Sommet Afrique/France

Le cordon ombilical qui nous lie est impur et infect

Le Mali s’apprête à accueillir les 13 et 14 janvier 2017, le 27ème sommet Afrique-France. Pour l’occasion, le président français François Hollande fera le déplacement tout comme la quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement africains.

Le Comité national d’organisation du sommet Afrique-France (CNOSAF) chiffre à 35,67 milliards FCFA le budget devant servir à organiser cette grande « farce » qui n’a qu’un seul but : maintenir le lien colonial entre la France et l’Afrique.

Cette France qui entretient depuis des lustres une relation « incestueuse » avec l’Afrique, spoliée à dessein pour faire vivre « la mère patrie ».

Le maintien du FCFA en est une parfaite illustration. En imposant cette monnaie (Le franc des colonies françaises d’Afrique (CFA) rebaptisé franc de la communauté française d’Afrique), la France, depuis le Général De Gaulle renforce, sa main mise sur nos matières premières. Ce qui révolte le plus, c’est que 50% des réserves du Franc CFA sont déposées sur les comptes du trésor public français. Ce qui représente une manne financière non négligeable.

Certains économistes indiquent qu’il y a actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la CEMAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros.

Un journal économique allemand a récemment accusé cette même France de « piller chaque année 440 milliards d’euros aux africains à travers le Franc CFA ».

« Le gouvernement français recueille auprès de ses anciennes colonies chaque année 440 milliards d’euros de taxes. La France repose sur les recettes venant d’Afrique, pour ne pas sombrer dans l’insignifiance économique », écrit le journal dont les propos n’ont jamais été démentis par aucun officiel français.

Ce Sommet Afrique-France est une honte pour la classe dirigeante africaine qui s’est embourgeoisée cyniquement, laissant « la Grande France », « la Métropole coloniale » ruinée au fil des décennies l’avenir d’une partie du continent sous son joug.

Pour s’élever contre cette supercherie, la Coalition des alternatives africaines dettes et développement du Mali (CAD-Mali) organise du 7 au 8 janvier 2017 à Ouéléssébougou la 12ème Edition du Forum des Peuples en contrepoint à ce 27ème sommet Afrique France. Il est placé sous le thème « Les peuples du Sud exigent des alternatives pour un nouveau partenariat économique, social et sécuritaire entre la France et les Etats africains ».

L’Afrique, notamment « française », se doit d’enfanter d’autres dignes fils tels Thomas Sankara, Modibo Kéïta, Kwamé Nkrumah, Ahmed Sékou Touré…qui sauront arracher d’une main de fer le cordon ombilical qui lie l’Afrique à la France. Ce sang qui circule entre les deux entités (Afrique et France) est impur, infect.

Ibrahim GUINDO

Sory

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« La jeunesse malienne s’est catégorisée »

Dans les lignes qui suivent, Mamedy Dramé, la quarantaine à peine, caricature une jeunesse malienne complètement en dérive qui ne mise que sur l’appât du gain facile. 

1- les bénéficiaires

Généralement se sont des fils de responsables, (anciens et actuels) ceux qui ont pillé les ressources du pays pour financer la formation de leurs enfants à l’étranger. Ils sont là, ils disent rien, quand il y’a mouvement c’est à travers les fenêtres qu’ils regardent et sont bénéficiaires d’emplois avant même de terminer. Ils sont dans les mines, banques et télécom exception faite à quelques enfants de Dieu (chanceux).

2- les opportunistes:

On les trouve généralement dans les mouvements de jeunesse. Ils sont tout le temps dans les rencontres aux noms de leur village, ville, commune etc… Ils font jamais de rapports ni même de simple CR ou bien s’ils le font c’est : Au forum telle est venu en rang, j’étais logé avec un tel dans le même hôtel, j’ai serré la main du ministre, « prrr a banna » et la plus part du temps ils sont dans tout sans aucune capacité d’analyse ou de proposition.

3- les rêveurs, les indignés, les aigris, les fils de pauvres, nous, ceux qui pensent que crier sur le boulevard de l’indépendance ou critiquer les gens sur facebook ou sur les antennes peut créer un sursaut d’orgueil en vu de changer « l’inchangeable ». Ils sont là ces jeunes généralement avec des noms importés, Che, Mandela, Mao, Dioul Karanainy n’importe quoi, dans un pays de la non reconnaissance du mérite.

4- Enfin les sacrifiés,

Ils ne sont dans rien, ils sont là. Que le Mali brule ou qu’il disparaisse « a Be kakan ». Mais bizarrement ce sont eux qui sont à l’aise.

65% de jeunes, 8 institutions dirigées à 95% par des vieux de plus de 65 ans. Hasard non un signe de Dieu pour que le peuple ou bien la jeunesse puisse se former et accepter que tant qu’on ne traverse pas tous les obstacles, on atteindra jamais ce qu’on cherche et que le bien facile et mal acquis ne profite jamais.

Mamedy Dramé,

Diplômé en Droit public

Mamedy Drame

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Halte à la propagande : la Russie n’a pas les moyens d’une guerre avec l’occident !

Ces derniers temps, les réseaux sociaux sont inondés d’articles vantant les moyens militaires de la Russie et annonçant une troisième guerre mondiale. La Russie a-t-elle vraiment les moyens d’une nouvelle guerre froide ou, pis, d’une guerre ouverte avec l’Occident ? Je réponds que non. Pour les raisons suivantes :

1- La Guerre froide, qui a opposé l’Union soviétique (URSS) et ses alliés communistes du Bloc de l’Est au camp capitaliste dirigé par les États-Unis, a duré de 1946 à 1990. Elle s’est terminée par la défaite des premiers alors qu’ils étaient, sur tous les plans, infiniment plus puissants que l’actuelle Russie.

2- Bien que la Russie ait hérité de l’immense arsenal militaire et nucléaire de l’URSS, elle ne saurait se mesurer militairement aux États-Unis et à leurs alliés. En effet, une guerre moderne, froide ou chaude, ne se gagne pas seulement par les armes; elle se gagne surtout par la force économique et technologique nécessaire à la conduite et à l’entretien des troupes. D’ailleurs, l’URSS a perdu la guerre froide à cause de son infériorité économique face aux États-Unis. Or, aujourd’hui, la Russie n’est que la 10ème puissance économique du monde (l’URSS était 2ème !); elle est devancée par 9 pays appartenant tous au bloc américain, à l’exception de la Chine. La Russie ne saurait donc tenir sur la durée une guerre froide contre des adversaires si puissants qui, depuis 70 ans, ont appris à conjuguer leurs moyens humains, techniques, militaires et financiers.

3- Le traité de Varsovie, qui regroupait l’URSS et ses amis, a disparu alors que l’OTAN, cette alliance militaire qui regroupe les États-Unis et leurs alliés, n’a cessé de se renforcer, allant jusqu’à intégrer d’anciennes possessions soviétiques comme les pays baltes et l’Allemagne de l’Est;

4- Profitant de la disparition de l’URSS, l’Occident a alourdi sa mainmise économique, diplomatique et culturelle sur le reste du monde. Regardez autour de vous : combien de pays communistes voyez- vous ? Combien d’entre vous préféreraient séjourner à Moscou qu’à New York ? Combien préféreraient une Lada russe à une Toyota Prado japonaise ? Votre pays vit-il des subsides du FMI et de la Banque Mondiale ou des bons du trésor russe ? Les films, chansons, lois et programmes scolaires présents dans votre pays sont-ils inspirés de l’Occident ou de la Russie ?

5- Vanter l’arsenal nucléaire russe n’a aucun sens puisque cet arsenal est inutilisable: une guerre nucléaire russo- américaine équivaudrait tout bonnement à la fin du monde et relève, pour cette raison, de la science-fiction.

5- Je comprends et respecte la volonté du président russe, Vladimir Poutine, de maintenir son pays dans le cercle des nations écoutées; je salue aussi son patriotisme, son refus du suivisme et son combat quotidien pour un monde multipolaire. Mais cet ex-seigneur du KGB est assez intelligent

pour mesurer ses limites : la Russie conserve une forte capacité de nuisance diplomatique et militaire (ses exploits en Crimée et en Syrie en font foi); mais elle n’a pas la force d’un conflit réel avec l’Occident.

Et tout le reste est propagande !

Analyse de Maitre Cheick Oumar  Konaré

Cheick Oumar Konare, Avocat à la Cour

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CE QUE JE PENSE DE L’APPLICATION DE LA DÉMOCRATIE EN AFRIQUE

Pour moi la démocratie vient de la liberté. La liberté, c’est travailler et gagner ta vie à la sueur de ton front. Chaque homme libre doit aimer la liberté de l’autre. C’est de là que nait la cohésion et la complémentarité. J’appelle tout cela la civilisation. Je suis natif d’une grande famille car mon père avait beaucoup d’enfants qu’il aimait au même niveau. Quand l’heure du repas arrivait dans la famille, il s’assurait d’abord que tout le monde soit là avant qu’il ne commence à manger. Lorsque le repas était accompagné de viande, il mettait la viande en petits morceaux et faisait de telle sorte que chacun ait sa part. Quand le repas ne suffisait pas, il se contentait de quelques poignées en nous laissant le reste et veillait à ce que les plus grands ne mangeaient pas tout pour ne rien laisser aux plus petits. S’il n’était pas là pendant le repas et qu’il venait trouver un étranger à la maison, ma mère lui apportait sa part de nourriture. Mais avant de manger, il s’assurait que l’étranger a mangé. Cette philosophie familial, mon père et ma mère étaient unanimes là-dessus. En Afrique, dans toutes les familles, l’amour du prochain est beaucoup cultivé et perpétué.

L’Afrique d’aujourd’hui est dans le processus de la démocratie. Particulièrement au cours des années 2015 et 2016, plusieurs pays africains ont fait de nouvelles élections pour la gouvernance nationale et locale. Cela fait plusieurs années qu’on parle de démocratie en Afrique mais le constat sur la population pour moi est toujours amer. Je ne sens pas beaucoup la liberté et le travail bien fait. Le favoritisme dans cette démocratie fait que souvent on n’a pas plus de 20% de gens qui travaillent correctement. Ces 20% sont découragés par ceux qui ne travaillent pas bien si bien que la corruption est devenue un mode de vie dans certains services. Il m’a l’air que la corruption est devenue l’outil majeur de compétition dans les pays africains. Ne soyons donc pas surpris que l’insécurité persiste. J’ai suivi un reportage sur le Vietnam qui est sorti de la guerre dans le années 70 après l’indépendance des pays africains. À mon avis aucun pays africains ne peut se comparer au Vietnam aujourd’hui en matière de développement. Alors, la question suivante s’impose : En Afrique la démocratie se limite-t-elle seulement aux élections ? Nos partenaires Occidentaux accusent certains de nos hommes politiques de biens mal acquis et quand ces Occidentaux ne sont pas contents, ils gèlent les avoirs de ces hommes politiques. Ce fait veut dire que ces avoirs sont tellement colossaux et douteux qu’ils ne peuvent pas rester en Afrique ; et même la progéniture de ces hommes politiques ne peut pas souvent avoir accès à l’argent qui a été déposé en Occident.

Au Burkina Faso, nous avons vécu une période exceptionnelle que le Président Thomas SANKARA a appelé « la révolution démocratique et populaire ». Le choix de nos dirigeants locaux se faisait en public ; les travaux d’intérêts collectifs se faisaient dans tous les villages ; la corruption était systématiquement combattue. Certains responsables de haut niveau, corrompus, étaient appelés «  les délinquants aux cols blancs ». Nous, en tant qu’agriculteurs, nous n’étions pas oubliés. À titre d’exemple, SANKARA disait une fois aux encadreurs : « Nous avons dit aux agriculteurs de produire, ils ont produit beaucoup de céréales. Vous allez entrer dans tous les villages pour leur acheter ces céréales pour que leurs efforts soient bénéfiques à leurs familles ». Par ailleurs, pour lui, le coton devait être transformé au Burkina. C’est ainsi que  porter du Faso Danfani était un signe d’intégrité et de patriotisme. En 1986, le prix du coton était de 80F CFA le kilogramme. SANKARA a décidé en 1987 que le prix du kilogramme de coton soit 100 F CFA. Tous les paysans étaient contents. Son assassinat a eu lieu le 15 octobre. En début novembre, mon groupement avait commencé à peser le coton à 100 F CFA le kilogramme. À notre grande surprise, dès l’installation du nouveau pouvoir, le prix du coton a été revu à la baisse, notamment à 90F CFA le kilogramme. Depuis ce jour, nous avons fait la différence entre l’ancien régime et le nouveau régime. Des progressistes comme SANKARA ont rarement été compris en Afrique pendant leur présence. Ils ont toujours été trahis par leur proche entourage. 27 ans après, nous avons vu ce que cela a donné comme conséquences. En somme, l’Afrique a des références si elle veut bien se rappeler. Pour moi, quand la démocratie est bien appliquée, tout le monde gagne et cela est aussi possible en Afrique. Que Dieu accompagne le peuple africain.

En tant que citoyen burkinabé

Ouagadougou, le 09 octobre 2016

François

 

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Collectif Plus Jamais ça : Des mots durs mais plein de vérités

Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées : Plus Jamais de Tirs à Balles Réelles sur les Populations Civiles !

Quelques semaines à peine après la bavure policière à Gao, ayant coûté la vie à plusieurs jeunes, la police nationale a de nouveau ouvert le feu sur de jeunes manifestants, des femmes et des journalistes au moment de l’audition de Mohamed Youssouf Bathily, alias « Ras Bath » au Tribunal de la Commune IV de Bamako. Le collectif Plus Jamais Ca ! est profondément indigné par ces assassinats et regrette ces scènes qui ressuscitent les pires démons de mars 1991.

Nous vous conjurons, Monsieur le Président de la République, d’ordonner à l’armée et à la police de ne plus jamais ouvrir le feu sur vos enfants. Nous ne rêvons pas d’un Mali à feu et à sang, plongé dans la guerre civile. Ensemble, nous devons faire face comme un seul homme à la menace djihadiste et défendre les intérêts du pays.

Nous n’aurons de cesse de rappeler inlassablement que la jeunesse malienne a payé de son sang pour que nous puissions vivre dans une démocratie, dans la paix et la sécurité. Nous sommes les enfants de la démocratie et la liberté d’opinion est le socle de la République. 

Notre jeunesse aspire à un avenir meilleur. Aidez-nous plutôt à obtenir des diplômes, des stages, des emplois… en somme un avenir ! Laissez-nous cultiver la pensée critique, la liberté d’expression (notamment sur les réseaux sociaux) même si en chemin nous nous égarons. Nous vous demandons le rétablissement immédiat de l’accès à Facebook et à Twitter au Mali.  

Ces arrestations, censures, meurtres sont de nature à fragiliser et à diviser le pays.

L’exécutif doit faire preuve de professionnalisme et surtout d’empathie pour le citoyen, pour celle qui a perdu un fils ou un frère, pour celui qui voit son gagne-pain détruit. L’autorité doit faire preuve de retenue et d’humilité. C’est ainsi que nous pourrons nous faire confiance et nous donner la main en tant que Maliens.

Monsieur le Président de la République, nous osons espérer que l’arrestation de Ras Bath n’a pas vocation à le « museler » car il nous plaît en ces moments cruciaux pour le devenir même de notre Nation, de vous rappeler votre itinéraire politique et de jeter un regard introspectif sur votre parcours d’acteur du mouvement démocratique qui a fait de la liberté d’expression une vertu cardinale, une pierre angulaire de la Démocratie qui a fait sienne cette tirade de Voltaire : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ». Par conséquent, nous vous saurions gré de ne pas être en porte à faux, en contradiction avec des idéaux pour lesquels le mouvement démocratique s’est âprement battu.

Monsieur le Président de la République, Chef suprême de l’armée, nous exigeons l’ouverture d’une enquête pour situer les responsabilités suite au massacre de Gao et de Bamako. Aussi, exigeons une enquête sérieuse sur la disparition du journaliste Birama Touré. Enfin, nous demandons la démission du Ministre de la Défense et des Anciens Combattants et de celui du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile.

Nous exprimons nos condoléances aux familles des martyrs de Gao et de Bamako ainsi qu’à toutes les personnes qui se sentent touchées par cette flambée de violence.

Bamako, le 20 août 2016

Collectif Plus Jamais Ca !

pjc.association@gmail.com

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Chronique satirique: Madame la gouverneure ou madame bulldozer ?

La nouvelle gouverneure du district de Bamako, Amy Kane, s’ennuyait ferme dans son bureau depuis sa nomination. Après s’être bien creusé la tête (à la matraque ?), notre gentille dame, contrôleur de police de son état, s’est découvert une mission de la plus haute importance et de la plus extrême urgence : démolir les petits commerces installés au bord des routes et chasser à coups de bâton les occupants. L’affaire est dans les cordes de la gouverneure qui, lors de son séjour à la tête de la Brigade des Mœurs de Bamako, a acquis une solide réputation de « Dame de fer ». La Margareth Tatcher locale, quoi ! Un prétexte royal de démolition est tout trouvé: l’an prochain, notre belle capitale doit abriter le sommet France-Afrique et il ne faudrait pas (surtout pas !) que par le hublot de leurs avions ou la vitre de leurs limousines noires, les hôtes de marque (dont l’empereur François Hollande 1er) voient les misérables kiosques et les hordes de mendiants qui encombrent les trottoirs. Outre ses fines compétences de démolisseur et le prétexte du Sommet franco-africain, Madame la gouverneure a tous les moyens de sa politique, pardon!, de sa mission: les bulldozers de la mairie de Bamako, les policiers (ses vieux amis) et, bien entendu, de pleines cargaisons de gaz lacrymogène destinées aux occupants récalcitrants. Cerise sur le gâteau, si Amy Kane réussit à déguerpir le beau monde des trottoirs, elle recevra assurément les vives félicitations de Ladji Bourama, ce qui, en soi, vaut de l’or puisque depuis 2013, certains nomades politiques n’ont même pas eu le bonheur de serrer la main du grand chef. Qui sait ? N’étant pas brouillée avec le Chérif de Nioro ni apparentée à aucun « hassidi » de l’opposition, Madame la gouverneure pourrait devenir ministre. Oh non! Je ne dis pas ministre de la Sécurité (poste jalousement gardé par le tout nouveau général Salif Traoré), ni ministre de l’Administration Territoriale (chasse gardée de l’ex-directeur de campagne de Ladji Bourama). Je veux dire simplement ministre de quelque chose : pourquoi pas ministre d’Etat chargée des Fossés, des Trottoirs et des Bulldozers ?

Danger économique

Sitôt dit, sitôt fait: voilà la machine de démolition en marche. Depuis plusieurs jours, les kiosques, étals et hangars de fortune tombent les uns après les autres. Parfois, les démolitions interviennent en pleine nuit, ce qui, ironie du sort, ressemble comme deux gouttes d’eau à des opérations « djihadistes » dignes de Kaboul ou de Baghdad. Et que fait-on du butin de guerre, c’est-à-dire de la paille et de la ferraille issues des démolitions ? Ces joyeux débris sont chargés dans des bennes et jetés quelque part entre Bamako et Kati. On aurait peut-être choisi une autre destination sila junte du général Sanogo vivait encore ! Quant à savoir les conséquences sur les populations, Madame la gouverneure ne paraît pas s’en soucier une minute. Depuis quand une policière éprouverait-elle des états d’âme ? Or, en fait de conséquences, il y en a à la pelle !

L’affaire cause un sacré manque à gagner au trésor public. Les centaines de kiosques et de petits commerces que l’on détruit versaient bon an mal an au moins 30. 000 FCFA d’impôt synthétique et de lourdes taxes aux municipalités. De contributeurs, messieurs les déguerpis deviennent du jour au lendemain des mendiants à la charge de leur famille, laquelle, depuis longtemps, ne voit même pas une queue de diable à tirer.

Bien sûr, je n’oublie pas les milliers d’emplois jetés dans le lac. De fait, il n’y aura plus personne pour opérer dans les kiosques du PMU-Mali ou d’Orange Money emportés par les bulldozers. Les vendeuses de colas et de beignets qui vivaient de la menue monnaie glanée journellement sur les trottoirs vont devoir rester à la maison et vivre d’eau chaude, de « tô » et de « monni ».

Quelle urgence ?

Bon ! On me dira que l’Etat souverain du Mali a assez d’argent pour se passer des malheureux impôts et taxes issus des trottoirs. Fort bien! Mais alors, pourquoi, avant de démolir les kiosques, notre richissime Etat n’a-t-il pas commencé par goudronner les avenues, rues et ruelles de la cité ? Pourquoi les bulldozers n’ont-ils pas d’abord vidé les caniveaux qui, partout, rejettent des cadavres de poules et de rats ? Je me souviens que pour justifier sa carence dans le ramassage des ordures, la mairie de Bamako s’est dite dépourvue de bennes et d’argent pour rémunérer ses prestataires: c’est d’ailleurs pourquoi l’Etat, sans doute pour éviter une épidémie de peste, a fait appel aux services de l’entreprise marocaine « Ozone ». Pourtant, il a suffi que la gouverneure décide de démolir des installations pour qu’une immense armée de bennes et de bulldozers apparaisse ! Quelqu’un cachait-il donc ces engins dans l’Azawad ou dans le Macina, le royaume d’Amadou Kouffa ? Ou bien le Mali a-t-il enfin receptionné les 5000 milliards promis par les Chinois ?

Avant de jeter tout ce beau monde dans la détresse, l’Etat aurait pu mettre en place un fonds d’indemnisation. Ou indiquer un lieu de recasement. Mais je ne vois rien de tel. A moins que dans les heures à venir, Madame la gouverneure ne songe à ouvrir devant ses bureaux une cantine publique destinée aux nécessiteux qu’elle aura créés… En tout cas, je ne crois pas que pour des démolitions d’une telle ampleur, on ait observé un minimum de légalité et de sensibilisation. Beaucoup de victimes n’ont pas reçu d’avis individuel de déguerpissement et n’ont pu, de ce fait, éviter le pire. Certaines n’ont reçu d’avis qu’après le passage des bulldozers. Madame Bulldozer, pardon!, Madame la gouverneure croirait-elle suffisants les avis et communiqués lus à l’ORTM ? Et puis, la plupart des usagers se croyaient en règle et hors d’atteinte des bulldozers puisqu’ils payaient régulièrement des taxes à la mairie et détenaient des autorisations d’occupation dûment délivrées par le maire. Le petit peuple des trottoirs n’ayant pas passé une agrégation en droit, il ne peut imaginer qu’un « papier » délivré par le maire ne vaut que des haricots en face d’un Sommet France-Afrique ! Par ailleurs, Madame la gouverneure ne peut ignorer qu’on se trouve en saison des pluies, une période difficile où la loi n’encourage guère à jeter quelqu’un dehors. C’est le sens de l’article 711 du Code de procédure civile qui permet au juge de suspendre l’exécution des jugements d’expulsion et de démolition en hivernage. C’est aussi le sens de la lettre-circulaire n° 0378/ MJDH-SG du 23 juin 2015 par lequelle l’ex- ministre de la justice, Mahamadou Diarra, a instruit aux procureurs de s’opposer à toute expulsion ou démolition en hivernage et ce, « pour donner à notre institution un visage plus humain ». Apparemment, nos chers amis démolisseurs préfèrent un « trottoir plus beau » à un « visage plus humain »!

En définitive, j’approuve dans dans le principe la volonté d’assainir la ville et de dégager les artères. Mais l’impréparation qui entoure « l’opération bulldozer » de la gouverneure lui ôte toute légitimité et toute légalité. Du coup, la chose est vécue, non comme une oeuvre de salubrité publique, mais plutôt comme une grave injustice. Amy Kane l’a d’ailleurs appris à ses dépens. Samedi 30 juillet, elle a échappé de peu au lynchage suite à la révolte des usagers. En tirera-t-elle les leçons ou les tirera-t-on à sa place ?

Tiékorobani

Ami-Kane-serment

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Pour bien manger au RPM, il faut savoir boxer

Au RPM, le parti au pouvoir, l’heure n’est plus à la confrontation des idées. Pour gagner et conserver une place autour de la table, il savoir boxer. Et en la matière, l’ancien ministre Bocary Téréta est un champion poids lourd. A preuve…

Ladji Bourama, homme exigent, aime le répéter: « Nul ne sera convié au banquet de l’universel s’il ne l’a mérité ! ». Apparemment, ses amis du RPM l’ont pris au mot: à leur entendement, il s’agit désormais de gagner son pain à la sueur du…poing. Voilà qu’on appelle en français gréco-latin « programme coup de poing ». Et ce programme, qui donne directement droit au boire et au manger par ces temps de galère, a tout l’air de l’emporter sur le programme officiel de Ladji : « Mali d’abord, Inchallah ». Si vous en doutez, je m’en vais démontrer mon propos.

En 2013, lors de la formation des listes du RPM aux législatives, la 1ère vice-présidente du parti, Madame Kéita Rokiatou Ndiaye, et  le Secrétaire Général, Bocary Téréta, ouvrent les hostilités. Madame Kéita soutient le candidat RPM Abdramane Niang, allié à un candidat de l’URD, alors que Bocary Téréta tient à imposer une liste composée d’Aboubacar Magneta dit Samba Bagui, militant RPM, et de Madame Ascofaré Oulématou Tamboura, députée sortante et transfuge du PDES. Lors d’une réunion du parti, Téréta, très remonté contre  Madame Kéita Kéita Rokiatou Ndiaye, manque de peu de lui flanquer une gifle. N’eût été la prompte opposition de l’assistance, la pauvre dame aurait peut-être perdu une oreille. Par bonheur, elle n’a senti passer que le vent du boulet. Ayant conservé intactes à la fois ses oreilles, ses mâchoires et ses dents à la suite de cette première bataille, Madame Kéita remporte une seconde manche en parvenant à faire invalider par la Cour Constitutionnelle  la liste soutenue par Téréta. Comme quoi, en fait de boxe politique, les dames ne mordent pas toujours la poussière…

Le samedi  7 mai 2016, nouveau combat de boxe au RPM. Lors de la réunion de la section de la commune 2 tenue à l’Hippodrome, se tiennent autour de la table de hauts responsables comme Dr Boulkassoum Haïdara, président du parti par intérim; Madame Kéita Rokiatou N’Diaye, 1ère vice-présidente; Dr Bocary Téreta (encore lui!), Secrétaire Général; Nancouma Kéita, Secrétaire Politique; Issiaka Sidibé président de l’Assemblée Nationale et Djibril Dicko, Secrétaire aux Finances. Il s’agit de Mamadou Diallo, secrétaire général de la commune II, et non moins secrétaire au développement du BPN-RPM ;  et Djibril Dicko, secrétaire aux finances de la même instance. La réunion était présidée par la première vice-présidente du parti, Rokiatou N’Diaye. La guerre éclate à la lecture d’un rapport sur les litiges opposant deux tendances rivales de la section de la commune 2 de Bamako: celle dirigée par Madou Diallo et celle conduite par Madame Sissao Yagaré Tounkara. Djibril Dicko, secrétaire aux Finances du RPM, se plaint que le rapport ne mentionne pas certains événements défavorables au clan de Madou Diallo. Ce dernier, avec l’agilité de Bruce Lee, l’ancêtre des karateka, bondit sur Dicko qu’il roue de coups. Le malheureux Dicko, battu comme du mil récolté, quitte la salle de réunion pour le… commissariat de police du 3ème arrondissement où il porte plainte. Séance tenante, le commissaire convoque Madou Diallo, l’éminent disciple de feu Mohamed Ali.  Mais tout boxeur qu’il est, Diallo ne voue pas une grande confiance aux policiers, surtout après les hauts faits d’armes qu’il vient de réaliser. Ce n’est que le lendemain qu’il se présente à la police. Le commissaire croit avoir affaire à un rescapé d’un attentat terroriste: Diallo porte à son cou une prothèse et de ses yeux rougis sortent quelques grosses larmes de douleur. La stratégie du convoqué ? C’est lui la victime et il entend que justice se fasse ! Cette sulfureuse affaire reste toujours en suspens puisqu’aucun jugement n’est intervenu par la suite.

On aurait pu raisonnablement penser que ces incidents à répétition auraient donné à réfléchir aux hiérarques du RPM. On aurait pu espérer qu’ils comprendraient que le pays a davantage besoin d’idées que de coups de poing ou de bâton. Mais hélas, hélas, hélas ! Rien n’y fait. Samedi 31 mai 2016, une énième bataille s’engagée. Elle n’    a rien à envier à la bataille de Kirina gagnée par Soundjata, l’ancêtre de Ladji Bourama. La rude bataille concerne, non pas de petits poucets,  mais de très gros bonnets:  Nancoma Kéita, Secrétaire Politique du RPM, et, bien entendu, Bocary Téréta, Secrétaire Général du parti et véritable champion des rings. Or donc, le 31 mai, au cours d’une  réunion du Bureau politique national à l’Hippodrome, Téréta s’en prend violemment à Nancoma. Ce dernier se défend tout aussi vivement. Ni une, ni deux: les deux anciens ministres se fondent dessus comme des marchands de babouches. Il faut l’interposition rapide des autres participants à la rencontre pour séparer les deux combattants. L’histoire ne dit pas qui a eu le dessus; cependant, il n’est pas interdit de penser que les poings de Téréta faisaient plus mal que ceux de Nancoma: ex-ministre de l’Agriculture et actuel président du Conseil d’Administration de la Banque Malienne de Solidarité, Téréta  nous paraît  bien mieux nourri  que son adversaire, Nancoma Kéita, qui, depuis son départ du ministère de l’Environnement il y a de longues années, fait bouillir sa marmite à ses propres frais et a perdu un peu de poids.

Question: pourquoi Téréta, présent dans deux des trois combats de boxe que nous venons de décrire, n’entrerait-il pas dans l’armée ? Pour combattre Iyad Ag Ghaly, Belmokhtar et les autres terroristes qui dévastent le nord du Mali, aucun bras valide malien n’est de trop. Or, comme chacun le constate, Téréta a de la force et de l’agilité à revendre. Gageons que ses prochaines cibles seront un certain « petit monsieur » et un « hassidi » en chef.

Tiékorobani (Procès Verbal)

Boxe

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Hommage au président Modibo Keïta

(Enseignant, premier président de la république du Mali, Modibo Keïta est mort en détention en 1976 sous le régime de Moussa Traoré.)

 Mesdames et messieurs,

Nous sommes réunis ce jour, 16 mai 1995, pour saluer la mémoire de Modibo

Keïta, pour restituer à Modibo cet hommage qui aurait dû lui être rendu il y a dix-huit ans, au moment de sa mort en détention à l’âge de soixante-deux ans, dans des circonstances qui ont troublé toute conscience civilisée. Nous sommes réunis ce jour pour témoigner au premier président de la République, au père de l’indépendance du Mali, toute la reconnaissance de la nation. Le martyre du fils de Daba Keïta et de Fatoumata Camara est celui de tout notre peuple.

Nous savons gré à Modibo Keïta pour sa rigueur morale, pour son intégrité, pour son amour ardent du travail, du travail bien fait, pour son sens élevé du devoir. Personne ne doit oublier sa contribution exceptionnelle à l’œuvre d’édification d’une économie nationale indépendante, sa passion du Mali et de l’Afrique, son combat inlassable pour l’unité africaine, son engagement constant auprès des peuples du tiers-monde à travers le Mouvement des non-alignés, sa lutte pour la paix dans le monde. Il a été de tous les combats justes, de tous les combats des opprimés. Dix-huit ans après sa mort, l’itinéraire politique de

Modibo Keïta reste une source d’inspiration.

Des erreurs et des fautes commises dans le feu de l’action, nous devons aujourd’hui tirer les leçons pour renforcer la chance exceptionnelle que notre peuple s’est donnée le 26 mars 1991, pour reprendre l’initiative, pour assumer son destin. Nous avons fait, quant à nous, le choix de valoriser le travail et les travailleurs, de libérer et d’appuyer les initiatives économiques individuelles et collectives dans le cadre d’une économie de marché, sur une base de solidarité et de justice. Nous devons redonner confiance aux jeunes, aux travailleurs, à nos soldats.

Notre combat est celui d’un État de droit, veillant scrupuleusement à la défense des droits de l’homme. Notre combat est celui d’un Mali uni et pluriel, plus que jamais « Afrique ». Notre combat est celui d’un Mali réconcilié avec lui-même, avec sa mémoire, d’un Mali de tolérance excluant la violence dans le débat politique, un Mali qui garantira toujours l’expression plurielle dans la transparence.

Pour ce faire nous avons conscience qu’il nous faut une administration plus transparente, plus laborieuse, plus compétente, luttant sans répit contre la corruption et le gaspillage ; une justice indépendante, sereine et équitable. Il nous faut réaliser un consensus plus large autour des grandes questions nationales ; constituer un véritable front de démocrates et de patriotes, seul capable de réaliser le plus rapidement et durablement possible le changement, un changement équitable, non exclusif, représentant un espoir pour les plus démunis.

Pour ce faire, je sais pouvoir compter sur les hommes et les femmes qui ont aujourd’hui les destinées du gouvernement et qui ont su, malgré un héritage catastrophique, un apprentissage démocratique difficile, renforcer l’autorité de l’État en évitant l’installation de l’anarchie et la guerre civile, créer les conditions d’un redressement économique. Il s’agit là d’une tâche historique, d’une tâche de génération que nous saurons relever.

Hommage à l’instituteur Modibo Keïta, à tous les autres instituteurs, aux commis, aux infirmiers et à tous les autres qui, grâce à leur patriotisme, ont su se hisser à la hauteur de leurs nouvelles responsabilités, maintenant ainsi le cap du Mali. Merci au secrétaire général de l’Union soudanaise-RDA et à tous ses compagnons d’avoir donné à notre pays un nom, son nom, d’avoir sauvé en son temps l’honneur et la dignité du Mali et de l’Afrique. Que Dieu continue de veiller sur Modibo Keïta !

Qu’il préserve le Mali dans ses épreuves !

Vive la République ! Vive le Mali démocratique dans une Afrique unie !

Alpha Oumar KONARE,

Bamako (Mali),

16 mai 1995

NB : Ce discours est un extrait de « La Bataille Du Souvenir », éditée par Cauris Livres, lancé le 15 mai 2016 à Bamako

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Mali, une jeunesse en quête d’espoir

Dans le silence de la nuit, j’imagine l’errance des badauds désœuvrés des rues de Bamako, je perçois les bribes des discussions lancinantes et perpétuelles des grins animés, j’entends distinctement les soupirs des mères, tourmentées dans leur sommeil par la gestion du quotidien et la préoccupation de l’avenir de leurs enfants …

Machinalement, mes pensées me mènent à cette après-midi de discussion avec des amis. Je ne peux m’empêcher d’émettre un sourire amer, au souvenir de ce moment d’échange, si édifiant sur l’état de notre pays.

Je venais de lancer, d’un air détaché : « hey, faites des douas, insh’Allah je vais rentrer définitivement au Mali bientôt ».

Je me rappelle le regard inquiet de la plus âgée, et ses propos très forts :

« A quoi bon ?! Dans ce pays, ils ne nous donneront jamais la place qui nous revient ! Nous avons mené nos études avec brio, les entreprises à l’étranger se battent pour nos services ! Au Mali, tout ce qu’ils veulent, c’est nous faire servir du café et du thé à longueur de journée, et pis, si nous réussissons à obtenir des postes, ils nous mettent toujours des bâtons dans les roues. Nous n’aurons jamais la paix pour faire notre travail sereinement. Sans compter les salaires de misère qu’on propose ! Imagine, 150.000 FCFA pour un cadre ! Et encore, pas pour tous ! Qu’est-ce qu’on peut faire avec 150.000 FCFA par mois, dans le monde d’aujourd’hui, avec une famille à charge, et tous ceux qui vivent à vos dépens ? ».

Et un autre de répliquer :

« Mais pourquoi dis-tu cela ? Le Mali, c’est notre pays ! Si elle ne rentre pas pour contribuer, pour bâtir, qui le fera ? Elle a effectué ses études primaires, secondaires ainsi que son lycée au Mali. C’est l’argent du contribuable malien qui a permis cela, en partie. Si tout le monde parle comme toi, quid de l’avenir du pays ? Nous devons rentrer ! C’est un devoir pour elle et pour nous tous de rentrer ! ».

J’écoutais patiemment les arguments de l’un et l’autre.

Je me demandais qui étaient ces « ils » pointés par l’une. Et je me demandais quel était ce « devoir » asséné par l’autre.

D’une oreille, j’entendais la voix de la majorité des jeunes maliens !

Oui, ils avaient perdu foi dans ce système, en la capacité d’assurer l’égalité des chances, peu importe qui l’on soit, en la possibilité de faire régner un Etat de droit, en la volonté de faire rayonner les talents ….

Les jeunes maliens, de l’intérieur et de l’extérieur, ont perdu espoir … Pour la plupart …

A juste titre, un autre de mes amis me disait il y a quelques jours :

« Te rends-tu compte Hawa ? Encore aujourd’hui, rares sont les occasions où on ne te demande pas systématiquement : « tu es le fils de qui ? la fille de qui ? » Encore aujourd’hui au Mali, la société te regarde comme si le passé de ta famille déterminait forcément ton avenir !
Dans le subconscient collectif, tu es systématiquement classé dans une catégorie de laquelle tu sortiras difficilement ! Oui, tu seras toujours « Fantan den, Faama den, Kaarsa den ». Est-ce que mon avenir sera forcément le miroir du passé de mon père ? A entendre le regard social, oui. Alors comprends que le « Fantan den » veuille s’enfuir vers le Nord, pour accéder enfin à l’espoir de ne plus être « fils de, fille de » mais tout simplement « lui-même » ! ».

C’était un cri du coeur ! Touchant !

Les constats sont clairs : l’écrasante majorité des diplômés n’aura jamais mis un pied en entreprise au cours des années d’étude … Les plus chanceux erreront de stage en stage. Le statut de stagiaire est-il réglementé ?

Lorsqu’on pense aux jeunes ruraux qui vivent de la terre pour la plupart, force est de constater que leur seule option d’échapper au manque d’espoir, est l’immigration, coûte que coûte.

Vous est-il arrivé de visiter un village au fin fond de la région de Kayes, où il n’y a que femmes et enfants, les hommes ayant tous quitté pour aller vivre au foyer en France ? C’est une caricature, encore si vraie de nos jours.

Le Mali est un des rares pays à avoir autant de ressortissants sur son territoire, qu’en dehors ! Une manne financière ! Pourtant je n’ai toujours pas une lecture claire d’une politique ambitieuse de suivi des étudiants à l’étranger ou encore d’une politique visionnaire d’incitation au retour …

Oui, la plupart des jeunes maliens, de l’intérieur et de l’extérieur, a perdu espoir …

Alors je me dis que mon pays a un grave problème. Plus grave que la menace terroriste, plus grave que le réchauffement climatique, plus grave que les mauvaises récoltes, …

Lorsque je parcours les lignes du « Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté 2013-2017 », et aussi du « Programme d’Actions du Gouvernement 2013-2018 », je me dis que hélas, nos dirigeants auront beau mettre jeunesse, emploi, formation au coeur de leurs discours, ils auront beau scander leur objectif de créer 200 000 emplois à horizon 5 ans, ils auront beau mettre en place des politiques publiques incitatives, ils auront beau créer ou financer des agences ou des programmes pour l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes, ils auront beau mettre en place un Fonds Emploi Jeunes, … si nos jeunes n’ont pas la foi, n’ont pas espoir, ceci sera vain …

Un tel constat fait si mal …

Evidemment, une jeunesse sans espoir est une jeunesse qui n’a cure lorsqu’elle prend le chemin parfois sans retour de l’immigration. Elle n’a cure, lorsqu’elle s’enrôle dans des groupes armés aux idées obscures. Que valent les vagues de la mer méditerranée face au marasme qui sévit dans le pays ? Que valent les ceintures d’explosifs, face à l’inertie, à la perspective de l’absence de perspectives, aux années universitaires qui se succèdent et se ressemblent, à la
promesse de diplômes sans débouchés professionnelles, au regard et à la pression d’une société qui fait le culte du plus riche, fût-il le plus grand menteur, le plus fin voleur …

Oui, nos dirigeants auront beau parcourir le monde à la recherche de soutiens financiers pour mener des combats, ces derniers sont perdus d’avance si la jeunesse ne retrouve pas l’espoir.

Toutes ces réflexions ont fini par assécher ma gorge. Alors, je me dirige vers la table en verre posée au milieu de la pièce, et je me sers un verre d’eau parfumée au gongondili. Cet effluve familier me fait du bien. Je parviens à me détendre, et à ordonner mes idées.

Qu’allons-nous faire ? Que vais-je faire ? Quelle empreinte allons-nous laisser de notre passage sur cette terre ? Que diront les générations futures de nous, dans 50 ans, 100 ans, 1000 ans, 2000 ans ?

Tout comme je regarde les pyramides d’Egypte, jadis construites sous l’impulsion de grands rois dont les noms continuent de faire frémir nos coeurs, je me dis que j’ai choisi mon camp : celui de l’action. J’agirai.

Les jeunes maliens de moins de 25 ans sont au nombre de 9,4 millions d’individus, soit près de 65 % de la population …

Nous avons une jeunesse talentueuse et créative, qui, lorsqu’elle se met en marche, est irrésistible ! Lorsque l’on prend le temps de donner la parole à ces jeunes, et de les écouter, pleinement, l’on est époustouflé par la pertinence de leurs idées.

Je pense qu’il faut redonner espoir à la jeunesse.

Comment ?

Cette question mérite une réflexion collective, une réponse collective …

Il faut redonner espoir à cette jeunesse, et nous devons tous y contribuer.

Redonner espoir, signifie montrer l’exemple.

Redonner espoir, signifie inspirer.

Redonner espoir, signifie avoir foi et communiquer sa foi.

Mais pas que ! Ce serait trop simpliste, trop poétique ! Le monde est bien plus cruel que cela !

Je pense que pour nos dirigeants, les priorités que sont la gestion de la crise sécuritaire, les questions d’emploi, d’éducation et de santé …, doivent tous avoir le même fil conducteur : comment redonner espoir à plus de 70 % de la population ?

Comment montrer à notre jeunesse que les crimes ne restent pas impunis, comment persuader notre jeunesse qu’elle peut entreprendre sans crainte de tout perdre du jour au lendemain, comment communiquer cette force indescriptible à notre jeunesse afin de l’armer psychologiquement à réussir au Mali et pour le Mali …

Comment démontrer à notre jeunesse que oui, c’est possible ?!

Ceci doit être notre fil conducteur.

Oh, comme j’ai foi en la force de la volonté politique !

Je crois fermement que le pouvoir à la capacité d’être la locomotive du changement pérenne ! Ailleurs en Afrique et dans le monde, l’expérience du « top / down » a marché ! La volonté politique a réussi à faire respecter les lois, à donner naissance à des paysages sans sacs plastiques noirs accrochés aux arbres, à des habitants au comportement civique et soucieux de la salubrité de leur environnement.

Très souvent, je suis de ceux qui disent ne rien attendre de l’Etat ou du gouvernement pour agir.

Aujourd’hui, dans ma réflexion nocturne qui me mène inexorablement sur les bords du Djoliba majestueux, source de vie, témoin de nos actes passés, présents et futurs, j’ai envie de dire que j’attends tout de nos gouvernants !

J’ai envie de leur dire : « Allez, ne soyez pas timides ! Faites ! »

J’attends absolument tout de nos leaders politiques, pour user de leur pouvoir, de leur poids, de leur position, pour favoriser l’émergence d’un écosystème, le développement d’un climat des affaires alléchant, la préservation de notre sécurité.

Et pendant qu’ils font cela, j’attends fermement d’eux d’user de leur pouvoir pour nous donner espoir !

L’espoir que le travail paie, forcément !

L’espoir que nos coeurs ancrés dans ce beau pays, ne se laisseront jamais briser par la force de l’amour qu’on lui porte.

Oui, Mali, ta jeunesse est en quête d’espoir.

Alors dis-moi, que vas-tu faire ?

Le 16 mars 2016.

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Hawa DÈME, MBA

Master en Finance Internationale

Manager Audit Interne

Consultante en Stratégie & Gestion de projets

Président d’ADEM-France (Association des Diplômés et Etudiants Maliens)

 

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Mettons fin à la crise de l’assainissement et de la pollution pour protéger la santé publique

En 1974 l’OMS a publié un ouvrage intitulé « Filtration Lente sur Sable » (FLS) qui fournit des détails de conception et de calcul de la technologie de la filtration sur sable  pour la production d’eau potable. Le rappel historique sur la FLS de l’ouvrage nous rapporte que cette technologie mise au point en 1804 par un entrepreneur Écossais, John Gibb, s’est révélée si efficace pour la production d’eau potable qu’une loi métropolitaine fut adoptée en 1852 par les autorités londoniennes rendant obligatoire la filtration des eaux de La Tamise avant d’en approvisionner le public. La technologie finira par s’épandre partout sur le continent Européen et aux USA. Mais c’est surtout en Allemagne dans les villes de Hamburg et Altona que nous viendra la leçon historique du bénéfice généré par la technologie de la FLS. En effet, Hamburg et Altona sont deux villes voisines situées sur les rives du fleuve Elbe dont la seconde a adopté la FLS pour l’alimentation en eau potable de sa population tandis que dans la première, l’eau brute du fleuve était consommée par les populations sans aucun système de traitement. Conséquemment, en 1892 lorsque le fleuve Elbe fut contaminé par le bacilleVibrio cholerae à partir de camps d’immigrés dans les deux villes voisines, l’épidémie de choléra s’est vite propagée dans la ville de Hamburg tuant pas moins de 8000 habitants. Ce qui était un désastre humain à cette époque! Au même moment, les habitants de la ville d’Altona avaient été épargnés presque totalement. Pendant cette période du 19ème siècle, la mise au point des analyses microbiennes pathogènes venaient juste de voir le jour avec de scientifiques comme Pasteur, Koch, Escherich, etc. et les infections microbiennes restaient encore très peu maitrisables et hautement mortifères. Ce qui posait un grand défi pour la protection de la santé publique compte tenu des taux élevés de mortalité et de morbidité dus aux infections microbiennes. Mais le développement des technologies comme la FLS était déjà fait usage pour améliorer la santé et le bien-être des populations comme ce fut le cas à Londres, Altona et bien d’autres parties de l’Europe et des USA.

La FLS fut une percée et un précurseur des technologies conventionnelles et avancées de traitement des eaux potables et des eaux usées ayant incommensurablement améliorées la santé publique et la qualité de l’environnement dans plusieurs parties du monde. Si au 19ème siècle déjà en Europe le lien a été vite établi entre assainir les eaux et préserver la santé publique, aujourd’hui la relation de cause à effet entre l’assainissement et la protection de la santé publique est simplement devenue une connaissance élémentaire et une banalité commune. Cependant, il est déplorable de constater que dans plusieurs pays de l’Afrique Sub-Saharienne, dont le Mali, l’assainissement semble encore relégué au second plan eu égard aux niveaux d’insalubrité et de pollution dans nos agglomérations. Nous payons ainsi un lourd tribut pour notre négligence, indifférence et manque de volonté commune à assainir notre environnement. Le taux élevé de mortalite infanto-juvénile au Mali qui se situerait à 123 ‰ (UNICEF, 2015) et causée principalement par des maladies infectieuses et d’origine hydrique ainsi que l’afflux massif dans nos centres de santé de patients affectés par des pathologies liées à un environnement insalubre illustrent bien notre fardeau sanitaire. En effet, nous nous sommes accommodés de nos déchets sauvagement disposés et autres types de pollution constituant de sources majeures de prolifération de microorganismes pathogènes et autres vecteurs de maladies contagieuses. C’est le cas des moustiques dont les anophèles vecteurs du parasite plasmodium causant la malaria, pullulant dans les eaux stagnantes pauvrement drainées (si elles le sont du tout!) par manque de systèmes d’égouts convenablement fonctionnels pour evacuer les eaux usées et pluviales de nos agglomérations. Pourtant nous ne sommes pas condamnés à maintenir ou accepter ce statu quo! Nous pouvons et devons agir intelligemment en adoptant des politiques volontaristes efficaces d’assainissment de notre environnement basées sur des approches scientifiques. La mise en œuvre de ces politiques devrait se faire par des investissements dans des techniques et technologies adaptées afin de juguler la crise d’assainissement dans nos agglomerations pour prévenir les épidémies et autres maladies banales, comme ce fut le cas de la FLS contre le choléra à Altona à la fin du 19ème siècle. Ce faisant nous protègeront la santé de nos populations les plus vulnérables comme les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées et celles vivant avec des déficiences immunitaires. Il est illusoire de penser que les actions louables de groupements d’intérêt économique, d’associations de quartiers et même de petites sociétés avec des moyens rudimentaires pourraient assainir nos agglomérations. Serions-nous engagés à véritablement solutionner les questions d’assainissement, de lutte contre la pollution et de protection de la santé publique, c’est plutôt toute une industrie qu’il faille ériger dans ce secteur et au sein de laquelle toutes ces entités préexistantes pourraient trouver leur place. Au Mali et ailleurs en Afrique, nous disposons aujourd’hui de l’expertise et de fonds accessibles pour concevoir et mettre en œuvre des politiques et stratégies viables de gestion de nos déchets, de lutte contre la pollution et de protection de la santé publique. Il est temps de recourir à toutes ces ressources disponibles pour mettre fin à la crise d’assainissement et de pollution par des politiques appropriées. Ces politiques restent incontournables et en s’y engageant rapidement nous générerons un retour sur investissement par une dimunition significative des dépenses de santé publique liées au tribut de l’insalubrité et de la pollution. Ultimement, nous améliorerons aussi notre cadre de vie pour le plaisir du mieux-vivre!

Sidy Ba, ing., PhD

Enseignant-Chercheur

Maitre-Assistant CAMES

Ordures-en-ville

 

 

 

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