Vendredi 18 Octobre 2019

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« THE ASSOCIATES » ENQUÊTE TRANSNATIONALE : Ces Kleptocrates qui plument l’Afrique

Par un Collectif de journalistes d’investigations africains et ZAM: David Dembélé (Mali), Theophilus Abbah (Nigéria), Charles Mafa et John Mukela (Zambie), T. Kaiwonda Gaye * (Libéria), Estacio Valoi (Mozambique), Pureté Mukami avec Africa Uncensored, Kenya

L’opérateur « Diago », un gros bonnet du secteur grâce à sa sympathie avec le régime au Mali, dépose une partie de ses importants revenus au Panama.

Au Mali, le prix de la bouteille d’eau minérale est doublé voire triplé avec la complicité d’agents véreux tapis dans l’administration publique opérant à travers des intermédiaires anonymes… Des institutions internationales de transparence comme l’ITIE ont permis de découvrir des informations sur les associés de ces kleptocrates qui évitent de payer des impôts au Mali et au Cameroun…

«Vous devez être très prudents», dit l'avocat par téléphone au journaliste local. «C'est un dossier sombre et sensible. Vous ne devez pas jouer avec. Mon client a des relations au plus haut niveau de l’état et il trait des affaires avec la plupart des personnalités importantes pendant les 35 années dernières. En tant qu'Africains, nous devons faire les choses à la manière africaine. N'écoutez pas ces Blancs étrangers qui vous ont envoyé enquêter sur mon client.» C'est une remarque déconcertante, car son client est blanc et originaire d'Europe occidentale. Mais le fait que le dirigeant kleptocrate du pays en question et son élite politique aient fait des affaires avec lui pendant si longtemps l'a rendu africain, explique l'avocat. Quand il parle de «ces Blancs», il ne veut pas dire des Blancs comme son client, mais des Blancs comme ceux de ZAM Magazine (en partie basé en Europe), qui, avec le journaliste local, tentent de mettre au jour certains détails de cette façon « sombre et sensible » manière  africaine de faire les choses

Il faut noter que l’avocat, au lieu de dire «africain», utilisait le nom de son pays. Il s’est entretenu avec le journaliste en tant que compatriote d’un pays africain et a évoqué la façon dont son pays procédait. Mais en substance, le cliché est le même. Les hommes d’affaires occidentaux et d’autres pays du monde l’utilisent ces argumentations pour justifier leurs affaires parfois moins profitantes sur le continent depuis des décennies. «Nous devons payer des pots-de-vin ici, c'est la manière africaine», diraient-ils, soulignant qu'ils préféreraient de faire des affaires propre et sincère, mais que c'était, hélas, tout simplement impossible.

Parfois il y un peu de vérité dans cela. Les corrompu locaux - comme indiqué dans notre précédente enquête transnationale, les oligarques africains (1) - insistent souvent sur les partenariats qui alimentent la corruption. Et le pays où vit l'avocat mentionné ci-dessus se classe parmi les premiers pays corrompus du monde. (Cela fait partie de la raison pour laquelle nous ne pouvons pas encore écrire ouvertement sur où et comment nous avons rencontré exactement cet avocat, car cela pourrait mettre en danger le journaliste sur le terrain. Nous espérons publier cette partie, quand on est serai assuré de sa sécurité.)

 

Cette enquête transnationale a porté sur des intermédiaires tels que celui qui a employé cet avocat: hommes d’affaires internationaux, banquiers, comptables, avocats et parfois mêmes les diplomates, qui sont «connectez au plus haut niveau».  Les enquêtes  de durant les neuf derniers mois, dans des pays africains différents, montrent que les oligarques africains du Mozambique au Mali et du Libéria au Kenya sont assistés par ces entreprises locales et internationales pour tirer profit de la richesse naturelles et du budget de l'État. Alors que beaucoup de ces transactions commerciales sont légales au sens de la de la loi - comme par exemple beaucoup de comptes off-shore découverts par les Panama Papers - ce que nous avons découvert jette une lumière sur les mécanismes de la kleptocratie. Une enquête approfondi au cœur des cercles dirigeants dans des pays où la grande majorité des citoyens sont désespérément pauvres, montre comment des partenaires commerciaux locaux et internationaux assistent les présidents, les ministres et les bureaucrates du parti au pouvoir dans le but de convertir le pouvoir politique, souvent via l'accès aux ressources naturelles, en réserves et avoirs financiers personnels.

Marché

Les résultats de l’enquête soulignent une fois de plus la nécessité de nuancer le stéréotype des multinationales étrangères qui «exploitent la richesse» de l’Afrique. Le problème de l’extraction de la richesse en Afrique ne vient pas de «l’extérieur». Dans de nombreux cas les "Oligarques africains" ont montré que, , les élites dirigeantes vendent activement leurs propres pays, "The Associates", comme nous l’appelons le nouveau projet, montre comment ils le font. Les politiciens, après tout, ne sont pas toujours économiquement compétents; ceux qui veulent piller leur pays ont besoin de leurs banquiers, avocats, comptables et amis d’affaires. L’arrangement concerne toujours un ou plusieurs représentants de l’État ou politiciens qui passent les contrats, les licences et les opportunités; les associés fournissent les canaux commerciaux et financiers et sont compenser par des parts dans ces structures.

Les partenaires des gouvernements kleptocratiques peuvent être étrangers ou locaux. Au Kenya, on a découvert que des hommes d’affaires politiquement liés avaient tiré des millions de dollars d’un projet de barrage qui a laissé les communautés agricoles pauvres du Rift Valley se battre avec des sources d’eau sèches et insalubres. Au sommet, les politiciens qui ont confié le contrat de barrage à une société italienne en faillite ont créé une opportunité pour les associés locaux de bénéficier de contrats de sous-traitance tout aussi inutiles. Des sommes énormes ont été versées par les caisses de l’État à ces hommes d’affaires pour un projet qui n’avait laissé que peu plus que des décombres. Au Libéria, les associés présidentiels devenus ministres ont également mis la main sur des billets nouvellement imprimés ainsi que sur une grande partie des réserves du pays. Parmi les méthodes utilisées figuraient des exercices complexes d’échange financier qui ont entraîné une inflation exacerbée, une flambée des prix des denrées alimentaires et des coffres bancaires vides. Au Mozambique, une entreprise chinoise à l'origine de la déforestation dévastatrice a plutot reçu des licences afin de pouvoir épuiser ses mers en poisson. En conséquence, alors que les pêcheurs et les villages locaux sont privés de nourriture et de revenus, au profit des ministres mozambicains et leur associés.

Pour sa part, le Mali, pays d’Afrique de l’Ouest, à doublé le prix des bouteilles d’eau minérale qu’il achète a travers les intermédiaire  anonymes, auprès d’un homme d’affaires sympathique au régime, qui à son tour dépose une grande partie de ses importants revenus au Panama. Au Nigeria, une région qui aurait pu prospérer grâce à la sidérurgie à grande échelle a été abandonnée, le rendant pauvre comme toujours parce que quatre décennies de politiciens, dans des gouvernements successifs, l'ont laissée pillée: chaque fois par un groupe différent de associés d'affaires. En dehors des six premiers mois de son existence, l’usine n’a produit aucun acier.

La même société à l'origine de la déforestation dévastatrice épuise maintenant les mers de poisson

L'enquête a révélé des différences progressives entre les pays. Au Kenya, par exemple, où médias et activistes professionnels ont acquis au fil des ans plus de transparence dans les affaires de l’État et une tradition naissante de responsabilité politique, il est de plus en plus difficile pour les fonctionnaires et les hommes d’affaires corrompus de trompez des citoyens: toutes les entreprises impliquées dans le contrat douteux concernant le barrage de la Rift Valley fait actuellement l'objet d'une enquête de la part des autorités répressives. Au Nigéria, les parlementaires exercent des pressions sur le gouvernement pour qu’il fasse enfin preuve de leadership et de gouvernance en ce qui concerne le projet sidérurgique. Les politiciens qui dirigent le Mozambique n'ont pas encore montré leur volonté de changer leur façon de «partager la richesse», mais ils sont actuellement entraînés dans une ère de responsabilité avec l'arrestation de l'ancien ministre des Finances, Manuel Chang, et les accusations portées contre ses associés, La banque suisse, Credit Suisseen pour une fraude de prêt de deux milliards de dollars.

En revanche, il reste encore beaucoup à faire par rapport aux autres pays concernés par cette enquête. Au Mali, les responsables ont simplement raccroché le téléphone quand on leur a demandé quels pourcentages ils recevaient des fournisseurs qui surfacturaient. Au Libéria, les milices menacent ceux qui "créent des problèmes" pour le président et une série d'accidents de voiture mortels ont récemment tué trios “Whistle blowers” dans le scandale des billets nouvellement imprimés.

Pas de "pommes pourries"

Tous les pays dans lesquels nous travaillions avaient en commun le fait que la corruption n'était pas un simple crime commis par des «pommes pourries». S'il en était ainsi, le licenciement et l'arrestation de telles pommes, qu'il s'agisse de politiciens, de bureaucrates ou de partenaires commerciaux - aurait un impact. Mais à elles seules, les arrestations ne suffisaient pas. Il a été noté que de nombreux hommes politiques ont été emprisonnés pour corruption au Cameroun par exemple, souvent après être tombés en disgrâce auprès du président Biya, mais le système corrompu selon lequel les dirigeants bénéficient personnellement des ressources de l'État est resté en place depuis le début. Dans d'autres pays où des arrestations pour corruption ont eu lieu, comme au Mozambique et en Zambie (où le ministre des Travaux publics a récemment été arrêté), les arrestations n'ont pas (encore) changé le système en vertu duquel les structures de l'État facilitent l'accès des puissants au pouvoir politique, caisses d’État et marche publiques. Même des élections démocratiques ou d’aspect démocratique n’ont pas semblé faire beaucoup de différence: le président Weah au Libéria a été élu démocratiquement, mais la gouvernance opaque où la paperasse est remplie de «divergences» et où personne n’est tenu pour responsable de l’argent manquant, demeure. Il semble que ce n’est que quand il ya  contestation sociale que  des  mesures pratiques de transparence, la responsabilité et l’application impartiale de la loi, sont mise en marche.

Dans la plupart des pays sur lesquels nous avons enquêté, les systèmes de corruption sont encore largement en place. Les forces de l'ordre souvent hésitent  à enquêter sur les très puissants. C’est la raison pour laquelle les bons fonctionnaires - nos sources sur- craignent pour leur emploi et leur gagne-pain quand ils parlent. Au Mozambique, nous avons constaté que même si un maire peut autoriser des entreprises de pêche étrangères à louer sa propre maison pour stockage du poisson, un membre de l’unité de lutte contre le braconnage a peur de mentionner son nom, les entreprises de pêche ont des licences après tout, l’administration de l’Etat lui-même est utilisée pour légaliser les mauvaises pratiques. De même, le président zambien, Edgar Lungu, a légalement renoncé à la protection de l’environnement de la forêt de Lusaka, mettant ainsi gravement en péril l’artère fluviale de la capitale. La loi a précédé la construction par les associés chinois et locaux de maisons de luxe pour l'élite locale, désireuses d'occuper ses «maisons de rêve» dans la réserve naturelle.

 

L’élite veut des «maisons de rêve» dans la forêt

En raison de la construction dans la forêt et de la pollution du fleuve, les citoyens ordinaires de Lusaka risquent de ne plus avoir le choix que de boire de l’eau souterraine contaminée par des eaux usées. Avec l'exemple du barrage kenyan, les prix exorbitants des denrées alimentaires au Libéria à la suite du grand nombre de nouveaux billets de banque ,des pêcheurs mozambicains affamés et des populations désespérées du nord du Mali, nos études de cas illustrent le fossé que la richesse en Afrique se présente de plus en plus: une population sans eau potable ni réserve de nourriture, pendant que l’élite vit sa «noble vie» - selon les mots des promoteurs - dans un endroit appelé Kingsland City.

Mais les manifestations de la société civile se multiplient. L’opposition libérienne, ainsi que plusieurs groupes de citoyens, ont appelé à une journée de protestation contre la corruption et les prix élevés des produits alimentaires. En Zambie, des organisations civiles ont poursuivi le gouvernement en justice pour protéger leur approvisionnement en eau. Au Nigéria, des parlementaires, des ONG et des journalistes ont demandé qu’il soit mis fin au parasite corrompu de l’acier. Au Kenya, les efforts persistants des fonctionnaires conscient, journalistes et activistes de la transparence a expose la vérité sur les finances de l’État.

Transparence internationale

Il convient de noter que les enquêtes internationales et les initiatives de bonne gouvernance ont joué un rôle important dans la découverte d’avoirs et parfois même dans des procédures judiciaires contre des dictateurs. En 2017, France a confisqué un yacht et d'autres avoirs de Teodorin Nguema, vice-président de la Guinée équatoriale et fils de son président kleptocrate, Obiang Nguema, tout en condamnant Teodorin - en son absence - pour fraude. Un an plus tard, la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario au Canada (Ontario securities commission) a imposé une amende à plusieurs directeurs de sociétés minières pour fausse comptabilité dans leurs transactions en RDC. Les agences de maintien de l’ordre des États-Unis ont contribué à l’arrestation du ministre des Finances du Mozambique, M. Chang, qui avait acheminé des transactions de prêt frauduleuses en partie par l’intermédiaire de banques à New York. Le United States Agency for International Development, USAID, a aidé à mettre en lumière les manigances de billets au Libéria en insistant sur une enquête publique. Des institutions internationales de transparence comme l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives) ont permis de découvrir des informations sur les associés des dictateurs qui évitent de payer des impôts au Mali et au Cameroun. Des politiciens nigérians corrompus et leurs banquiers associés ont été tenus responsables au Royaume-Uni.

Le bon nouvel est peut-être que le cliché de «la voie africaine» est de plus en plus obsolète. Des citoyens africains, des militants, des journalistes et des milliers de fonctionnaires qui respect l’éthiques et dévoués au sein des gouvernements et des États se félicitent des projecteurs internationaux, des enquêtes et des arrestations des personnes impliquées dans le vol de leurs pays. Ils protestent contre la corruption et exigent transparence, responsabilité et bonne gouvernance.

Il reste encore beaucoup à faire. Le soutien aux journalistes d'investigation africains alors qu'ils exposent des actes répréhensibles est à nouveau considéré comme un besoin important. Au cours de cette enquête, trois membres de notre équipe ont été menacés. Un a été menace  de ne pas «gâcher» l'affaire sur laquelle il enquêtait. Estacio Valoi a reçu des menaces de mort au Mozambique, alors qu'il était détenu par l'armée et que son ordinateur portable, son téléphone et ses appareils photo ont été fouillés, tandis que notre collègue opère en toute insécurité et ont était obliger’ utiliser un pseudonyme pour lui dans ce rapport.

(1) Voir les oligarques africains ici: https://www.zammagazine.com/images/pdf/documents/African_Oligarchs.pdf

 

 

 

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