Hommage au président Modibo Keïta

(Enseignant, premier président de la république du Mali, Modibo Keïta est mort en détention en 1976 sous le régime de Moussa Traoré.)

 Mesdames et messieurs,

Nous sommes réunis ce jour, 16 mai 1995, pour saluer la mémoire de Modibo

Keïta, pour restituer à Modibo cet hommage qui aurait dû lui être rendu il y a dix-huit ans, au moment de sa mort en détention à l’âge de soixante-deux ans, dans des circonstances qui ont troublé toute conscience civilisée. Nous sommes réunis ce jour pour témoigner au premier président de la République, au père de l’indépendance du Mali, toute la reconnaissance de la nation. Le martyre du fils de Daba Keïta et de Fatoumata Camara est celui de tout notre peuple.

Nous savons gré à Modibo Keïta pour sa rigueur morale, pour son intégrité, pour son amour ardent du travail, du travail bien fait, pour son sens élevé du devoir. Personne ne doit oublier sa contribution exceptionnelle à l’œuvre d’édification d’une économie nationale indépendante, sa passion du Mali et de l’Afrique, son combat inlassable pour l’unité africaine, son engagement constant auprès des peuples du tiers-monde à travers le Mouvement des non-alignés, sa lutte pour la paix dans le monde. Il a été de tous les combats justes, de tous les combats des opprimés. Dix-huit ans après sa mort, l’itinéraire politique de

Modibo Keïta reste une source d’inspiration.

Des erreurs et des fautes commises dans le feu de l’action, nous devons aujourd’hui tirer les leçons pour renforcer la chance exceptionnelle que notre peuple s’est donnée le 26 mars 1991, pour reprendre l’initiative, pour assumer son destin. Nous avons fait, quant à nous, le choix de valoriser le travail et les travailleurs, de libérer et d’appuyer les initiatives économiques individuelles et collectives dans le cadre d’une économie de marché, sur une base de solidarité et de justice. Nous devons redonner confiance aux jeunes, aux travailleurs, à nos soldats.

Notre combat est celui d’un État de droit, veillant scrupuleusement à la défense des droits de l’homme. Notre combat est celui d’un Mali uni et pluriel, plus que jamais « Afrique ». Notre combat est celui d’un Mali réconcilié avec lui-même, avec sa mémoire, d’un Mali de tolérance excluant la violence dans le débat politique, un Mali qui garantira toujours l’expression plurielle dans la transparence.

Pour ce faire nous avons conscience qu’il nous faut une administration plus transparente, plus laborieuse, plus compétente, luttant sans répit contre la corruption et le gaspillage ; une justice indépendante, sereine et équitable. Il nous faut réaliser un consensus plus large autour des grandes questions nationales ; constituer un véritable front de démocrates et de patriotes, seul capable de réaliser le plus rapidement et durablement possible le changement, un changement équitable, non exclusif, représentant un espoir pour les plus démunis.

Pour ce faire, je sais pouvoir compter sur les hommes et les femmes qui ont aujourd’hui les destinées du gouvernement et qui ont su, malgré un héritage catastrophique, un apprentissage démocratique difficile, renforcer l’autorité de l’État en évitant l’installation de l’anarchie et la guerre civile, créer les conditions d’un redressement économique. Il s’agit là d’une tâche historique, d’une tâche de génération que nous saurons relever.

Hommage à l’instituteur Modibo Keïta, à tous les autres instituteurs, aux commis, aux infirmiers et à tous les autres qui, grâce à leur patriotisme, ont su se hisser à la hauteur de leurs nouvelles responsabilités, maintenant ainsi le cap du Mali. Merci au secrétaire général de l’Union soudanaise-RDA et à tous ses compagnons d’avoir donné à notre pays un nom, son nom, d’avoir sauvé en son temps l’honneur et la dignité du Mali et de l’Afrique. Que Dieu continue de veiller sur Modibo Keïta !

Qu’il préserve le Mali dans ses épreuves !

Vive la République ! Vive le Mali démocratique dans une Afrique unie !

Alpha Oumar KONARE,

Bamako (Mali),

16 mai 1995

NB : Ce discours est un extrait de « La Bataille Du Souvenir », éditée par Cauris Livres, lancé le 15 mai 2016 à Bamako

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Mali, une jeunesse en quête d’espoir

Dans le silence de la nuit, j’imagine l’errance des badauds désœuvrés des rues de Bamako, je perçois les bribes des discussions lancinantes et perpétuelles des grins animés, j’entends distinctement les soupirs des mères, tourmentées dans leur sommeil par la gestion du quotidien et la préoccupation de l’avenir de leurs enfants …

Machinalement, mes pensées me mènent à cette après-midi de discussion avec des amis. Je ne peux m’empêcher d’émettre un sourire amer, au souvenir de ce moment d’échange, si édifiant sur l’état de notre pays.

Je venais de lancer, d’un air détaché : « hey, faites des douas, insh’Allah je vais rentrer définitivement au Mali bientôt ».

Je me rappelle le regard inquiet de la plus âgée, et ses propos très forts :

« A quoi bon ?! Dans ce pays, ils ne nous donneront jamais la place qui nous revient ! Nous avons mené nos études avec brio, les entreprises à l’étranger se battent pour nos services ! Au Mali, tout ce qu’ils veulent, c’est nous faire servir du café et du thé à longueur de journée, et pis, si nous réussissons à obtenir des postes, ils nous mettent toujours des bâtons dans les roues. Nous n’aurons jamais la paix pour faire notre travail sereinement. Sans compter les salaires de misère qu’on propose ! Imagine, 150.000 FCFA pour un cadre ! Et encore, pas pour tous ! Qu’est-ce qu’on peut faire avec 150.000 FCFA par mois, dans le monde d’aujourd’hui, avec une famille à charge, et tous ceux qui vivent à vos dépens ? ».

Et un autre de répliquer :

« Mais pourquoi dis-tu cela ? Le Mali, c’est notre pays ! Si elle ne rentre pas pour contribuer, pour bâtir, qui le fera ? Elle a effectué ses études primaires, secondaires ainsi que son lycée au Mali. C’est l’argent du contribuable malien qui a permis cela, en partie. Si tout le monde parle comme toi, quid de l’avenir du pays ? Nous devons rentrer ! C’est un devoir pour elle et pour nous tous de rentrer ! ».

J’écoutais patiemment les arguments de l’un et l’autre.

Je me demandais qui étaient ces « ils » pointés par l’une. Et je me demandais quel était ce « devoir » asséné par l’autre.

D’une oreille, j’entendais la voix de la majorité des jeunes maliens !

Oui, ils avaient perdu foi dans ce système, en la capacité d’assurer l’égalité des chances, peu importe qui l’on soit, en la possibilité de faire régner un Etat de droit, en la volonté de faire rayonner les talents ….

Les jeunes maliens, de l’intérieur et de l’extérieur, ont perdu espoir … Pour la plupart …

A juste titre, un autre de mes amis me disait il y a quelques jours :

« Te rends-tu compte Hawa ? Encore aujourd’hui, rares sont les occasions où on ne te demande pas systématiquement : « tu es le fils de qui ? la fille de qui ? » Encore aujourd’hui au Mali, la société te regarde comme si le passé de ta famille déterminait forcément ton avenir !
Dans le subconscient collectif, tu es systématiquement classé dans une catégorie de laquelle tu sortiras difficilement ! Oui, tu seras toujours « Fantan den, Faama den, Kaarsa den ». Est-ce que mon avenir sera forcément le miroir du passé de mon père ? A entendre le regard social, oui. Alors comprends que le « Fantan den » veuille s’enfuir vers le Nord, pour accéder enfin à l’espoir de ne plus être « fils de, fille de » mais tout simplement « lui-même » ! ».

C’était un cri du coeur ! Touchant !

Les constats sont clairs : l’écrasante majorité des diplômés n’aura jamais mis un pied en entreprise au cours des années d’étude … Les plus chanceux erreront de stage en stage. Le statut de stagiaire est-il réglementé ?

Lorsqu’on pense aux jeunes ruraux qui vivent de la terre pour la plupart, force est de constater que leur seule option d’échapper au manque d’espoir, est l’immigration, coûte que coûte.

Vous est-il arrivé de visiter un village au fin fond de la région de Kayes, où il n’y a que femmes et enfants, les hommes ayant tous quitté pour aller vivre au foyer en France ? C’est une caricature, encore si vraie de nos jours.

Le Mali est un des rares pays à avoir autant de ressortissants sur son territoire, qu’en dehors ! Une manne financière ! Pourtant je n’ai toujours pas une lecture claire d’une politique ambitieuse de suivi des étudiants à l’étranger ou encore d’une politique visionnaire d’incitation au retour …

Oui, la plupart des jeunes maliens, de l’intérieur et de l’extérieur, a perdu espoir …

Alors je me dis que mon pays a un grave problème. Plus grave que la menace terroriste, plus grave que le réchauffement climatique, plus grave que les mauvaises récoltes, …

Lorsque je parcours les lignes du « Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté 2013-2017 », et aussi du « Programme d’Actions du Gouvernement 2013-2018 », je me dis que hélas, nos dirigeants auront beau mettre jeunesse, emploi, formation au coeur de leurs discours, ils auront beau scander leur objectif de créer 200 000 emplois à horizon 5 ans, ils auront beau mettre en place des politiques publiques incitatives, ils auront beau créer ou financer des agences ou des programmes pour l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes, ils auront beau mettre en place un Fonds Emploi Jeunes, … si nos jeunes n’ont pas la foi, n’ont pas espoir, ceci sera vain …

Un tel constat fait si mal …

Evidemment, une jeunesse sans espoir est une jeunesse qui n’a cure lorsqu’elle prend le chemin parfois sans retour de l’immigration. Elle n’a cure, lorsqu’elle s’enrôle dans des groupes armés aux idées obscures. Que valent les vagues de la mer méditerranée face au marasme qui sévit dans le pays ? Que valent les ceintures d’explosifs, face à l’inertie, à la perspective de l’absence de perspectives, aux années universitaires qui se succèdent et se ressemblent, à la
promesse de diplômes sans débouchés professionnelles, au regard et à la pression d’une société qui fait le culte du plus riche, fût-il le plus grand menteur, le plus fin voleur …

Oui, nos dirigeants auront beau parcourir le monde à la recherche de soutiens financiers pour mener des combats, ces derniers sont perdus d’avance si la jeunesse ne retrouve pas l’espoir.

Toutes ces réflexions ont fini par assécher ma gorge. Alors, je me dirige vers la table en verre posée au milieu de la pièce, et je me sers un verre d’eau parfumée au gongondili. Cet effluve familier me fait du bien. Je parviens à me détendre, et à ordonner mes idées.

Qu’allons-nous faire ? Que vais-je faire ? Quelle empreinte allons-nous laisser de notre passage sur cette terre ? Que diront les générations futures de nous, dans 50 ans, 100 ans, 1000 ans, 2000 ans ?

Tout comme je regarde les pyramides d’Egypte, jadis construites sous l’impulsion de grands rois dont les noms continuent de faire frémir nos coeurs, je me dis que j’ai choisi mon camp : celui de l’action. J’agirai.

Les jeunes maliens de moins de 25 ans sont au nombre de 9,4 millions d’individus, soit près de 65 % de la population …

Nous avons une jeunesse talentueuse et créative, qui, lorsqu’elle se met en marche, est irrésistible ! Lorsque l’on prend le temps de donner la parole à ces jeunes, et de les écouter, pleinement, l’on est époustouflé par la pertinence de leurs idées.

Je pense qu’il faut redonner espoir à la jeunesse.

Comment ?

Cette question mérite une réflexion collective, une réponse collective …

Il faut redonner espoir à cette jeunesse, et nous devons tous y contribuer.

Redonner espoir, signifie montrer l’exemple.

Redonner espoir, signifie inspirer.

Redonner espoir, signifie avoir foi et communiquer sa foi.

Mais pas que ! Ce serait trop simpliste, trop poétique ! Le monde est bien plus cruel que cela !

Je pense que pour nos dirigeants, les priorités que sont la gestion de la crise sécuritaire, les questions d’emploi, d’éducation et de santé …, doivent tous avoir le même fil conducteur : comment redonner espoir à plus de 70 % de la population ?

Comment montrer à notre jeunesse que les crimes ne restent pas impunis, comment persuader notre jeunesse qu’elle peut entreprendre sans crainte de tout perdre du jour au lendemain, comment communiquer cette force indescriptible à notre jeunesse afin de l’armer psychologiquement à réussir au Mali et pour le Mali …

Comment démontrer à notre jeunesse que oui, c’est possible ?!

Ceci doit être notre fil conducteur.

Oh, comme j’ai foi en la force de la volonté politique !

Je crois fermement que le pouvoir à la capacité d’être la locomotive du changement pérenne ! Ailleurs en Afrique et dans le monde, l’expérience du « top / down » a marché ! La volonté politique a réussi à faire respecter les lois, à donner naissance à des paysages sans sacs plastiques noirs accrochés aux arbres, à des habitants au comportement civique et soucieux de la salubrité de leur environnement.

Très souvent, je suis de ceux qui disent ne rien attendre de l’Etat ou du gouvernement pour agir.

Aujourd’hui, dans ma réflexion nocturne qui me mène inexorablement sur les bords du Djoliba majestueux, source de vie, témoin de nos actes passés, présents et futurs, j’ai envie de dire que j’attends tout de nos gouvernants !

J’ai envie de leur dire : « Allez, ne soyez pas timides ! Faites ! »

J’attends absolument tout de nos leaders politiques, pour user de leur pouvoir, de leur poids, de leur position, pour favoriser l’émergence d’un écosystème, le développement d’un climat des affaires alléchant, la préservation de notre sécurité.

Et pendant qu’ils font cela, j’attends fermement d’eux d’user de leur pouvoir pour nous donner espoir !

L’espoir que le travail paie, forcément !

L’espoir que nos coeurs ancrés dans ce beau pays, ne se laisseront jamais briser par la force de l’amour qu’on lui porte.

Oui, Mali, ta jeunesse est en quête d’espoir.

Alors dis-moi, que vas-tu faire ?

Le 16 mars 2016.

Hawa_Deme

 

 

 

 

 

 

Hawa DÈME, MBA

Master en Finance Internationale

Manager Audit Interne

Consultante en Stratégie & Gestion de projets

Président d’ADEM-France (Association des Diplômés et Etudiants Maliens)

 

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Mettons fin à la crise de l’assainissement et de la pollution pour protéger la santé publique

En 1974 l’OMS a publié un ouvrage intitulé « Filtration Lente sur Sable » (FLS) qui fournit des détails de conception et de calcul de la technologie de la filtration sur sable  pour la production d’eau potable. Le rappel historique sur la FLS de l’ouvrage nous rapporte que cette technologie mise au point en 1804 par un entrepreneur Écossais, John Gibb, s’est révélée si efficace pour la production d’eau potable qu’une loi métropolitaine fut adoptée en 1852 par les autorités londoniennes rendant obligatoire la filtration des eaux de La Tamise avant d’en approvisionner le public. La technologie finira par s’épandre partout sur le continent Européen et aux USA. Mais c’est surtout en Allemagne dans les villes de Hamburg et Altona que nous viendra la leçon historique du bénéfice généré par la technologie de la FLS. En effet, Hamburg et Altona sont deux villes voisines situées sur les rives du fleuve Elbe dont la seconde a adopté la FLS pour l’alimentation en eau potable de sa population tandis que dans la première, l’eau brute du fleuve était consommée par les populations sans aucun système de traitement. Conséquemment, en 1892 lorsque le fleuve Elbe fut contaminé par le bacilleVibrio cholerae à partir de camps d’immigrés dans les deux villes voisines, l’épidémie de choléra s’est vite propagée dans la ville de Hamburg tuant pas moins de 8000 habitants. Ce qui était un désastre humain à cette époque! Au même moment, les habitants de la ville d’Altona avaient été épargnés presque totalement. Pendant cette période du 19ème siècle, la mise au point des analyses microbiennes pathogènes venaient juste de voir le jour avec de scientifiques comme Pasteur, Koch, Escherich, etc. et les infections microbiennes restaient encore très peu maitrisables et hautement mortifères. Ce qui posait un grand défi pour la protection de la santé publique compte tenu des taux élevés de mortalité et de morbidité dus aux infections microbiennes. Mais le développement des technologies comme la FLS était déjà fait usage pour améliorer la santé et le bien-être des populations comme ce fut le cas à Londres, Altona et bien d’autres parties de l’Europe et des USA.

La FLS fut une percée et un précurseur des technologies conventionnelles et avancées de traitement des eaux potables et des eaux usées ayant incommensurablement améliorées la santé publique et la qualité de l’environnement dans plusieurs parties du monde. Si au 19ème siècle déjà en Europe le lien a été vite établi entre assainir les eaux et préserver la santé publique, aujourd’hui la relation de cause à effet entre l’assainissement et la protection de la santé publique est simplement devenue une connaissance élémentaire et une banalité commune. Cependant, il est déplorable de constater que dans plusieurs pays de l’Afrique Sub-Saharienne, dont le Mali, l’assainissement semble encore relégué au second plan eu égard aux niveaux d’insalubrité et de pollution dans nos agglomérations. Nous payons ainsi un lourd tribut pour notre négligence, indifférence et manque de volonté commune à assainir notre environnement. Le taux élevé de mortalite infanto-juvénile au Mali qui se situerait à 123 ‰ (UNICEF, 2015) et causée principalement par des maladies infectieuses et d’origine hydrique ainsi que l’afflux massif dans nos centres de santé de patients affectés par des pathologies liées à un environnement insalubre illustrent bien notre fardeau sanitaire. En effet, nous nous sommes accommodés de nos déchets sauvagement disposés et autres types de pollution constituant de sources majeures de prolifération de microorganismes pathogènes et autres vecteurs de maladies contagieuses. C’est le cas des moustiques dont les anophèles vecteurs du parasite plasmodium causant la malaria, pullulant dans les eaux stagnantes pauvrement drainées (si elles le sont du tout!) par manque de systèmes d’égouts convenablement fonctionnels pour evacuer les eaux usées et pluviales de nos agglomérations. Pourtant nous ne sommes pas condamnés à maintenir ou accepter ce statu quo! Nous pouvons et devons agir intelligemment en adoptant des politiques volontaristes efficaces d’assainissment de notre environnement basées sur des approches scientifiques. La mise en œuvre de ces politiques devrait se faire par des investissements dans des techniques et technologies adaptées afin de juguler la crise d’assainissement dans nos agglomerations pour prévenir les épidémies et autres maladies banales, comme ce fut le cas de la FLS contre le choléra à Altona à la fin du 19ème siècle. Ce faisant nous protègeront la santé de nos populations les plus vulnérables comme les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées et celles vivant avec des déficiences immunitaires. Il est illusoire de penser que les actions louables de groupements d’intérêt économique, d’associations de quartiers et même de petites sociétés avec des moyens rudimentaires pourraient assainir nos agglomérations. Serions-nous engagés à véritablement solutionner les questions d’assainissement, de lutte contre la pollution et de protection de la santé publique, c’est plutôt toute une industrie qu’il faille ériger dans ce secteur et au sein de laquelle toutes ces entités préexistantes pourraient trouver leur place. Au Mali et ailleurs en Afrique, nous disposons aujourd’hui de l’expertise et de fonds accessibles pour concevoir et mettre en œuvre des politiques et stratégies viables de gestion de nos déchets, de lutte contre la pollution et de protection de la santé publique. Il est temps de recourir à toutes ces ressources disponibles pour mettre fin à la crise d’assainissement et de pollution par des politiques appropriées. Ces politiques restent incontournables et en s’y engageant rapidement nous générerons un retour sur investissement par une dimunition significative des dépenses de santé publique liées au tribut de l’insalubrité et de la pollution. Ultimement, nous améliorerons aussi notre cadre de vie pour le plaisir du mieux-vivre!

Sidy Ba, ing., PhD

Enseignant-Chercheur

Maitre-Assistant CAMES

Ordures-en-ville

 

 

 

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Querelles de clochers entre IBK et Tiébilé Dramé : Une bouffonnerie !

La sortie grotesque du Ministre de la Communication Choguel Maïga contre l’opposant Tiébilé Dramé  est comparable à une bouffonnerie. Cette sortie des plus hasardeuses frise le ridicule. Dans un pays en reconstruction, confronté à une crise sans précédent, on n’ose jouer une scène (théâtre) d’un si mauvais goût. A la suite de son chef (le président IBK), le Ministre Maïga s’est donné en spectacle en pondant un communiqué des plus scabreux (dangereux, périlleux, malsain). Comme des mômes, les plus hautes autorités de notre pays s’adonnent lamentablement à des querelles de caniveaux. Le ridicule ne saurait tuer dans ce pays. Un président de la République (du haut de son magistère) règle son compte personnel avec un opposant devant toute la République. Soit disant que ce dernier a essayé de saboter sa visite d’Etat en France. Ensuite, un Ministre (porte parole du gouvernement) se rue dans les brancards dans des termes peu amènes, croyant jeter l’anathème sur un individu. Que non ! L’on a plutôt jeté l’opprobre sur toute la nation malienne. La République, par le fait de ses plus hauts responsables, est mise à mal. Et l’on ne saurait cautionner une telle légèreté. Se taire face à une telle dérive, relèverait d’une pure démagogie, d’une réelle lâcheté intellectuelle. Quand un Gouvernement « sérieux », « digne » de ce nom se met à rédiger un communiqué, il ne doit y figurer aucun terme injurieux et irrespectueux. La petitesse du discours nauséabond de Choguel a donné du vomi à tous les maliens épris de paix et de réconciliation.

A présent, l’heure est à la reconstruction du Mali, un pays en lambeau dont le nord du pays (Kidal) échappe à présent au contrôle du pouvoir central. A observer de près cette passe d’armes entre IBK et Tiébilé Dramé l’on se demande vraiment si ces « gens » mesurent vraiment l’immensité de la tâche pour faire sortir le Mali des ténèbres. Basta !

Sory

 

 

 

 

Sory Ibrahim Guindo

Ancien correspondant de l’Agence PANAPRES

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Délivrance de passeport au Mali : Le cri de cœur de Rokia Traoré

L’artiste musicienne malienne, Rokia Traoré s’insurge contre les pratiques malsaines qui entachent le processus de délivrance du passeport dans son pays.

« Je remercie les agents de police Koné, Kanté, Diarra et tous les autres à l’intérieur de la direction nationale de la police de l’immigration du Mali à Hamdalaye ACI à Bamako. Je les remercie de leur amabilité et la diligence dans leur travail qui va me permettre, finalement, de faire le mien après avoir enfin réussi à déposer une demande de passeport malien.

Cependant j’aimerais poser une question à un système, donc à ceux qui l’ont mis en place. Après le parcours du combattant que j’ai dû entreprendre pour arriver aujourd’hui 13 juillet 2015 à déposer simplement une demande de passeport que j’obtiendrai le 10 août 2015 normalement, je me demande quel est le but de cette réorganisation qui crée une situation de crise?
-Est-ce de lutter contre la corruption? Dans ce cas c’est déjà un échec. Aujourd’hui dans Bamako les familles de malades en situation de nécessité d’évacuation médicale et les opérateurs dans le besoin de voyager se voient demander par des personnes douteuses entre 500 000 et 800 000 CFA (cinq cent mille et huit cent mille CFA ) pour pouvoir simplement déposer une demande de passeport. Autre fois avec 100 000 CFA de pot-de-vin il était possible de faire accélérer la procédure et obtenir le passeport en une semaine, mais il n’était pas question de déjà payer autant d’argent en dehors des frais officiels (50 000 CFA) pour pouvoir déposer la demande.

- Le but est-ce de mettre en place un système où les demandeurs de passeports sont correctement répertoriés dans les données de l’état afin de contrôler d’une meilleure façon l’attribution du passeport malien? Dans ce cas pour quelles raisons est ce qu’on ne peut même pas accéder au bâtiment de la police de l’immigration? Pour arriver à accéder à n’importe quelle section de ce service publique, il faut rester dans la rue et appeler une connaissance à l’intérieur, afin qu’il vienne vous chercher et vous fasse entrer.

Pourquoi est ce qu’il n’est pas possible d’appeler un standard téléphonique pour fixer un rendez-vous pour entreprendre une démarche spécifique?

Le résultat, pour le moment, de cette réorganisation du système de dépôt de demande de passeport à Bamako (au Mali) est une file d’attente de trois cent mètres environ, dans laquelle attendent (sans possibilité de s’asseoir) des personnes qui arrivent là à 4 :00 du matin pour avoir une chance de déposer leurs demandes avant l’arrêt du dépôt des dossiers de demande de passeport à 8 :00 du matin.

Mesdames et Messieurs les protagonistes de ce nouveau système de demande de passeport malien, les décisionnaires concernant l’arrêt de la possibilité de se faire délivrer un visa d’entrée au Mali à l’arrivée à l’aéroport de Bamako Sénou, par ce qu’il ne s’agit pas que de ma petite personne je vous passe le détail des complications que j’ai du surmonter pour déposer une demande de passeport. Je vous prie, au nom de tous les opérateurs culturels et économiques du Mali, au nom de toutes les familles de malades en attente d’évacuation médicale, de reconsidérer les dispositions mises en place.
Je suis consciente que de vos bureaux vous n’avez pas une vision claire de la situation de crise et de blocage conséquence de ces nouvelles dispositions. Malienne lambda que je suis, je me permets de vous apprendre qu’il est simplement un enfer aujourd’hui d’introduire une demande de passeport. Ce jour lundi 13 juillet devant la police de l’immigration lorsque je suis arrivée à 7 :20 du matin, j’ai appris par des agents au bout de la rue (impossible d’entrer dans la rue de la police des frontières et de l’immigration : direction de la police nationale) qu’il aurait fallut que j’arrive à 5 :00 du matin pour faire la queue afin de pouvoir éventuellement déposer une demande de passeport avant 8 :00.
Nous maliens qui avons besoin de voyager pour nos métiers, nous méritons que vous travailliez au plus vite à l’amélioration de vos nouvelles mesures. D’une part nous nous retrouvons dans l’impossibilité dans certains cas de voyager pour nos métiers, d’autre part nous sommes confrontés à des problèmes supplémentaires pour faire entrer nos partenaires professionnels dans le pays une fois que nous avons réussi à les convaincre que tout va bien au Mali, que leurs vies ne sont pas en danger.
Nous sommes nombreux à avoir pris la décision de nous battre et continuer à croire en l’avenir de ce pays afin de remonter la malheureuse pente descendante qu’il a connu.
Leaders de ce pays, pour le Mali aidez nous, laissez nous vous aider. Ne soyez pas une entrave à notre élan de citoyenneté ».

Rokia TRAORE

NB : Le Titre et le chapeau sont de la rédaction de dépêches du Mali

 

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Le processus de paix au Mali, vu par Joseph Brunet-Jailly: « Le régime actuel manque cruellement d’inspiration, … ce régime ne se soucie que de perdurer »

La crise gravissime que le Mali a vécue, et qui perdure, montre que dans ce pays le besoin de réformes politiques est immense, car la légitimité du régime, reposant sur des élections purement formelles, n’est établie qu’aux yeux des étrangers les plus optimistes. La défiance, passive mais profonde, de la population à l’égard du personnel politique et de l’Etat dans son ensemble est une donnée essentielle de la situation. En même temps, le régime actuel manque cruellement d’inspiration, le jeu politique montre à l’évidence que ce régime ne se soucie que de perdurer, comme si la maison ne brulait pas toujours au Nord et comme si le Sud n’était pas lui aussi prêt à s’embraser.

Sauf à rechuter à brève échéance dans l’anarchie, le Mali de demain ne pourra être que très différent de celui d’hier et d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs ce qu’avait promis le Président IBK pendant sa campagne électorale et par son discours d’investiture. Mais c’est aussi ce que la crise exige. Pourtant rien –ou presque rien– n’a été fait qui puisse susciter l’adhésion ou l’enthousiasme de la population, sauf probablement le retour de l’ordre dans l’armée. Les cérémonies du 15 mai et du 20 juin ne sont que des promesses, et beaucoup ont trouvé exagérées les protestations de fraternité et les exhortations à la paix qui y ont été prononcées :à vrai dire chacun tremble devant l’avenir.  La paix n’est pas dans les cœurs, elle a été achetée au prix fort. Et dans cette perspective, la résolution 2227 du Conseil de Sécurité en date du 27 juin 2015 constitue un grave revers pour le Mali. Il faut cependant revenir jusqu’aux débuts de l’intervention des Nations-Unies, et montrer tout ce qu’elle permettait, tant en matière de sécurité qu’en ce qui concerne la refondation politique, pour se rendre compte du recul que traduit la dernière résolution.

L’attitude antérieure du Conseil de sécurité

Les Nations-Unies avaient compris dès 2013 la profondeur de la crise malienne et son caractère d’abord et essentiellement politique, puisqu’elles avaient assigné à la MINUSMA, dès sa création, le mandat d’« aider les autorités de transition maliennes et les populations du nord du pays à faciliter tous progrès dans le sens d’un dialogue national inclusif et de la réconciliation. » Mais aucune initiative allant dans ce sens n’a été prise, pendant tout le second semestre 2013, par le gouvernement. Les Etats généraux de la décentralisation n’ont pas eu le caractère d’un dialogue inclusif et productif : les gens du Nord n’étaient pas là, et si chacun a pu s’exprimer, aucune orientation n’a été dégagée, la présidence des débats étant restée obstinément muette. Et il est significatif que les Assises du Nord aient commencé par un incident à propos de la composition de la délégation de Gao, désavouée par la population de la ville.

Ainsi, ces grandes réunions, improvisées au niveau national, sans préparation soignée au niveau local, ont été vaines. Et c’est pourquoi, début 2014, le Président est allé confier la médiation à l’Algérie, en ne lui donnant d’ailleurs que des indications extrêmement générales sur les principes à respecter (unité nationale, intégrité du territoire, régime républicain et laïc).

Les Nations-Unies ont alors adopté, en juin 2014, une formulation beaucoup plus explicite de la tâche à accomplir en « soulignant la nécessité de s’attaquer aux causes profondes des crises récurrentes qui secouent le Mali, notamment aux problèmes ayant trait à la gouvernance, à la sécurité, au développement et à la situation humanitaire, et de tirer les enseignements des accords de paix antérieurs.»

Par cette reformulation, le Conseil de sécurité prenait acte très officiellement, mais sans trop le crier sur les toits, de l’urgence d’un véritable diagnostic partagé (inclusif) et de profondes réformes politiques, et il chargeait la mission qu’il créait d’organiser le dialogue national qui s’imposait : et c’est à ce mandat qu’on devra comparer celui qui vient d’être assigné à la MINUSMA pour l’année qui vient. Il est vrai que les intentions du Conseil de sécurité n’étaient partagées ni à Bamako ni à Alger.

En effet, le gouvernement prétendait qu’il avait fait son diagnostic, et que le résultat en était le PAG,  dont pourtant l’orientation n’a rien à voir avec les préoccupations citées du Conseil de sécurité ; de son côté l’Algérie l’a délibérément évité. On ne peut donc que regretter amèrement que la MINUSMA se soit contentée d’appuyer le processus d’Alger au lieu d’y faire prévaloir le point de vue judicieux du Conseil de sécurité.

L’Algérie s’est en effet bornée à reprendre le modèle des accords qu’elle avait déjà parrainés en 1992 et 2006, et qui n’ont fait que préparer les résurgences ultérieures de la rébellion : elle a centré la discussion sur des réformes de régionalisation qui ont été poussées à un point tel qu’elles préfigurent désormais l’éclatement du Mali en zones largement ouvertes aux interventions extérieures (économiques et/ou armées),  et sur l’intégration des cadres des groupes sécessionnistes dans les forces armées et de sécurité ou dans la haute administration. Aucune leçon n’a donc été tirée du passé, puisque l’expérience montre que ces mesures ne font que préparer de nouvelles crises.

Aussi, aujourd’hui, tout reste à faire en ce qui concerne « les enseignements des accords antérieurs » et les « causes profondes des crises récurrentes. » Et il faut le faire, sauf à se résoudre à une simple accalmie temporaire qui permettra aux alliés étrangers des groupes qui ont pris les armes contre leur pays, et à ces derniers, de préparer la prochaine offensive.

Evidemment, si le gouvernement du Mali ne s’y attaque pas volontiers, c’est que les causes profondes des crises récurrentes ont permis –et permettent aujourd’hui encore– d’énormes succès d’enrichissement individuel, de sorte que personne dans la nomenklatura ne tient à vider l’abcès qui gangrène le pays. Le relèvement du Mali exigerait pourtant que le mal soit traité, pas seulement le symptôme. Et là était précisément le mandat donné à la MINUSMA en 2014 : dialogue politique et sécurité.
L’étendue du mandat de la MINUSMA en 2014

Depuis la résolution 2164(2014) du Conseil de Sécurité, la MINUSMA disposait d’un mandat « robuste », c’est-à-dire qu’elle était autorisée à employer la force pour réaliser ses missions. L’une de ces missions concernait la sécurisation des personnes et le « rétablissement de l’autorité de l’Etat dans tout le pays ». Dans ces conditions, on devait par exemple attendre de la MINUSMA qu’elle s’engage, aux côtés des forces armées et de sécurité maliennes, et éventuellement à leur place (principe de subsidiarité), dans la lutte contre le trafic de drogue, qui perdure et prospère, et qui fournit leurs ressources financières aux groupes armés de tous bords et à leurs façades politiques. On ne comprend pas mieux pourquoi la MINUSMA ne s’est pas engagée, aux côtés des forces armées du Mali, à réduire les poches sur lesquelles se s’étaient repliés les groupes armés sécessionnistes.

Evidemment, il faut aussi évoquer ici une erreur stratégique dramatique de la France. Même si le MNLA a joué un rôle utile en tant que supplétif de l’opération Serval, il aurait rapidement dû apparaître comme un partenaire douteux : il ne représente qu’une ultra-minorité, ses chefs ont commis le crime imprescriptible de prendre les armes contre leur patrie ; en ouvrant la porte aux djihadistes, ils ont montré qu’ils n’avaient aucune conscience des enjeux géo-stratégiques au Sahel. Et ils ont rapidement prouvé qu’ils n’avaient aucun autre objectif que d’accéder à un pouvoir dont ils ne savent que faire : il fut un temps où ils proclamaient l’indépendance, il fut un temps où ils négociaient avec Ançar Dine, allié d’AQMI, la création d’un Etat islamique,  puis ils ont revendiqué une autonomie politique…, tout en continuant à jouer au Mali le jeu des trafics en tous genres, de l’insécurité, et du djihad armé par l’étranger. La France a visiblement une conscience géopolitique plus large que les chefs de guerre qui se sont lancés à l’assaut du Mali : elle devrait prendre ses protégés en tête à tête et leur expliquer que le Mali (comme le Sahel tout entier d’ailleurs) a besoin de paix, de réformes politiques profondes, et de développement ; pas de guérilla ni de démantèlement.

Nul doute qu’après une étape de ce genre, la situation aurait été plus claire au Mali. Après avoir été encouragés par des partenaires européens passablement naïfs, les indépendantistes se seraient rendu compte qu’ils devaient apprendre à vivre dans le monde tel qu’il est. Les Etats hérités de la période coloniale sont un moindre mal.

Sauf à accepter de sombrer dans le chaos à brève échéance, le Sahel doit s’organiser contre les menaces dont il est la cible. Le MNLA privé du soutien de la France, Kidal rentrée dans le rang, la sécurité aurait pu être progressivement rétablie, le dialogue politique aurait pu s’engager sur des bases saines, et progressivement on aurait pu en revenir, avec l’appui décisif de la MINUSMA, au monopole public de l’usage de la force sur tout le territoire du Mali.

Compte tenu de l’état de l’armée du Mali, à laquelle il faudra probablement une dizaine d’années pour retrouver ses capacités, la MINUSMA aurait nécessairement dû jouer un rôle essentiel dans le rétablissement de la sécurité et de l’autorité, mais elle ne pouvait le remplir avec succès qu’en conjuguant négociation politique et pression de la force publique. Et ceci dans un contexte où les pays voisins joueraient aussi leur rôle, notamment en contrôlant leurs frontières et en cessant de soutenir les sécessionnistes ; et où l’opération Barkhane conserverait, bien entendu, sa tâche irremplaçable dans cette perspective : empêcher la réinstallation de groupes armés par l’étranger, et surveiller une large bande sahélienne, en se passant du soutien des sécessionnistes et en cessant de les protéger.

Dans cette perspective d’un réel processus de retour à la paix, la MINUSMA, au lieu de se contenter de signaler des incidents armés et de publier des communiqués les condamnant, aurait dû intervenir activement contre tous les trafiquants, contre tous les groupements armés sécessionnistes, en mobilisant, aux côtés et éventuellement à la place des troupes maliennes, les moyens militaires importants qui lui sont affectés. L’impartialité de la MINUSMA ne pouvait pas consister pas à mettre sur le même plan les groupes sécessionnistes et les milices d’autodéfense : le premier mandat de la MINUSMA, depuis 2013, est d’apporter sa « contribution au rétablissement de l’autorité de l’Etat », ce n’est pas de favoriser la balkanisation du Mali en autant de territoires que de chefs de guerre.

Les armes sont nécessaires, elles peuvent donner le temps de mettre en œuvre les réformes politiques qui s’imposent, elles ne peuvent en aucun cas dispenser les autorités nationales ou la « communauté internationale » de préparer et de réaliser ces réformes. Car, nul ne l’ignore,  l’origine de l’effondrement du Mali en 2012 est l’implosion de son système politique. On n’a fait qu’en recrépir la façade en 2013 par des élections présidentielle et législatives : derrière la façade, le régime est à bout de souffle. Il peut ne souhaiter que de passer le cap d’un mandat. Toutefois, le Président a promis autre chose, et il est aujourd’hui devant le choix entre une gestion à courte vue de l’actualité, qui se jouera de lui, et un grand projet, un grand destin politiques.

La nécessité d’une refondation démocratique de l’Etat

Suggérée par l’opposition pendant les négociations, inscrite dans le texte de l’accord d’Alger (article 5), l’idée faisait son chemin au Mali d’une conférence nationale, où pourraient enfin être abordés les vrais problèmes, et défini un nouveau « contrat social » pour le Mali dans son ensemble. Il ne devrait cependant pas s’agir simplement d’une de ces grandes réunions de deux ou trois jours au CICB  : il faut imaginer un processus étalé par exemple sur une année, de façon à ce que les problèmes nés du dysfonctionnement de l’Etat soient posés et résolus depuis la base de la pyramide sociale jusqu’à son sommet.

Dans le moindre village, parmi bien d’autres faits, l’incapacité à recouvrer les impôts, le pillage du foncier public par les élites corrompues, la faiblesse de la participation aux élections, ou l’incivisme quotidien signalent, au-delà même d’une défiance générale à l’égard de l’Etat, une disparition de l’idée même d’intérêt général. Il faut repartir de ces réalités pour concevoir un nouveau contrat social et très probablement de nouvelles institutions. Dans chaque collectivité, en commençant par le niveau le plus modeste (quartier, fraction, village, puis commune, terroir…), les récriminations du peuple à l’endroit des élus désignés par les états-majors nationaux devraient pouvoir s’exprimer et être entendues, les conflits qui minent la collectivité devraient être exposés et les solutions envisageables définies, la population devrait expérimenter à nouveau ce qu’est décider par soi-même à propos de ses propres problèmes, et ce qu’est devoir tenir compte des revendications légitimes des autres (voisins, dépendants, clients, fournisseurs…).

Ce processus s’impose pour trois raisons principales :

-    chacun peut se convaincre que, dans le contexte du Mali, les élections n’assurent ni une représentation adéquate de la population, ni sa participation à la décision ; le processus électoral a été copié sur ce qui se fait au Nord, sans adaptation, et il a été dévoyé par l’achat des voix et par l’irresponsabilité des élus ;

-    les comportements qui fondent la démocratie doivent être, au Mali, expérimentés à la base avant de pouvoir imprégner l’ensemble de la pyramide institutionnelle ; ce pays  –et il n’est pas le seul– souffre encore du fait que, pendant la période coloniale, le pouvoir a été capté par la puissance étrangère, laissant les citoyens dans une position de totale irresponsabilité quant à leur avenir ; toute décision étant prise par les étrangers, il suffisait à chacun de tenter de tirer le meilleur parti de cette règle du jeu ;

-    il a bien été question, dans la décennie 1990, du « retour du pouvoir à la maison » et de l’administration comme appui-conseil aux élus locaux ; mais l’élan initial a été brisé dans la décennie suivante, qui a implanté une forme de populisme bon-enfant soutenu par une intense corruption, là où la démocratie impliquait décision et responsabilité

Ce processus de refondation démocratique de l’Etat ne pourrait reposer que sur une intense campagne de communication, dirigée vers le peuple plutôt que vers ses élites lettrées, et donc employant les langues nationales et un style aussi simple que possible, de sorte que chaque habitant puisse comprendre les messages de franchise et de liberté de parole, ainsi que l’objectif du débat. Chacun devrait avoir à justifier ses affirmations, personne ne devrait être inquiété pour les propos qu’il aurait tenus. Des personnalités locales reconnues pour leur intégrité et leur autorité morale seraient désignées pour arbitrer les débats et pour en préparer le compte-rendu.

A chaque fois qu’on passerait d’un niveau de la pyramide sociale à un autre, on ferait le tri des problèmes qui pourront être résolus au niveau inférieur et de ceux qui ne pourront l’être qu’au niveau supérieur : de la sorte, les débats des niveaux supérieurs aborderont des problèmes mal perçus –ou insolubles– au niveau inférieur. A chaque niveau, il faudrait désigner les personnalités intègres et investies d’une autorité morale incontestée qui pourraient conduire les débats pour les orienter progressivement vers des propositions claires et nettes. A chaque échelon reviendrait aussi la tâche de désigner ses représentants aux réunions de l’échelon supérieur.

La conduite de ce processus de conférence nationale ne pourrait être confiée qu’à un groupe de personnalités dévouées, indépendantes des clans politiques, et disposant d’une autorité morale largement reconnue. Ce groupe devrait être investi officiellement par le gouvernement de la tâche de piloter le processus pendant toute sa durée, et d’en synthétiser le travail échelon par échelon.

Ce groupe de pilotage devrait sans doute être secondé, pour l’aider à dégager des solutions pratiques aux problèmes relevés dans les débats des divers échelons, par un comité technique, composé de personnalités qualifiées à qui l’on demanderait de suggérer les modalités juridiques susceptibles de traduire les solutions envisagées.

Ce travail serait donc beaucoup plus long et beaucoup plus profond, beaucoup plus inclusif que celui qui est évoqué dans l’accord d’Alger. En particulier, la participation populaire serait aussi large que possible, et évidemment elle ne serait pas restreint eaux représentants des groupes armés. Ce processus éviterait aussi de faire croire, comme le fait l’accord d’Alger, que l’essentiel est dans « la prise des mesures pour permettre l’appropriation au niveau local des nouveaux outils démocratiques convenus dans l’Accord, notamment à travers l’actualisation des listes électorales, l’encouragement à l’enrôlement et à la participation aux élections locales, et l’accompagnement de la création des institutions et procédures nouvelles »  Il éviterait aussi se fixer sur « la problématique de l’Azawad » , pour aborder de front les difficultés de la réconciliation en particulier en ce qui concerne l’acceptation par les populations du Sud des exigences des groupes armés sécessionnistes–, et les difficultés de la démocratisation, au moins aussi profondes au Nord qu’au Sud.

Le Conseil de sécurité désormais en retrait

Le Conseil de sécurité avait donc donné en 2014à la MINUSMA un mandat très large qui lui permettait de faire face à la situation présente au Mali. Certes la MINUSMA aurait dû être encouragée à prendre au sérieux la totalité de son mandat, tant dans sa lettre que dans son esprit, au lieu d’adopter, comme elle l’a fait en pratique, le service minimum. Elle aurait dû avoir pour souci prioritaire son mandat très ambitieux en matière de diagnostic des causes de la résurgence des crises, question qui aurait dû être le sujet principal des débats et de l’accord d’Alger.

L’accord d’Alger n’est pas un bon accord, mais le processus d’Alger s’est terminé le 20 juin. Dès cette date, pour remplir son mandat sur ce point, la MINUSMA aurait pu immédiatement engager le gouvernement du Mali à organiser une conférence nationale, ou même en prendre l’initiative si le gouvernement avait hésité ou trop tardé. Elle pouvait faire valoir au gouvernement que le lancement d’un tel processus laisserait dans l’histoire du Mali une trace comparable à celle qu’y ont inscrit les évènements de 1991-1992. Mais elle pouvait aussi faire valoir que, principe de subsidiarité oblige, son propre mandat était bel et bien de mettre en place des institutions à nouveau capables de gouverner le pays dans la paix, même si elle devait dans cette voie affronter des oppositions ; la conférence nationale est en effet une modalité du dialogue politique inclusif, et ce dernier était essentiel dans le mandat de la MINUSMA tel qu’il était défini en 2014.

Hélas, tout ceci est abandonné dans la nouvelle formulation du mandat de la MINUMA que donne la résolution 2227 du 27 juin 2015. Le Conseil de Sécurité fait semblant de croire que le dialogue national inclusif a eu lieu, et que les réformes politiques susceptibles de prévenir la résurgence de révoltes armées ont été faites, ou le seront si l’on applique l’accord d’Alger. Il n’est plus question de l’ambitieux mandat politique, rappelé ci-dessus, mais seulement d’ « encourager et soutenir la pleine mise en œuvre de l’Accord par le Gouvernement malien et les groupes armés de la Plateforme et de la Coordination, notamment en favorisant la participation de la société civile, y compris des organisations de femmes et de jeunes. »

En pratique, à la place du dialogue politique qui eût été seul capable d’affronter le problème politique qui mine le Mali, on va voir la MINUSMA se précipiter à concourir à « l’organisation d’élections locales transparentes, régulières, libres et ouvertes à tous »,  comme on l’a fait déjà dans le passé et tout récemment en 2013, avec les résultats qu’on constate.

Aussi grave, évidemment, est le retrait du Conseil de sécurité en ce qui concerne la lutte contre « les trafics d’armes et de stupéfiants et la traite d’êtres humains ».

Désormais le Conseil souligne « que la responsabilité de lutter contre ces menaces incombe aux pays de la région » et il n’hésite même pas à se féliciter « de l’effet stabilisateur de la présence internationale au Mali, notamment la MINUSMA » comme si un changement quelconque avait été observé. Or ne pas lutter contre ces trafics, c’est protéger les ressources des groupes armés et des seigneurs de guerre.

C’est bien ce message de retrait que le Représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations Unies, chargé des affaires politiques, a porté aux députés ce 30 juin, affirmant que « le mandat de la MINUSMA ne lui permet pas de lutter contre les groupes djihadistes et terroristes, et la présentant comme un outil politique et non un outil de guerre. »  Cette présentation est tendancieuse en ce qui concerne la « robustesse » du mandat, c’est-à-dire la possibilité d’utiliser la force pour remplir ses missions. En effet la résolution 2227 dispose que le Conseil de sécurité « autorise la MINUSMA à utiliser tous les moyens nécessaires pour accomplir son mandat, dans les limites de ses capacités et dans ses zones de déploiement »,  ce qui reprend exactement la formulation de 2014 (en son article 17).

Mais il est incontestable que le Conseil de sécurité, par cette nouvelle formulation du mandat, permet à la MINUSMA de se désengager du guêpier malien en abandonnant l’objectif de « rétablir l’autorité de l’Etat dans tout le pays », et lui assigne pour seule mission d’aider à l’application de l’accord d’Alger, comme si ce dernier portait sur les vrais problèmes. Il faut comprendre que dorénavant la « communauté internationale » se montrera satisfaite d’un retour partiel et temporaire de la sécurité, et d’élections locales acceptables. Peu lui importe tout le reste, qui est de loin le plus important ! En multipliant les expressions « appuyer les autorités maliennes », « aider les autorités maliennes »… dans la rédaction du mandat, le Conseil de sécurité majore la responsabilité d’un Etat qu’il sait en crise profonde, et minore la sienne, alors même qu’il s’était engagé, il y a un an, au terme d’une analyse lucide de la situation, et avec des moyens importants, à l’aider de multiples façons à affronter ses faiblesses politiques!

Par cette résolution, le Conseil de sécurité a donc décidé de ne plus se préoccuper des causes profondes des crises récurrentes qu’affronte le Mali. C’est une mauvaise nouvelle pour le Mali et pour la paix au Sahel.

Joseph Brunet-Jailly_1

 

 

 

 

Joseph Brunet-Jailly

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LES MORTS NE SONT JAMAIS MORTS

Fantani Touré : s’en est allée dans la discrétion !

Fantani Touré

Fantani Touré

Tant qu’il y’a la vie, la mort incontournable rodera hélas toujours autour. L’épouse du célèbre comédien malien Habib Dembélé dit « Guimba National », Fantani Touré, affectueusement appelé l’enfant de Bozola est décédée le 3 décembre 2014 à l’âge de 50 ans à l’hôpital Henri Mondor de Créteil dans la région parisienne où elle résidait depuis plusieurs années. Réputée pour sa forte personnalité et son imposante présence scénique, Fantani était une artiste polyvalente. Elle possédait plusieurs arcs dans son carquois pour le rayonnement de la culture malienne : danseuse, comédienne, musicienne, interprète de musique de cinéma. Également militante des droits des femmes, autant que promotrice culturelle, elle fut à l’origine de la création du festival international au féminin « Les Voix de Bamako » organisé chaque année sur les bords du fleuve Niger.

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Ebola-Mali : IBK S’en Remet À Dieu

Contre Ebola, IBK propose des prières.

Lorsqu’un communiqué de la présidence, lue à l’ORTM, indiquait qu’à cause du décès du jeune infirmier Salif DIARRA, le président avait annulé son déplacement à Diafarabé, on a cru, un moment, qu’une grande décision allait être prise face à la fièvre ébola dans notre pays. Au lieu de quoi, IBK invitait la communauté musulmane à organiser des séances de prière dans toutes les mosquées du pays ce vendredi, pour que Dieu sauve le Mali de cette terrible maladie.

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Ebola ne tue que les africains et tout autre homme en guérit

Je ne voudrai pas être désagréable mais je ne peux pas rester coi devant cette avalanche humiliante qui s’abat sur l’Afrique que je nomme Ebola. Ebola ! Je ne crois pas à son origine divine car si c’était de Dieu qu’il émanait, il allait tuer tout homme que Dieu a créé. Mais au constat, Ebola ne tue que les africains et tout autre homme en guérit. Comment comprendre cette sélection de mort ? Comment ne pas se poser des questions quand on voit que tout Blanc atteint d’Ebola guérit et pas les africains. Continuer la lecture

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22 septembre 2014, le Mali fête ses 54 ans d’indépendance… Amers !

Il arrive que les mots soient vidés de leur sens et peinent à masquer une réalité altérée, détournée, voire violentée, dans le secret de bureaux calfeutrés des décideurs. N’est-ce pas, Messieurs les inventeurs de slogans aussi creux que « L’honneur du Mali», affichés le temps d’une campagne imposée par un président français alors « intraitable » au Mali et aujourd’hui maltraité chez lui. Quelle indépendance dans une dépendance totale ?

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