LES MORTS NE SONT JAMAIS MORTS

Fantani Touré : s’en est allée dans la discrétion !

Fantani Touré

Fantani Touré

Tant qu’il y’a la vie, la mort incontournable rodera hélas toujours autour. L’épouse du célèbre comédien malien Habib Dembélé dit « Guimba National », Fantani Touré, affectueusement appelé l’enfant de Bozola est décédée le 3 décembre 2014 à l’âge de 50 ans à l’hôpital Henri Mondor de Créteil dans la région parisienne où elle résidait depuis plusieurs années. Réputée pour sa forte personnalité et son imposante présence scénique, Fantani était une artiste polyvalente. Elle possédait plusieurs arcs dans son carquois pour le rayonnement de la culture malienne : danseuse, comédienne, musicienne, interprète de musique de cinéma. Également militante des droits des femmes, autant que promotrice culturelle, elle fut à l’origine de la création du festival international au féminin « Les Voix de Bamako » organisé chaque année sur les bords du fleuve Niger.

Le parcours d’un enfant de quartier populaire !

Le destin de Fantani Touré a de quoi émerveiller plus d’un. Née dans le quartier populaire de Bozola elle fait partie de la génération rare d’artistes ayant vécu la renaissance culturelle du Mali à travers la biennale artistique culturelle et sportive du pays. Très tôt, atteinte par la fièvre de la danse et du spectacle Fantani s’engagea dans les troupes locales pour s’approprier la scène. C’est à l’âge de sept ans que Fantani Touré commence à se produire devant le grand public comme danseuse, chanteuse et comédienne de théâtre. Peu à peu, Fantani s’impose comme une figure montante de la musique malienne se hissant très rapidement comme meilleure soliste et danseuse du Mali de 1978 à 1988. Dans ses chansons, elle milite pour l’amour, l’entente, la tolérance et la paix. Auteure, et compositrice, elle accède à la notoriété dans les années 1990 grâce à Salif Keïta qui produit son premier album international, N’tin Naari. Suivront ensuite une demi-douzaine de disques et de nombreuses collaborations avec d’autres stars de la musique malienne comme Toumani Diabaté ou Ali Farka Touré.

Il lui arrivait d’accompagner parfois son époux sur scène lors des spectacles de contes pour distiller sa voix envoutante entre les mots.

Au cinéma elle a joué dans deux films, « Sya, le rêve du python » de Dani Kouyaté et « La Génèse » de Cheick Omar Sissoko.

Le combat contre le cancer toute une vie de bataille !

En réalité, malgré ces activités intenses, Fantani souffrait dans sa chair, elle était malade depuis quelque temps car affectée par un cancer. Faisant fi de ses maux et mue par sa passion dévorante pour la création, elle alternait vaillamment tournées et soins médicaux.

Durant toute cette période, égale à elle-même, la native de Bozola n’a jamais cessé de travailler, bravant la maladie avec dignité et courage. Elle ne voulait en aucun cas que la maladie prenne le dessus sur la création artistique. Armée de la rage de vivre des natifs des premiers quartiers de Bamako, leur icône mena le combat sans parvenir à vaincre la maladie.

Sa riche et longue carrière dans l’univers culturel et de la vie sociale fut couronnée par plusieurs distinctions dont  la Médaille de Chevalier de l’Ordre national du Mali en 2010, le prix UNESCO de la paix en 2011 et le Tamani d’or en 2014. Depuis son décès, le Mali pleure l’illustre disparue. A cette triste occasion, les maliens de France n’ont pas manqué de présenter les condoléances. Des anonymes aux amis de la famille de la défunte en passant par le Haut Conseil des Maliens de France représenter par son président Ahmedy Diarra et Demba Diabira et les autorités maliennes accréditées en France n’ont pas cessé de saluer la mémoire de cette éminente figure artistique au domicile de son époux à Aubervilliers. Une délégation de l’ambassade du Mali conduite par  le ministre Conseiller Tidiane Traore le Consul Général  du Mali en France Mangal Traore et le vice consul Doumbia Bakary s’est déplacée au domicile du couple sise au 72 Rue Danielle Casanova.

Une artiste reconnue par ses collègues !

Artiste engagée, membre de la FEDAMA (Fédération des Artistes du Mali), Fantani Touré n’a jamais caché ses convictions politiques. Son caractère lui a valu d’entonner le chant de la campagne présidentielle dédiée à son candidat favori Ibrahima Boubacar Keïta. Malheureusement elle n’aura pas le temps de savourer l’ère  IBK. Le festival « Les Voix de Bamako », qu’elle a créé en 2008 reste aujourd’hui orphelin.

La meilleure façon de lui rendre hommage serait pour chaque malien de porter haut les graines qu’elle a semé pour faire du Festival Les Voix de Bamako une lumière flamboyante pour que Fantani vive toujours.

D’après Birago  Diop :

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts ».

Ainsi, la belle voix de Fantani sera toujours présente.

Elle n’est pas morte. Elle s’est juste assoupie et portera toujours un regard bienveillant sur la culture malienne.

Le lundi 8 Décembre 2014, la dépouille de la chanteuse arrivera à Bamako par le vol Air France en provenance de Paris. L’enterrement aura lieu le lendemain mardi 9 Décembre 2014 à partir 16 heures au domicile de son mari Habib Dembélé dit Guimba National à Magnambougou.

Nous lui souhaitons de reposer en paix en attendant de la retrouver dans l’au-delà…

Aboubacar Eros Sissoko et Thiambel Guimbayara
Paris, France

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