelque chose que tout le monde doit faire et moi je ne peux pas le faire. Je me sens un peu oublié. »

À Kaya ville, 184 bureaux de vote seront ouverts dimanche. Plus de 63 000 électeurs sont inscrits. Selon la Céni, en raison de l’insécurité, 1334 bureaux de vote dans 860 villages ne pourront pas ouvrir. Ce qui représente 6% des bureaux de vote.

Source : RFI

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