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«Bazin», une image de l’esprit malien

Le chorégraphe et danseur malien Tidiani N’Diaye se produit dans sa nouvelle création, « Bazin », qui met à l’honneur ce tissu emblématique d’Afrique de l’Ouest originaire d’Europe.

Le danseur forme avec l’artiste plasticien Arthur Eskenazi un duo autour de la question de la multiplicité des identités.

« Quand tu portes du bazin, tu te sens un peu la vedette de toi-même. Le tissu est brillant avec une certaine tenue. C’est très élégant et très agréable à porter », explique Tidiani N’Diaye, chorégraphe, danseur et auteur de la création Bazin qui se joue ce samedi 17 novembre au festival Les rencontres à l’échelle, à la Friche la Belle de Mai, à Marseille.

Le bazin, ce coton blanc damassé, puis teint à la main, une matière « noble », dans laquelle sont confectionnés les plus beaux boubous, robes et autres costumes, affirme toute l’identité de l’Afrique de l’Ouest. Un vêtement prestigieux arboré lors des fêtes de mariage, à la mosquée ou encore porté par des hommes politiques lors d’événements importants.

C’est noyé, enroulé ou encore serré dans cette étoffe cérémonielle que Tidiani N’Diaye a choisi pour mettre son corps en mouvement au côté de l’artiste plasticien Arthur Eskenazi pour créer son nouveau spectacle. « Je travaille souvent avec des objets, précise-t-il. Ici, ma démarche chorégraphique consiste en la personnification du tissu bazin comme l’image de l’esprit malien. ».

L’identité, vaste débat

Si ce tissu fut conçu et fabriqué au XIXe siècle par des Européens, son usage a été redéfini par les Africains puis il est devenu paradoxalement emblématique de l’identité ouest-africaine. Aussi, en l’adoptant dès sa diffusion au début de la colonisation, cette population a fait de ce textile prestigieux un habit très prisé : « Les Africains ont particulièrement apprécié ce nouveau textile pour sa finesse et sa brillance qui évoque la soie. Puis ils lui ont donné une identité en le teignant artisanalement », explique Patricia Gérimont, auteur et réalisatrice du film Dames de couleurs.

« S’il y a bien un sujet que je voulais éviter, c’est bien la question identitaire, assure pourtant Tidiani. Celle qui crée une dichotomie entre Afrique et Europe, entre Noir et Blanc. » Il poursuit : « Arthur, l’artiste qui m’accompagne sur scène, est français. Il est aussi blanc que je suis noir. Or, pour moi, ce n’est pas de l’identité comme clivage dont il s’agit ici mais la question des identités multiples qui façonnent un être humain. »

Arthur Eskenazi, artiste plasticien et complice de Tidiani sur cette création, y voit, lui, un tout autre message : « On a eu de grands débats avec Tidiani sur ce travail, c’était même parfois animé et toujours très passionnant. Mais qu’il le veuille ou non, moi je reste persuadé que cette création a quelque chose d‘éminemment politique. On ne peut pas en faire l’impasse et ne pas voir un Blanc et un Noir sur une scène qui s’enroulent dans un tissu… »

Dans Bazin, l’artiste plasticien voit un véritable tournant dans le travail du chorégraphe Tidiani N’Diaye : « c’est la création qui au travers de la danse a fait surgir la question de son identité. Je le connais bien et même s’il ne l’entend pas, je crois qu’il refuse un peu de conscientiser ».

Une création aussi en images

Pendant le spectacle, des images de teinturières au travail sont projetées sur un grand écran. Car Bamako est devenu ces dernières décennies la capitale incontestée de la teinture artisanale en Afrique de l’Ouest, et la ville voit émerger de nombreux ateliers : « C‘est la teinture qui a fait vivre ma famille, dit Sanata, 61 ans, teinturière à Bamako, mais nos conditions de travail sont très dures. »

Dessins symétriques et couleurs chatoyantes, la teinture est un artisanat très élaboré où le tissu est coloré dans des cuves, trempé dans un bain d’amidon puis lustré. Tidiani voit dans sa création l’expression d’un voyage et d’une rencontre entre l’Afrique et l’Europe : « Bazin est aussi pour moi le chemin de l’Afrique vers l’Europe, c’est la rencontre avec la mixité. C’est aussi créer une allégorie autour d’un troisième corps. Celui qui en fin de compte nous soutient, celui qui nous lie ». Et si, contrairement au plasticien, le chorégraphe n’y voit pas une dimension essentiellement politique, il reconnait cependant : « Mon travail est davantage une poésie politique où j’arrive à dire, à me révolter, à résister avec la poésie du corps… ».

Pour l’heure, ce spectacle sera aussi présenté au public malien, à Bamako, au Festival Bam, organisé par la compagnie Copier-coller et la fondation Passerelle, qui se déroulera du 30 novembre au 12 décembre.

Source : RFI

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