Marchés à bétail : Le coronavirus plombe la vente

Publié le 01 avril
Source : l'Essor

C’est un peu le marasme actuellement dans la filière bétail-viande. Beaucoup de professionnels incriminent le couvre-feu imposé dans le cadre de la lutte contre le coronavirus à la vue de notre véhicule de reportage au marché à bétail de Lafiabougou Kôda, les commerçants accourent à notre rencontre. Nous sommes lundi 30 mars. Depuis l’instauration du couvre-feu dans le but de lutter contre la pandémie, ces marchands de bétail ne voient plus beaucoup de clients. Nous sommes assaillis de questions. « Cherchez-vous à acheter des moutons ? Nous avons les meilleurs ici. » La déception se lisait sur les visages lorsque nous leur avons appris que nous étions des journalistes. « Ça fait presque dix jours que tout est mort ici », soutient Abdoulaye Dramé, 27 ans. Il ajoute que les gens ne s’arrêtent plus pour demander le prix des animaux.

La morosité est telle que certains marchands ont du mal à trouver 500 Fcfa pour mettre le carburant dans les motos. Le secteur d’activité est gravement atteint par la situation actuelle et les mesures prises par les autorités ces derniers jours aggravent la situation. Le chef du marché, Moussa Coulibaly, 70 ans, souligne la gravité de la situation. « Rien ne va actuellement dans le commerce du bétail, nous sommes en train de perdre énormément et la saignée semble ne point s’arrêter », se plaint-il. Le coupable de cette situation est tout trouvé : la maladie du coronavirus.

Scepticisme dangereux- En fait, à cause du couvre-feu, les bouchers ne disposent plus d’assez de temps pour les abattages en grand nombre, du coup ils nous achètent moins de têtes et les conséquences sont immédiates sur notre commerce, déplore le vieux Moussa Coulibaly qui, malgré la gravité de la crise sanitaire, ne croit pas en la nocivité de la maladie. Un de ses collègues, Karim, 70 ans environ, déplore lui le prix de l’aliment bétail qui a pris l’ascenseur. Il juge le couvre-feu utile sur un certain plan. « Nos enfants ne sortent plus la nuit, les bar-dancings sont fermés, et il y a moins de vols et de banditisme », se réjouit-il. Mais sur le marché à bétail de Sabalibougou, on est beaucoup critique à l’encontre des mesures instaurant le couvre-feu. « Le couvre-feu actuel instauré par les autorités affecte toutes les couches socioprofessionnelles, les chauffeurs, les vendeurs de café et omelettes, les vendeuses de nourriture la nuit etc.», affirme Amadou Doumbia, commerçant de bétail et boucher. «La situation, explique-t-il, est critique. «Je suis boucher, mon travail à l’abattoir commence de 1 heure à 5 heures du matin, période pendant laquelle je n’abats pas moins d’une vingtaine d’animaux ». Mais avec le couvre-feu, il ne commence à travailler qu’à partir de cinq heures, et je n’abats que 5 têtes dans ce laps de temps pour finir à 8 heures. «Nous ne disposons plus de beaucoup de temps pour notre activité, cela affecte toute la chaîne, du commerce de bétail à la viande», regrette-t-il.

Contrairement au marché à bétail précédent, dans celui de Sabalibougou, le coronavirus est pris très au sérieux. On aperçoit des kits de lavage de mains et des bouteilles de savon liquide. Les occupants du marché invitent les visiteurs à utiliser un gel hydro alcoolique.

Ici à Sabalibougou, le constat est unanime : le business est à l’arrêt ; les clients ne viennent plus ; la psychose s’est installée. Mais, Amadou Keïta, un autre commerçant de bétail, la trentaine, souligne les défis du moment. «Se procurer aujourd’hui des animaux est devenu une tâche herculéenne, dit-il. L’insécurité, les braquages, les pannes à répétition dues à l’état déplorable des routes ont coûté la vie souvent à certains de nos collègues. Nous vivons un cauchemar et espérons voir le bout du tunnel», développe-t-il. À quelques mètres de nous, un jeune homme est occupé à préparer des têtes et des pattes de mouton et de bœuf. Il s’appelle Karim. Une dizaine de jeunes font le même travail que lui. «D’ordinaire, nous pouvons préparer au moins 80 têtes par jour. Aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose», regrette-t-il.

Les bouchers ont souvent maille à partir avec la police. C’est le cas de Ba Issa. Les yeux rouges de colère, il nous raconte son infortune : «Je devais aller très tôt à l’abattoir quand j’ai croisé les policiers. Après une course-poursuite, je me suis échapé», raconte-t-il. Pour lui, les bouchers doivent disposer de laissez-passer puisqu’ils font un travail d’utilité publique.

Oumar SANKARÉ

Source : l’Essor

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