Éducation : L’échec scolaire pour garçons et filles

L’échec scolaire est devenu un phénomène de société, il est de plus en plus fréquent et certains l’envisagent comme le dernier symptôme à la mode. La mauvaise réussite scolaire d’un enfant implique l’infériorité de son niveau d’acquisition scolaire par rapport au niveau des objectifs moyens de l’enseignant pour son âge. Dans cette situation, l’enfant doit effectuer un certain travail psychologique, il doit intérioriser l’échec et la différence de statut par rapport aux autres, les accepter et les gérer. L’échec scolaire affecte l’être dans sa totalité, aussi bien au niveau psychique que social.

Actuellement, l’échec scolaire semble être au centre des débats, c’est un sujet totalement d’actualité. Faut-il parler d’échec scolaire ou d’enfants en difficultés ? Ces deux notions sont intrinsèques, il est difficile de les dissocier l’une de l’autre. Il faut, néanmoins, éviter d’enfermer ces enfants dans une sorte de carcan mais plutôt tenter de leur apporter une aide adaptée. On ne peut réellement parler d’échec scolaire que lorsque les difficultés se cumulent, sont figées. L’enfant en difficulté commence à être pris en considération, notre gouvernement en la personne de l’union africaine, semble s’inscrire dans ce nouveau mouvement ! On permet à un enfant de découvrir et maîtriser son organisation temporelle si on crée les conditions pour qu’il ait les repères de temps et de rythmes fournis par l’environnement et ses partenaires. C’est à partir de ses compétences-socles qu’il saura s’adapter et se situer. L’absence ou un mauvais développement de ses compétences engendre des comportements déstructurés dans les relations, l’organisation temporelle et rythmique. L’enfant ne pourra pas se révéler et mobiliser ses capacités intellectuelles dans les apprentissages si ces conditions ne sont pas présentes, même les processus les plus cognitifs les plus précoces et les plus complexes ne pourront s’exprimer.

L’échec scolaire à la jeunesse nous apprend à nous dégager d’une confusion qu’entretiennent nos propres formulations. Si le terme s’applique de manière uniforme aux garçons et aux filles, le réel de l’expérience clinique nous montre qu’il en est tout autrement  Une des particularités de la jeunesse est qu’elle survient dans un temps de la vie marqué par la prédominance des apprentissages, l’excitation de la sexualité se trouvant en principe pour un temps laissée de côté. L’apprentissage met en jeu pour chacun le rapport à un maître, à une instance symbolique mise en position de savoir et chargée des insignes d’autorité d’un pouvoir. La réussite de l’apprentissage impose d’en passer par l’assujettissement à cette instance et par la confiance accordée à celle-ci, comme conditions à l’acquisition du savoir. Elle s’associe pour le sujet à l’appropriation des signes de pouvoir dont il a initialement chargé l’instance du maître, et qui fondent l’autorité de cet Autre. L’appropriation de ces marques de pouvoir en fait des insignes de l’identité du sujet, comme traits de l’Idéal du Moi, qui participent à la constitution de la personne.  La puberté réintroduit pour chacun la nécessité d’un autre type de référence qui sont  les marques inconscientes de son identité. Le réel des changements du corps s’impose au sujet comme une expérience incontournable. Pour tenir compte de ce réel, l’adolescent est contraint de s’appuyer sur les traits inconscients qui font l’assise de sa subjectivité. Il se réfère en lui à l’ensemble des signifiants qui le constituent et qui supportent pour lui un savoir inconscient. Ce décentrement copernicien, où le sujet articule les traits de sa personne aux marques inconscientes de sa subjectivité, est à proprement parler une expérience de dépersonnalisation, avec les difficultés que l’on sait pour assumer son identité sexuée. Les apprentissages en sont affectés. L’assise de ce qui gouvernait jusqu’alors ceux-ci, l’idéal du Moi, se trouve articulé au savoir inconscient qui soutient l’identité sexuée. La manière différente suivant laquelle le sujet se situe à l’égard de ces marques et de ce savoir inconscient, suivant qu’il s’efforce de tenir une position d’homme ou de femme dans le social, a une incidence différente sur les apprentissages et donne aux échecs une portée distincte. Si pour le garçon, il s’agit de la question de sa subjectivité, pour la fille c’est celle de sa féminité qui se trouve ainsi posée.

Pour le garçon adolescent, affirmer son identité sexuée va se trouver directement lié à l’affirmation de sa subjectivité, dans l’axe même de l’exercice de la parole et de l’appui qu’il arrive à prendre sur les marques inconscientes de son identité, dont l’appréhension et le savoir lui échappent. Les difficultés qu’il rencontre dans une position d’homme tiennent à la prise en compte de ce que sa parole le divise, le confronte à l’incertitude et le contraint à n’appréhender que dans l’après-coup les marques en lui qui se révèlent gouverner son désir. Ce n’est que dans l’après-coup de ses choix qu’il fait l’expérience de « s’y retrouver » ou pas. Ces difficultés peuvent être liées à la manière dont il se défend névrotiquement de s’engager dans de telles initiatives, aux freins que suscite la mise en jeu de ses choix de la part de ses proches ou aux refus du social de reconnaître sa responsabilité potentielle puisque l’économie actuelle des échanges le maintient artificiellement dans une immaturité prolongée. L’échec scolaire témoigne de ce type d’embarras.

L’aide qui peut être apportée par le psychanalyste tend à permettre au jeune un appui sur sa parole, donc à l’engager à mettre en jeu sa subjectivité. Cette dimension réintroduite a comme effet logique, même s’il est parfois différé, de le sortir de sa position d’échec. Les résistances du sujet à sortir de celle-ci peuvent tenir à ce que la dimension symptomatique ne soit pas suffisamment prise en compte, et la dimension idéale de l’enjeu scolaire trop prégnante. Ce peut être lié à la structure névrotique même du sujet, comme on l’a vu précédemment, ou aux défenses de l’analyste, trop préoccupé de l’impact de son travail sur la scolarité même. Ce peut être les proches qui restent narcissiquement blessés par cet échec, ou obnubilés par la crainte de ses répercussions sur l’orientation de l’adolescent, et il y a lieu de prendre alors en compte leurs défenses. Dans la recherche du succès scolaire à tout prix, la référence à l’idéal élude la dimension du sexuel et du désir qui resurgit dans la structure de compromis du symptôme.  Chez les filles adolescentes, l’échec scolaire se révèle souvent une modalité par laquelle se pose, à leur insu, la question de leur féminité. Du coup, l’approche de l’échec en est différente.

La puberté confronte le jeune à la dépersonnalisation que j’évoquais précédemment. C’est sur cet arrière-plan que se posent ses questions de femme. La position féminine, comme on a mis en évidence, tient à une migration dans une position Autre, où la fille ne se réfère pas directement à sa division subjective. Une jeune fille me formulait les choses ainsi : « Avec les garçons, habituellement, ça va. Quand ils sont un peu amoureux de moi, je suis détendue, naturelle. Avec moi, c’est différent, je sens une sorte de malaise. Je fais attention à la manière dont je m’habille, je fais attention à ce que je dis, je ne réagis pas spontanément, je ne me sens pas naturelle. » Celle qui se met dans cette position se décale, comme le soulignent les termes précédents, de ce qui serait l’axe de sa subjectivité. De ce fait, le rapport qu’elle entretient aux marques inconscientes de son identité n’est pas directement lié à la division subjective qui légitimerait sa parole. Elle fait l’expérience que lui fait défaut ce qui ferait l’assise d’une position féminine, et qui tiendrait au refoulement d’un signifiant. C’est une expérience d’incertitude qui peut aller jusqu’au désarroi dans laquelle l’adolescente cherche un appui dans la fiabilité des repères de ses proches, dans sa place de fille, et non seulement de bonne élève, ou bien tente de se situer comme femme d’un homme. Si elle cherche à se faire reconnaître comme femme d’un de ses pairs, elle se trouve confrontée aux aléas de la castration d’un autre puisque le garçon se trouve confronté à cet âge aux embarras de sa propre subjectivité, comme on l’a vu précédemment Pour la fille, l’échec scolaire témoigne de la difficulté que peut présenter pour elle la prise en compte de ce qui concerne la position féminine. Il peut révéler les aménagements défensifs de l’adolescente qui s’est protégée de la sexualité. C’est souvent le cas quand l’adolescente a conservé comme seule perspective personnelle la réussite scolaire, où les exigences de l’apprentissage régies par l’idéal du Moi font écran à la question du désir. L’échec scolaire témoigne alors, chez celle qui poursuit souvent son cursus scolaire avec brio, du retour, à son corps défendant, de la sexualité refoulée. Il en résulte parfois un effondrement dépressif. Le symptôme qui se manifeste dans le domaine scolaire paraît ainsi décalé par rapport aux questions qu’il révèle.   Une jeune fille s’effondre dans sa scolarité quand elle est amenée à poursuivre celle-ci en internat, loin de son milieu familial de province. Son succès scolaire passé se révèle alors avoir été directement lié à l’investissement personnel des parents. Chacun d’eux lui « mâchait » son travail dans ses matières d’élection et elle se pliait à cette tutelle, s’inscrivant dans le prolongement du désir de parents. La perte de l’étayage familial a révélé dans l’échec à quel point elle se trouvait tributaire de l’idéal de ses proches, à la fois dans le domaine scolaire, mais aussi dans son rapport aux autres où la dimension de la sexualité se trouvait totalement éludée. Elle s’est trouvée en grand désarroi, livrée à elle-même en internat, et désemparée par la mixité de ce lieu. L’échec scolaire ruinant les espoirs parentaux dont elle était chargée et l’isolement d’une identité sans assise l’ont conduite à une tentative de suicide pendant un week-end en famille. Si cette jeune fille se trouve en difficulté à l’égard de ses propres marques symboliques, elle peut se trouver en porte à faux entre deux savoirs qui semblent exclusifs : le savoir inconscient dont la prise en compte de sa féminité la décale et le discours universel scolaire. Si elle tient compte du décalage que lui impose logiquement la prise en compte de sa féminité à l’égard de ses marques inconscientes, elle se trouve privée de pouvoir rendre compte de ce savoir inconscient, puisqu’il n’est pas médiatisé par le trait de sa division. Elle ne peut rien en dire, et cette option la met en difficulté pour rendre compte du savoir scolaire. Si elle consent au discours universel que lui propose l’enseignement, elle laisse de côté sa féminité. L’échec scolaire manifeste comment cette alternative la paralyse puisqu’il témoigne en lui-même de l’incompatibilité entre l’exercice d’un certain savoir et de la féminité. Mais il manifeste une incapacité plutôt qu’il ne témoigne d’un impossible. Alors que la position sexuée révèle pour chacun sa manière d’aborder l’impossible de son rapport au réel.  La jeunesse confond alors dans ce symptôme ce qui échappe à son appréhension dans l’échec avec la précarité de la position féminine liée à son absence d’assise signifiante. On pourrait dire que la jeunesse met en scène la précarité de structure de la position féminine, à défaut de pouvoir en saisir la consistance. Si pour le garçon l’échec scolaire manifeste la difficulté à compter sur la mise en jeu de ses signifiants, il s’agit pour la fille de la confrontation à l’impossibilité structurale d’un tel repère qui puisse faire valoir sa féminité.

14 à 16 ans, une autre fille se trouve incapable de travailler, de se concentrer. C’est aussi le constat de ses parents, tous deux enseignants. Ils sont désemparés que leur fille soit insensible à tous les arguments qu’ils développent. Ils ne comprennent pas son échec scolaire, craignent une déficience mentale qui pourrait échapper à leur sagacité. Ils ne tolèrent pas non plus qu’elle leur mente. Car depuis un an que date son effondrement scolaire, ils ont progressivement découvert qu’elle s’efforce de sortir avec des garçons, sous le couvert de soirées à un ciné-club, dont elle a abandonné la fréquentation depuis longtemps. Elle est loin de critiquer ses parents. Elle dit souffrir de ne pas être entendue. Elle les sollicite souvent mais maladroitement, dans le domaine de leur savoir, si bien qu’ils lui fournissent toujours une réponse adéquate et complète. Ses interrogations sont prises comme des questions appelant des réponses alors qu’il s’agit pour elle de demandes qui aspirent à être prises en compte comme telles. Son insistance à faire valoir ses interrogations comme demandes blesse ses parents de ce que leur savoir ne soit pas pris en compte. Elle tait donc ses demandes, au prix d’une inefficience et d’un échec, étouffant dans le respect du savoir parental l’émergence de sa sexualité et les questions de sa féminité. À défaut d’être reconnue et dite, cette dimension se met en acte dans le secret et le mensonge. C’est le seul recours pour elle de faire valoir ce qui est éludé, si ce n’est récusé, d’une économie familiale réduite à un projet d’enseignement. Il s’agit donc d’emblée introduire la question de la féminité comme un symptôme se révélant dans l’échec scolaire pour qu’elle et ses parents puissent se dégager de ce qui est cristallisé dans cet enjeu de l’enseignement si important pour tous à des titres divers. C’est à ce prix qu’il est possible de lui ménager une place qui lui permette de faire entendre et d’entendre elle-même ses propres questions. Pour elle, l’échec scolaire comme symptôme est donc doublement décalé. Il s’agit moins de difficultés à l’acquisition d’un savoir que de la prise en compte de l’inconscient en jeu dans la sexualité, et de la précarité des repères inconscients qui rendent compte d’une position féminine. Le travail analytique s’en trouve modifié. Il s’agit que ces questions féminines soient révélées comme telles, qu’elles puissent se dégager du compromis symptomatique et aient voix au chapitre. Pour une adolescente, lui permettre une référence aux marques inconscientes vectorisant sa subjectivité la laisse en deçà des questions en jeu si elles ne sont pas d’emblée posées comme telles.

Dans cette étude nous verrons alors pourquoi l’enfant est en échec scolaire, quels sont ces problèmes et comment y remédier. Le regard et l’attention visuelle sont les gestes fondamentaux pour le bébé, ils vont l’aider à identifier, reconnaître, suivre les choses en mouvements. L’enfant parvient alors à attribuer des significations à ce qu’il voit en combinaison avec les images à d’autres sources d’information et en interrogeant sa mémoire. C’est aussi à travers le regard de la mère que les constructions émotionnelles se mettent en place. Le bébé ressent les émotions de la maman (plaisirs, tétée, sourire, tristesse). Tous les sens jouent un rôle dans l’émission et la réception des messages, mais c’est la vision qui est surtout sollicitée.

Aliou Dia, auteur , philosophe et ingénieur GRH

Aliou Dia
Auteur , philosophe et ingénieur GRH

 

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