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Moussa Touré : "Les investisseurs doivent retrouver le chemin du Mali"

ENTRETIEN. Comment faire revenir les investisseurs au Mali ? Est-ce le bon moment ? À la tête de l'API, Moussa Touré donne des pistes pour s'y retrouver.

C'est devenu comme un mantra. Année après année, mois après mois, gouvernement et acteurs économiques se succèdent pour affirmer que "ça va mieux", "la reprise est là", "le Mali est de retour"... Combien de temps encore faudra-t-il au Mali pour imprimer ce tournant qui fera revenir en masse les investisseurs ? Moussa Touré, 46 ans, actuel directeur général de l'Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali) bien calé dans son fauteuil en est convaincu : l'embellie est déjà là. Dans un débit lent, cet ancien cadre de Coca-Cola, en poste à l'API depuis février 2015, pèse chaque mot. Car il sait qu'ils peuvent faire toute la différence. Notamment dans cette période où les incertitudes sécuritaires pèsent sur l'avenir de tout le pays... Dans ses prévisions du mois de juillet, le Fonds monétaire international table sur une nette accélération de la croissance malienne cette année à au moins "5,3 %" et 5 % en 2018. L'activité économique malienne profite notamment de la hausse de la production du secteur agricole et de la baisse des dépenses publiques. Quant aux investissements, bien qu'en constante augmentation jusqu'à 26,4 % en comptant les investissements publics soutenus par les grands chantiers d'infrastructures ou des projets, le compte n'y est pas. Pour Moussa Touré au-delà des chiffres macro et microéconomiques, les différents acteurs financiers particulièrement étrangers attendent des réponses plus claires. Comment lever le doute chez les investisseurs ? Dans quels secteurs investir au Mali ? Comment transformer sur place ? Avant le grand forum de cette fin d'année qui aura lieu à Bamako "Investir au Mali", Moussa Touré s'est confié au Point Afrique.

Le Point Afrique : Quel cheminement avez-vous eu pour mettre en place votre approche des investissements dans ce contexte d'incertitudes sécuritaires ?

Moussa Touré :Il est évident dans le contexte qui est le nôtre, et ce malgré quelques améliorations, que notre économie souffre. Mais attirer les investisseurs n'est pas une chose impossible. Le Mali à travers l'API travaille à reconquérir les investisseurs depuis deux ans que je suis en poste. Il y a toujours des épisodes d'insécurité et d'actes terroristes à travers le pays. Mais c'est aussi le cas dans le monde entier. Cette crise de sécurité elle est internationale et lorsqu'on admet cette réalité, quelque part cela enlève une certaine pression. Ceci dit le challenge de faire (re)venir des investisseurs dans un contexte comme le notre est double. Il faut tout d'abord leur donner le minimum d'information. Et la bonne information. Il est connu que la perception que nous avons à l'extérieur est amplifiée par rapport à la réalité. Je peux en témoigner, personnellement pour l'avoir vécu. En 2012, au plus fort de la crise j'étais encore basé au Cameroun tandis que ma femme et mes enfants (quatre) les nouvelles que je recevais et ce que ma famille vivait était différentes. Donc, je comprends d'autant plus cette perception car je l'ai ressenti. Je pense qu'il faut l'intégrer. Parce qu'une fois qu'on a passé cette étape, il reste à donner la bonne information et être capable de vendre les opportunités réelles. Voilà les challenges que nous avons à relever.

Quels sont les investisseurs qui intéressent le Mali ?

Il va de soi que la priorité est donnée au développement du tissu des PME-PMI. Donc nous recherchons des expertises venant d'autres pays qui sont plus en avance que nous. Elles doivent être capables d'attirer les PME-PMI qui sont bien installées. Elles doivent bien sûr maîtriser la technologie mais aussi travailler avec ce tissu d'entreprises existantes et des partenaires locaux pour développer leurs affaires. L'objectif étant qu'elles soient capables de capitaliser des opportunités qui se trouvent sur place.

Les investisseurs étrangers ont-ils votre préférence ?

On s'adresse à tout le monde. On parlait de la situation du Mali qui est très compliquée, il est clair qu'un investissement stable passe d'abord par le national. Pour nous aujourd'hui quel que soit l'investisseur, nous préférerons qu'il s'associe à un local. Ce n'est pas une obligation mais une recommandation que nous faisons. car même pour l'investisseur étranger cela le rassure d'avoir en face un tissu local développé donc ça permet de stabiliser certains types d'investissements. Nous regardons beaucoup en direction de la diaspora malienne, qui est très active dans tous les pays où elle se trouve et dans tous les domaines. Nous voulons l'encourager à venir investir au Mali en apportant ses compétences qu'elle a pu développer sur son lieu de résidence. Des compétences dont tout investisseur a besoin pour développer ses activités, et une raison supplémentaire pour que cette diaspora revienne soit en tant qu'investisseur ou ressource qualité pour les investisseurs et enfin nous souhaitons voir revenir en nombre les investisseurs étrangers.

Mais, tout de même, le pays est classé en zone orange et rouge*, par un certains nombres d'investisseurs auxquels vous vous adresssez...

Le fait de déclarer une zone orange ou rouge est une première action normale, puisqu'il y a un problème et qu'au-delà de ce problème on dit aux gens "de faire attention". Ce sont des mesures préventives qui n'occultent en rien les opportunités d'investissements qui existent au Mali. Ce n'est pas parce que le Mali a été déclaré en "zone rouge" que les opportunités d'investissement disparaissent... bien au contraire.

Expliquez-nous....

Malgré toutes les conséquences néfastes que nous avons enregistrées, l'après-crise accentuera les besoins qui étaient déjà énormes. Raison de plus pour les anticiper. Et encore une fois, c'est une raison de plus pour les investisseurs de venir, parce qu'aujourd'hui il y a la prime du pionnier. Celui qui vient en premier va récolter le maximum de bénéfices et de retours sur investissements sur son initiative.

Aujourd'hui quelles sont les priorités pour le Mali ? Dans quels secteurs faut-il investir...

Nous avons aujourd'hui priorisé quatre secteurs en sachant que les besoins vont au-delà. Le premier secteur c'est l'agriculture, voir l'agrobusiness pour faire de la transformation locale.

Nous ambitionnons dans un premier temps d'accroître la production et donc par la suite d'accélérer la transformation de nos produits. Comme le coton, dont le Mali est le deuxième producteur en Afrique de l'Ouest. 98 % de ce coton est exporté en l'état, donc les opportunités pour transformer ce coton sur place sont à saisir !

Nous sommes un pays qui dispose de terres arables, irriguables, on a de l'eau et nous sommes parmi les plus grands producteurs de riz dans la sous-région sans compter les céréales. Là aussi il est tout à fait possible de transformer au Mali. Nous importons 80 % des produits de consommation courantes et donc une transformation locale permettrait de changer cette situation d'autant plus que notre population est très jeune et croit très vite. Tous les 15-20 ans la population est amenée à doubler donc il faut anticiper ce besoin. L'élevage offre aussi son lot d'opportunités d'affaires. C'est réellement un des avantages comparatifs du Mali par rapport à d'autres car nous sommes les premiers dans la sous-région en nombre de cheptel derrière le Nigéria. Nous exportons la quasi-totalité de ces produits, cela offre des possibilités pour les abbatoirs, l'industrie de la peau, du textile.

Troisième secteur très important à la base de tout notre développement, c'est l'énergie. Nous avons déjà quelques projets majeurs dans l'énergie solaire dont deux centrales à 200 kilomètres de Bamako et il y a de la place pour d'autres projets. Les infrastructures sont le quatrième secteur prioritaire. Bien que dépendant de l'État, elles sont indispensables pour le développement de toute entreprise. Il y a là aussi des opportunités à saisir pour le secteur privé qui viendrait travailler avec l'État pour des projets de Partenariats-Publics-Privés (PPP).

Quelle place pour le secteur privé malien voire africain dans cette dynamique d'investissements ?

Il y a une prise de conscience et l'État a changé de paradigme. Il considère maintenant que c'est le secteur privé qui doit être le moteur de la croissance. L'État reconnait qu'il a des devoirs mais il n'a pas toutes les capacités pour réaliser ces projets donc il fait appel au secteur privé avec lequel nous sommes en prise directe. Notamment afin de développer un tissu de PME qu'on veut voir grandir, devenir gros en partenariat avec d'autres PME ou des grands groupes étrangers. Car quand ces grands groupes internationaux viennent, ils ont besoin d'un tissu de pme fort, ne serait-ce que pour garantir la sous-traitance de certaines activités, voire exécuter leur projet. En cela, le rôle du secteur privé est déterminant. Nous à l'API-Mali nous contribuons à faciliter cela en terme de réformes pour améliorer le climat des affaires.

Le Mali figure encore en queue de peloton (141e sur 190) pour les réformes économiques dont le climat des affaires...

Oui, mais nous avons énormément progressé. Nous sommes passés de la 143e place en 2016 à la 141e en 2017. Depuis quelques années le Mali a initié un certain nombre de réformes qu'il faut accélérer maintenant. Avant il n'y avait pas de cadre pour les projets PPP. Désormais il y a une unité PPP qui a été créée donc on va pouvoir enclencher ces projets typiques directement à un seul guichet. Les investisseurs ont désormais un interlocuteur pour pouvoir parler de projets PPP, ça fait déjà une amélioration.

Ensuite sur le plan de la création d'entreprises nous accompagnons le gouvernement dans la simplification de toutes les procédures. Ce qui fait baisser le coût de la création d'entreprise. C'est ainsi que le Mali a progressé dans le classement Doing Business.

Le secteur informel, qu'en faites-vous ?

le secteur informel est dominant dans toutes nos économies et au Mali cela représente environ 80 % de l'économie. C'est énorme et réellement il faut chercher à changer cela. Aujourd'hui nous travaillons sur un programme technique et financier pour l'entrepreneuriat. Afin de donner une existence juridique aux personnes qui sont dans l'informel sans avoir la contrainte des impôts. Car la première crainte, c'est les impôts. Les gens ne comprennent pas la complexité du formel. Donc le statut de l'entrepeuneur permet d'avoir un pied dans le formel sans avoir la contrainte des impôts. En même temps de participer à la commande publique et l'économie du pays tout en ayant une période probatoire de deux voire trois ans sans avoir ces contraintes d'impôt. Il faut alors accepter d'apprendre pendant cette période, à être accompagné. Il faut se préparer à rentrer dans le monde formel. Ce programme sur lequel nous travaillons encore sera mis en œuvre en 2018. Et il est accompagné d'un certain nombre d'outils pour amener les gens de l'informel vers le formel avec des garanties comme l'assurance maladie, etc.

 

Que vous apportent des institutions sous-régionales comme l'Uemoa ou la Cedeao dans votre volonté de faire revenir les investisseurs ?

 

Pour tous les acteurs de la zone il est maintenant admis que nos économies prises individuellement ne représentent pas grand-chose, en termes de poids et de taille de marchés, donc il vaut mieux que nous restions dans ces regroupements pour défendre nos intérêts communs pour créer un grand marché. Je dis souvent à mes collègues des agences de promotion de l'investissement que nous ne devrions pas avoir une approche concurrentielle mais plutôt collaborative. On devrait pouvoir travailler à développer des projets pour chacun de nos pays mais aussi des projets communs que nous pouvons proposer à des investisseurs.

 

D'ailleurs dans tous nos argumentaires, nous mettons en avant le fait de représenter un marché de 300 millions d'habitants, d'être la porte d'entrée de la sous-région, donc autant aller au-delà et y aller ensemble. Mais pour l'instant notre priorité, c'est d'abord le Mali...

 

* Depuis 2012, le ministère français des Affaires étrangères recommande la plus grande prudence dans la capitale malienne (classé en zone orange) et déconseille formellement les déplacements touristiques (des zones classées en rouge) au Mali. De nombreux voyagistes et les populations remettent régulièrement en cause ce classement.

 

Aïssata Diakhité, icône de l'agrobusiness

Elle ne pouvait pas échapper à son destin. Celui de devenir un champion des produits bio du Mali. Avec d'un côté une mère issue de l'ethnie Bozo caractérisée au Mali par la pêche au poisson et de l'autre, l'ethnie peul de son père, baigné par l'élevage et le lait. Aïssata Diakhité 28 ans, est donc retourné aux sources de l'agriculture équitable. Après un brillant parcours académique qui l'a menée d'un baccalauréat scientifique obtenu au Mali à des étdues supérieures en Agroalimentaire où elle termine avec un Bac+6 à HEC. Pas étonnant que son profil ait été retenu par l'association Africa France avec l'AFD au sein de la première promotion des "Young leaders." Une sorte d'académie de l'excellence Made in Afrique-France, version nouvelle. Pas étonnant non plus que son nom soit désormais sur toutes les lèvres. Surtout depuis qu'elle a officiellement crée en 2016 sa société Zabbaan Holding qui produit des jus de fruits frais vendus dans des commerces à travers un dense réseaux. Elle a aussi sauté le pas pour s'installer à Bamako, quartier ACI-2000. Sa vision, sa passion pour l'agroalimentaire n'ont pas de limite, toute vêtue de blanc, coupe au carré, entourant un joli visage de poupin, ce lundi soir devant la presse, Aïssata Diakhité a tout de suite retenu notre attention. En plus de ses nombreux prix, elle a le mérite de travailler avec beaucoup de femmes des régions agricoles du Mali. Résultat : son chiffre d'affaires pour 2017 pourrait atteindre les 250 000 euros. Et attirer de nombreux investisseurs !

Propos recueillis par Viviane Forson

Source : Le Point 11/07/17

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