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Nollywood Week: «On peut faire rêver le monde entier»

La sixième édition du seul festival en France mettant en avant le cinéma nigérian vient de commencer. Jusqu’au dimanche 6 mai, le festival Nollywood Week à Paris montre une sélection des meilleurs films de la seconde industrie productrice de films au monde et l’audace des réalisateurs de plus en plus décomplexés. Ce rendez-vous unique programme aussi des rencontres avec des acteurs, des réalisateurs, des producteurs ou des superstars comme Chris Attoh. Entretien avec Serge Noukoué, cofondateur du festival.

RFI : Le festival Nollywood Week vient d’ouvrir ses portes avec un Mariage à la Nigériane 2 (The Wedding Party 2) de Niyi Akinmolayan, un film de superlatifs. Au Nigéria, il a fait plus d’entrées en salles que Star Wars : The Last Jedi. Il est aussi disponible sur Netflix, mais presque inconnu en France. Pourquoi fallait-il regarder cette comédie ?

Serge Nokoué : Parce que c’est un film de tous les records. Il a eu un succès fou au Nigéria, c’est le plus gros succès au box-office nigérian [avec 468 millions de nairas en un mois, soit 1,056 million d’euros, ndlr], avec une flopée de stars [Ricard Mofe-Damijo, Sola Sobowale, Enyinna Nwigwe, Adesua Etomi, Patience Ozokwor, Ireti Doyle, Banky W and Daniella Down, ndlr]. C’était le film à ne pas manquer pour comprendre où on est avec l’industrie cinématographique au Nigéria aujourd’hui et comprendre ce qui fonctionne dans ce pays.

Lors des dernières éditions, on a pu observer que Nollywood ne connaît pratiquement plus de tabou. Un cinéma osant à la fois de montrer des femmes modernes en quête du bonheur, d’aborder le problème de l’inceste, des élèves abandonnés à l’école ou les ravages provoqués par les multinationales pour exploiter les ressources humaines et naturelles en Afrique. Quels sont les sujets forts de l’édition 2018 du festival Nollywood Week ?

Les réalisateurs prennent encore plus de libertés. Par exemple, une chose qui n’était pas encore arrivée jusqu’à présent, un film qui traite le problème du terrorisme. The Delivery Boy, du réalisateur Adekunle Adejuyigbe, parle du terrorisme d’une manière très intelligente, pas frontale. Il décrit les dilemmes auxquels une personne faisant partie d’une organisation terroriste est confrontée. Le film humanise tout cela avec une personne qui souffre et qui est amoureuse. Donc, les films vont de plus en plus en profondeur. Ou prenez le court métrage Waiting for Hassana, de Funa Maduka. Il fait référence directe à l’enlèvement des filles de Chibok [ville de l’extrême nord-est du Nigéria], par des membres de Boko Haram. Donc, on voit que l’étendue des thématiques auxquelles les réalisateurs ont recours n’est plus si restreinte qu’auparavant.

On pourrait aussi citer Alter Ego, où le réalisateur Moses Inwang parle de la délinquance sexuelle, sans parler de Lagos Landing, une sorte de comédie-thriller qui raconte l’histoire d’un amour virtuel entre une Française arrogante et un avocat nigérian et où l’on se moque aussi d’une bourgeoise parisienne…

Exactement. Donc, c’est de plus en plus le Nigérian qui porte son regard sur le monde et qui ne se restreint plus aux histoires qui se passent à Lagos ou ailleurs en Afrique. The Lost Café, de Kenneth Gyang, se déroule en partie en Norvège. On suit le parcours d’une étudiante partie en Norvège pour y étudier le cinéma. A travers son itinéraire, on comprend la solitude qu’elle ressent, mais aussi toute la problématique liée à l’immigration et à l’équilibre intérieur d’une personne. Ce que cela signifie de laisser sa famille, son petit ami au pays… Elle doit s’intégrer dans cette nouvelle société et on voit toutes les difficultés que cela représente.

The Lost Café est une coproduction entre le Nigéria et la Norvège. Est-ce qu’il y a de plus en plus de collaborations entre le cinéma de Nollywood et des pays européens ?

Il y en a de plus en plus et il y aura encore plus dans un avenir proche. Les réalisateurs s’ouvrent de plus en plus, voyagent de plus en plus, grâce aussi aux festivals comme Nollywood Week où il y a des rencontres qui se font. Il y a une envie de sortir du pays et de raconter des histoires originales qui puissent plaire à tout le monde et où tout le monde puisse s’identifier. Cette vague est très importante, surtout avec les jeunes réalisateurs qui sont totalement décomplexés et qui n’ont peur de rien.

Le 8 mai commencera le Festival de Cannes. Ce plus grand rendez-vous cinématographique du monde, est-ce aussi une destination pour le cinéma nigérian ou considérez-vous que les films de Nollywood ne sont pas faits pour le Festival de Cannes ?

Tout cela prendra le temps que cela prendra… Je pense que bientôt, il y aura à Cannes une présence nigériane plus importante. Quand on voit certains films comme Sylvia, de Daniel Oriahi, totalement différent de ce qu’on a l’habitude de voir, avec une partie virtuelle, avec un homme amoureux dans la vraie vie, mais qui a aussi une autre personne dont il est amoureux et dont il rêve depuis son enfance. Ce genre de films, très poétique, très lyrique, pourrait plaire à des festivals comme Cannes. Mais il faut laisser le temps au temps…

Depuis peu, on a le premier super-héros noir, sachant que Black Panther ne vient pas de Nollywood, mais de Marvel. L’industrie de Nollywood est-elle jalouse de ce succès planétaire ?

Le phénomène Black Panther contribue de toute façon à accentuer le caractère décomplexé des réalisateurs noirs et africains. Ils vont s’identifier avec ce succès. Cela montre que c’est possible, qu’on peut faire rêver le monde entier. On n’a pas à se limiter à un public africain ou des territoires africains. C’est un chemin qui commence à s’ouvrir. Ce sont des éléments positifs dont les réalisateurs s’inspirent aujourd’hui. Sur la durée, cela va porter ses fruits.

Source : RFI

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