Achat d’avion présidentiel équipements militaires : Mahamadou Camara et… les autres ?

Publié le 30 mars
Source : l'Aube

Mahamadou Camara, ancien ministre et ancien directeur de cabinet du président de la République, a été arrêté  et placé sous mandat de dépôt, le vendredi dernier, dans le cadre de l’enquête sur l’achat  de l’avion présidentiel et de l’affaire dite des équipements militaires.

L’ancien ministre a été inculpé de faux en écriture, usage de faux et complicité, complicité d’atteinte aux biens publics par usage de faux et autres malversations et de complicité de favoritisme. Cependant, dans ces deux sulfureuses affaires qui ont fait couler beaucoup d’encre et de salive, Mahamadou Camara n’est pas seul. En effet, les noms de plusieurs autres responsables sont cités. Il s’agit de Soumeylou Boubeye Maïga, ancien premier ministre et ministre de la Défense au moment des faits, Mme Bouaré Fily Sissoko, ancienne ministre des Finances et actuel commissaire à l’Uemoa, Moustapha Ben Barka, ancien secrétaire général de la présidence de la République, Sidy Mohamed Kagnassy, ancien conseiller spécial à la présidence de la République. Aujourd’hui, la question qui se pose au sein de l’opinion est celle-ci : Mahamadou Camara est-il seul coupable ou victime d’une justice sélective ? Les autres responsables cités, notamment Fily Bouaré et Moustapha Ben Barka, « exfiltrés » et placés dans des organisations internationales seront-ils convoqués pour venir s’expliquer devant la justice ?

Selon, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de la Commune III du District de Bamako, chargé du Pôle Economique et Financier, cette  arrestation fait suite : « à la  réouverture des enquêtes dans l’affaire relative à l’acquisition d’un nouvel aéronef ( avion présidentiel) et à la fourniture aux Forces Armées Maliennes d’un important lot de matériels d’Habillement, de Couchage, de Campement et d’Alimentation (HCCA), ainsi que des véhicules et pièces de rechange; laquelle affaire avait préalablement fait l’objet d’un classement sans suite».

Il précise que : « Les investigations complémentaires menées par la Brigade Economique et Financière du Pôle Economique et Financier de Bamako ont permis de conforter les graves manquements à l’orthodoxie financière et comptable, relevés par le Bureau du Vérificateur Général, avec des faits de détournements de deniers publics sur fond d’opérations frauduleuses pour un montant de 9 350 120 750F CFA et de surfacturation par faux et usage de faux pour un montant de 29 311 069 068F CFA ».

Le procureur  poursuit : «  Après exploitation des différents documents, le Parquet a requis l’ouverture d’une information judiciaire et un Cabinet d’instruction spécialisé du Pôle Economique et Financier de Bamako a été désigné pour instruire sur les faits de faux en écriture, usage de faux et complicité de ces faits, de complicité d’atteinte aux biens publics par usage de faux et autres malversations et de complicité de favoritisme., contre les nommés Sidi Mohamed KAGNASSY, Amadou KOUMA, Nouhoum KOUMA, Soumaïla DIABY, Mahamadou CAMARA et Marc GAFFAJOLI ».

Par ailleurs, le procureur  affirme  qu’en raison des : «  graves présomptions de faits de faux en écriture, usage de faux, atteinte aux biens publics, corruption et délit de favoritisme, qui ont pu être relevées à l’encontre des nommés Soumeylou Boubéye MAIGA, Madame BOUARE Fily SISSOKO et Moustapha BEN BARIKA, qui étaient tous Ministres au moment des faits, le Parquet a procédé à la transmission des éléments d’enquêtes au Procureur Général de la Cour Suprême pour saisine de l’Assemblée Nationale, conformément aux dispositions pertinentes des articles 613 du code de procédure pénale et 15 de la Loi portant composition, organisation et fonctionnement de la Haute Cour de Justice ».

Cependant,  il sera très  difficile  à la justice d’entendre  ces personnalités  notamment, Mme Bouaré Fily Sissoko, ministre  de l’économie et des finances à l’époque et Moustapha Ben Barka, ministre délégué auprès du Ministre de l’économie et  des finances, chargé de la promotion des investissements et de l’initiative privée. En effet, les deux ayant été  « exfiltré », Mme Bouaré Fily Sissoko au Burkina en tant que commissaire au sein de l’UEMOA et Moustapha Ben Barka  récemment nommé vice-président de la BOAD.

Or, depuis l’éclatement de ces sulfureuses, la presse et de nombreuses voix se sont élevées pour exiger que tous ceux qui sont impliqués soient poursuivies. Mais en vain. Aujourd’hui, l’opinion se demande si Mahamadou Camara n’a pas été sacrifié sur l’autel d’une justice à double vitesse. Et pendant ce temps, les autres (Fily Bouaré et Moustapha Ben Barka) ont été placés à l’abri pour échapper à toute poursuite…

Voilà comment fonctionne le régime d’IBK. En somme, les gros poissons échappent toujours aux mailles, alors qu’on épingle les menus fretins pour amuser la galerie.

 Retour sur ces scandales

Si en matière de gouvernance, le régime IBK présente un visage peu réjouissant l’affaire  de l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires reste les plus emblématiques.

L’avion présidentiel, acquis à la suite d’un montage financier opaque de type mafieux mêlant sociétés-écrans et hommes d’affaires douteux. Hors de toute inscription budgétaire, 20 milliards de francs CFA ont été sortis des caisses de l’Etat pour acquérir un Boeing 737 (non encore immatriculé au nom du Mali). Le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale étaient sortis de leur réserve pour exprimer leur mécontentement. Le Bureau du Vérificateur général a été commis par le FMI pour auditer cette affaire, ainsi que la section des comptes de la Cour suprême. Les rapports de ces deux structures de contrôle sont accablants : des surfacturations comprises entre 29 milliards et 38 milliards sont décelées.

En outre, lors de l’acquisition de l’avion,  un contrat d’exploitation est signé avec l’entreprise  Jet Magic Limited basé à Malte, le bureau du vérificateur général n’a jamais eu accès au contrat bail. Il faut signaler aussi  l’existence d’une ligne budgétaire (dans  les charges communes) depuis  2013 pour couvrir les frais du contrat. Il s’élève depuis 2013 à  3 milliards par ans. Pis, aujourd’hui encore, nul ne sait si l’avion « acheté » appartient au Mali. Aujourd’hui encore le mystère entoure cette sombre affaire qui a certainement des ramifications  à l’extérieur…

Au même moment, était révélée aux Maliens et au monde entier la nature d’un marché de gré à gré de 69 milliards de F CFA attribué, en violation des règles des marchés publics, à un proche de la famille présidentielle, Sidi Mohamed Kagnassy, directeur général de la société Guo-Star Sarl et promu aussitôt conseiller spécial du président. Avec l’avenant, le marché a finalement porté sur 108 milliards de F CFA. Le fait que le marché soit attribué de gré à gré est un piétinement flagrant des principes élémentaires de passation de marché public. Pire, dans le même contrat, les Maliens apprendront que  le ministre des Finances, Mme Fily Bouaré, a couvert ce marché par  une garantie de 100 milliards de francs CFA. Des personnalités, avaient profité de ces affaires pour se sucrer en se livrant à des surfacturations dont seules les Républiques bananières ont le secret.

Mémé Sanogo

D’autres scandales  d’équipements militaires

En  avril 2016, le gouvernement a remis au MOC (Mécanisme opérationnel de coordination)  42 véhicules destinés aux patrouilles mixtes. La presse a rapporté que lesdits véhicules ont coûté à l’État 2 milliards 300 millions de FCFA, soit plus de 50 millions l’unité.

Mais  au lieu de poursuivre les délinquants à col blanc qui ont pillé les caisses de l ‘Etat, c’est la décision judiciaire qui est venue « récompensera ». En effet, en février 2018, la Cour suprême a condamné l’Etat à payer plus de 20 milliards de F CFA à un fournisseur de l’armée. Aujourd’hui encore de nombreuses questions sont posées autour de cette affaire et surtout de cette décision judiciaire qui profite à des gens soupçonnés de surfacturation.

Le dernier scandale en date concernant l’achat d’équipement militaire est celle  des 2 hélicos Puma, en 2017. Après que le président de la République IBK ait confirmé dans un entretien  à Jeune Afrique que les avions achetés sous son magistère sont cloués au sol « faute de maintenance appropriée ». C’est au tour du  président de la commission défense de l’Assemblée nationale, Karim Keïta, de déclarer, lors d’un colloque à Paris : «les hélicoptères que nous avons achetés ne peuvent plus voler, ça marchait au début mais vraisemblablement on a un problème». Le fils du président IBK ne fait que confirmer certaines révélations du Parti pour la renaissance nationale. En effet, le Parena avait révélé des détournements et des magouilles à grande échelle lors de l’achat d’avions de combat pour l’armée malienne.  Ainsi, dans un document,  le parti s’était  particulièrement  interrogé sur l’exécution d’un contrat signé en juin 2015 au salon du Bourget (France) avec l’entreprise brésilienne Embraer pour la vente de six avions de combat A-29 Super Tucano.

Source : l’Aube

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