Ibrahim Ikassa Maiga, Enseignant à la Faculté de Droit Privé (USJP/Bamako – Mali) : « Comment comprendre qu’avec cette superpuissante ou hyperpuissante force française militaire, aucun secours ne vient aux soldats maliens »

« Monsieur l’Ambassadeur de France à Bamako,

C’est avec force indignation que je vous ai lu, au fil d’un communiqué faisant état de votre prétendu « étonnement » à propos du secret de polichinelle dont le Très Respecté Salif KEITA s’est fait porteur à l’intention du Président IBK.

De prime abord, votre statut de diplomate vous commande de remuer votre langue dix fois avant de choisir à qui vous adresser, sur quoi et comment. Et, ç’en est devenu votre exercice favori, autant je vous ai récemment entendu vous adresser – directement (quelle outrecuidance !) – au Président de l’Assemblée nationale du Mali à propos des déclarations d’un Honorable député du Mali faites au cours de débats en plénière (constitutionnellement couverts par l’immunité parlementaire malienne), et ce, avec une bien osée désinvolture de votre part.

Mais cette fois-ci, ç’en est trop ! Vous vous attaquez à notre SALIF KEITA NATIONAL, notre Monument Vivant ! Vous vous êtes autorisé au-delà de ce qui est permis à un simple représentant diplomatique !

Vous, vous êtes simple Ambassadeur de France à Bamako, tant pis !

Notre Respecté Salif KEITA est l’Ambassadeur du Mali auprès du reste du Monde, l’Ambassadeur de la Musique et de la Culture maliennes auprès de tous les Citoyens du Monde, titre qu’il arbore depuis des lustres !

C’est sans commune mesure, et cela est d’autant plus vrai et vérifiable que personne ne vous connaît ici qu’à travers vos piètres sorties médiatiques (un diplomate, vous dites !) qui n’ont d’égal que le dédain et l’indignation que le Peuple malien ressent, à votre endroit, en ces heures sombres de son histoire.

Au lieu pondre à la pelle vos communiqués aux relents néocolonialistes et condescendants, l’orthodoxie diplomatique vous aurait commandé, à tout le moins, de vous adresser au Ministère des affaires étrangères du Mali, ou au mieux à en référer à votre patron, son homologue français, qui se chargerait, s’il le juge nécessaire, d’en toucher mot à la chancellerie malienne. C’est « diplomatiquement » simple et basique !

Au demeurant, ne touchez plus à notre SALIF NATIONAL, un des Trois Plus Illustres KEITA que notre histoire connaît : Soundjata KEITA, le fondateur de l’Empire du Mandé au 13ème Siècle, Modibo KEITA, le Père de l’indépendance du Mali au 20ème Siècle, et bien sûr Salif KEITA NATIONAL, en ce 21ème Siècle, mondialement renommé et inscrit à l’équivalent de notre Panthéon (pour vous permettre d’apprécier l’ordre de valeur que cela pourrait représenter chez vous !),… Peut-être même, si la liste devrait s’égrener, arrive un autre KEITA, Salif le domingo du football malien, … et certainement pas celui que vous prétendez défendre dans votre fade communiqué… car sa forte soumission à la France macronienne le déclasse au loin, dans la liste de nos illustres KEITA à distinguer dans le combat pour l’honneur et la dignité du MALI. Souffrez que vous en soyez averti !

Salif Keita parle à son Kôrô, et qui plus en Malinké ! De quoi je me mêle ! Ce qu’il y dit en langue authentiquement malien, comme les textes de ses créations artistiques (c’est un véritable créateurs, et c’est peu le dire) et ses compositions musicales sont des universités pluridisciplinaires à côté des élucubrations d’un diplomate en mal d’inspiration !

 

Salif Kuma ! Parle et sois la voix des sans voix ! L’histoire retiendra que tu as joué ta « partition », autant en musique qu’en citoyenneté !

Mais venons-en au faits, Monsieur l’Ambassadeur de France à Bamako !

Nicolas NORMAND, votre illustre devancier a clairement écrit et défendu au fil de la presse que le gouvernement français « a donné le Nord du Mali aux séparatistes… » (TV5Monde : Nicolas NORMAND : https://youtu.be/jfvek70LxlY). Vous en dites quoi, Monsieur l’Ambassadeur de France à Bamako ?

Déclenchée en janvier 2013 pour stopper les colonnes djihadistes à l’entrée de Konna, l’Opération française « SERVAL » a été l’occasion de forcer la main au gouvernement malien de « redemander » une intervention au sol contre une intervention simplement aérienne, comme initialement demandé à la hiérarchie politico-militaire française (voir l’émission «Cellule de crise»  : https://youtu.be/YhRg3DGq6u4). C’est d’ailleurs, vous le verrez plus bas, ce qui lui a permis de mettre des garrots aux mollets de l’armée nationale. Vous en dites quoi, Monsieur l’Ambassadeur de France à Bamako ?

Quelques semaines après l’intervention française de l’opération Serval, l’Ambassadeur français, Christian ROUYER, qui avait fortement déconseillé et s’était catégoriquement opposé à la collaboration de l’armée française avec les rebelles touarègues, a été démis de ses fonctions (voir idem «Cellule de crise» : https://youtu.be/YhRg3DGq6u4). Vous en dites quoi, Monsieur l’Ambassadeur de France à Bamako ?

Monsieur l’Ambassadeur de France à Bamako, je vous demande de voir le déroulé des faits et les circonstances de l’intervention française au Mali, et de son évolution subséquente.

Cette émission télévision, Cellule de crise, ci-haut citée, est commentée par le journal Le Parisien comme suit : « Cellule de crise revient avec son atmosphère high-tech crépusculaire pour révéler la genèse de l’opération Serval ».

Et c’est bien à propos de le dire ainsi, car il y est expliqué (en réel et par reconstitutions) comment les autorités françaises avaient pu suivre, depuis des mois, l’évolution en temps réelle de la situation dans les Régions du Nord du Mali, dans une « atmosphère high-tech », de renseignements technologiques, de satellites, de drones à vision nocturne et thermique, d’écoutes téléphoniques et satellitaires, d’avions de surveillance et d’escadrilles supersoniques, d’opérations « combinées » utilisant divers moyens plus ou moins complémentaires, etc. Nous étions en 2012 et début 2013, et il y avait quasiment pas de moyens de renseignement humain bien élaboré au sol.

Pourtant, c’est à partir de postes d’observation et de renseignement en France ou d’autres pays de la sous-région sahélienne que l’armée français est arrivée, en appui avec les troupes maliennes ragaillardies par cette aide salvatrice, à stopper net avec une fulgurante efficacité la percée djihadiste sur le verrou de Konna et les goulots de Nampala et Diabaly, et de mener une chasse à l’homme systématique des colonnes terroristes en débandade, jusque la vallée de l’Amétataye, dans les confins des montagnes de l’Adagh des Ifoghas ou de l’Adagh d’Ouzzeïne et au-delà dans le Tanezrouft à la frontière algérienne ou même dans leur fuite vers les forêts du Wagadou à la lisière de la Mauritanie, voire en repli vers le Sahara Occidental.

En une dizaine de jours, le tour est joué : mission accomplie ! Sauf qu’à quelques encablures de Kidal, l’armée malienne est éconduite… au nom de quoi ! Allez savoir ! Et même là, certains djihadistes furent triés sur le volet et adoubés, d’abord en Mouvement islamique de l’Azawad (MIA) vite converti en Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), aux apparences djihadistes moins criardes.

Soit ! Le cauchemar de Konna est passé, un Accord préliminaire a permis d’installer des nouvelles autorités élues, la Minusma s’installe, l’Opération Serval se reconvertit en Opération Barkhane dédié uniquement à la lutte contre le terrorisme ambiant, avec plus de 4.200 hommes au Mali.

Soit ! Un Accord dit pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger est signé, mettant définitivement fin aux belligérances entre l’armée malienne, les groupes armés rebelles et les groupes armés d’autodéfense.

A ces trois catégories de protagonistes maliens (Armée malienne, Groupes armés rebelles et Groupes armés d’autodéfense) s’ajoutent donc les forces onusiennes de la Minusma, du Tchad, la Force française Barkhane, et plus tard la Force G5-Sahel, avec comme vocation d’aider le Mali à se stabiliser et à lutter résolument contre le terrorisme national et transfrontalier.

Je fais ce rappel fort élogieux pour l’intervention française, pour simplement montrer que la superpuissance militaire française est à la pointe de la technologie, de la stratégie et de la tactique militaire.

L’armée française a pu facilement débarrasser, à partir de Konna et Diabaly, les régions septentrionales maliennes des forces obscurantistes terroristes, parce qu’elle a pu, avec ses moyens de renseignement et ses opérations combinées, localiser, identifier, suivre à la trace, traquer et neutraliser les combattants terroristes aussi nombreux que disparates sur plus des trois-quarts du territoire malien.

Alors, maintenant des questions avec d’innombrables zones d’ombre !

Comment l’armée française, qui a si facilement réussi avec une stratégie tactique payante d’identification des positions et itinéraires des terroristes en vue de leur neutralisation, a accepté de s’accommoder avec la présence de toutes sortes de troupes éparpillées sur tout le septentrion malien, si tant est l’intention d’être efficiente comme aux premières heures de l’Opération Serval ?

Pourquoi avoir abandonné la recette gagnante qui a consisté à maîtriser le terrain par les moyens de renseignements technologiques, aériens, humains et logistiques, en confinant toutes forces non belligérantes dans des zones et sites bien identifiés, pour pouvoir facilement traquer les terroristes qui auront l’obligation de se mouvoir et de se découvrir pour être frappés et neutralisés ?

Pourquoi on a l’impression que toutes conditions sont créées et entretenues pour maintenir l’enclave de Kidal, alors qu’il est de notoriété qu’une bonne partie des attaques djihadistes s’y préparent ou s’y replient, comme l’a moult fois décrié le courageux Président Mahamadou Issoufou du Niger, et sous la bienveillante couverture de la Force française ?

Comment comprendre que les attaques djihadistes ne visent que les positions des troupes gouvernementales maliennes ou des autres troupes qui ne sont pas en odeur de sainteté avec la Mnla/Cma telles que celles du Tchad ou du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) ou même du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA), dissident de la Cma ?

Comment comprendre qu’avec toute cette armada de moyens de renseignements technologiques, humains et logistiques, aériens, la Force Barkhane n’assiste pas les militaires maliens, lors des attaques meurtrières qui les déciment de Nampala, à Dioura, de Gourma-Rharouss à Tarkint, de Boulikessy à Mondoro, d’Indelimane à Konna ?

Comment comprendre qu’avec cette superpuissante (je dirais même hyperpuissante) force française militaire, aucun secours ne vient aux soldats maliens, et pire les terroristes auront eu, après leurs forfaits, le large temps de bivouaquer et d’écumer les camps asservis, durant des heures pour tourner leurs macabres vidéos de propagandes et se retirer gaillardement, sans aucunement être inquiétés ?

Comment comprendre qu’un Etat souverain, qui a accepté vos lettre de créances, accuse sans broncher des coups de semonces contre son statut d’Etat indépendant et souverain, à travers des atteintes diverses comme l’annonce d’une énième opération franco-européenne dite « Takuba, le Sabre Scélérate » ou comme l’« autorisation » donnée depuis Paris par Macron au Premier ministre du Mali de se rendre à Kidal… dans les prochains jours ?

Notre Salif Keita s’interroge sur le peu d’entrain et de courage politico-diplomatique dont font montre le Président IBK et son gouvernement face aux assauts répétés contre notre souveraineté d’Etat, en tant pays membre à part entière des Nations-Unies et « ami » de la France, certainement pour des raisons que vous et eux connaissent, puisque cela se peut s’expliquer, dans le Pays de Modibo KEITA et de son Excellence Aliou Blondin BEYE, que par le fait que votre Gouvernement tient le nôtre par « quelque chose qui ferait mal, très mal ». D’où certainement ce mutisme fort apathique : vous en direz-nous des nouvelles ?

Monsieur l’Ambassadeur de France à Bamako, c’est sur des aspects aussi ambigus que paradoxalement clairs pour nous que nous attendons le « chantre de l’amitié » France Mali, que vous êtes censé être, plutôt que de vous attaquer à notre SALIF KAITA NATIONAL. Soyez en sûr et ne pas vous méprendre à vous acharner encore sur lui, vous n’en serez que plus honni !

Commettez l’erreur d’y persister dans cette lugubre voie anti-diplomatique que vous serez déclaré persona non grata… au Mali, par le Peuple Malien !

 

Salutations sincères !

Bamako, le 16 novembre 2019 ».

Ibrahim Ikassa MAIGA

Enseignant / Faculté de Droit Privé (USJP/Bamako – Mali)

Ibrahim Ikassa

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Un ancien fonctionnaire international écrit à IBK : « Démissionnez de votre Présidence… » !

Ancien fonctionnaire international, Mahamadou Maïga, Docteur d’Etat ès sciences économiques de l’Université de Paris-1-Panthéon Sorbonne, écrit une lettre ouverte à Ibrahim Boubacar Keïta. Dans sa correspondance, M. Maïga lance un appel pressant à IBK : «… de vous voir démissionner de la Présidence de la République dans les brefs délais, pour parer, non pas à un putsch que vous avez évoqué supra, mais à une révolte multiforme ou une révolution populaire aux conséquences sociales imprévisibles, du genre de la révolte qui a balayé le régime monopartite détesté de M. le Président Moussa Traoré ». Lisez plutôt !

Excellence, je m’adresse à vous d’abord en tant que votre ancien camarade militant de notre commune Association des Etudiants et Stagiaires Maliens en France (AESMF), une branche de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), dans les années 1969-1972 à Paris en France, ensuite en tant que vous êtes le Président de la République du Mali depuis septembre 2013.

Du haut de mes soixante-seize (76) ans d’âge, je solliciterais votre indulgence de pouvoir vous contacter directement à la manière africaine sans passer par les règles protocolaires en usage. Après mûre réflexion depuis des semaines, je suis arrivé à cette décision ultime de vous adresser une lettre ouverte pour vous demander de bien vouloir démissionner de votre présidence pour sauver le peuple malien et lui donner une chance de se construire une nouvelle vie avec votre aide, en vue d’éviter un éclatement fatal du Mali et une souffrance inutile au peuple malien.

J’ai pris cette décision en toute indépendance individuelle, n’ayant jamais été membre d’aucun parti politique malien, ni d’aucune association de la « société civile », échappant à tout esprit partisan de majorité ou d’opposition. De plus, je n’ai jamais émargé au Budget du Mali en tant que fonctionnaire de l’Administration publique, n’ayant donc pas été partisan au sein de cette dernière.

La présente lettre ouverte fait suite à une première lettre ouverte que je vous ai adressée conjointement à sa Majesté le Roi du Maroc, en janvier 2015, sous le titre : « Votre intervention commune sera salutaire contre le naufrage du secteur agrumier malien en vue d’éviter le chômage de milliers d’opérateurs et d’employés », dans laquelle je soutenais, entre autres, en tant que producteur d’agrumes au Mali : si le gouvernement malien ne prend pas ses responsabilités d’appliquer les règlements commerciaux, sécuritaires et environnementaux de protection minimale des produits agricoles maliens en vigueur au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO d’une part, et de réglementer l’importation massive anarchique d’agrumes marocains d’autre part, les producteurs et commerçants  maliens se verraient dans l’obligation de saisir qui de droit pour sauver le secteur agrumier malien à l’échelle sous-régionale et internationale. Autrement, ce secteur disparaîtrait à terme au détriment des milliers de maliens qui en vivent aujourd’hui. A la date d’aujourd’hui je n’ai reçu aucune réaction ou réponse de votre part à cette lettre, au moment où ce secteur agrumier continue à végéter.

Ma présente lettre ouverte fait également suite à celle que Madame Adame Ba Konaré, ancienne Première Dame de la Présidence du Mali, vous a adressée le 2 juillet 2017 dans laquelle elle vous a demandé d’annuler votre projet de révision de la Constitution malienne du 25 février 1992 contre lequel s’étaient opposés les partis politiques de l’opposition, la société civile et les syndicats, tous fédérés autour du mot d’ordre « Antè A Bana : touche pas à ma constitution ». Vous avez eu la sagesse de reporter sine die ce projet de révision constitutionnelle.

De la même façon, je souhaite vivement que vous accédiez à ma demande de votre démission de la Présidence de la République du Mali (PRM) pour les raisons fondamentales suivantes :

Depuis septembre 2013, votre présidence a été caractérisée par un manque réel de vision politique pour le Mali, exprimé par une trop grande instabilité gouvernementale à travers votre nomination successive de 6 premiers ministres en 5 ans et 9 mois (septembre 2013-mai 2019) ;

Votre manque manifeste de volonté politique de lutter contre la corruption et la délinquance financière qui gangrènent durablement le Mali ;

Votre incapacité de ramener la paix et la sécurité dans le nord et le centre du Mali et ;

Votre incapacité de résoudre les problèmes économiques et sociaux du peuple malien.

Manque réel de vision politique pour le Mali

Excellence, je commence d’abord par vous rappeler que vous avez été mal élu à l’élection présidentielle de juillet-août 2018 pour votre 2ème mandat, ceci s’étant traduit par les résultats contestables et parfois fantaisistes publiés par le Ministère de l’Administration Territoriale (des électeurs de certains bureaux de vote auraient voté à 100% pour le même candidat ; le nombre de votants a dépassé celui des électeurs inscrits dans certains bureaux de vote, etc.). C’est pourquoi les 18 candidats présidentiels au 1er tour avaient contesté ces résultats provisoires pour motif de «bourrages » des urnes, notamment dans le nord du pays, exigé la liste complète des bureaux de vote et le nombre d’électeurs de ces bureaux et introduit des recours pour « irrégularités » auprès de la Cour Constitutionnelle (CC). Six candidats avaient même déposé une requête pour « récusation » de 6 membres de la CC pour leur « manque d’impartialité », car soupçonnés d’avoir reçu 900 millions de FCFA de pots de vin en votre faveur d’après plusieurs journaux maliens. Votre élection à 67,1% des voix au 2ème tour (avec un taux de participation de 34,54% seulement des voix, bien inférieur au taux de participation de 43% du 1er tour) a été contestée par l’opposition, débouchant sur une vraie crise postélectorale, que vous balayez curieusement comme inexistante lors de votre interview avec l’hebdomadaire Jeune Afrique (N° 3051 du 30 juin 2019) alors que cette crise a bien existé pendant des mois. La Cour Constitutionnelle ayant validé les résultats publiés par le Ministère de l’Administration Territoriale avec quelques petits amendements, vous avez été déclaré vainqueur de ces élections et Président de la République pour un 2ème mandat de 5 ans à partir de septembre 2018, mais avec un faible taux de participation des électeurs, donc une faible conviction de la majorité des maliens à votre égard.

Excellence, c’est votre manque réel de vision politique et votre pratique du pouvoir solitaire qui expliquent grandement que vous changez de Premier Ministre et de gouvernement pratiquement chaque année depuis septembre 2013, ceci exprimant votre incapacité de bien les diriger politiquement et de partager les décisions politiques avec ceux-ci parce que vous auriez une conception egocentrique du pouvoir alors que ce peuple a besoin de décisions sages et partagées durables qui améliorent ses conditions d’existence. Ces changements fréquents de gouvernement n’ont eu que des effets politiques, économiques et budgétaires négatifs pour l’efficacité et l’efficience de l’Administration publique d’une part, et pour le peuple qui en souffre énormément en dernier ressort d’autre part.

Vous semblez ainsi présider le pays comme un chef d’orchestre imperturbable qui dirige tout seul son orchestre alors que vous avez le destin de toute une nation de 19,529 millions d’habitants entre vos mains, qui a besoin de paix, de sécurité, de diversité, d’efficacité et de durabilité par une action idoine de partage entre tous les protagonistes maliens, qui fait défaut malheureusement.

Ainsi, vous ne convainquez pas la majorité des maliens quant à vos choix politiques et économiques à court terme qui semblent être faits sur la base de décisions unilatérales précipitées, sans une vraie concertation avec le gouvernement, notamment dans le choix de vos voyages officiels entre l’intérieur du Mali et l’extérieur.

En effet, l’opposition et la presse maliennes ont révélé en mars 2017 que depuis 2013 vous aviez effectué 107 voyages (dont 54 pour des sommets et conférences et 17 pour des visites bilatérales, dans 38 pays) en parcourant en 4 ans plus de 618.927 km équivalents dans les airs, soit plus de 20 fois le tour du monde, notamment en Afrique et en Europe et que ces voyages avaient très peu de “valeur ajoutée” pour le Mali. Ceci d’autant plus que des ministres et des diplomates chevronnés auraient pu entreprendre une partie de ces missions à moindres frais avec des retombées meilleures que les vôtres pour le pays. Ces voyages ont coûté énormément au budget public (chaque heure de vol de l’avion présidentiel coûtant environ 13 millions de francs CFA, et ces 107 voyages coûtant plus de 6 milliards de FCFA pour le carburant et l’entretien de l’avion présidentiel, et 9,5milliards de FCFA pour les frais hôteliers, en 36 mois. L’opposition et la presse ont également révélé que votre avion présidentiel aurait coûté 18 milliards de FCFA (de 19 à 21 milliards de FCFA selon d’autres sources ministérielles contradictoires) et que vous auriez acquis deux voitures de marque Range-Rover (version 2014) estimées chacune à plus de 80 millions de FCFA dans le contexte d’un pays pauvre comme le Mali !

Après que le Mali eut brûlé dans les attaques djihadistes des postes militaires de Boulkessi et de Mondoro, tuant 38 à 40 soldats maliens le 30 septembre 2019, vous sembliez regretter de n’avoir pas voyagé à Lyon pour participer à une simple conférence de collecte de fonds pour le Fonds mondial du SIDA, paludisme et tuberculose, quand vous déclariez : « j’étais sur le chemin de Genève où je devais discuter de la question du coton et plus tard à Lyon pour la question du Fonds mondial pour la santé.

J’ai annulé ces deux missions ». Vous ne convainquez ainsi pas les maliens de votre intention de donner plus d’importance au règlement de leurs problèmes graves et préoccupations essentielles qu’au traitement des « questions mondiales », qui ont peu de retombées positives sur les « questions nationales ». C’est pourquoi beaucoup de maliens et la presse vous décrivent ainsi : « Le Mali brûle et IBK regarde ailleurs ».

Par ailleurs, récemment dans un discours, vous avez évoqué un putsch au Mali : «…notre nation, aujourd’hui, plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n’a pas besoin d’élucubrations des nostalgiques du putsch. Aucun putsch ne prévaudra au Mali, qu’on se le dise. Et je crois que cela n’est pas du tout à l’ordre du jour et nous ne saurons nous inquiéter. Mais je tiens à dire combien cela est absolument ignominieux, indécent dans les temps où nous sommes ».

le Président, auriez-vous des appréhensions au sujet de certains militaires qui tenteraient de fomenter un putsch que vous voudriez contrecarrer, ou voudriez-vous régler des comptes avec ceux en qui vous n’auriez pas confiance ? Dans tous les cas, votre prise de parole officielle quant à la probabilité d’un putsch a semé la confusion dans le peuple malien qui ne sait plus à quel saint se vouer depuis lors, ayant à l’esprit la confusion politique et économique créée par le coup d’Etat militaire du Capitaine Amadou Haya Sanogo le 22 mars 2012. Au lieu d’apaiser ce peuple meurtri, notamment après Boulkessi et Mondoro, vous en rajoutez à ses souffrances ! Par calcul politique ou maladresse politique ?

Suite à la démission en avril 2019 de votre 5ème Premier ministre, M. Soumeylou Boubeye Maïga, du fait d’interférence, entre autres, de leaders religieux dans votre politique, vous avez formé en mai 2019 un gouvernement pléthorique de 38 ministres (le 6ème Premier ministre, M. Boubou Cissé inclus), qui « se marchent sur les pieds » et font double emploi, car leurs responsabilités ne pourraient jamais être clairement définies et partagées dans l’action et la pratique. Cette pléthore nuit ainsi au travail du Premier ministre qui ne pourrait efficacement conduire un tel étalage gouvernemental où il y’a nécessairement des conflits de partage des responsabilités et d’actions.

Excellence, comparez ce gouvernement pléthorique à celui volontairement restreint de 23 ministres (secrétaires d’Etat compris) que sa Majesté le Roi du Maroc a formé le 9 octobre 2019 alors que ce pays de 34 millions d’habitants (en 2014) avec un PIB nominal de 109,82 milliards de dollars us (en 2017) est immensément plus riche que le Mali des 19,52 millions d’habitants avec un PIB nominal réduit de seulement 15,10 milliards de dollars us.

Excellence, pourriez m’expliquer ce paradoxe politique entre deux Etats qui ont la même volonté politique déclarée de développer leur peuple respectif ? Ma question est d’importance, car votre gouvernement pléthorique coûte inutilement cher au budget public avec une efficacité très douteuse à court et moyen terme ; il consacre donc relativement moins de dépenses budgétaires à des secteurs essentiels comme la santé et l’éducation par exemple, dont les personnels sont souvent en grève du fait de leur « misère » matérielle et morale vécue.

Par ailleurs, la prolongation du mandat des députés de l’Assemblée nationale pour six mois, que vous avez cautionnée, est anticonstitutionnelle, car la Constitution de 1992 stipule en son article 61 que ce mandat a une durée de 5 ans et qu’après ce délai, la population doit retourner aux urnes pour élire de nouveaux députés. En conséquence, je considère que les députés qui se sont auto-prolongés après la fin de leur mandat légal de 5 ans sont illégitimes et que tous les projets et propositions de lois qu’ils adoptent sont anticonstitutionnels. Or, vous collaborez illégalement avec cette Assemblée Nationale anticonstitutionnelle !

Excellence, reconnaissez que depuis l’instauration de la démocratie multipartite en 1992 au Mali, la classe politique et les partis politiques de toutes obédiences confondues ont échoué à développer politiquement et économiquement le pays alors que vous avez été ministre puis Premier ministre du Président M. Alpha Oumar Konaré (1992-2002) et Président de la République depuis 2013. Ainsi, un nouveau mouvement islamiste a l’ambition de se substituer aux partis politiques et de prendre le pouvoir. C‘est dans cette perspective qu’une association islamiste a été créée le 7 septembre 2019 par l’imam Mahmoud Dicko (ancien Président du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) et ses disciples sous la dénomination: Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants (CMAS) de l’imam Mahmoud DICKO. Ce dernier décrit par la presse malienne comme un wahabiste rigoriste à la manière saoudienne se présente comme le garant de la morale, de l’unité nationale, des valeurs sociales (notamment musulmanes) avec en toile de fond la lutte contre la corruption et toutes les formes de délinquance financière. Cette coordination serait probablement transformée en parti politique islamique de fait dans les mois à venir dans la perspective de l’élection présidentielle de

Au Mali s’achemine-t-on vers l’instauration à terme d’un régime islamiste en substitution à la démocratie républicaine laïque actuelle ? Excellence, vous pourriez répondre à mon interrogation, car votre parti politique RPM, majoritaire à l’Assemblée nationale, fait partie des partis qui ont échoué dans leur tentative d’instaurer une vraie démocratie au Mali.

Manque manifeste de volonté politique de lutter contre la corruption et la délinquance financière

S’agissant de la lutte contre la corruption et la délinquance financière qui gangrènent durablement le pays.

Excellence, depuis votre investiture en septembre 2013, vous n’avez engagé aucune vraie action politique malgré votre possession, entre autres, des rapports annuels du Vérificateur Général (VG), qui sont très explicites sur les irrégularités et malversations financières opérées au Mali depuis lors. Le Tableau des suites judiciaires réservées aux dénonciations faites par le VG depuis 2013, officiellement approuvé et signé le 27 juin 2019 par Maître Malick Coulibaly, Ministre de la justice et des droits de l’homme, Garde des sceaux, donne la situation suivante des dossiers en litige :

Années des

rapports

du VG

 

Nombre de

dénonciations

 

Montants

incriminés

 

Montants

recouvrés

en cours de

procédure

 

Nombre de

dossiers

classés

sans suite

 

Dossiers en

cours

d’enquête

préliminaire

ou en

information

 

Nombre de

dossiers

jugés

 

2011-2018

 

61 60,589

milliards de

FCFA

 

6,883

milliards de

FCFA

 

    10   50 1

 

Excellence, ne trouvez-vous pas indécent que depuis 2013 seuls 6,883 milliards de FCFA ont été recouvrés (de surcroît en cours de procédure) sur un montant total incriminé de 60,589 milliards de FCFA, soit seulement 11,36% de ce total, et qu’un seul dossier a été jugé sur un total de 61 dénonciations dans cette longue période ? Vous pourriez rétorquer que la justice malienne est indépendante et suit son cours indépendamment du pouvoir exécutif et que les magistrats ne sont soumis dans l’exercice de leur fonction qu’à l’autorité de la loi (Article 82 de la Constitution). Mais, cet article 82 stipule également que le Président de la République est garant de l’indépendance du pouvoir judicaire. En outre, dans l’article 45 de cette constitution, il est stipulé que le Président de la République est le président du Conseil supérieur de la magistrature, qu’il exerce le droit de grâce et propose les lois d’amnistie.

Excellence, vous avez donc une obligation morale de faire fonctionner correctement la justice au Mali malgré son indépendance, notamment dans les cas de malversations financières enquêtées et avérées par le Vérificateur Général ou d’autres organismes publics de contrôle des fonds publics. Malheureusement, vous ne semblez pas exercer cette obligation morale depuis 2013, donnant l’impression au peuple malien que vous protégez des personnes ou des sociétés « irrégulières » incriminées.

En effet, la presse, des activistes et certaines organisations de la société civile malienne ont dénoncé les opérations financières opaques qui ont accompagné les achats d’aéronefs au profit des FAMA, qui avaient été prévus dans le cadre de la Loi de programmation militaire. C’est à travers un marché de gré à gré de 108 milliards de FCFA (justifié, semble-t-il, par le secret-défense militaire) que des équipements militaires, 6 avions Super Tucano (dont 4 seuls livrés à ce jour, mais sans équipement de visée) et 2 hélicoptères PUMA (« encore cloués au sol faute de maintenance appropriée » d’après vos propos tenus lors de votre interview avec Jeune Afrique N° 3031, page 28 ; pour lesquels « le Mali a été floué» d’après les propos de votre fils, M. Karim Keita, Président de la Commission défense de l’Assemblée nationale du Mali), ont été acquis.

Le Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD) sous la présidence de M. Soumaïla Cissé a, le 26 août 2019, saisi et demandé à « l’Assemblée nationale … de mener toutes les investigations utiles et de renvoyer en conséquence devant les juridictions compétentes toute personne impliquée, fût-il Président de la République, Chef suprême des armées, Premier ministre, Ministre, et leurs éventuels complices civils et militaires en raison des faits cités qui sont constitutifs de crimes et délits commis dans l’exercice de leurs fonctions ; de haute trahison; détournement et complicité de détournement de fonds publics par l’engagement irrégulier des finances publiques ; utilisation frauduleuse de deniers publics ; favoritisme ; faux et usage de faux ; trafic d’influence ; enrichissement illicite ; trahison et fraudes fiscales portant sur le non-paiement des droits d’enregistrement et des redevances de régulation, en l’absence de toute autorisation légale d’exemption. Le 5 octobre, l’Assemblée Nationale  a décidé de mettre en place une commission spéciale qui sera chargée de statuer sur cette saisine du FSD dans les délais légaux impartis.

Excellence, j’espère que votre parti RPM qui est majoritaire à l’Assemblée nationale ne « sabotera » pas la recherche de la vérité sur ces fonds frauduleusement acquis ou détournés par des personnes soupçonnées, et que les soldats maliens morts par manque de couverture aérienne par ces engins endommagés, incomplets ou non livrés ne le seront pas pour rien auprès de leurs proches et de la nation malienne toute entière.

Excellence, vous n’ignorez pas non plus que la presse malienne et des activistes soupçonnent certains de vos collaborateurs et ministres en fonction de n’avoir pu justifier l’acquisition ou l’utilisation de certains fonds dans leur fonction ou antérieurement à celle-ci, et que ces ministres continueraient à échapper à la justice si vous ne facilitez pas la levée de leur « immunité ». En exemple, le Syndicat Autonome de l’Office du Niger (SAO) aurait déposé une plainte contre l’actuel ministre de l’intégration africaine, Maître Baber Gano, pour le détournement présumé de deniers publics de près de 400 millions de FCFA, déposée auprès du Procureur de la république près le Tribunal de la Commune III de Bamako, en charge du Pôle Economique et Financier (cf. le quotidien L’Indépendant N° 4815 du 2 octobre 2019, page 4). Le Cabinet-Gano aurait réagi en qualifiant cette plainte « de manipulation d’information pour des raisons de règlement de compte non avouées » (o.p.c, page 4).

Excellence, en levant l’immunité de ces personnes incriminées et en démissionnant de votre présidence, vous faciliterez sans aucun doute le travail d’investigation, de poursuite et de règlement judiciaire à leur égard.

Incapacité de ramener la paix et la sécurité dans le nord et le centre du Mali.

Excellence, depuis votre investiture pour un premier mandat de 5 ans, le 4 septembre 2013, vous avez rencontré de sérieuses difficultés pour résoudre la crise politique et sécuritaire du Mali dont les racines préexistaient. Depuis la visite de votre 2ème Premier Ministre, M. Moussa Mara, à Kidal le 17 mai 2014, et les affrontements des FAMA avec le MNLA et les rebelles djihadistes les 17 et 21 mai dans cette ville, cette dernière a été perdue pour l’Etat malien ainsi que la quasi-totalité du nord du pays.

Pressé par les partenaires extérieurs du Mali, vous vous êtes senti obligé de participer aux Pourparlers inclusifs inter-maliens de paix avec les groupes armés, démarrés à Alger sous la médiation de l’Algérie, de l’UA et de la CEDEAO et la facilitation de l’UE, la France, le Niger et le Nigeria, entre juillet et novembre 2014, en position de faiblesse politique notoire à l’égard de ces groupes rebelles et djihadistes (MAA, HCUA, CPA, CM-FPR, MAA (loyaliste) et du MNLA (restée indépendantiste en réalité). Cet Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger a finalement été signé entre vous et ces protagonistes en mai-juin 2015 à Alger.

Par ailleurs, dans le cadre des relations militaires entre le Mali et la France, cette dernière a mis fin le 13 juillet 2014 à l’opération française Serval, qui a été remplacée par l’opération française “Barkhane”, plus large de lutte contre le terrorisme au Sahel, qui a mobilisé des milliers de militaires français dans le cadre du nouvel Accord de coopération de défense signé le 14 juillet 2014 entre les deux Etats. Cet accord instaure de fait la tutelle honteuse des militaires français sur l’armée malienne qui est encadrée par des détachements militaires français. En outre, la France a pu obtenir du Mali et des Nations Unies que Barkhane agisse indépendamment de la MINUSMA sur le territoire malien si bien que le peuple malien qui est censé être protégé par ces forces étrangères ne sait pas ce que Barkhane fait exactement dans le nord où l’insécurité et le terrorisme armé n’ont pas été réduits.

Excellence, vous vous imaginez sans doute que l’Accord d’Alger est difficilement applicable d’autant plus qu’il n’a fait l’objet d’aucun contrôle juridique démocratique (de la part de la Cour constitutionnelle par exemple) et que la loi du 30 mars 2016 organisant les Autorités intérimaires de cet accord n’était pas conforme aux dispositions de la Constitution du 25 février 1992, leurs membres étant nommés sans existence légale et non pas élus, le pouvoir local et régional étant désormais dévolu aux groupes armés avant leur cantonnement et désarmement, avec la complicité des Nations-Unies et des Etats occidentaux. Cet accord n’a de surcroît fait l’objet d’aucune consultation du peuple malien !

Excellence, il y’a ainsi lieu de soutenir tous les mouvements et manifestations politiques des dernières semaines contre l’Accord d’Alger, qui in fine vise à la partition du pays, notamment quand il accorde des quotas dans la fonction publique aux ressortissants du nord et dans le recrutement au sein des Forces armées et de sécurité au nord, ceci se traduisant par une « ethnisation » et une régionalisation de l’armée nationale, qui sont contraires aux dispositions de la Constitution de 1992. Comment les maliens peuvent-ils accepter que l’Etat central octroie 40% de ses revenus aux régions du nord qui peuvent directement signer des conventions avec les partenaires extérieurs pour l’exploitation des ressources nationales selon les dispositions de cet Accord ? Je me réjouis que dans votre discours à la nation le 22 septembre 2019, jour du 59ème anniversaire de l’indépendance, vous avez ouvert, pour la première fois, la possibilité de revoir cet Accord d’Alger tout en en gardant l’esprit.

Excellence, aujourd’hui nous vivons un vrai dilemme politique, idéologique et religieux au Mali : i) les forces militaires étrangères (Barkhane et MINUSMA) n’ont pas la volonté de coordonner leurs interventions sur le terrain; ii) les Forces militaires du G5 Sahel n’ont pas reçu mandat de coordonner ces forces étrangères, tout en dépendant chaque année des pays et fonds étrangers pour boucler leur financement; iii) les populations sahéliennes se sentent outrageusement occupées par ces différentes forces armées étrangères; iv) l’insécurité et le terrorisme armé ne pourront pas être éliminés par ces différentes forces non coordonnées par l’Etat malien, notamment face aux diverses stratégies non conventionnelles d’adaptation, de mobilité et de recomposition incessantes appliquées par les groupes rebelles et les mouvements djihadistes sur le terrain, où l’Etat est généralement absent et ou perçu comme illégitime ; v) les djihadistes ont accru leurs attaques terroristes dans le nord, notamment sous l’instigation depuis 2017 du nouveau Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans

(GSIM, dirigé par Iyad Ag Ghaly qui n’a pas été associé à l’Accord d’Alger) et d’autres djihadistes ont  lancé une nouvelle rébellion dans le centre du Mali (Région de Mopti) en désorganisant l’armée parleurs attaques, l’administration publique, le système judiciaire et le secteur scolaire sous la direction, semble-t-il, du prédicateur peul Amadou Koufa, qui serait membre du GSIM et voudrait instaurer un Etat théocratique salafiste dans la Région de Mopti ; vi) la stratégie de ce mouvement djihadiste au centre du Mali est de diviser et d’opposer militairement les groupes ethniques (notamment dogonons et peuls) et de se substituer à l’Etat pour régler les problèmes socio-économiques et judiciaires des populations locales en vue d’instaurer cet Etat théocratique; vii) du fait de la déstabilisation politique au nord et au centre du Mali et de l’insécurité subséquente instaurées par les groupes rebelles et les mouvements djihadistes armés, depuis 2012 des dizaines de milliers de personnes ont fui ces zones

(120.000 selon les organisations humanitaires) en direction d’autres régions du pays et à l’étranger, entraînant la chute de l’économie agricole et rurale locale et multipliant les problèmes socio-économiques des parents et de ceux qui les reçoivent dans ces autres régions et à l’étranger et ; viii) la presse malienne dénombre plus de 6.000 morts civils et militaires de 2013 à 2018.

Dans votre volonté d’instaurer la sécurité et de ramener la paix au Mali, , vous avez organisé, en mars 2017, une Conférence d’entente nationale (CEN) à Bamako dans le cadre de l’application de cet Accord d’Alger, qui a regroupé les membres du gouvernement, les représentations des partis politiques de la majorité, ceux de la société civile et ceux de la « Plateforme » (groupe rebelle allié à l’Etat), mais qui a été boycotté par les partis de l’opposition, les syndicats et la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) qui a participé in fine sous la pression de la MINUSMA). Préparée par M. Baba Hakhib Haïdara, Médiateur de la République, cette CEN a édicté des recommandations en vue de l’élaboration future d’une « Charte d’entente nationale » à travers la constitution prochaine d’un comité d’experts et de sages qui réfléchira sur la question de l’Azawad politique et celle de l’insécurité dans le centre du pays (Région de Mopti).

Excellence, dans la pratique cette CEN n’a pas débouché sur des résultats tangibles pour les raisons avancées ci-dessus.

En août 2019, vous avez lancé l’organisation d’un Dialogue politique inclusif (DPI) dont les travaux préparatoires sont actuellement en cours au niveau communal, et bientôt au niveau des Cercles et des Régions sous la facilitation de M. Baba Akhib Haïdara, ancien ministre et actuel Médiateur de la République du Mali, M. Ousmane Issoufi Maïga, ancien Premier ministre et Mme Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre. Malheureusement, les grands partis de l’opposition (excepté le PAREMA qui a rejoint votre majorité) et une partie de la société civile ont décidé de ne pas participer à ce DPI, estimant que leurs points de vue n’ont pas été pris en compte dans les termes de référence du dialogue. Ceux-ci estiment qu’à travers le DPI, votre agenda caché est d’aboutir in fine à l’application de l’Accord d’Alger, ainsi qu’à la révision de la Constitution de 1992 que vous n’aviez pu réaliser en juillet 2017.

Excellence, votre DPI a ainsi de fortes chances d’aboutir à un échec sans la participation de l’opposition et d’une partie de la société civile dans une situation où la sécurité n’est pas acquise au nord et où la rébellion s’intensifie au centre du pays avec une extension sur le Burkina Faso voisin.

Excellence, du côté du Niger, le Président Mahamadou Issoufou a clairement déclaré dans son interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique (N° 3057/3058 du 11-24 août 2019, page 42) que : «…il est sûr que le statut de Kidal, au Mali, nous pose problème. Kidal est un sanctuaire pour les terroristes, et ceux qui nous attaquent s’y replient souvent. Kidal est une menace pour le Niger et il faut impérativement que l’Etat malien y reprenne ses droits ». Cette menace sécuritaire a amené le Président du Niger, actuel Président en exercice de la CEDEAO, à réunir un Sommet extraordinaire des Chefs d’Etat de la CEDEAO, étendu aux Présidents de la Mauritanie et du Tchad, sur le thème du terrorisme, à Ouagadougou le 14 septembre 2019, qui a affirmé la pleine souveraineté du Mali sur l’ensemble de son territoire et adopté un budget d’un milliard de dollars us pour lutter contre le terrorisme sur la base d’un Plan d’action régional de 5 ans (2020-2024).

Excellence, présent à ce Sommet, vous avez adhéré à ce plan d’action qui est certainement destiné à éradiquer le terrorisme dans toute la bande saharienne et sahélienne africaine (dont la zone de Kidal) de façon régionale.

Excellence, en attendant que ce plan d’action démarre en 2020, la population malienne n’a cessé d’exprimer son mécontentement à l’égard des forces militaires étrangères, dont la MINUSMA devant la base de laquelle les populations (notamment les épouses de militaires qui refusent le déploiement de leurs maris sur le front) ont manifesté à Sévaré le 12 octobre 2019 pour dénoncer la présence de ces forces étrangères au Mali et leur inertie face à la situation sécuritaire dans le centre du pays (le communiqué circulé ce jour par M. Yaya Sangaré, Porte-parole du gouvernement, a signalé que les manifestants ont pu accéder au camp de la MINUSMA où ils ont saccagé des dépôts et vandalisé une cinquantaine de conteneurs remplis de matériels, dont 9 conteneurs et 2 véhicules ont été incendiés).

 Incapacité de résoudre les problèmes économiques et sociaux du peuple malien.

Excellence, comme vous le savez, la croissance de l’économie malienne qui a été de 5,3% en 2017 et de 5% en 2018, avec un risque de plafonnement à 5% en 2019, n’a pas amélioré l’indice du développement humain (IDH) pour les populations face à la croissance démographique de 3,9% par an d’une part, et du fait des effets négatifs de la corruption et de la délinquance financière mentionnée supra d’autre part. Cette croissance économique est très fragile, basée essentiellement sur l’exportation de l’or et du coton égrainé dont les prix mondiaux sont imprévisibles et non maîtrisables sur le plan national. Le déficit des entreprises publiques comme l’EDM (qui est déficitaire du fait de mauvaise gestion, de corruption et de la vente du kilowatt en dessous de son coût réel) n’améliore pas la situation. Les bonnes mesures de facilitation du développement de l’entreprenariat privé sont handicapées par la grande corruption de la part d’agents publics qui sont chargés des relations avec cet entreprenariat, corruption que M. Mamadou Sinsy Coulibaly, Président du Patronat malien n’a cessé de dénoncer et de tenter d’éradiquer en donnant à l’Etat une liste de nombreuses personnes  responsables de cette corruption à sanctionner et ou licencier, tout en demandant une digitalisation de l’administration publique pour réduire la corruption.

Excellence, vous n’ignorez pas non plus que les caisses du Mali sont vides sur le plan budgétaire public et que les régions du nord et du centre produisent de moins en moins de richesses du fait de l’insécurité et du terrorisme qui ont fait fuir à Bamako et vers le sud du pays les agents des impôts et des douanes qui ne produisent plus de recettes. Les caisses étant vides, les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’administration publique soit végètent, soit sont asphyxiés, rendant tout développement humain très difficile. Ceci est particulièrement le cas pour les écoles privées qui reçoivent difficilement la subvention budgétaire que l’Etat doit leur octroyer conformément à la loi.

Excellence, la situation des enfants maliens en particulier est dramatique comme cela a été souligné par l’UNICEF en août 2019 : plus de 150 enfants ont été tués lors d’attaques terroristes et plus de 75 enfants ont été blessés dans le premier semestre de 2019 et, quelque 377.000 enfants mineurs ont besoin de protection au Mali. Le recrutement et l’utilisation d’enfants par les groupes armés ont doublé par rapport à la même période en 2018, et plus de 900 écoles sont restées fermées du fait de l’insécurité selon l‘UNICEF, qui ajoute qu’au fur et à mesure que la violence s’intensifie au Mali, les enfants courent un risque croissant d’être tués, blessés ou recrutés comme enfants soldats par les groupes armés.

Appel à votre démission de la Présidence de la République.

Excellence, compte tenu de votre incapacité politique notoire révélée aux quatre niveaux analysés ci-dessus, je réitère mon appel de vous voir démissionner de la Présidence de la République dans les brefs délais, pour parer, non pas à un putsch que vous avez évoqué supra, mais à une révolte multiforme ou une révolution populaire aux conséquences sociales imprévisibles, du genre de la révolte qui a balayé le régime monopartite détesté de M. le Président Moussa Traoré.

En effet, Excellence, la gronde sociale s’amplifie dans toutes les régions du Mali, que ce soient du fait du manque de paix, de l’insécurité, de routes nationales et régionales inutilisables bloquant les échanges économiques et la mobilité humaine, du refus des épouses des soldats de voir leurs maris envoyés au front sans espoir de retour, des nombreuses personnes et enfants tués par les rebelles notamment dans le centre du pays, des dizaines de milliers de déplacés et de réfugiés suite aux affrontements militaires dans le nord et le centre du pays, du risque gigantesque de famine pour les nombreuses populations ne pouvant pas s’adonner aux activités agricoles, rurales et artisanales, de la fermeture de centaines d’écoles, de centres de santé et d’administrations publiques et privées hypothéquant l’avenir des enfants et la vie des populations, des grèves passées et prévisibles des divers personnels de la santé, de l’éducation et de l’administration publique , etc, etc, etc !!!

Excellence, rassurez-vous : votre démission ne sera pas une catastrophe pour le Mali dont les dignes filles et fils s’organiseront en conséquence pour mettre en place un pouvoir politique provisoire conformément à la Constitution de février 1992, qui lanceront de nouvelles élections présidentielle et législatives, en vue de mettre fin à l’illégalité actuelle de l’Assemblée Nationale et d’entamer au plus vite les réformes politiques, économiques et sociales indispensables pour construire une nouvelle vie malienne, exempte de corruption et éprise de paix, d’entente et de solidarité.

Excellence, vous êtes bien l’un des descendants des Mansaré Kéïta, fondateurs de l’Empire du Mali en 1230, dont l’un des héritiers au pouvoir, Bata Mandé Mori (celui qui est parti sur l’eau en mandinka), appelé Aboubacari II par les historiens arabes, a volontairement quitté le pouvoir impérial pour partir, en 1312 à partir de l’actuelle Gambie, dans une expédition dans de nombreux bateaux dans l’objectif de traverser l’océan atlantique et de découvrir les terres qui se trouveraient de l’autre côté de cet océan, acte que certains traditionnalistes et griots mandingues n’ont pas accepté et refusent encore aujourd’hui de chanter les louanges de cet empereur qui serait indigne de renoncer à ses obligations royales et d’abandonner son pays dans une situation vulnérable à l’époque pour aller à l’aventure. Cependant, cet abandon du pouvoir est un acte noble et justifié pour les raisons suivantes données sous forme d’interrogations par le dramaturge feu Gaoussou Diawara : i) pure curiosité intellectuelle sous la pression de la surpopulation supposée de l’époque pour découvrir de nouvelles terres ; ii) esprit d’aventure et de conquête du peuple mandingue pour explorer de nouvelles routes commerciales et développer les échanges commerciaux avec d’autres peuples ; iii) arrivée de l’islam dans l’empire dont il voudrait s’échapper et ; iv) désir humain de vouloir s’évader de la réalité royale du moment (cf.Gaoussou Diawara, Abubakari II, Explorateur mandingue, Editions La Sahélienne, mars 2010).

Excellence, en démissionnant de votre Présidence de la république, vous serez une digne réplique de Bata Mandé Mori qui n’a pas démérité en abandonnant volontairement le pouvoir impérial comme vous ne démériterez pas à votre tour en abandonnant le pouvoir républicain à quelques 707 ans d’intervalle, tout en vous évadant de la réalité républicaine du moment présent ! Que la sagesse l’emporte chez vous, car après le pouvoir, il y’a la vie !

Bamako, le 15 octobre 2019

Par Mahamadou Maïga, Docteur d’Etat ès sciences économiques de l’Université de Paris-1-Panthéon Sorbonne (14 avril 1976), économiste chercheur à l’IDEP à Dakar (1972-1976), économiste à l’OMVS à Dakar (oct. 1976-oct. 1977), professeur d’économie à l’IPD à Douala (1978-1979), Chef de l’Unité de planification du CILSS à Ouagadougou (1979-1982), fonctionnaire international de la FAO pendant 22 ans (déc.1982-mars 2005). Consultant auprès de la BAD, du DRN/UE, du PNUD et du FIDA.

Mahamadou-Maiga

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Dr Aboubacar Sidiki au ministre Malick Coulibaly : « bâtir une nouvelle justice à l’image d’un Etat sérieux. Il y va de votre crédibilité et de votre notoriété.

« Cher Collègue,

Je vous écris avec le visage d’un dieu Janus : l’un est admiratif et l’autre ne l’est pas. Il est admiratif puisque vous aviez par le passé pu faire tâche d’huile quand vous occupâtes le ministère de la justice sous la transition et initiâtes le projet de loi de lutte contre l’enrichissement illicite. Cependant, mon regard est désapprobateur parce que le secteur de la justice malienne est maladif jusqu’au point que tout espoir de redressement avec ceux qui en sont à l’origine, n’est que chimère. Cependant, je reste optimiste, en sachant bien, qu’être optimiste, c’est être mal informé.

Cher collègue,

Cette lettre ne vous est, nullement, destinée pour vous conseiller ou pour vous faire une leçon de morale, vous en avez suffisamment, me semble-t-il, mais, pour vous témoigner de l’estime que je vous porte dans votre exaltante mission. Si vous réussissiez votre mission, la postérité vous jugera. L’histoire en rendra compte aux générations futures.

Cher Collègue,

L’état du droit est en souffrance dans l’Etat de droit. Si l’état du droit est en souffrance, on ne saurait parler de l’Etat de droit mais de l’Etat de police. Sans détour, notre situation actuelle en est une illustration parfaite. Alors, il faut un hiatus entre le juste et l’injuste. Il est important, aujourd’hui, de procéder à un diagnostic approfondi en vue de déceler les maux de notre système judicaire dont la qualité souffre de balbutiement. Pour cela, il faudra bâtir une nouvelle justice à l’image d’un Etat sérieux. Il y va de votre crédibilité et de votre notoriété.

Cher collègue,

La justice sociale est regrettable car elle a été malmenée par des magistrats prébandiers. Il est temps d’amorcer un certain nombre de réformes afin d’assainir le secteur de la justice malienne. Parmi ces réformes, je toucherai du doigt :

- Les ressources humaines ;

- Les organes juridictionnels ;

- Les instruments juridiques ;

Concernant les ressources humaines, la justice malienne a besoin d’être dotée des ressources humaines de qualité. L’allusion est faîte ici aux acteurs et aux auxiliaires de la justice. S’agissant des acteurs de la justice, il faut une réforme au niveau de la magistrature. Cette réforme prendra en compte, le critère de recrutement des magistrats, la formation des magistrats et la discipline.
Désormais, un magistrat doit être recruté suivant un certain nombre de critère comme la moralité, l’intégrité et la dignité. Il faut instaurer sérieusement l’enquête de moralité devant être confiée aux personnes externes de la justice.

Quant aux auxiliaires de la justice, une réforme au niveau du barreau malien est, fondamentalement, nécessaire. Elle prendra en compte le mode d’admission à l’examen d’entrée au barreau et les modalités de correction des feuilles d’examen.

Un avocat doit être admis au stage suivant les mêmes conditions de moralité, d’intégrité et de dignité que pour un magistrat. Elle est loin d’être une profession livrée au premier venu mais aux plus méritants. A l’instar des autres pays, je regrette, aujourd’hui, de constater que pour dix-sept millions d’habitants, il n’y a que quatre-cent avocats au Mali. C’est une violation des droits de l’homme puisque chaque citoyen a droit à un avocat.

Cher collègue,

Concernant les organes de la justice, leur opérationnalisation s’accompagne des moyens matériels mis à la disposition des magistrats. Il ne s’agit pas seulement de recruter les magistrats mais il faut leur doter de moyens leur permettant de rendre une justice équitable. Il est souhaitable également que la dualité juridictionnelle soit une réalité au Mali au détriment du monisme atténué. La mise en œuvre pratique de la réforme judiciaire de 2011 ne doit plus souffrir de léthargie inavouée. Avec la suppression du contrôle de tutelle, la multiplication des tribunaux administratifs s’impose.
Cher collègue,

Il y a autant d’instruments juridiques qui, aujourd’hui, souffrent de lacunes très graves. Cela relève de la souffrance de l’état du droit. Certains de ces textes sont d’une autre époque de par leur inflexibilité et incontextualité. Le maintien à l’état figé de ces textes est susceptible de provoquer de graves crises sociales dont les effets risquent de compromettre la paix et le bon vivre ensemble. D’abord, on note une désorganisation notoire au niveau de l’immobilier où les frais de locations sont déterminés royalement par les propriétaires des maisons sans aucun égard pour la loi. Ensuite, les réseaux sociaux deviennent de plus en plus un nid de e-délinquance pour les utilisateurs. Enfin, la prostitution, sous toutes ses formes, menace, aujourd’hui, la santé publique.

Pour prévenir ces dérives socio-économiques, il faut une architecture juridique adaptée à l’évolution de la société. Cela passe nécessairement par la réforme du code pénal, de procédure pénale, du code de l’immobilier, du code foncier etc.

Cher collègue,

La lutte contre la corruption est la vraie plaie des délateurs, des profiteurs, des corrompis, des flagorneurs. Il faut une lutte implacable pour éradiquer ce fléau. C’est la corruption qui favorise la rébellion, le terrorisme et la criminalité. C’est un mal du siècle qu’il faut combattre vigoureusement. C’est là où l’histoire retiendra de vous le sérieux, l’honneur, la dignité et la probité. Cette histoire sera écrite par toute la nation malienne avec une plume qui ne cessera d’écrire des vérités indélébiles. La lutte contre la corruption est simple. Il faut, vite, réhabiliter la loi anti-enrichissement illicite avec beaucoup plus de pédagogie nécessaire pour sa mise en œuvre.

En plus, il faut mettre fin à l’impunité eu égard à la chaine sociale et que les sanctions exemplaires s’en suivent en cas de transgression.

Cher collègue,

La réforme de la justice est une question de méthodologie et de technicité. C’est une démarche purement scientifique que vous auriez pu suivre pour mener à bien ces chantiers de réforme de la justice malienne. Cette objectivité scientifique se fait avec des chercheurs ayant une expertise avérée dans leurs domaines respectifs. Aujourd’hui, les facultés de droit n’y manquent pas. Ils sont vos collègues, saisissez cette opportunité pour l’atteinte de vos objectifs.

Je termine mon propos par cette formule « un peuple n’aura de bonne justice que s’il est juste ».

Dr Aboubacar Sidiki

Président de l’Association

des Jeunes Docteurs en

droit et science politique.

Aboubacar Sidiki

 

 

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Je suis dogon mais pas un génocidaire*

Ici c’est chez moi

Mes ancêtres sont venus de loin.

Du lointain Mandé, ils sont venus jusqu’ici.

Ils ne recherchaient pas de terres.

Sinon, ils ne se seraient pas installés jusqu’ici

Dans l’une des zones les plus hostiles de la contrée.

Car ils en ont traversé tant de terres fertiles aux ressources abondantes.

Ils ne recherchaient pas de l’or ;

Sinon, ils ne seraient pas partis du Mandé.

Où ils imaginaient que nuls ne seraient venus perturber leur quiétude.

C’était sans compter sur le désir provocateur de l’homme

Ce peuple épris de paix n’a jamais essayé de conquérir un autre peuple.

Mais lui a subi des razzias et agressions jusque dans ses retranchements.

Quand il a défendu le refugié El-Hadji Omar Tall contre ses agresseurs du Macina

Dans l’histoire, on l’a surnommé kadô, “l’aigre ou l’amer”

Aujourd’hui, qu’il est agressé et laissé sans protection

Quand il s’organise pour se défendre, on l’appelle le génocidaire.

Ses morts ne sont jamais comptées ;

Ses maisons et ses vivres brûlés ne font pas échos

Niondo, Doundé, Diombolo, Bougou, Kèrè, Oundou… J’en passe

Nul ne sest préoccupé de leur sort.

Il se dit ne pas être l’auteur du horrible sort d’Ogossagou,

Mais  c’est trop tard.

Sans aucune forme de procès, il doit porter cette casquette de génocidaire.

Il s’en suit un lynchage médiatique.

Il s’en défend en vain de n’être pas capable de telle barbarie.

Il s’en défend en vain qu’aucune entité ne saurait commettre de telles atrocités en son nom

Mais nul ne le croit.

Il est l’agressé et le coupable

L’avenir nous en dira la vérité

Mais avant, il ne demande que la paix

Car avec les Peuls et les autres ethnies de la nation

Nous ne formons qu’un seul peuple, celui du Mali.

Marcel Banou

Marcel_Banou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: Le Pays

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Le Pape François à Abou Dhabi : « Non à la guerre, aux extrémismes et à l’utilisation du Nom de Dieu pour tuer ».

Le pape venait de prononcer son discours d’Abou Dhabi pour le sommet interreligieux pour la paix qu’il a conclu par la signature d’une « Déclaration sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune » dans laquelle il est aussi question de liberté et de la dignité de la femme et des enfants.

« La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. De la foi en Dieu, qui a créé l’univers, les créatures et tous les êtres humains – égaux par Sa Miséricorde –, le croyant est appelé à exprimer cette fraternité humaine, en sauvegardant la création et tout l’univers et en soutenant chaque personne, spécialement celles qui sont le plus dans le besoin et les plus pauvres.

Partant de cette valeur transcendante, en diverses rencontres dans une atmosphère de fraternité et d’amitié, nous avons partagé les joies, les tristesses et les problèmes du monde contemporain, au niveau du progrès scientifique et technique, des conquêtes thérapeutiques, de l’époque digitale, des mass media, des communications ; au niveau de la pauvreté, des guerres et des malheurs de nombreux frères et sœurs en diverses parties du monde, à cause de la course aux armements, des injustices sociales, de la corruption, des inégalités, de la dégradation morale, du terrorisme, de la discrimination, de l’extrémisme et de tant d’autres motifs.

De ces échanges fraternels et sincères, que nous avons eus, et de la rencontre pleine d’espérance en un avenir lumineux pour tous les êtres humains, est née l’idée de ce « Document sur la Fraternité humaine ». Un document raisonné avec sincérité et sérieux pour être une déclaration commune de bonne et loyale volonté, destinée à inviter toutes les personnes qui portent dans le cœur la foi en Dieu et la foi dans la fraternité humaine, à s’unir et à travailler ensemble, afin que ce Document devienne un guide pour les nouvelles générations envers la culture du respect réciproque, dans la compréhension de la grande grâce divine qui rend frères tous les êtres humains.

Oui à la vie

Au nom de Dieu qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux, pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix.

Au nom de l’âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité entière.

Au nom des pauvres, des personnes dans la misère, dans le besoin et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé.

Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés de leurs foyers et de leurs pays ; de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ; des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction.

Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres.

Au nom de la « fraternité humaine » qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux.

Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes.

Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle.

Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi.

Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre.

Au nom de Dieu et de tout cela, Al-Azhar al-Sharif – avec les musulmans d’Orient et d’Occident –, conjointement avec l’Eglise catholique – avec les catholiques d’Orient et d’Occident –, déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère.

Nous – croyants en Dieu, dans la rencontre  finale avec Lui et dans Son Jugement –, partant de notre responsabilité religieuse et morale, et par ce Document, nous demandons à nous-mêmes et aux Leaders du monde, aux artisans de la politique internationale et de l’économie mondiale, de s’engager sérieusement pour répandre la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix; d’intervenir, dès que possible, pour arrêter l’effusion de sang innocent, et de mettre fin aux guerres, aux conflits, à la dégradation environnementale et au déclin culturel et moral que le monde vit actuellement.

Nous nous adressons aux intellectuels, aux philosophes, aux hommes de religion, aux artistes, aux opérateurs des médias et aux hommes de culture en toute partie du monde, afin qu’ils retrouvent les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune, pour confirmer l’importance de ces valeurs comme ancre de salut pour tous et chercher à les répandre partout.

Cette Déclaration, partant d’une réflexion profonde sur notre réalité contemporaine, appréciant ses réussites et partageant ses souffrances, ses malheurs et ses calamités, croit fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes qui divinisent l’homme et mettent les valeurs mondaines et matérielles à la place des principes suprêmes et transcendants.

Nous, reconnaissant aussi les pas positifs que notre civilisation moderne a accomplis dans les domaines de la science, de la technologie, de la médecine, de l’industrie et du bien-être, en particulier dans les pays développés, nous soulignons que, avec ces progrès historiques, grands et appréciés, se vérifient une détérioration de l’éthique, qui conditionne l’agir international, et un affaiblissement des valeurs spirituelles et du sens de la responsabilité. Tout cela contribue à répandre un sentiment général de frustration, de solitude et de désespoir, conduisant beaucoup à tomber dans le tourbillon de l’extrémisme athée et agnostique, ou bien dans l’intégrisme religieux, dans l’extrémisme et dans le fondamentalisme aveugle, poussant ainsi d’autres personnes à céder à des formes de dépendance et d’autodestruction individuelle et collective.

L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », signaux qui, en diverses parties du monde et en diverses conditions tragiques, ont commencé à montrer leur visage cruel ; situations dont on ne connaît pas avec précision combien de victimes, de veuves et d’orphelins elles ont générés. En outre, il y a d’autres régions qui se préparent à devenir le théâtre de nouveaux conflits, où naissent des foyers de tension et s’accumulent des armes et des munitions, dans une situation mondiale dominée par l’incertitude, par la déception et par la peur de l’avenir et contrôlée par des intérêts économiques aveugles.

Nous affirmons aussi que les fortes crises politiques, l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles – dont bénéficie seulement une minorité de riches, au détriment de la majorité des peuples de la terre – ont provoqué, et continuent à le faire, d’énormes quantité de malades, de personnes dans le besoin et de morts, causant des crises létales dont sont victimes divers pays, malgré les richesses naturelles et les ressources des jeunes générations qui les caractérisent. A l’égard de ces crises qui laissent mourir de faim des millions d’enfants, déjà réduits à des squelettes humains – en raison de la pauvreté et de la faim –, règne un silence international inacceptable.

Il apparaît clairement à ce propos combien la famille est essentielle, en tant que noyau fondamental de la société et de l’humanité, pour donner le jour à des enfants, les élever, les éduquer, leur fournir une solide morale et la protection familiale. Attaquer l’institution familiale, en la méprisant ou en doutant de l’importance de son rôle, représente l’un des maux les plus dangereux de notre époque.

Nous témoignons aussi de l’importance du réveil du sens religieux et de la nécessité de le raviver dans les cœurs des nouvelles générations, par l’éducation saine et l’adhésion aux valeurs morales et aux justes enseignements religieux, pour faire face aux tendances individualistes, égoïstes, conflictuelles, au radicalisme et à l’extrémisme aveugle sous toutes ses formes et ses manifestations.

Le premier et le plus important objectif des religions est celui de croire en Dieu, de l’honorer et d’appeler tous les hommes à croire que cet univers dépend d’un Dieu qui le gouverne, qu’il est le Créateur qui nous a modelés avec Sa Sagesse divine et nous a accordé le don de la vie pour le préserver. Un don que personne n’a le droit d’enlever, de menacer ou de manipuler à son gré; au contraire, tous doivent préserver ce don de la vie depuis son commencement jusqu’à sa mort naturelle. C’est pourquoi nous condamnons toutes les pratiques qui menacent la vie comme les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement et l’euthanasie et les politiques qui soutiennent tout cela.

De même nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. C’est pourquoi nous demandons à tous de cesser d’instrumentaliser les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et de cesser d’utiliser le nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression. Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux et ni non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences. En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens.

Ce Document, en accord avec les précédents Documents Internationaux qui ont souligné l’importance du rôle des religions dans la construction de la paix mondiale, certifie ce qui suit :

–  La forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune ; à rétablir la sagesse, la justice et la charité et à réveiller le sens de la religiosité chez les jeunes, pour défendre les nouvelles générations de la domination de la pensée matérialiste, du danger des politiques de l’avidité du profit effréné et de l’indifférence, basée sur la loi de la force et non sur la force de la loi.

–  La liberté est un droit de toute personne : chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action. Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture, comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas.

–  La justice basée sur la miséricorde est le chemin à parcourir pour atteindre une vie décente à laquelle a droit tout être humain.

–  Le dialogue, la compréhension, la diffusion de la culture de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et de la coexistence entre les êtres humains contribueraient notablement à réduire de nombreux problèmes économiques, sociaux, politiques et environnementaux qui assaillent une grande partie du genre humain.

–  Le dialogue entre les croyants consiste à se rencontrer dans l’énorme espace des valeurs spirituelles, humaines et sociales communes, et à investir cela dans la diffusion des plus hautes vertus morales, réclamées par les religions ; il consiste aussi à éviter les discussions inutiles.

–  La protection des lieux de culte – temples, églises et mosquées – est un devoir garanti par les religions, par les valeurs humaines, par les lois et par les conventions internationales. Toute tentative d’attaquer les lieux de culte ou de les menacer par des attentats, des explosions ou des démolitions est une déviation des enseignements des religions, ainsi qu’une claire violation du droit international.

–  Le terrorisme détestable qui menace la sécurité des personnes, aussi bien en Orient qu’en Occident, au Nord ou au Sud, répandant panique, terreur ou pessimisme n’est pas dû à la religion – même si les terroristes l’instrumentalisent – mais est dû à l’accumulation d’interprétations erronées des textes religieux, aux politiques de faim, de pauvreté, d’injustice, d’oppression, d’arrogance ; pour cela, il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications, ainsi que par la couverture médiatique, et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale. Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations.

–  Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant.

–  La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituée ni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s’enrichir réciproquement de la civilisation de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures. L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. Il est important de prêter attention aux différences religieuses, culturelles et historiques qui sont une composante essentielle dans la formation de la personnalité, de la culture et de la civilisation orientale ; et il est important de consolider les droits humains généraux et communs, pour contribuer à garantir une vie digne pour tous les hommes en Orient et en Occident, en évitant l’usage de la politique de la double mesure.

–  C’est une nécessité indispensable de reconnaître le droit de la femme à l’instruction, au travail, à l’exercice de ses droits politiques. En outre, on doit travailler à la libérer des pressions historiques et sociales contraires aux principes de sa foi et de sa dignité. Il est aussi nécessaire de la protéger de l’exploitation sexuelle et du fait de la traiter comme une marchandise ou un moyen de plaisir ou de profit économique. Pour cela, on doit cesser toutes les pratiques inhumaines et les coutumes courantes qui humilient la dignité de la femme et travailler à modifier les lois qui empêchent les femmes de jouir pleinement de leurs droits.

–  La défense des droits fondamentaux des enfants à grandir dans un milieu familial, à l’alimentation, à l’éducation et à l’assistance est un devoir de la famille et de la société. Ces droits doivent être garantis et préservés, afin qu’ils ne manquent pas ni ne soient refusés à aucun enfant, en aucun endroit du monde. Il faut condamner toute pratique qui viole la dignité des enfants et leurs droits. Il est aussi important de veiller aux dangers auxquels ils sont exposés – spécialement dans le domaine digital – et de considérer comme un crime le trafic de leur innocence et toute violation de leur enfance.

–  La protection des droits des personnes âgées, des faibles, des handicapés et des opprimés est une exigence religieuse et sociale qui doit être garantie et protégée par des législations rigoureuses et l’application des conventions internationales à cet égard.

A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document aux Autorités, aux Leaders influents, aux hommes de religion du monde entier, aux organisations régionales et internationales compétentes, aux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ; et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux, en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication.

Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers.

En conclusion nous souhaitons que :

cette Déclaration soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ;

soit un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ;

soit un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ;

soit un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment.

Ceci est ce que nous espérons et cherchons à réaliser, dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie ».

Abou Dabi, le 4 février 2019

pape-francois

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Lettre ouverte de Doumbi Fakoly à IBK : « La malédiction des Morts et des Vivants s’ébranle »

Ibrahima Boubacar Keïta le sais-tu ? La Spiritualité est la gestion du rapport du Monde Invisible au Monde Visible ; car les deux dimensions du temps et de l’espace sont imbriquées l’une dans l’autre ; tout événement dans l’une a des répercussions dans l’autre.

En langage plus clair, le traitement abominable que tu es entrain d’infliger au Mali est douloureusement ressenti, au plus haut point, par tes Ancêtres, par nos Ancêtres. Ils te voient détruire, dans l’insouciance, tout ce qu’ils ont construit de grand pour leurs descendants.

Avec toi, le Mali est devenu « un gros gibier sur lequel tous les prédateurs peuvent prélever les morceaux de leurs choix ».

Avec toi, la Parenté Cathartique c’est-à-dire la Sanankouya, est vidée de tout son sens mystique pour ne devenir qu’une simple parenté à plaisanterie pour le folklore.

Nos familles ont oublié son respect et sa pratique, qui, durant des siècles, tout au moins, ont assuré la cohésion sociale dans tout l’espace mandé.

Avec toi, le respect de l’autre, inné dans notre communauté formée à la tolérance et au vivre ensemble, est devenu une valeur rare.

Hier et aujourd’hui encore, toutes les familles, ou presque, sont métissées d’ « ethnies » diverses. Avec toi, elles ont commencé à s’inventer des rivalités meurtrières oubliant incroyablement leur communauté de destin. Leurs Ancêtres, comme les tiens, comme ceux de tout le Mali sont en colère de te voir détruire tout le bel édifice architectural, social, culturel, religieux qu’ils ont mis en place pour leurs descendants. C’est cette colère légitime qui va se transformer en MALEDICTION.

Aucune armée de marabouts ne pourra t’y soustraire. Encore moins ceux de ce pays plus intéressés par leur carrière de commerçants de la Foi que par le sacerdoce que leur impose l’Islam. Prompts à dire et à répéter qu’ils ne craignent qu’Allah et éventuellement son prophète Mohamed, ils étalent toute leur perfidie en se gardant de te révéler que tu n’es pas sur le chemin de l’Honneur et, surtout, en t’obligeant à l’emprunter par tous les moyens, y compris occultes, puisqu’ils sont censés détenir le secret des quatre-vingt-dix-neuf (99) noms de leur Dieu et puisque l’injustice insupporte ce dernier.

Les Chefs coutumiers sont dans la même logique de trahison. Parce que, dans la Vision du Monde Kamite (Négro-Africaine) la Royauté est Ancestrale et non Divine, tout Chef coutumier qui n’indique pas à un monarque déviant qu’il ne suit pas la voie des Ancêtres, et qui l’y oblige par tous les moyens, y compris occultes, préserve sournoisement des intérêts personnels ou de famille. L’inopérabilité de ses objets sacrés, par incompétence ou par cupidité, prouve que lui aussi a rompu avec la sagesse ancestrale dans la gestion du pouvoir.

Les deux groupes se sont faits tes complices dans la destruction du Mali et dans les souffrances sans non subies par le peuple du fait de tes errements volontaires, car tu ne peux ignorer l’étendue des dégâts chaque jour plus insupportable.

Ibk, si tu écoutais et entendais d’autres voix que la tienne et celle de tes flatteurs Anti-Matriotes seulement, tu saurais l’amère réalité suivante : Sur 100 Maliennes et Maliens : 10 te sont inconditionnels sur la seule base de leur « Keita-icité » ; 10 te sont inconditionnels sur la seule base de leur volonté de participer au dépeçage du Mali ;80 te sont hostiles, du Zénith au Nadir

Les prix des denrées alimentaires de base ne cessent de grimper ; ceux qui pouvaient s’offrir trois repas par jour ont vu leur capacité fondre à un seul repas, les coupures incessantes d’électricité ont avarié les produits frais et ruiné les boutiquiers, les dispensaires et les hôpitaux sont devenus des mouroirs, les écoles sont sinistrées, dans son désir de chercher la survie ailleurs, la jeunesse masculine se voit contrainte de risquer sa vie dans le défi des vagues meurtrières des océans et des sables buveurs de sang du sahel et du désert, ses sœurs sont poussées à la prostitution pour faire vivre la famille, le trafic et la consommation de stupéfiants prend de l’ampleur pour sortir de la misère par l’argent facile ou par noyade temporaire des soucis, le banditisme accompagné de crimes suit la même courbe ascendante, la décadence des mœurs est portée par l’homosexualité et l’alcoolisme, les forces de sécurité sont formées pour réprimer les manifestations les plus justifiées et non pour libérer le pays, l’arrogance imbécile de tes collaborateurs prend leurs compatriotes pour PLUS IDIOTS QU’EUX-MEMES dont l’insuffisance de réflexion et l’aveuglement passionnel sont aussi patents que la pleine lune…

Tel le « Niama » d’un lion dans la force de l’âge s’acharne sur son meurtrier, toute cette concentration d’énergie négative propulsée par autant de colère EST dirigée contre toi sous forme de MALEDICION.

La malédiction des Morts et celle des Vivants feront forcément leur jonction un jour prochain ; si ce n’est déjà fait. Aucun Dieu, pas même Allah, aucun Jin, aucun Égrégore, aucun Boli, aucun être vivant, aucune Force de Défense et de Sécurité, même agissant tous ensemble, ne pourront te protéger.

C’est la Loi de cause à effet qui est au centre des relations intimes entre le Monde Visible et le Monde Invisible.

La réaction du Monde Invisible peut prendre plusieurs formes dont : L’insurrection populaire et/ou le coup d’État militaire. Accepteras-tu de prendre le risque d’être sorti par la plus petite porte de l’histoire ?

Par Doumbi Fakoly

Ecrivain

Doumbi Fakoly

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Cheick Boucadry Traoré : « La gouvernance malienne est en crise.

… Une décentralisation inefficace, coercitive et non démocratique »

« Notre conviction est qu’il faut transformer le Mali au niveau de ses structures politiques et sociales artificiellement édifiées dans l’intérêt d’une classe politique corrompue et capricieuse et une soi-disant communauté internationale qui continue à traumatiser notre pays. Il faut un changement profond dans les politiques de gouvernance de notre pays pour faire émerger un système politique meilleur, nourri des valeurs et des structures sociales et culturelles maliennes. Cependant, nous nous posons la question de savoir quel diable a soufflé l’idée d’un redécoupage territorial inefficace à nos Institutions et pour quelle raison ou pour atteindre quel objectif ?

Nous voyons en premier lieu une habile manœuvre de nos institutions qui cherchent à calmer les attentes de certains chefs de tribus et à montrer à la communauté internationale que la décentralisation est en route puisque c’était aussi une exigence de “l’accord de paix”.
Le premier redécoupage a été lancé au moment de la mise en place des autorités intérimaires avec de nouvelles régions, en particulier Ménaka. Nous savons tous que cette réorganisation n’a point été une avancée dans le processus de paix et le bien être des Maliens. La multiplication des autorités ne fait que compliquer la prise des décisions. Il y a certes un gouverneur à Ménaka. Cependant, qui dirige réellement cette region? L’alliance MSA-GATIA, quand ce ne sont pas la MINUSMA et la Force Barkhane qui conduisent leurs opérations indépendamment de toute autorité civile ou militaire malienne? Nous avons connu dans cette région une recrudescence importante des combats, en particulier, fratricides. Notons aussi que les affrontements n’ont jamais cessé dans la région de Kidal.
Avec 10 régions, la décentralisation était jouable encore que la région de Taoudenit soit une création inutile. Avec 20, c’est une autre paire de manche. Il ya évidemment trop de disparités entre les régions envisagées. Certaines, au sud par exemple, sont surpeuplées par rapport à d’autres qui ne sont pas viables tant au niveau géographique, des ressources humaines que de leur économie. Le projet avec 20 régions manque de cohérence. Une fois de plus, nous constatons que nos institutions sont impuissantes en face de questions dont l’échelle et la complexité les dépassent.
Quant à la répartition des cercles, c’est une aberration. Nous constatons l’attribution de 8 cercles à certaines regions qui sont pourtant vident en population tandis que d’autres régions surpeuplées n’ont que 4 cercles. Il est évident que le projet sous cette forme fait grincer des dents: pour certains c’est une désintégration annoncée et programmée du Mali et un grand pas vers le fédéralisme et à terme la partition. C’est un risque à prendre en compte.

Dans certaines zones du Nord où les affrontements sont fréquents entre ethnies, entre tribus voire entre fractions ou clans, ce projet peut engendre un regain de combats. Au centre, véritable mosaïque de peuples, les tensions actuelles ne sont pas prêtes de s’apaiser.

Kidal devait pourtant servir d’example quand à la difficulté de mettre en œuvre une décentralisation coercitive. Le gouvernement a transféré la gestion des services publiques; seulement, les ressources ne suivent toujours pas. Toujours à Kidal, comme d’ailleurs au centre, on note l’absence des cadres administratifs et des fonctionnaires pour d’évidentes raisons d’insécurité en l’absence des forces de sécurité et de défense nationale. C’est la loi de la jungle qui domine et les affrontements inter-communautaires et entre groupes armés même signataires de l’accord de paix sont fréquents.
Multipler le nombre de régions et de cercles et mettre en œuvre une décentralization non démocratique exigée par les instances internationales c’est mettre en place de nouveaux fonctionnaires et davantage de moyens pour que la région fonctionne. Reste à savoir qui financera ce projet diabolique alors que les enseignants sont mal payés et que des corps de métier comme celui des magistrats réclament des augmentations salariales que l’Etat ne peut accorder, que les employés de la Présidence manquent de carburants, etc…?

Ce redécoupage inefficace, coercitif, non démocratique, non-adaptable et détaché de toute réalité remet surement en cause la cohésion sociale dans notre pays. Les institutions misent en place par des politiques déconnectés de la vie sociale réelle ne se soucient plus d’intégrer les besoins réels des populations dans les programmes politiques et économiques appropriés et de les exécuter concrètement en faveur de ces mêmes populations. Ces mêmes institutions politiques peinent à répondre aux besoins et aspirations de notre peuple. C’est donc tout à fait logique qu’il ait une fronde contre le système de gouvernance en place parce que les citoyens voient bien que ses valeurs et principes n’exprime point l’identité de notre société. Il est juste d’affirmer aujourd’hui que la gouvernance malienne est en crise ».

Cheick Boucadry Traore

Cheick Boucadry

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Alioune Ifra NDiaye : « Le Mali doit mettre le compteur à Zéro s’il veut passer à une étape nouvelle et retrouver la grandeur… Si je suis IBK, je le ferais »

« Si je suis IBK, j’organiserais une franche rupture indispensable au renouveau.

Quels qu’ils soient, les chemins de l’avenir ne s’ouvriront pas sans que le Mali ne se soigne d’un cancer qui empoisonne toutes les initiatives publiques ou privées : le système généralisé des arrangements privés. Pour ne pas dire corruption. « Tu es avec nous ou tu es contre nous » est le principe de fonctionnement du système généralisé des arrangements privés. La forme d’organisation est devenue tellement systémique que personne n’ose fonctionner selon les règles établies, écrites, signées et souvent votées par notre Assemblée Nationale. Le mal est immense, historique, il touche l’ensemble de notre corps social. Il est si profond, si répandu, si accepté ; il touche tellement de gens, du ministre au simple fonctionnaire, du simple fonctionnaire à sa lointaine cousine du village, que le remède doit être d’une nature complètement nouvelle et inédite. Voici ce que je ferais si je suis IBK.

J’effacerais l’ardoise. Nous souffrons de nous voir dans cette situation, si contraire à ce que nous croyons au fond de nous-mêmes. Si nous voulons nous arracher à ce que nous avons de bas, il nous faut donner une chance à ce que nous avons de grand. Même si le Coran préconise de couper la main des voleurs, nous ne pouvons pas sérieusement envisager de devenir un pays de manchots. Que faire ? Nous n’avons pas le temps d’attendre. Pour sauver le pays du système généralisé des petits arrangements privés et bénéficier proprement des bienfaits de la modernité, il nous faut une nouvelle dynamique, un événement politique majeur pour en sortir. Nul ne souhaite qu’il soit réglé par la violence. Toutes les nations qui veulent vraiment se sortir d’un désastre doivent choisir des solutions inédites. Il faut repartir à zéro. Cela ne peut concrètement se faire sans un coup d’éponge sur le passé. Je proposerais une amnistie générale des délits financiers et violences politiques du passé. C’est très injuste. Mais le mal est tellement profond qu’on ne peut l’éviter. Si pour passer à une étape nouvelle et retrouver la grandeur qu’il porte en lui, le Mali doit remettre les comptes à zéro, je le ferais. Toutes proportions gardées, c’est par un tel coup d’éponge et malgré l’immensité des dommages que l’Afrique du Sud a pu se sortir sans nouvelle guerre inutile de l’apartheid, que la France et l’Allemagne sont aujourd’hui amies, que le Rwanda a transcendé les affres du génocide. C’est de cette façon que nous aussi, nous pourrons repartir sur de nouvelles bases, nous faire à nouveau confiance.

J’organiserais une conférence du pardon national suivi d’un référendum.

Je réunirais les maliens en une conférence nationale du pardon pour mettre en œuvre ce coup d’éponge du passé, montrer clairement nos errements et exorciser les démons des arrangements privés. Ce serait l’occasion de réviser notre texte fondamental afin de le mettre en phase avec une administration, des collectivités territoriales au service de notre prospérité. Un référendum sera convoqué pour permettre au peuple d’adopter ou pas cette rupture. Les institutions et les décisions sorties de cette conférence nationale de pardon auront la force et les moyens d’une vraie sévérité contre ceux qui, à l’avenir, reviendraient aux anciennes pratiques, la force et les moyens d’une vraie sollicitude pour tous ceux qui n’ont qu’une hâte, se consacrer au bien commun et en même temps améliorer honnêtement leur existence ».

Par Alioune Ifra N’Diaye

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Dougoukolo Alpha Oumar Ba-Konaré, Psychologue clinicien : « L’identité peule apparaît comme un épouvantail symbolisant la menace djihadiste. Pourtant, cette identité est bien trop hétérogène pour établir un lien aussi simple ».

Les Peuls focalisent actuellement l’attention du fait de l’instrumentalisation de certains d’entre eux par des groupes fondamentalistes tentant de s’implanter localement dans le Sahel. La terreur djihadiste crée une angoisse sociale chez les autres communautés dans les zones menacées, faisant des Peuls des boucs émissaires du fait de leurs prétendues affinités historiques avec l’islam radical. L’identité peule apparaît ainsi comme un épouvantail symbolisant la menace djihadiste. Pourtant, cette identité est trop hétérogène pour établir un lien aussi simple.

Les Peuls seraient entre 25 et 65 millions d’individus en Afrique, répartis sur une vingtaine de pays dans le centre et l’ouest du continent, et dans le monde. Cette variation très importante peut s’expliquer par le type d’indicateur employé (ascendance paternelle ou maternelle, pratique de la langue, reconnaissance de communautés assimilées, etc.).

Les Peuls constituent un ensemble de communautés vivant notamment de l’élevage, soumis aux conflits fonciers, aux changements climatiques et en butte parfois au racisme d’Etat. Du fait de la diversité de cette communauté, il est nécessaire d’appréhender les questions relatives aux Peuls à la lumière des revendications identitaires en mutation. Les outils de la nouvelle mondialisation (réseaux sociaux, mobiles, etc.) créent une interconnexion puissante entre les différents éléments de la diaspora peule.

Regain identitaire

Le nombre d’entités politiques fortes créées ou dirigées par des Peuls, notamment durant la période des hégémonies peules en Afrique de l’Ouest, au cours du XVIIIe siècle, en a fait une force avec laquelle il fallait compter, un peuple admiré et redouté, inculquant aux générations successives de Peuls le sentiment qu’elles sont issues de gens dont le patrimoine doit être fermement défendu.

Pourtant, les Peuls en savent souvent bien peu sur les conditions de vie de leurs congénères. Ainsi, les Sahéliens ignorent que les zones plus vertes de l’Afrique abritent des peuplements peuls anciens. Aujourd’hui émerge chez eux une véritable prise de conscience du poids démographique, de l’omniprésence et de la richesse qu’ils représentent lorsqu’ils sont considérés comme un ensemble uni.

Une question apparaît alors pour les générations actuelles de Peuls : s’ils sont aussi prospères que leur nombre et leur histoire l’indiquent, comment expliquer les tragédies actuelles dont ils sont victimes ? Le regain de l’identitarisme peul puise sans doute des racines dans cette interrogation.

Depuis 2012, le centre du Mali est en proie à des affrontements intercommunautaires sur fond de massacres réguliers des Peuls par des milices locales, ou par des agents de l’Etat. De nombreux charniers ont été retrouvés depuis 2013.

Victimisation

Dans le contexte de violence au Mali, la diaspora peule s’est mobilisée, comme l’ont montré des marches récentes à Nouakchott, à Washington, à Paris et dans d’autres grandes villes à travers le monde. Sur les réseaux sociaux et les systèmes de messagerie, les images de destruction et de mort sont partagées très rapidement, sous le coup de l’émotion, et pour témoigner. Dès que de nouveaux événements touchent des Peuls dans une partie du monde, l’information est relayée.

En République centrafricaine (RCA) ou dans les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire), les violences subies par des Peuls fournissent du contenu violent et traumatique à travers les échanges de photos et de vidéos, renforçant l’idée d’un peuple peul uni dans la victimisation. Pourtant, alors qu’ils font face en RCA à un contexte de guerre civile, dans les autres pays du continent, il s’agit plutôt d’explosions dues aux tensions habituelles entre éleveurs et agriculteurs.

Malgré ces différences de contexte, il existe bien une communauté peule ayant conscience de son unité, faisant donc face à des défis de nature diverse. Le sentiment de stigmatisation actuel est ainsi en train de lui conférer une identification commune que l’on ne peut plus ignorer. Lorsque des Peuls souffrent ici, des Peuls là-bas s’identifient désormais à eux, surtout lorsque lesdites souffrances ont des échos dans leur propre quotidien. L’expérience commune de l’identité peule est clairement en train de se renforcer autour du traumatisme.

Les Peuls se retrouvent traditionnellement autour du « Pulaaku » (ou « manière d’être peul »), un code de conduite et d’éthique reposant sur la retenue, l’endurance, la sagesse et la bravoure. Le mot Pulaaku fait également référence à la communauté des personnes partageant ces éléments.

La mémoire sociale et les récits de Peuls différents contribuent à une idée globale partagée de la condition peule. Les histoires circulent, de même que les mythes antiques, les chants modernes, les articles de presse, etc.

Parmi les images et récits véhiculés de manière populaire émerge la figure des Peuls victimes incessantes d’un complot ourdi par d’autres communautés visant à les éradiquer. Cette vision très puissante résonne au sein de communautés très éloignées les unes des autres, comme en attestent les témoignages dans les divers groupes peuls sur les réseaux sociaux. La reconnaissance de ces échos facilite l’appropriation des combats et des messages des uns et des autres.

Stigmatisation

L’histoire des Peuls de la Guinée éclaire fortement cette réalité. Le régime de Sékou Touré (1958-1984), premier président du pays, a procédé à des exécutions et a mis en place une politique discriminatoire à l’encontre de Peuls, estimant que leurs élites étaient des agents internes des puissances impérialistes occidentales visant à renverser le régime. Les Peuls étaient alors accusés d’avoir peu soutenu le référendum ayant fait accéder la Guinée à l’indépendance en 1958, deux ans avant les autres colonies françaises d’Afrique de l’Ouest.

Les rivalités politiques étaient sans doute la source principale de la stigmatisation, les stéréotypes ethniques et le racisme venant rationaliser les positions de l’Etat a posteriori. En effet, une grande part des opposants aux politiques de Sékou Touré étaient peuls. Parmi eux, Boubacar Diallo Telli, premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, fut torturé et mourut emprisonné par le régime de Sékou Touré. Des centaines d’autres furent tués ainsi.

Or les tensions intercommunautaires ne cessent d’augmenter depuis 2009, début de la transition vers la démocratie et la compétition pour le pouvoir politique. En septembre 2013, tentant de mobiliser la communauté internationale face à des craintes d’abus fondés sur l’appartenance communautaire, des intellectuels peuls ont rédigé un fascicule intitulé « Alerte sur la préparation du génocide contre les Peuls et le projet de guerre civile en moyenne Guinée ».

L’intention des auteurs était de dénoncer l’ethnicisation de la politique en Guinée et le danger que les Peuls encouraient du fait de tactiques populistes du régime au pouvoir. Ils y ont donné un aperçu de la victimisation des Peuls à l’époque de Sékou Touré, lors de la transition politique de 2009, puis lors des élections de 2010.

Finalement, les Peuls n’ont pas été victimes de l’épuration ethnique redoutée. Cependant, le sentiment d’injustice sociale est demeuré, avec une très faible place pour les Peuls (qui représentent pourtant près de 50 % de la population du pays) dans les instances politiques et militaires.

Ce document d’alerte n’a pas obtenu d’échos audibles parmi la communauté internationale, notamment du fait du ton agressif et des attaques ad hominem contre l’actuel président Alpha Condé.

Nécessité de se protéger

Avec de nombreux défis à relever, les leaders politiques peuls sont très attendus sur les questions relatives à leur communauté. Cependant, ils éprouvent de grandes difficultés à déployer un discours audible sur ces questions. Accuser un Peul de « biais ethnique », de « fourberie », d’« extrémisme » est devenu une manière efficace, dans la compétition politique, de s’assurer leur silence ou une forme d’autocensure sur les questions touchant à la communauté.

Il en va ainsi au Mali avec le candidat à la présidence Soumaïla Cissé, en Guinée avec l’opposant Cellou Dalein Diallo, ou encore au Nigeria avec le président Muhammadu Buhari : le rappel continu de leur appartenance identitaire peule et de supposés biais parvient à miner leur impartialité politique. Soumaïla Cissé est fréquemment accusé de favoritisme pour les régions du nord, Cellou Dalein Diallo d’entretenir un agenda secret de domination et de revanche des Peuls. Au Nigeria, des classes populaires aux intellectuels, il est fréquent d’entendre que le président Buhari protégerait les Peuls coupables de massacres dans le centre et le sud-est du pays, et d’ainsi laisser se former un suprématisme peul.

Ces attaques ad hominem contre ces figures politiques peules contribuent à renforcer au sein de cette communauté hétérogène le sentiment global qu’ils sont mal-aimés, et ainsi nourrir des récits chargés émotionnellement quant à leur position précaire et la nécessité de se protéger.

Rumeur d’un Etat peul

En 2016, alors que des organisations de Peuls préparaient un congrès mondial du Pulaaku au Burkina Faso, des médias en Guinée et au Mali dénonçaient la volonté des élites peules de proclamer la naissance d’un nouvel Etat Peul. Ces rumeurs ont suffi à faire annuler la participation de dignitaires peuls, craignant alors d’être assimilés à des manifestations subversives.

Un rapport du Global Terrorism Index, publié en 2015, considérait les « militants peuls nigérians » comme le quatrième groupe terroriste le plus meurtrier au monde. Le rapport a été relayé par divers médias, renforçant le récit sur la « violence des Peuls ». Pourtant, il n’existe pas de mouvement monolithique et systématiquement organisé au Nigeria avec un leadership peul fondé sur l’appartenance communautaire. Mais plutôt des réseaux de groupes armés dont des membres sont des bergers peuls.

Certaines analyses font des Peuls des apôtres des djihadistes du fait de leur passé religieux et de la présence, pourtant difficile à quantifier, de Peuls parmi les mouvements fondamentalistes armés. Ces représentations ont suscité un sentiment de colère chez les Peuls.

Il faut préciser ici que les Peuls n’ont jamais constitué un empire avec un continuum centralisé. Il s’agit là d’une lecture moderne, postcoloniale qui favorise des visions nationalistes du monde peul.

Car, en essentialisant les aspirations d’une communauté complexe, on encourage l’émergence de positions inadaptées. En évoquant une question peule unique, on élude la complexité des tragédies en cours, et on agrège des problématiques que l’identitarisme modernisé finit par englober sans proposer de solutions adaptées aux demandes de chacun. Il convient donc de prendre garde aux radicalisations identitaires qui surgissent, liées à des politiques sécuritaires biaisées et à la diffusion de récits médiatiques sensationnalistes.

Par Dougoukolo Alpha Oumar Ba-Konaré

Dougoukolo Konaré

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L’irrécusabilité du juge constitutionnel : Vers la naissance d’un Dieu au Mali !

« Le juge, gardien de la règle de droit, pacificateur social, protecteur des droits, régulateur des institutions autant de qualificatifs que l’on puisse accorder à un être humain fort et fragile fait de ténèbres, d’orgueil et d’erreurs. Aucune société organisée n’a pu, ne peut et ne pourra se passer du juge, parce que la fonction de juger est consubstantielle à l’existence de toute société. Sa fonction d’aujourd’hui est façonnée en fonction et à l’image de nos exigences. Placé au sommet de la chaine, la société fait du juge l’ultime recours et fait de sa décision une vérité souvent contestable, souvent incontestable. Ces pouvoirs accordés au juge se justifient à travers les multiples obligations auxquelles, il est assujetti. Deux obligations aussi naturelles que légales sont l’indépendance et l’impartialité qui font du juge, un bon gardien, un bon protecteur, un bon régulateur, gages de stabilité sociale. Le citoyen est alors fondé à placer sa confiance à celui (juge) qui ne trahit point sa conscience. Par un tel jeu, le conscient rassure le confiant. Le confiant est non seulement satisfait du conscient mais également, celui-là accepte la décision de celui-ci, l’harmonie sociale est incontestablement garantie. Mais hélas, il n’en est pas toujours ainsi. Le juge qui se dérobe une fois de son exigence d’impartialité, l’édifice s’effondre, la justice disparaît, la société menacée de déflagration.
Conscient d’un tel danger, le législateur permet deux recours (préventif et curatif) pour lutter contre l’éventuelle partialité du juge. Dans son for intérieur, le juge qui sait ne pas pouvoir garder son impartialité doit s’abstenir, à défaut sa récusation peut être demandée. Le droit de récuser un juge quel qu’il soit est à la fois un droit naturel et un droit fondamental. Car l’on ne peut pas concevoir qu’une personne investie de la fonction de juger puisse être partiale. Autant dire que le droit à la justice est un droit naturel et un droit fondamental. Plusieurs instruments juridiques permettent de confirmer cette position. En effet, le droit de récuser le juge constitutionnel est d’ordre constitutionnel, législatif et conventionnel. De prime abord, il est calamiteux de confondre le droit de récuser le juge constitutionnel et la procédure de récusation du juge constitutionnel. Un vieux débat des processualistes : le droit déterminateur et le droit sanctionnateur, entre priorité et complémentarité, tend vers sa fin.

Si les instruments juridiques maliens sont lacunaires sur la procédure de récusation du juge constitutionnel, en revanche ces instruments sont abondants sur le droit de récuser le juge constitutionnel. Aucun processualiste ne saurait ignorer cette évidence. En lisant ce qui suit, le doute n’est plus permis sur l’existence d’un droit de récuser le juge constitutionnel au Mali. Il s’agit des textes suivants : l’article 10 de la déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 qui est une partie intégrale de la constitution du 25 février 1992 ; l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 ; les principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire ; les principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature (1985) ; Les principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire (2002). l’article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples adoptée par la conférence des chefs d’Etat de l’OUA (1981) entrée en vigueur en 1986, ratifié le 21décembre 1981 ; les Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire en Afrique de la commission africaine des droits de l’homme et des peuples adoptés, en sa 26ème session, tenue à Kigali en 1999 ; la n°02-54 AN-RM du 16 Décembre 2002 portant statut de la magistrature et le code de déontologie qui lui est annexé et faisant partie du statut, etc.

Le statut de la magistrature s’applique aux juges judiciaires et juges administratifs. Les conseillers de la Cour constitutionnelle qui sont des magistrats de profession relèvent soit du corps de juges administratifs soit celui de juges judiciaires. Il s’agit d’un corps unifié de magistrats qui comprend les magistrats des cours, des tribunaux et des justices de paix à compétence étendue. La loi mentionne « Cour » sauf si la Cour constitutionnelle n’est pas une « Cour ». La Cour constitutionnelle est à la fois, une administration, une institution et une juridiction. Lorsqu’elle statue sur le contentieux électoral, c’est en sa qualité de juridiction, pas plus. Les conseillers qui ne sont pas des magistrats de profession ne sont pas moins assujettis à l’obligation d’impartialité. Or admettre qu’ils sont aussi impartiaux, revient à dire qu’ils sont eux aussi récusables. La récusation est la mise à l’écart du juge soupçonné de partialité. Affirmer que la Cour constitutionnelle n’est pas récusable, c’est admettre que cette Cour n’a pas besoin d’être impartiale. Or si elle est amputée de l’impartialité, elle cesse d’être une juridiction. La récusabilité d’un juge est l’admission de la règle selon laquelle l’être humain n’est point parfait. Admettre l’irrécusabilité d’un juge c’est de le hisser au rang de Dieu, le tout puissant, le créateur. Seul Dieu dans sa fonction de juger est irrécusable. Ainsi, la Cour constitutionnelle saisit d’une requête aux fins de récusation qui la rejette pas pour absence de preuve, mais qu’elle n’est pas récusable, elle se hisse au rang de Dieu. La Cour constitutionnelle qui rejette une telle requête aux motifs qu’il n’y a pas de droit applicable commet un déni de justice, passible de sanction pénale. Le sage-humain peut être partial.

Une autre conséquence, si le juge constitutionnel est irrécusable, même lorsqu’il affiche publiquement un comportement partial, nous devons admettre cela, car il n’a pas besoin d’être impartial, donc irrécusable ».

Dr Mamadou Bakaye DEMBELE, Enseignant chercheur-spécialiste du droit processuel à l’USJB

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