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«Les Maravillas de Mali»: La fabuleuse histoire portée à l’écran

Parmi la flopée des orchestres qui ont essaimé à travers le continent, dans les années 60, pour célébrer les indépendances africaines, figure cette formation malienne au destin éphémère mais extraordinaire. Son parcours a inspiré deux cinéastes

«Indépendance cha-cha» ! Tel fut, au cœur des années 1960, le mot d’ordre des orchestres africains inspirés par des rythmes latinos. Une rumba déhanchée, inspirée par la musique des Noirs de Cuba, qui a nourri l’un des courants majeurs de la musique populaire en Afrique, surtout francophone. Cet hymne panafricain aux indépendances va alors traverser le continent. Ainsi, à l’heure de la décolonisation (dans les années 60), au Congo, au Nigeria, en Guinée mais aussi au Mali, on a vu éclore de nombreux orchestres inspirés par la musique latino. L’un d’eux va vivre un destin éphémère, mais extraordinaire : «Las Maravillas de Mali» ! Un orchestre dont l’histoire a émerveillé et inspiré Richard Minier et Edouard Salier qui y ont consacré un film sorti le 16 septembre 2020 et qui fera sans doute parler de lui dans les mois à venir.

Au rayon «documentaire sur la guerre froide», il y a généralement des récits fracturés, des histoires bipolaires, des mémoires de clivage, des fossés et des frontières. Mais, «Africa Mia» est aussi agréable que les mélodies du groupe dont il retrace si merveilleusement l’histoire : «Las Maravillas de Mali» ! Dans cette œuvre, il n’est, en effet, question que de brassage et de fusion. Celle de dix jeunes Maliens envoyés à La Havane (Cuba) dans les années 60 aux frais du prince (Fidel Castro) pour apprendre la musique et sceller les rapprochements culturels afro-cubains.

L’orchestre mythique qu’ils y formèrent, «Las Maravillas de Mali», connut un étincelant succès retracé par le producteur et le réalisateur français, Richard Minier, lancé sur la piste des derniers membres survivants. «Africa Mia» tisse les fils de la création musicale avec ceux de la géopolitique, l’histoire intime des individus et les bouleversements du siècle passé : décolonisation, guerre froide… Jeune musicien et producteur français, quand Richard Minier se rend à Bamako en décembre 1999, il ignorait qu’il aura lui aussi «rendez-vous chez Fatimata» (titre fétiche du groupe).

Le lendemain du réveillon du Millénaire, à l’hôtel de l’Amitié, il fait une rencontre décisive. «Dans le groupe de salsa qui animait la soirée, un vieux flûtiste jouait et dansait à merveille. Il m’a raconté qu’il avait vécu à Cuba dans les années 60. J’ai eu envie d’en savoir plus, je sentais qu’il y avait une histoire peu banale là-dessous», a raconté Richard Minier dans «Libération» du jeudi 17 septembre 2020.

C’est ainsi qu’il a découvert l’histoire des dix étudiants maliens envoyés à Cuba suivre une formation musicale de haut niveau. Et comme l’a précisé l’historienne Elina Djebbari, «les échanges entre pays d’Afrique nouvellement indépendants et états communistes (Cuba, URSS, Chine…) étaient fréquents dans le domaine économique ou militaire, mais plus rares dans celui de la culture».

Dès leurs premiers concerts, «Les merveilles du Mali» (Las Maravillas de Mali) sont adoptés par l’exigeant public cubain. Ils enregistrent un 33 tours en 1967 avec 12 chansons en espagnol, bambara et français. Au fil de ses voyages au Mali puis à Cuba, de ses rencontres avec les musiciens et les derniers témoins, Minier recompose le puzzle des Maravillas de Mali. Leur unique disque, leur retour triomphal en 1967 au pays, le coup d’état qui renverse le président Modibo Kéita le 19 novembre 1968… Le producteur imagine une ambitieuse stratégie multimédia, sous l’étiquette « Africa Mia » : documentaire, disque, tournée…

La persévérance

L’idée séduit, mais pas grand monde ne met la main au portefeuille… Les années passent et, à chaque retour au Mali, Minier apprend la mort d’un musicien. Ainsi, entre 2010 et 2015, c’est le calme plat jusqu’à ce qu’Universal s’intéresse à nouveau au volet discographique de l’affaire. Le réalisateur fait alors appel à un coréalisateur, Edouard Salier, connu pour ses films musicaux. Ce dernier apporte une perspective différente au film car, pour lui, «le fil conducteur du documentaire devait être Richard, sa quête, son opiniâtreté». La relation entre le producteur et Boncana Maïga, le dernier musicien survivant, a donc été choisie comme la trame du film. La confiance s’installe au fil des rencontres.

«Je ne peux nier que mon histoire avec Boncana Maïga est la quête d’un père de substitution. J’ai fait dix ans de psychanalyse, mais les vingt que m’a pris le film ont aussi été une forme de thérapie», avoue Richard Minier. Tourné plus ou moins artisanalement entre La Havane et Bamako de 2000 à 2018, le film réchauffe les souvenirs d’une parenthèse d’hédonisme tropical en quelques archives et témoignages.

Au commencement du film, ils ne sont déjà plus que cinq. Ce côté course contre la montre donne au documentaire sa dramaturgie à laquelle viennent s’ajouter les rendez-vous manqués, les défis humains et logistiques… Alors que le film arrive en salles, seul Boncana Maïga, l’ancien arrangeur et chef d’orchestre du groupe, est encore en vie. «Ce film est un magnifique témoignage musical totalement fidèle à ce que nous avons vécu et qui retrace non seulement l’histoire du groupe, mais aussi celle du Mali et de Cuba», a reconnu le maestro Boncana Maïga.

En 2016, il a relancé le groupe avec des musiciens venus divers horizons, comme le regretté Mory Kanté de la République de Guinée, le Cubain Manolito, le Béninois Jospinto… Et depuis, ils ne cessent d’enchaîner des tournées à succès aves des titres comme «Rendez-vous chez Fatimata», «Africa Mia», «Boogaloo Sera Mali», «Radio Mali», «Soubale», «Soy Guajiro», «M’a Mousso».

«Cinquante ans plus tard, mes compagnons ne sont plus là pour assister à cette renaissance du répertoire que nous avons créé ensemble, à cette consécration de « Maravillas de Mali » qui ressuscite aujourd’hui», a souvent déploré le Maestro dans ses nombreuses interviews accordées aux médias. N’empêche que cette résurrection est avant tout une belle revanche pour cet orchestre qui a fait danser toute l’Afrique de l’ouest, avec notamment son titre phare, «Rendez-vous chez Fatimata», avant de tomber en disgrâce comme son parrain politique Modibo Kéita renversé le 19 novembre 1968.

Sans doute que l’œuvre de Richard Minier et Édouard Salier, «Africa Mia», va davantage booster cette renaissance !

«Africa Mia» de Richard Minier et Édouard Salier avec Boncana Maïga (1h18).

Source : l’Essor

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