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Sénégal: la tuerie en Casamance liée au trafic de bois?

Après l'attaque qui a fait 13 morts en Casamance samedi 6 janvier, beaucoup de zones d'ombres perdurent. On ne sait pas pour l'heure qui sont les auteurs de ce crime. Une chose est sûre, les tensions sont fortes autour des forêts de Casamance.

Cette affaire ressemble à un règlement de compte entre villageois et exploitants clandestins de la forêt classée de Toubacouta, si l’on se réfère aux nombreux témoignages recueillis sur place. La sureillance de la forêt a été confiée aux jeunes de Toubacouta, regroupés au sein d’un comité de vigilance. Ce comité prélève des taxes sur chaque arbre coupé.

« Les membres de ce comité sont, eux aussi, des exploitants clandestins comme nous, explique un rescapé du massacre. Ce sont eux qui nous vendent des troncs et, depuis plus de 20 ans, tout le monde est au courant. Nous payons 10 000 francs CFA pour la patente et 2 500 francs CFA pour la caisse du village. Cela fait 20 ans que cela dure. Mais depuis que nous avons compris que la forêt nous appartient tous, nous avons refusé de payer les taxes. Voilà la cause du malentendu… »

Alors où passe l’argent collecté ? Le service des Eaux et forêt était-il au courant de ce deal ? « Ils sont bel et bien au courant, répond cet exploitant rescapé de la tuerie. Tous les chefs sont informés. Mais ils nous disent que les papiers délivrés par comité n’ont de valeur que dans la forêt. »

Ce sont les membres de ce comité qui avaient maille à partir en octobre dernier avec des exploitants. L’affaire portée devant la justice a été tranchée en faveur de ces derniers. Quatre jeunes de Toubacouta avaient été arrêtés et écroués. L’affaire a été ensuite réglée à l’amiable mais un goût amer demeurait. Serait-il la cause du massacre de 13 exploitants samedi ? La gendarmerie a ouvert une enquête.

Une forêt protégée

Ce que l'on sait, comme le confirme le ministre sénégalais de l'Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, c'est que les victimes étaient en train de ramasser du bois dans la forêt de Bofa Bayotte lorsqu'elles ont été attaquées.

La forêt de Bofa Bayotte fait partie des zones protégées de la Casamance. Ce sont des forêts très riches, qui attirent les convoitises. « La forêt c'est une ressource importante. [...] Avant, elle était partout, elle était luxuriante », se souvient Haïdar el-Ali, ancien ministre de l'Environnement et président de l'association Océanium, installée à Ziguinchor.

Problème, cette richesse est aujourd'hui la cible des pillages. « On coupe de plus en plus, on pille, on saccage, et la forêt recule donc ça crée des conflits pour l'accès à cette ressource. Aujourd'hui, il y a des gens qui en ont un peu marre de tout ça et qui prennent les armes. Ce n'est sûrement pas la solution, mais ça fait longtemps que ça dure », déplore l'ancien ministre.

Tensions

Selon lui, les tensions autour de la forêt ne font que s'accroître dans la région. « Il y a un mois, il y a un camion chargé de bois d'exploitants frauduleux qui a été brûlé. Avant, des défenseurs de l'environnement ont été attaqués. Je connais un chef de village qui défendait sa zone et qui a été tué. Je connais des jeunes qui défendaient leur zone et qui sont à l'hôpital... » énumère Haïdar el-Ali.

Les victimes de la tuerie de samedi venaient de Ziguinchor. Beaucoup de jeunes de la région participent à ce trafic de bois, selon Ibrahima Gassama, journaliste et directeur de la radio Zig FM. Il explique que les zones les plus touchées sont en général situées aux frontières du Sénégal avec la Gambie et la Guinée-Bissau. « Le gouvernement a voté une loi criminalisant un peu ces pratiques, mais on a beau vouloir sécuriser [les frontières] l'armée ne peut pas être à chaque centimètre de la frontière », reconnait-il.

Le ministre sénégalais de l'Intérieur promet en tout cas de mener une traque « rude, et sans répit » pour retrouver les auteurs de la tuerie de samedi. Même si les circonstances de ce drame qui a fait treize morts sont toujours aussi floues, Aly Ngouille Ndiaye a tenu à assurer que cet évènement ne remet pas en cause le processus de paix engagé dans la région.

Source : RFI

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