Nouvel album: Oumou Sangaré prend le virage de l’acoustic

Publié le 24 juillet
Source : l'Essor

Après avoir flirté avec la musique électronique, la diva malienne revient avec un album plus épuré, composé des morceaux de « Mogoya » et certains anciens titres dans les conditions du live.

Intitulé tout simplement Acoustic, il est en vente depuis quelques semaines en Europe

Ce nouvel album est comme une sorte de retour aux sources, avec des chants et des instruments sans aucun artifice. À l’origine du projet, un concert donné à Londres : sur invitation de son nouveau producteur, Laurent Bizot, la chanteuse s’était lancée sur scène dans une formule dépouillée, presque sans répétition. Ce qui a donné l’idée au producteur d’en faire un album.

En 2017, Oumou Sangaré brisait un silence discographique long de six ans avec « Mogoya ». Un album avec de la musique électronique qui permet à la diva malienne de faire danser les jeunes du continent. Une sorte de réinvention car remixée par de jeunes DJ sud-africains et samplée par l’Américaine Beyoncé pour accrocher les musiques urbaines.

Certes, jusqu’à présent, il était plutôt question de moderniser progressivement ses chansons. A cet égard, en revenant à un environnement plus sobre, le nouvel album atteste d’un changement de référentiel, mais l’orientation suggérée par son producteur a mis en lumière d’autres aspects de son répertoire. « C’est le même groupe, les mêmes musiciens qui m’ont accompagnée pour Mogoya, mais en chantant avec moins d’instruments, on découvre autre chose », explique-t-elle.

Le producteur, Laurent Bizot et directeur de la structure No Format !, précise : «J’ai proposé à Oumou l’enregistrement de cet album, suite au concert donné à Londres à l’occasion des 15 ans de No Format! où, pour la première fois, quasi sans répétitions, elle a accepté cette formule acoustique très « lâcher-prise ». L’espace ainsi créé pour sa voix m’avait beaucoup plu ».

Cette formule inédite inaugurée à Londres allait donner lieu à une série de concerts où la voix et les émotions de la diva seraient mises en valeur dans un écrin rare : des instruments acoustiques, une atmosphère plus intime et feutrée et un naturel idéal pour replonger dans les fondements de la musique du Wassoulou. L’album a été enregistré dans les conditions du live, sans retouches ni overdub, en présence de quelques amis conviés à assister à cette veillée magique dans la « cathédrale » du grand studio MidiLive (près de Paris).

Porte-parole des injustices

Autour d’Oumou, ses fidèles choristes Emma Lamadji et Kandy Guira, le guitariste virtuose Guimba Kouyaté (qui est aussi son directeur musical), ainsi que le maître du kamele ngoni Brahima « Benogo » Diakité. À cette équipe, il faut ajouter la présence remarquée de Vincent Taurelle, venu ajouter avec justesse des touches bien senties de claviers, acoustique eux aussi (orgue-jouet, célesta). Il fait partie du collectif A.L.B.E.R.T. qui avait réalisé l’album Mogoya.

Et si la plupart des titres sont tirés de ce dernier album, et revisités dans un esprit épuré, Oumou y a ajouté quelques-uns de ses grands classiques, tel que « Saa Magni » – complainte ultime qui se lamente de la perte d’un être cher, ou encore «Diaraby Nene» que Beyoncé a récemment samplé dans son titre «Mood 4 Eva».

Dans les onze titres d’Acoustic, on retrouvera donc toute la force des thèmes chantés par la cantatrice, qui sait aussi bien évoquer les travers de la société malienne que magnifier ses valeurs les plus chères. Son esprit libre aussi, toujours prêt à se faire porte-parole des injustices et des souffrances que subissent les femmes, d’où qu’elles soient.

Et enfin, pour le bonheur des mélomanes, ces couleurs acoustiques intimes et chatoyantes vous donnent l’impression que la diva chante pour vous, rien que pour vous, à la maison. Vous pourrez l’inviter dès le 19 juin, date de la sortie du disque.

Elle cite Moussolou, son premier album, paru en 1990 et réédité en 2016. Elle en a repris un titre, qui vient s’ajouter à ceux de Mogoya : l’incontournable Diaraby Nene, « l’hymne des amoureux au Mali ».

Son interprétation, en trente ans, a changé dans la mesure où sa voix a évolué depuis l’époque de son enregistrement à Abidjan. Moins haut perchée aujourd’hui dans le cas présent. Il règne aussi une autre ambiance – plus apaisée? – sur ce morceau, qui s’allonge au passage de deux minutes.

La jeune artiste velléitaire de 21 ans est devenue trois décennies plus tard une référence de la musique ouest-africaine et un modèle en tant que femme d’affaires.

De quoi gagner en assurance. Et tout au long de cette heure qui défile d’un bout à l’autre d’Acoustic, c’est cette solidité pleine de nuances qu’Oumou parvient à transmettre.

Pour ce nouveau projet, elle a fait une infidélité au label World Circuit, très marqué « musiques du monde », qui la suit depuis une vingtaine d’années, en faisant appel à celui de No Format ! Le style Wassoulou qui l’a fait connaître est toujours présent à travers le n’goni, une sorte de luth typique de la musique traditionnelle malienne.

Son premier album, « Moussoulou », enregistré à l’âge de 18 ans sur le label Syllart, qui a révélé les plus grandes voix africaines, est un carton immédiat : plus de 100 .000 cassettes auraient été vendues en une semaine au Mali.

Au fil d’une discographie un peu trop vite labellisée « musiques du monde », elle enchaîne les collaborations audacieuses : avec les musiciens jazz et funk Pee Wee Ellis et électro Nitin Sawhney, le flûtiste Magic Malik, le batteur afrobeat Tony Allen… que l’on retrouve d’ailleurs sur son dernier opus. Son succès et son aura restent intacts.

L’ambassadrice de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) depuis 2003, se bat sur tous les fronts. Notamment sur ceux qui permettent de « libérer » la femme africaine de traditions douloureuses : l’excision, le mariage forcé, la polygamie…

Dans son nouvel album, elle enfonce le clou avec « Kamelemba », une chanson pour prévenir ses « petites sœurs » de se méfier des dragueurs qui donnent de faux espoirs.

Et dans un autre titre, « Djoukourou », elle fait l’apologie de la femme forte, sur laquelle un mari peut s’appuyer.

La diva malienne reçoit le « prix de la paix 2020 » de l’UNESCO

Le samedi 18 juillet dernier, Oumou Sangaré, a reçu à Washington, à l’occasion du Mandela Day, le « Prix de la Paix 2020 » du Centre pour la paix de l’Unesco. Elle dédie cette « prestigieuse récompense naturellement au retour de la paix au Mali et en Afrique ». Depuis New-York, elle suit de près la crise socio-politique, pour laquelle elle est très préoccupée. Pour elle, seule le dialogue peut nous permettre de sortir de cette situation.

Avant cette distinction, Oumou Sangaré a fait, durant le mois de juin et début juillet, la Une des grands magazines français, anglais et américains. En effet, nos confrères ne tarissent pas d’éloges sur son nouvel album intitulé Acoustic. Pour le quotidien français Libération, dans sa parution du lundi dernier, cet album est « comme un effet miroir, qui permet de constater la qualité de son répertoire, une fois dépouillé de toute production superfétatoire (ou pas) ». Quant à The Independent, un quotidien londonien (Grande Bretagne), il estime que la grande artiste malienne « ramène les mélomanes dans les cimes avec Acoustic ». Les morceaux du nouvel album se font arracher sur les plateformes de téléchargement comme Spotify, Apple Music, iTunes Store, Deezer, Youtube, Bigwax.i, Amazon music, Gobuz napster ou Tidal.

L’album Mogoya dont les neuf titres constituent la base de Acoustic, est sorti en 2018. Sa promotion a pris l’allure d’une tournée planétaire avec à la clef plus d’une centaine de concerts. C’est ce succès sans précédent qui a donné l’idée de faire une production de ce genre.

Bien qu’elle ait un statut de superstar, Oumou Sangaré n’oublie jamais d’où elle vient, ni les vertus d’une origine modeste. En octobre 2003, elle a été nommée ambassadrice de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation), une charge entrant dans le cadre de la lutte contre la faim dans le monde. Elle joue également un rôle actif dans l’Association des Mères et Enfants du Mali, qui organise des distributions de millet, de lait et de riz aux mères dans le besoin. Elle croit au devoir de ceux qui sont nés chanceux de subvenir aux besoins des moins bien lotis.

C’est à dix-huit ans qu’Oumou Sangaré a rejoint Djoliba Percussion, le groupe de Bamba Dembélé avec notamment un certain Toumani Diabaté à la kora. Elle était la plus jeune des interprètes. Elle chantait uniquement des chansons du répertoire de Coumba Sidibé, la grande cantatrice du Wassoulou.

En 1985, elle a formé son premier groupe, avec un flûtiste, un percussionniste et un joueur de kamalen ngoni (la harpe des jeunes). Le lendemain de son premier passage sur les écrans de l’ORTM, un admirateur lui a offert une moto Yamaha toute neuve ! « Cela m’a donnée confiance pour continuer de chanter et poursuivre ma route », se souvient-elle.

Le 4 janvier 1990, Oumou sort son premier album « Moussolou ». Ce opus fait un carton immédiatement aussi bien à Bamako que dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le véritable impact de « Moussoulou » est encore difficile à mesurer. L’album sur cassette, avec sa musique aux sonorités superbes, servit de rampe de lancement pour Oumou Sangaré. Les morceaux de cet album étaient joués et rejoués dans les maisons, les marchés, les magasins, les voitures et les bus.

Elle enchaîne les enregistrements : « Ko Sira » en 1993, enregistré à Berlin ; « Worotan » en 1996, avec la participation de Pee Wee Ellis, ancien saxophoniste de James Brown, et Nitin Sawhney. Son quatrième album, « Laban », paru en 2001 uniquement en cassette en Afrique, se vend à plus de 120.000 copies au Mali. En 2003, paraît « Oumou », un double-album regroupant tous ses succès, plus huit inédits dont des titres de « Laban ».

Sa carrière internationale, enclenchée en 1992-1993 après sa signature sur le label anglais World Circuit, n’a cessé de prendre de l’ampleur. Désormais, Oumou Sangaré porte le son du Wassoulou jusqu’au Japon, au Canada, aux États-Unis, au Maroc (festival d’Essaouira en 2002, l’année où elle ouvre un hôtel à Bamako). Enfin, ce fut « Seya » (joie), paru en 2009. Elle avait mis environ deux ou trois ans pour que ce dernier arrive à maturation.

Y. D.

Source : l’Essor

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