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Législatives en Gambie: un scrutin sans histoire aux enjeux majeurs

Les bureaux de vote ont fermé leurs portes à 17h heure locale. Place maintenant au décompte. Les résultats seront compilés par la Commission électorale indépendante (IEC).

238 candidats se disputent les 53 sièges de l'Assemblée nationale, jusqu'à présent massivement dominée par des députés du parti de l'ancien président. Le scrutin s'est déroulé dans le calme. La participation est moins importante que lors des dernières présidentielles, mais pour ceux qui se sont déplacés, ces premières élections depuis le départ du dictateur Yahya Jammeh étaient très importantes.

Fatou était sur place avant même l'ouverture des bureaux ce matin, à faire la queue pour voter. Elle n'aurait raté ce scrutin pour rien au monde. « C'est un grand jour, c'est un grand jour ! Le pouvoir de changer est entre nos mains. On a besoin de changer. Et on va changer ! »

Pour lui aussi, c'est un jour important. Le nouveau président, Adama Barrow, a placé une bille dans l'urne de son choix, sans prendre publiquement parti pour aucun des candidats de la coalition désunie : « Je représente la coalition dans son ensemble. C'est un jour important. C'est ça la démocratie. C'est ça la nouvelle Gambie. »

Un grand jour oui, mais le flux d'électeur s'est très vite tari au fil des heures, comme l'a constaté le président de la commission électorale, Alieu Njai : « Le taux de participation est un peu bas. Plus bas que ce qu'on espérait. Ce qui s'est passé c'est que tout le monde s'est mobilisé en force pour les présidentielles, pour être sur que Yahya Jammeh soit mis dehors, et tout le monde est allé voter. Aujourd'hui que les Gambiens ont obtenu ce qu'ils voulaient, ils sont moins mobilisés. »

Dodou, lui, était bien présent. Et il connait toute la force de son vote : « C'est très très important, parce que pendant vingt-deux ans, on n'avait jamais pu faire quelque chose comme ça. Aujourd'hui, on vient voter pour la nation tout entière. Et tout ce qu'on aura besoin de dire, on le dira à nos candidats, et ils le diront au Parlement pour nous.

Les résultats devraient être annoncés par la Commission électorale d'ici demain matin. »

 

Pour le Dr Ismaila Ceesay, chercheur en sciences politiques à l'université de Gambie, il est important de renouveler cette institution afin de mettre en oeuvre les réformes annoncées par le nouveau président.

La Gambie entre dans une nouvelle ère démocratique. Nus avons besoin de député compétents et indépendants afin de représenter la volonté du peuple.

Les chantiers de la nouvelle Assemblée

La nouvelle Assemblée nationale devrait tenir sa première réunion le 11 avril pour se mettre au travail. Car d'importants chantiers l'attendent afin de mettre en oeuvre les principes de démocratie et de protection des droits humains.

Principal chantier : faire un grand toilettage de l'ensemble des lois liberticides, promulguées lorsque Yahya Jammeh était au pouvoir. La peine de mort est toujours en vigueur. L'homosexualité est passible d'une peine de perpétuité. Quant à la liberté d'expression, elle n'est jusqu'à présent pas garantie. En témoigne l'arrestation, la semaine dernière, de plusieurs partisans de l'ancien président, relève une analyste. En somme, c'est tout un arsenal juridique qu'il faut mettre en place pour faire respecter les droits humains.

Sur cette lancée, l'Assemblée nationale devra se mettre à jour avec certains standards internationaux. Cette institution doit par exemple reconnaitre l'acte de torture comme un délit et ratifier la Convention contre la torture. Cela devrait notamment permettre aux victimes de tortures et de disparitions forcées d'obtenir justice. « Cela permettra de juger plusieurs anciens responsables de l'agence des renseignements », commente un observateur.

Enfin, « l'Assemblée devra trancher sur l'âge limite du président et de son vice-président », affirme le Dr Ismaila Ceesay. Autre question à clarifier : celle du mandat du président, qui a promis de rester seulement trois ans à la tête de l'Etat.

Source : RFI

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