Lundi 22 Janvier 2018

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Le film d’animation, un créneau à investir par nos réalisateurs

Les enfants raffolent de dessins animés même si, selon les spécialistes, une grande part de la production ne leur est pas destinée. Il suffit de les voir attroupés autour des téléviseurs à déguster les histoires sur les héros qui leur sont proposés pour s’en rendre compte. Hélas, les valeurs ainsi véhiculés viennent d’ailleurs et ne sont parfois pas bonnes à prendre.

Mais, ces petits innocents ne savent souvent pas faire la part des choses et voudraient reproduire à l’identique les dires et les gestes qui ont tout l’air d’être imposés à leur frêle système cérébral. Leur impact sur le comportement des enfants est notable. C’est la conséquence de l’invasion des télévisions africaines par les films d’animation venus d’Asie, d’Europe et d’Amérique. Cet endoctrinement semble s’installer durablement dans le paysage audiovisuel africain qui ne laisse pas percevoir encore une réelle volonté d’y faire face. Peu de réalisations et de projets sont élaborés pour soutenir les productions adaptées à nos réalités, qui mettent en valeur nos héros et nos hauts faits d’arme inconnus de nos enfants. Les images et sons diffusés par les films d’animation véhiculent des messages qui façonnent le conscient et le subconscient. C’est une technique visant à donner l’illusion à des spectateurs que des personnages ou des objets animés (sous forme de dessins, peintures, photographies, dossiers numériques etc.) sont doués de vie et peuvent bouger, se déplacer, avoir des mimiques, parler. Le dessin animé est certainement la branche de l’animation qui a connu le plus gros succès populaire, dû notamment à quelques animateurs de renommée mondiale comme Walt Disney ou Tex Avery. Mais de nombreuses autres techniques sont utilisées comme l’utilisation des marionnettes technique expérimentée au Mali. Cette méthode d’expression a servi à Mambaye Coulibaly et Kadiatou Konaté pour réaliser les premiers films maliens d’animation. Le pionnier en la matière est Mambaye Coulibaly, paix et salut à son âme, qui a réalisé en 1989 un film d’animation court métrage intitulé La geste de Ségou. Utilisant la technique des marionnettes animées, le film est une adaptation d’un épisode de l’épopée bambara de Ségou. L’histoire, se déroule dans le royaume bambara de Ségou, il y a trois siècles environ. Les devins ont prédit au roi de Ségou la naissance d’un héritier mâle qui le détrônera. Le roi a ordonné à la garde d’exécuter tous les enfants d’un an : le chef de la garde lui rapporte les amulettes des enfants tués. Mais cela ne suffit pas à détourner du roi le destin qui l’attend. Ce film, au relent d’épopée sur Moïse, a été couronné du prix du meilleur court métrage au Fespaco et présenté en compétition au festival de Cannes. L’enfant terrible de Kadiatou Konaté est tout autant réalisé avec des marionnettes sous la houlette de l’expert en la matière, Yaya Coulibaly et la troupe nationale de marionnettes du Mali. Ce court métrage de 11 minutes retrace l’histoire d’un enfant hors du commun qui parle, mange et marche le jour de sa naissance. Quelques jours seulement après sa venue au monde, il part à la recherche de son frère qu’il entraîne dans des aventures et méfaits. Cet enfant ingrat et méchant accumule les bêtises sous l’œil impuissant de son frère aîné. Après ces deux réalisations, c’est le silence complet, jusqu’à cette célébration du cinquantenaire du Mali, en 2010. Un projet de mise en images de l’histoire du Mali racontée aux tout petits est lancé. Le 23 août a eu lieu la projection en salle de cinéma, en avant première, des deux premiers épisodes d’une série qui devait en comporter une vingtaine de dix minutes chacun, à diffuser sur la télévision nationale. Selon Malitoon, la structure chargée par les autorités de sa réalisation, la série devait constituer un support pédagogique permettant aux enfants de s’imprégner de notre histoire et de s’approprier nos valeurs. Voilà une initiative heureuse qui n’a pas connu de suite, comme d’autres projets retenus pour cette commémoration. Il importe de poursuivre les jalons posés par ces trois éclaireurs afin que le Mali puisse donner à ses tous petits de la matière audiovisuelle pouvant leur indiquer le chemin de nos valeurs et minimiser les pièges du mimétisme que leur imposent les images qu’ils consomment actuellement.

Kabinè Bemba DIAKITé

Source : L’Essor

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