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Rencontre Sarraj-Haftar: quelle implication pour la France en Libye?

Le président français Emmanuel Macron fait du dossier libyen une de ses priorités, tout comme la sécurité en Afrique. Les efforts pour la Libye, estime l'Elysée, vont dans le sens des efforts fournis pour la lutte contre le terrorisme et la lutte contre les flux migratoires.

La rencontre, mardi 25 juillet, près de Paris, entre les deux protagonistes de la crise libyenne, le président du Conseil Fayez al-Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar, s’inscrit dans ce cadre.

Les Libyens continuent de penser que Paris porte une grande responsabilité dans le chaos libyen. La France de Nicolas Sarkozy, en 2011, s'est fortement engagée pour entraîner la chute du guide libyen Mouammar Kadhafi mais, tout comme l'Otan, n’a pas assuré la suite.

En réunissant Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar, en région parisienne, la France affiche un regain d'intérêt pour ce dossier. Le vrai chef d’orchestre de cette opération est le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Dans sa conception, il est impossible de lutter contre le terrorisme dans les pays du Sahel et du Sahara, sans stabiliser la Libye. Il en va de même pour la question des flux migratoires. Seul un Etat libyen souverain et fort, doté d'une armée unifiée, pourra les stopper.

Selon l'Elysée, Emmanuel Macron veut jouer un rôle très actif pour la Libye. Il veut contribuer aux efforts diplomatiques menés pour un retour de la paix et de la stabilité à Tripoli. Son initiative est simple et s'inscrit dans la droite ligne des efforts menés, depuis des années, par les Nations unies, l'Union africaine et plusieurs autres pays comme l'Egypte ou encore le Maroc.

Question de timing

C'est donc dans une dynamique collective que la France souhaite agir pour la Libye. Elle veut, par cette initiative, faciliter une entente politique entre les deux partis, au moment où le nouveau représentant spécial des Nations unies pour la Libye, Ghassan Salamé, prend ses fonctions de médiateur.

Ce Franco-Libanais, fin connaisseur de la politique internationale a le soutien de Paris et c'est ici même, qu'il inaugurera sa mission en participant aux rencontres. Les Libyens espèrent beaucoup de ce sixième émissaire de l'ONU. Entre Martin Kobler, l'émissaire précédent, et le maréchal Haftar, rien n'allait plus. A plusieurs reprises ce dernier avait refusé de le rencontrer.

Les rencontres parisiennes sont d’ailleurs placées sous l'égide de l'ONU. Il y sera question des prochaines élections législatives en Libye, annoncées pour 2018. En fait, ce sont les modalités de la transition politique durant les mois à venir, qui seront évoquées. Dans la longue marche vers la réconciliation nationale, Paris n'est qu'une étape.

Des ambitions modestes

Une déclaration conjointe pourrait cependant être signée. Un texte fait depuis dimanche soir l’objet de nombreuses tractations. Paris faisant pression pour que les deux camps s’engagent à la fois à mettre un terme aux hostilités et parviennent à avancer sur la tenue d’élections législatives. Mais cette déclaration qui n’est pas encore sûre de voir le jour…

« S’il y a un texte, on sera content, avance-t-on prudemment dans l’entourage du chef de l’Etat, mais ce n’est pas l’alpha et l’oméga de la journée, l’important c’est la rencontre », fin de citation… Un texte commun constituerait tout de même une évolution notable par rapport à Abou Dhabi où Fayez al-Sarraj, le Premier ministre du gouvernement d'union nationale de Tripoli et le maréchal Khalifa Haftar s'étaient déjà rencontrés en mai dernier.

Grincement de dents

Cependant, l’initiative française fait grincer des dents. C'est, en effet, le cas de l'Italie, ancienne puissance coloniale et premier investisseur en Libye. Son ministre de l'Intérieur, Marco Minniti, est fortement impliqué dans ce dossier et Rome a des forces sur le terrain, très précisément à Misrata.

En première ligne face à la migration, l’Italie considère que la France est responsable du « désastre » libyen. « La France ne doit pas répéter en Libye les erreurs commises par le passé », a commenté Sandro Gozi, secrétaire d'Etat italien aux Affaires européennes. Malgré le coup de fil de Jean-Yves Le Drian, encore lundi matin, avec Rome, Sandro Gozi estime que l'engagement de Macron dans la crise « doit être inclusif » et s'appuyer sur « une relation spéciale » avec l'Italie.

Jean-Yves Le Drian, en préparant cette rencontre libyenne, a par ailleurs appelé son homologue algérien car, côté algérien, il y a là aussi des réticences. Alger préfère les initiatives des pays voisins et de l'Union africaine à ceux de l'Occident concernant la Libye. L’Algérie partage, avec ce pays voisin, près de 1 000 km de frontière et craint pour sa sécurité. Alger possède sa propre vision pour une solution de la crise libyenne. Plusieurs personnalités libyennes sont d’ailleurs invitées à se rencontrer à Alger, la semaine prochaine.

Concernant toujours la rencontre de Paris, certains observateurs libyens restent sceptiques. Pour eux, trop d'initiatives tuent l'initiative ou bien compliquent encore plus ce dossier libyen. Ils considèrent que chaque pays a ses intérêts en Libye et se pose la question de savoir à quel point ces intérêts s'accordent avec les attentes et les propres intérêts des Libyens.

Source : RFI

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