Marcel-M. MONIN : « La démocratie n’est pas gênante »

Les sociétés « démocratiques » sont des sociétés dans lesquelles (entre autres) les principaux décideurs émanent directement ou indirectement de l’élection (1). L’élection donne ensuite une légitimité à celui qui doit son poste au vote et une légitimité  à ce que fera ce dernier (2). Elle le protège également -sauf exceptions – (soit en droit, soit en fait) des juges.

Certains candidats peuvent même, au cours de leur campagne électorale, annoncer (astucieusement et à mots feutrés évidemment) qu’en cas d’élection, ils feront en réalité la politique prônée par tel clan ou tel lobby. Ce qui leur permet de pouvoir soutenir, après l’élection, qu’il est légitime … qu’ils ne travaillent pas pour l’intérêt général. (3) (20 B/)

Les effets magiques de l’élection sont si forts, que, par exemple, on entend dire par ceux qui surveillent leurs intérêts en Afrique, que la démocratie « progresse » quand tel dirigeant sort des urnes, pour peu que son élection n’ait pas été précédée  de tueries. Même si / alors même que … les élections ont été truquées.

Seulement, quand on jette un regard sur l’histoire, on se rend compte qu’élections ou pas, les sociétés ont toujours été gérées à la manière des copropriétés.

Dans les ensembles immobiliers, seuls les propriétaires d’appartements ont le droit de se prononcer sur la gestion de leurs biens. Il ne viendrait à l’idée de personne d’inviter avec voix délibérative aux assemblées générales de copropriété, le concierge, les personnels d’entretien ou les occupants non propriétaires. Et ce sont les copropriétaires qui, sur la recommandation de l’un d’eux,  désignent le syndic ; c’est à dire un employé, qui va assurer la gestion des intérêts liés à leur propriété.

Ce schéma est le schéma selon lequel, sauf rares exceptions (dans le temps ou dans l’espace), les grandes sociétés ont fonctionné. Les « possédants » -ceux qui ont des biens à défendre et à gérer- décident de la gestion de leur bien et remettent cette dernière à l’équivalent d’une sorte de syndic. Qui selon le lieu, l’époque ou le besoin, va jouer ce rôle dans un statut de chef d’Etat, de Premier Ministre, de président d’une commission parlementaire, de chef d’un parti et/ou d’un autre, de chef d’une bande armée (là se déroule une guerre civile), de président d’une assemblée territoriale )  (4).

Quand les détenteurs de la richesse d’un pays acceptent que la société fonctionne selon le principe de l’élection, c’est que les résultats des élections ne bouleversent pas l’ordre « naturel » des choses, ordre des choses qui est évidemment le leur.

Un simple regard sur les pratiques passées et actuelles de l’élection, renseigne sur les techniques mises  en œuvre (ici, ailleurs, jadis ou aujourd’hui) pour faire coïncider le contenu des urnes avec les intérêts dont il vient d’être parlé.

L’électorat et l’éligibilité ne sont pas donnés à ceux (appelés ci-après, les gens d’en bas) qui pourraient, s’ils étaient élus, porter atteinte, puisqu’ils sont majoritaires, aux intérêts et aux besoins de la minorité (appelés ci-après les gens d’en haut). (5) L’affaire est enveloppée dans des concepts forgés pour  donner un habillage présentable à la manœuvre ( par ex.  la souveraineté est dite « nationale »)  (6 a).

Lors de la colonisation, les étrangers qui viennent faire des affaires hors de chez eux, ne partagent pas le droit de voter avec les « indigènes »

On accepte le suffrage universel, mais on fait en sorte que les gens d’en bas n’aient pas la majorité dans la chambre qui les représente (la chambre « basse », appelée « chambre des députés » ou « assemblée nationale » selon les époques)

a) On fait du découpage électoral (7) ou on met en place des règles de comptabilisation des votes (appelées « modes de scrutin »)  que l’on modifie en fonction du contexte et du résultat à atteindre (8)

b) Pour le cas où  les gens d’en bas parviendraient malgré les précautions ci-dessus  à avoir la majorité dans la chambre basse, on fait en sorte qu’ils ne puissent pas en profiter : on institue un mécanisme qui  permettra de bloquer la mise en application les textes trop hardis (aux conséquences trop onéreuses) éventuellement votés par les députés  (9).

On truque les résultats.

Les techniques sont variées. On « trafique » les listes électorales, on fait voter des gens qui ne devraient pas voter (des électeurs qui ne se sont pas déplacés, des morts, des électeurs qui habitent ailleurs, mais n’ont pas été rayés de la liste électorale). On perd des urnes, on les remplace par d’autres ou on les bourre (avant le dépouillement on prélève au hasard tant de bulletin et on les remplace par autant de bulletins du « bon » candidat) ; dans les bureaux de votes où un « mauvais » candidat arrive en tête, on s’arrange pour fabriquer et mettre à jour des anomalies qui conduiront le juge de l’élection à ne pas prendre en compte les votes enregistrés dans ces bureaux. On commet des erreurs dans le report du nombre de suffrages obtenus par les différents candidats. « Erreurs » commises par les scrutateurs, ou par les informaticiens (ou leurs logiciels) dépêchés par telle société ayant bénéficié du marché (10) .

On manipule les électeurs en vue de leur faire déposer le « bon » bulletin dans l’urne le jour du vote. Les êtres humains, avec leurs envies, leurs répulsions, et le reste,  sont manipulables.  Il suffit d’étudier leurs « ressorts » et de mettre au point les instruments (comme le font les publicitaires et autres spécialistes du « marketing pour faire acheter) pour les faire voter dans tel sens ou pour telle personne. Tocqueville l’avait d’ailleurs noté : «  ils voteront comme on leur dira » rassurait-il ceux qui se demandaient en 1848 s’il était bien prudent de proclamer le suffrage universel (qui étendait le droit de suffrage aux plus pauvres).

La manipulation qui coûte le moins cher consiste à faire des promesses qui «déclenchent » le vote  (mais qui ne seront pas tenues, souvent pour la raison qu’elles ne peuvent ou doivent pas l’être). Ou à susciter un réflexe sur une question, qui occulte le principal (11).

Le développement des connaissances des individus et sur leurs comportements, a permis de mettre au point des techniques de manipulation moins rudimentaires. Qui exigent, elles, des investissements. Et ce sont les gens d’en haut qui disposent, contrairement aux gens d’en bas, des moyens matériels (12), financiers (12), et des réseaux efficaces (13), qui permettent la manipulation quasi scientifique et en profondeur des citoyens.  Et ce, en permanence, en dehors des périodes des campagnes électorales (14)

A côté des techniques de manipulation des citoyens existent des techniques de manipulation des « responsables ».  Avec la carotte et le bâton comme technique principale de management des élites politiques (15).

Parallèlement, on fait en sorte que les candidats qui sont présentés aux électeurs, soient acquis au « système ». Pour ce faire, il suffit souvent que les leaders des partis, qui vont entraîner les autres, soient acquis à la cause, ou y soient convertis.

Les personnes qui ont un bon « profil » peuvent être attirés, sélectionnés et mis en nourrice. Par exemple, ils sont nommés « youngs leaders », sont invités à se joindre à des réseaux, dont le champ d’action est quasi universel (Trilatérale, Bildelberg, et multiples autres réseaux ayant la même activité et la même finalité). Le tout dans l’harmonie : ceux qui veulent faire carrière et/ ou des affaires font en sorte de se faire remarquer par les réseaux ; ceux qui sont approchés sont ravis de l’avoir été et refusent rarement de renoncer aux perspectives ouvertes par cette marque de considération.

Et, le jour de l’élection, ils bénéficient de l’aide des membres des réseaux : financements, mise en branle des médias qui sont la propriété des membres des réseaux.  (16). Inversement les autres candidats ne bénéficient ni de la couverture financière, ni de la couverture médiatique des précédents.

D’autres techniques existent qui permettent de provoquer la cessation des fonctions (17).

On ne permet pas aux citoyens de s’exprimer sur tout. On réduit le champ du vote.

C’est l’astuce la plus récente qui a été trouvée et qui consiste à mettre ce qui intéresse les « gens d’en haut » (18 a) dans des traités. Traité OMC, Maastricht, Lisbonne, TAFTA, CETA, …   Traités qui ont intégrés  dans l’ordre juridique interne, grâce à l’action personnelle de quelques personnalités clés de l’Etat.  Après quoi, ni les électeurs (avec leur bulletin de vote), ni les institutions de l’Etat (même par le vote de lois), ne peuvent en modifier le contenu. Ce faisant, cette mécanique juridique  enlève «  en douceur » aux citoyens, l’usage de la parcelle de souveraineté dont ils étaient jusque là détenteurs (18 b).

Il n’est pas impossible à cet égard, que certains forgent actuellement le concept de souveraineté « européenne », comme on avait imaginé jadis le concept de souveraineté « nationale ».  Pour fabriquer une deuxième fois des citoyens « passifs » (6 b).

Par un simple mélange de ces « ingrédients », on peut obtenir,  selon le lieu ou l’époque, le produit suivant :  un individu (et une équipe dirigeante) choisis par des groupes de pression, et qui vont ensuite au devant des électeurs. Les  électeurs ayant été de leur côté préalablement sélectionnés en fonction de leur profil, ou / et conditionnés pour voter pour lui / pour eux.  On procède ensuite à un recensement des voix qui n’a aucun rapport avec la composition de la population ou la réalité des votes. Le tout permettant de présenter au peuple (au cours d’un spectacle médiatique)  celui ou ceux qui vont continuer : d’un côté à laisser faire leurs mentors ;  d’un autre, à expliquer aux citoyens que ce qui a été arrêté l’a été dans l’intérêt général (19) …  était la moins mauvaise solution ou la seule solution, dans un monde mondialisé sur lequel ni les dirigeants, ni quiconque, auraient, pas plus que sur Dieu,  la moindre prise … Jusqu’aux prochaines élections.

Synopsis d’un film de science fiction ?

Non,  réalité. On peut trouver nombre de décideurs de premier plan dont la situation correspond à tout ou presque ce qui vient d’être relevé (20). (On laissera chacun mettre un nom sur chaque cas).

Difficile conclusion …

On a pu établir (21) que le système éducatif reproduisait, sous une forme scolaire, les inégalités sociales.  Mais on cherche toujours les moyens de sortir de la situation. Et si on a parfois annoncé qu’on les cherchait (et malgré la pratique d’enseignants nécessairement minoritaires), on n’a pas enregistré les résultats d’ensemble qui infirmeraient la loi ci-dessus.

Dès lors que l’élection reproduit sous une forme politique les mêmes inégalités sociales, se trouve évidemment posée, pour ceux dont le rôle est de décider, la question des techniques qu’il leur faudrait concevoir puis expérimenter, s’ils en avaient l’envie ou l’audace.  Pour que la démocratie connaisse (par exemple, à partir d’élections plus ouvertes et avec plus d’élus non dépendants à un titre ou à un autre du pouvoir économique) un fonctionnement différent. Qui serait jugé plus « satisfaisant » au regard de considérations diverses, morales ou autres.

Mais, dans notre affaire (et comme en matière d’éducation) il leur faudra / faudrait « faire avec » les Hommes … alors qu’on ne peut pas « changer » ces derniers (23). En probablement intégrer dans leur démarche la conscience que des générations futures de « réformateurs » seront nécessairement confrontés de ce fait aux mêmes problèmes (24).

Marcel-M. MONIN

(1) Le concept de « souveraineté » (titulaire du pouvoir de décider en 1789, le « souverain » ce n’est plus le roi, sa souveraineté est transférée) et l’élection sont liés dès l’origine.  Aujourd’hui, l’article 3 de la Constitution de 1958 pose à cet égard que la « souveraineté nationale  appartient au peuple» (en réconciliant les deux concepts antinomiques à l’origine), puis, immédiatement après, traite du droit de suffrage et de ses caractéristiques.

(2) l’article 27 de la constitution française actuelle reprend une vieille règle qui vise à affranchir les élus de tout lien avec des tiers quels qu’ils soient (mandat dit « représentatif »).  Cette règle se trouvait déjà dans plusieurs décisions et instructions de Louis XVI pour le déroulement des travaux des Etats généraux de 1789, compte tenu des nécessités du moment. Il se trouve que la règle a très rapidement sous un certain rapport, contre les électeurs voués à donner des « chèques en blanc » sur le fond des questions (v.  la déclaration de Condorcet à l’une des séances de la Convention : «  mandataire du peuple, je ferai ce que je croirai le plus conforme à ses intérêts. Il m’a envoyé pour exprimer mes idées, non les siennes ; l’indépendance absolue de mes opinions est le premier de mes devoirs envers lui »). Le caractère représentatif du mandat a joué dans les rapports de l’élu avec ses électeurs, mais pas à l’égard des groupes de pression.

(3) Le candidat N. Sarkozy avait annoncé durant sa campagne électorale (2007) qu’il userait de ses prérogatives de chef d’Etat pour faire annuler (ce qui était par ailleurs désiré et préparé par certains  https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Amato ) le résultat du référendum de 2005 (rejetant le projet de constitution européenne). Le candidat E. Macron a annoncé pendant sa campagne (2017) qu’il utiliserait les mêmes prérogatives pour procéder à l’abrogation   (qui était attendue par certains depuis un certain temps : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/02/19/droit-du-travail-une-reforme-directement-inspiree-des-propositions-du-medef-et-de-la-droite_4868716_4355770.html ) de quelques principes sur la protection des salariés qui avaient été progressivement reconnus dans diverses lois de la République.

Ces politiciens ont dit et ont fait dire après leur élection, que leurs abrogations étaient légitimes dès lors qu’ils avaient « annoncé la couleur » pendant leur campagne électorale. L’un et l’autre donnant à leur élection une fonction (magique) de légitimation de décisions.

NB. D’un point de vue juridique, mais c’est une autre question, l’argument ne « tient pas ». (Et … heureusement : un individu qui aurait promis pendant sa campagne de faire euthanasier les personnes présentant certaines caractéristiques, ou qui se serait engagé à transformer la France en colonie d’un pays suzerain -cas concret moins théorique que le précédent-, est-il fondé faire ces ignominies, dès lors que l’élection est passée sur les promesses de campagne ?) …  L’argument ne  tient pas … ne serait-ce que parce que les actes du président de la République et même ceux du parlement sont soumis à des contrôles et peuvent être « annulés ».  (Au moins tant que le juge administratif accepte de contrôler les décisions du président de la République -et qu’il ne les qualifie pas d’« actes de gouvernement »- et dans la mesure où le Conseil constitutionnel juge opportun de déclarer une loi « non conforme » … ).

(4) Quand on aborde ces questions, on traite des banquiers, des industriels, de leurs réseaux, de leurs techniques de recrutement de leurs agents, de leurs « hired hands »  https://www.youtube.com/watch?v=1Atyvt9TlcQ&t=1034s , ,  et de leurs groupes de pression. ( https://www.youtube.com/watch?v=BywKi8jAIag ). Et on aime à s’offusquer de ce que ce sont eux « les maîtres du monde ». (https://www.youtube.com/watch?v=AynLYLWya4g).

Mais les banquiers, les industriels, ceux qui tirent leur niveau de vie de stocks options, de primes de résultat … c’est à dire de l’état du droit, ne peuvent arriver à leurs fins que pour autant qu’ils trouvent des individus, qui, aux postes clés de l’Etat (ceux qui font voter les lois et signent les ordonnances et les décrets) sont d’accord pour leur donner satisfaction. NB. Ce paramètre de l’implication personnelle et consentie est souvent ignoré.  A part les quelques formules lapidaires (« untel est le président des riches »), qui peuvent séduire quelques électeurs. Mais qui ne sont pas de nature à casser le lien de « complicité », quand il existe, entre les personnes investies d’une charge publique (qui se moquent d’ailleurs de ces quolibets) et celles qui détiennent le pouvoir économique.

A contrario : le pouvoir politique qui exprime sa non soumission au pouvoir économico-financier  : https://www.youtube.com/watch?v=nJZYdiWkC7A  ;

Et quand la frontière entre le politique et l’économique n’existe plus dans le droit il peut devenir difficile pour les individus investis d’une charge publique de savoir où et pour qui s’arrête l’usage de leurs compétences officielles. V. dans les ouvrages, documentaires ou articles de journalistes d’investigation, les mises en cause de plusieurs personnages de l’Etat qui auraient eu des hésitations malheureuses sur la notion de limite : – « avec les compliments du guide » Ed. Fayard ; -  http://boutique.arte.tv/f9280-argent_sang_democratie; https://www.mediapart.fr/biographie/fabrice-arfi?page=1 , … etc… etc…

(5) Les députés des Etats Généraux de 1789 qui rédigèrent la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, et la Constitution du 3 septembre 1791 veillèrent à se protéger du « peuple » (qui était miséreux, et qui par voie de conséquence, risquait d’avoir des revendications onéreuses…). Tout en proclamant l’égalité, ils ont établi le suffrage censitaire (on n’est électeur que si l’on paie certains impôts au delà du seuil fixé), et ont habillé l’opération dans une théorie dite de la souveraineté « nationale », engendrant à son tour, le concept d’électorat « fonction ». Ainsi, être électeur comme être élu, constituaient selon les habiles théories ad hoc du moment, des fonctions que l’on n’avait le droit d’exercer que si l’on satisfaisait aux conditions imposées (par ceux qui y avaient précisément intérêt). Comme on appela « actifs » les citoyens qui avaient accès à la vie politique, et « passifs », les autres.

Le système de la Restauration donne concrètement une idée du résultat (et de  « l’intérêt ») du régime censitaire. A l’époque, il n’y avait pas d’impôt sur le revenu. Les conditions de fortune portaient sur la patente et l’impôt foncier. Ne pouvaient être électeurs que les personnes qui avaient 30 ans (âge où l’on était mûr et serein à l’époque)  et qui payaient trois cents francs d’impôts. Cette règle donnait 90 000 électeurs pour tout le pays. Le département de la Seine (qui recouvrait Paris et les communes limitrophes, jusqu’à la frontière de l’ancienne « Seine-et-Oise »), qui était déjà riche, comptait 11 000 électeurs. La Corse qui était déjà officiellement pauvre, n’en comptait que 40. La majorité des départements avait entre 900 et 1 200 électeurs.

Ne pouvaient devenir députés que les citoyens qui avaient 40 ans (âge où les excès d’enthousiasme réformateur n’étaient plus à craindre) et qui payaient au moins 1 000 francs d’impôts. Le nombre d’éligibles varia de 14 500 à 16 000 pour toute la France. Dans certains départements, le nombre d’éligibles était ridiculement faible. Alors, ceux qui voulaient se présenter devaient se « débrouiller » : tel haut fonctionnaire en retraite prenait une patente ; telle personne achetait un immeuble, suffisamment cher de manière à pouvoir payer l’impôt foncier, mais signait chez le notaire une contre lettre annulant la vente ; des amis se groupaient pour acheter une propriété à celui qu’ils souhaitaient voir siéger (cas de Dupont de l’Eure en 1864). Par ailleurs, avant que l’on ne découvre les « bienfaits » du découpage électoral, des dégrèvements fiscaux enlevèrent à certains la qualité de candidat potentiel voire d’électeur, tandis que des majorations permettaient à d’autres, mieux pensants et mieux votants, de devenir électeurs. Dans ce contexte, la « campagne électorale » consistait, un peu comme aujourd’hui pour les élections sénatoriales, à aller trouver les (rares) électeurs et à établir des liens de « clientélisme ». De leur côté, préfets et autres administrateurs, pouvaient, notamment par l’effet de promesses de subventions, inciter les quelques centaines d’électeurs à voter pour le candidat du gouvernement.

Au total, avec son système censitaire, la Restauration n’a pas été seulement le régime qui a vu la royauté se rétablir. Elle a surtout donné le pouvoir aux détenteurs de la richesse.

Tout se passait comme si, aujourd’hui, on voulait réserver l’électorat aux personnes qui paient l’impôt sur les grandes fortunes, et on réservait le Palais Bourbon (siège de l’Assemblée nationale) aux millionnaires.

L’avènement du suffrage universel a juridiquement donné, du point de vue abordé ici, l’accès à la députation aux non possédants. La conservation des avantages et de la maîtrise économique et financière a alors pris d’autres formes, qui ont transcendé le clivage « gauche-droite ».

(6).Le tout dans le contexte de ce qui pourrait être analysé comme un changement insidieux de civilisation et ou ( à tout le moins) de modèle politique. Que l’on peut dépister à travers le vocabulaire devenu à la mode. Jadis, il était admis que le rôle des gouvernants était de veiller à l’harmonie dans la société, à l’intérêt général, au bonheur (USA). Aujourd’hui le rôle du politique est plutôt, ainsi qu’on le martèle sans cesse et partout, de se mettre au service de la « compétitivité des entreprises » (donc au service de ceux qui vont pouvoir engranger les bénéfices). Au concept d’intérêt général on substitue le concept de réussite individuelle et de plus grandes fortunes du pays ou du monde.  Au concept  de régulation, on substitue le concept de ruissellement. Au concept de loi de l’Etat, on substitue celui de loi des marchés. Les « services publics » et leurs « usagers » laissent la place aux « entreprises » et à leurs « clients » (parmi lesquels l’Etat avec les partenariats publics-privés ou lorsqu’il loue la monnaie aux banques privées -sous la forme des emprunts assortis d’intérêts de l’art. 123 du traité de Lisbonne-).  Etc…

a) On a vu dans la note précédente que le concept de souveraineté « populaire » a longtemps dérangé. Et que l’on avait préféré celui de la souveraineté « nationale ».  On remarquera que les politiciens qui défendent le contenu des traités européens, et qui ne veulent pas que les peuples en remettent le contenu en cause (en recouvrant leur droit de vote), développent le concept de «  souveraineté européenne ». Et qualifient de « populistes » (mot devenu un sobriquet, renforcé dans sa connotation négative, par l’image subliminale du fascisme. http://fr.euronews.com/2016/09/09/l-utilisation-du-terme-populiste-devient-problematique ), ceux qui voudraient que les électeurs recouvrent la possibilité de décider avec leur bulletin de vote, de la politique économique et d’en changer si cela leur chante.

b) On devra surveiller les avancées du concept de « souveraineté européenne » et voir s’il ne tend à promouvoir la résurrection des vieux concepts à l’appui de la mécanique en cours de fonctionnement : les citoyens seraient des « citoyens passifs » dans la zone économique européenne, et ne seraient, sous cette réserve d’ailleurs, des « citoyens actifs » que dans leur Etat. ( https://www.lesechos.fr/monde/europe/030519685966-macron-veut-rebatir-une-souverainete-europeenne-2110905.php  )

(7) En fonction de la composition sociologique de la population selon les quartiers, on répartit les électeurs entre tel ou tel bureau de vote, de manière à ce que les gens d’en bas aient le moins d’élus possible, même s’ils sont majoritaires en voix. (v. nos explications dans «  Textes et documents constitutionnels depuis 1958. Dalloz-Armand Colin).

Durant la colonisation de l’Algérie, on a mis, dans la même logique, et pour les mêmes fins,  les « indigènes » dans un deuxième collège (http://fresques.ina.fr/independances/fiche-media/Indepe00045/les-elections-a-l-assemblee-algerienne.html).

Toujours dans  la même logique et en vue du même résultat, on peut localement éviter de subir le vote des électeurs d’en bas en refusant de construire des logements sociaux. Quitte à payer l’usage de cette faculté. Les municipalités qui attirent les électeurs du bas en construisant des logements sociaux, rendent service aux municipalités conservatrices en débarrassant ces dernières de ces électeurs indésirables.  Et contribuent, pour les élections nationales, à rendre inutiles certaines opérations de « charcutage » électoral.

(8)  sur les modes de scrutin et les critères de choix, v. notamment  notre commentaire de l’article 34 de la constitution ;  op. cité dans la note 7)

(9) Les rédacteurs de la constitution de 1791 avaient pris une précaution contre les éventuels excès de la future assemblée nationale législative : ils avaient donné au roi le droit de geler trois fois un « décret » voté par l’assemblée. Mais ils ne voulaient pas d’une deuxième chambre dans laquelle se seraient retrouvés les privilégiés qui n’auraient pas manqué de (continuer à) s’opposer aux réformes voulues par la bourgeoisie industrielle et commerçante.

Le comportement dictatorial et sanguinaire de la Convention, dont certains membres utilisaient la populace comme masse de manoeuvre, fit naître le besoin d’un organe modérateur, pouvant stopper les excès de la chambre basse.

On commença par le Conseil des Anciens de la constitution de l’an III.

Les consuls, rois et empereurs constituèrent des chambres hautes dans lesquelles ils mirent leurs gens.

Les monarchistes, après la défaite de Sedan, organisèrent un sénat sur lequel ils comptaient pour aider le futur roi à gouverner (d’où le système imaginé pour la dissolution : celle-ci était décidée par le chef de l’Etat dont on avait cru qu’il pourrait, pour ce faire, s’appuyer  sur le Sénat).

Sous la III° République (dont la majorité utilisa le texte dont il vient d’être parlé), le Sénat, qui était conservateur (c’était son rôle) bloqua des réformes. (Et, au lieu de soutenir l’exécutif quand ce dernier voulait dissoudre, contraignit plusieurs gouvernements à démissionner).

Les rédacteurs des constitutions de 1946 et de 1958 jouèrent eux aussi la prudence, et ce d’autant plus que le parti communiste était puissant : ils maintinrent une deuxième chambre. (Ils prirent simplement des précautions pour éviter les oppositions inutiles des sénateurs auxquels ils interdirent notamment de renverser les gouvernements).

(10) Sur (une parodie de) la question, un film humoristique : «  bienvenue au Gondwana » ( à voir dans les salles ou sur internet),

(11) Par exemple, obtenir un vote sur le thème «  les étrangers dehors », … « l’Europe c’est la paix », permet de disposer d’un chèque en blanc pour faire ce que l’on veut y compris pour éluder ou camoufler diverses questions de fond (émission de la monnaie par les banques ou par l’Etat, politique économique fondée sur l’offre ou sur la demande, séparation ou non des banques de dépôt et des banques d’affaires, non ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats ou opérations militaires dirigées contre eux, etc…).

(12) Notamment en acquérant la propriété des chaines de radio, de télévision et la presse.

a) On peut déceler sans mal, à travers les programmes de télévision, quelques une des « ficelles » utilisées ( v. Noam Chomsky https://www.youtube.com/watch?v=g6UDiRkfngI ; P. Bourdieu : https://www.youtube.com/watch?v=vcc6AEpjdcY ) : programmes récréatifs qui engendrent l’ignorance et la passivité et tuent la réflexion ; journal télévisé orientant insidieusement l’information et  consacrant une large part du temps d’antenne à des reportages (sur la manière de fabriquer le pain ou de cuisiner tel plat, la gentillesse de tel animal ou la beauté de tel paysage) ; questions politiques traitées comme spectacles avec des débats regroupant des personnages amis et / ou « bien pensants » ( http://www.acrimed.org/Ces-economistes-qui-monopolisent-toujours-les-debats   ; https://www.youtube.com/watch?v=i3NXjvYWS_A   ) qui donnent leur opinion sur l’avenir ou sur l’opinion des autres, indiquent aux citoyens ce qu’il convient de retenir d’un fait ou de comprendre d’une situation.  Et s’ingénient à essayer de rendre inaudibles ou ridicules les personnes (économistes, sociologues, politiciens, géo- politologues) qui tiennent des propos hétérodoxes : V. à travers les réactions d’un politicien, certaines des techniques utilisées sur les plateaux de télévision :  https://www.youtube.com/watch?v=6t6tKEvgeTs

b) Comparer  ( entre autres) : – invité : J ;_L. Mélenchon : https://www.youtube.com/watch?v=UYmzvN86RO8&feature=youtu.be   à comparer avec, invité Eric Ciotti : : http://www.rtl.fr/actu/politique/lr-pour-ciotti-la-candidature-de-wauquiez-peut-sauver-le-parti-de-l-eclatement-7790039385 ).

c) sur « l’information » donnée par les médias lors de certains conflits, notamment avant leur déclenchement :  v. Michel Collon : https://www.youtube.com/watch?v=_jSPkz_0UZw&t=1656s  ;

d) Sur l’information et la manipulation : Natacha Polony : https://www.youtube.com/watch?v=db26_acAeF4 et Noam Chomsky : https://www.youtube.com/watch?v=88BfEcAFCPg

e) Sur certains financements des médias :  https://lespoir.jimdo.com/2014/12/26/de-gaulle-1963-le-peuple-est-patriote-les-bourgeois-ne-le-sont-plus/

f) sur les techniques permettant d’empêcher la diffusion de l’information : https://www.youtube.com/watch?v=laDOwa1gGF0  ; https://www.youtube.com/watch?v=D3QYxBKrLD4

(13) https://www.youtube.com/watch?v=ZoRQ6uW3uoQ  ; https://www.youtube.com/watch?v=jf9cLXOlj3U

NB. Que des personnes qui ont des intérêts à défendre, se réunissent et discutent de stratégies ( Bilderberg  https://www.youtube.com/watch?v=XGeGjYm_wqc , https://www.youtube.com/watch?v=JroOqjHbtiQ  Trilatérale, le siècle, french-american fondation, etc… …) à mettre en œuvre pour défendre leurs intérêts, paraît être dans la nature des choses.  Comme il est dans la nature des choses que l’on trouve des arguments qui séduisent quand on veut obtenir quelque chose.

Mais ce qui « pose problème » s’agissant de la question étudiée (les élections et la démocratie) , c’est que des politiciens se font élire au nom de l’intérêt général, et qu’une fois élus, ils servent des intérêts particuliers de nationaux ou d’étrangers pouvant aller à l’encontre de l’intérêt général ou des intérêts nationaux. Problème particulièrement perceptible quand est dévoilée une situation de conflit d’intérêt.

(14) v. Noam Chomsky « la fabrication du consentement » : https://www.youtube.com/watch?v=jWBPXYePQ64 ; https://www.youtube.com/watch?v=56AbAxw7PIg ;  (https://www.youtube.com/watch?v=W8EWBP1R3zw ). Patrick Champagne «  Faire l’opinion, le nouveau jeu politique » Minuit 1990.

(15) https://www.youtube.com/watch?v=ydaNxoespA0

(16) a) Plusieurs personnes qui semblaient répondre à un ou à plusieurs de ces critères se sont présentées à l’élection présidentielle de 2017. L’analyse chronologique des productions des médias tend à faire penser que les faveurs personnes liées à des réseaux (v. ci-dessus) allaient plutôt à E. Macron -  https://www.youtube.com/watch?v=2D2zWfAbtvs ; : https://www.youtube.com/watch?v=ydaNxoespA0 – ). Les autres impétrants, même s’ils présentaient quelques points communs avec ce dernier,  furent éliminés (primaires contre certains,  lancement du « Pénélopegate » par les médias contre la candidature de F. Fillon) ou renoncèrent d’eux mêmes (A. Juppé qui annonce qu’il ne sera pas le candidat de « rechange »).

b) Beaucoup de présidents africains ont la réputation d’avoir été « fabriqués » ou d’avoir été préalablement acceptés par l’extérieur. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Françafrique_(documentaire) . Il en va de même sur d’autres continents, avec d’autres acteurs (v. sur internet).

c) Remarquer aussi que  François Mitterrand, qui a terminé sa carrière sous l’étiquette socialiste,  a réussi à donner un coup mortel au parti communiste, et a pris une part active au placement de la France sous « protectorat » américain (membre du mouvement européen,   https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_européen_international    signature du traité de Maastricht    https://www.youtube.com/watch?v=turzi3Zy0dw ) ; à l’abrogation des protections du code du travail : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_relative_au_travail,_à_la_modernisation_du_dialogue_social_et_à_la_sécurisation_des_parcours_professionnels ;   http://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/mitterrand-etait-un-homme-de-droite-a-dit-rocard-ce-que-j-ai-toujours-pense-aussi-il-n-a-jamais-ete-socialiste-il-s-est-servi-du-parti-communiste-jacques-maillot-840621.html

(17) Il existe des techniques simples utilisées de l’intérieur ou de l’étranger selon le cas, pour déclencher le mécontentement des citoyens qui les conduira à éliminer lors de la prochaine votation, le dirigeant qui se refusait à la docilité. Parmi d’autres, des techniques bien connues : la hausse des taux d’intérêts (qui va paralyser ou asphyxier les entreprises qui du coup, vont licencier) peut déclencher du chômage de masse qui sera reproché aux dirigeants. La hausse artificielle du prix des produits importés qui va entraîner le chômage, l’inflation, la baisse du niveau de vie, voire la famine. Comme l’embargo sur des produits ( médicaments, denrées alimentaires, …) ou la baisse – qu’il suffit de provoquer- du cours des matières premières ( pétrole, cacao, ou autres) dont le revenu conditionne le niveau de vie de la population du pays exportateur.

Quand il n’est pas possible de provoquer le départ des gouvernants par la manipulation des électeurs, existent d’autres moyens, ainsi que l’histoire et l’actualité le montrent : – Assassinats ( v. sur internet la liste par continent) ; – financement et soutien accordés souvent de l’étranger ( https://www.youtube.com/watch?v=BH9SHxetO1I  ; https://www.youtube.com/watch?v=LRNKVJ59jIc  ) aux opposants, voire à des bandes armées, souvent composées d’étrangers ( http://www.dailymotion.com/video/xsgyjs )  ,  présentées comme des opposants opprimés au dirigeant « dictateur » qui « viole les droits de l’homme » et « tire sur son peuple », ( https://www.youtube.com/watch?v=tL8JDTQGpdY ) ; -  interventions de troupes étrangères en appui ( au nom d’un « droit / devoir d’ingérence » imaginés par quelques malins à l’encontre  des principes de non ingérence et de non intervention dans les affaires intérieures d’un Etat ) (18 )

a) La loi ne doit -surtout- pas  permettre de jouer le rôle que Lacordaire lui attribuait : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

b) https://www.youtube.com/watch?v=W6PSVG_x75M ; https://www.youtube.com/watch?v=_oN-DxnGPZQ

Lorsque des politiciens disent que les citoyens doivent recouvrer l’intégralité de leur droit de vote, y compris la part qui se trouve dans les traités européens, ils sont brocardés comme « souverainistes ». En sous entendant ou en insinuant que, si leurs idées prospéraient, l’Etat se recroquevillerait sur lui-même et les populations seraient contraintes de vivre en autarcie.

(19) Y compris quand l’opération livre des entreprises au contrôle étranger avec à la clef, des conséquences y compris sur la défense nationale ; par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=dOnGH9v-oIA ;     https://www.youtube.com/watch?v=0wSPfJ80TzE

(20) A/. Quand les personnes qui détiennent les postes décisionnels « truquent » les élections de manière à ce que les résultats soient ceux qui étaient espérés, il est prévisible que certaines d’entre elles seront tentées d’en tirer au passage quelques avantages, un peu comme si elles « facturaient » leur prestation (conflits d’intérêts, corruption, prise illégale d’intérêts, etc…). https://transparency-france.org/aider-victimes-de-corruption/biens-mal-acquis/   B/. Dans les villages en Afrique, ceux qui pouvaient devenir chefs répondaient à des critères très stricts de moralité. Une fois en place, ils se gardaient d’imposer leur volonté. Dans les assemblées, ils commençaient … par se taire.  Ils recueillaient l’avis de tous, du plus ancien au plus jeune, du plus jeune au plus ancien. Puis ils faisaient la synthèse des positions de manière à ce que tous acceptent une solution raisonnable. Et quand le chef du village s’écartait de son devoir et devenait corrompu, les esprits, comme par enchantement,…  lui retiraient la vie. C/.Quand l’Afrique a importé les modèles occidentaux, avec au niveau national le régime présidentiel (par simple recopiage en série du texte de la constitution française de 1958), les malins ont vu ce qu’ils pouvaient tirer à titre personnel du truquage des élections. La « communauté internationale » s’émerveillant de son côté, des  « progrès de la démocratie » quand l’élection est acquise (sans trop de tueries) et tenant par voie de conséquence et comme il se doit, l’élu comme interlocuteur légitime. Au moins tant que ce dernier accepte de signer des contrats léonins d’exploitation des ressources  du sous sol du pays. Car à défaut, l’élu … n’est pas élu (Gbadbo non, Ouattara, oui ). Ou l’élu devient un dictateur et il est nécessaire de procéder à de nouvelles élections. Qui porteront au pouvoir ipso facto un « démocrate » ou qui donneront une légitimité à celui qui , en attendant, a liquidé son prédécesseur et s’est mis à sa place par la force.

(21) v. notamment les études de P. Bourdieu et de J.-C. Passeron : « les héritiers », « la reproduction » (publiées par les éditions de minuit) et les travaux des chercheurs sur ce thème, notamment ceux du centre de sociologie européenne de l’EHESS ). https://www.youtube.com/watch?v=bv-o9WyHc18

(22) https://www.lesechos.fr/25/05/2016/LesEchos/22198-050-ECH_en-scandinavie–on-ne-badine-pas-avec-l-ethique.htm . L’exemple scandinave pourrait constituer le départ d’une recherche : comment expliquer la différence des « mentalités »  et la différence de réaction en présence de comportements « déviants » ?

(23) Plus ambitieux que les hommes de l’Eglise (pour qui les Hommes sont et demeureront des « pêcheurs »), les Francs-maçons déclarent qu’ils  travaillent à l’amélioration de l’individu et du genre humain. Mais comme les Francs-maçons ne sont pas des spécialistes de génie génétique, les hommes continuent à être des hommes. Ce qui, évidemment, est embêtant : – Pour les hommes qui continuent à faire ce qu’ils ne feraient plus si on les avait améliorés. – Pour la société qui doit trouver sans cesse des parades contre les comportements des uns qui ne peuvent pas s’empêcher de créer des préjudices aux autres. – Pour les Francs-maçons (eux-mêmes non améliorés),  qui sont obligés d’aller chercher dans leurs fraternelles ( http://www.souslavouteetoilee.org/article-un-avatar-ma-onnique-les-fraternelles-117219898.html ; http://www.lexpress.fr/informations/le-dessous-des-affaires_636587.html ) ou dans d’autres groupements plus profanes ( https://www.valeursactuelles.com/politique/emmanuel-macron-et-les-francs-macons-86024  ) de quoi s’occuper en attendant que l’espèce soit améliorée …

(24) On peut toujours imaginer quelques techniques juridiques qui produiraient –peut être, et au moins pendant une certaine durée- des résultats un peu plus satisfaisants d’un point de vue intellectuel ou moral, par rapport à ce que l’on observe. Ou on peut penser que le changement ne viendrait que de l’installation dans les plus hautes charges de l’Etat d’un personnage désintéressé par l’argent, ( comme de Gaulle, Sankara – et quelques rares autres hommes d’Etat sur divers continents- ) qui serait sourd au chant des sirènes et qui n’aurait en tête que le service de l’intérêt général et la dignité de l’Etat. Etant entendu, en démocratie,  qu’il faudrait les deux : qu’un personnage d’exception désintéressé puisse imposer et bénéficier – au moins jusqu’à l’expiration de son mandat- de nouvelle règles du jeu (système de 1958 avec de Gaulle « aux affaires »).

Mais il faudrait que le contexte s’y prête. Qu’un « choc » se produise qui engendrerait un renversement des rapports de force (le plus fort –financièrement- n’ayant pas le temps de jouer de sa supériorité eu égard au  contexte) d’où sortiraient quelques changements. Elections miraculeuses ? Coup d’Etat ? Révolution ? …

Et puis les êtres humains étant ce qu’ils sont, il est probable que leurs rapports auront tendance à se reproduire à l’identique (dans l’ordre « naturel » induit par la « loi «  du plus fort) au bout d’un certain temps : les trouvailles institutionnelles étant (comme d’habitude) détournées de leur objet, le dirigeant d’exception gênant pour les affaires étant éliminé (comme d’habitude) soit politiquement, soit physiquement.

Marcel-M. MONIN

Monnin

 

 

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Modibo Koné : « Le Mali peut créer des millions d’emplois à travers l’Agriculture »

Pour le Malien Modibo Koné, ni le sous-développement ni le chômage ne sont des fatalités. Le soldat du développement – comme il se définit – expose dans cette interview que nous publions en trois parties, sa vision sur les réformes nécessaires à la transformation de l’Afrique.

La tryptique du développement englobe l’Agriculture, les infrastructures et l’investissement dans le social. Tout plan de développement repose sur des satisfactions immédiates, à court terme (le social, l’école, la santé, etc) dans une vision de transformation orientée sur le long terme, explique M. Koné en tirant des enseignements d’une expérience de 20 ans qui l’a emmené à piloter des projets de grande envergure comme l’échangeur Multiple à Bamako, l’autoroute Bamako-Koulikoro, l’échangeur et les voiries de Ségou, le financement du développement de la chaine des hôtels Azalai, le projet du grand contournement de la ville de Lomé, l’aménagement des périmètres agricoles à Molodo, Bewani et Kémacina, le projet en Partenariat Public Privé du Pont Henri Konan Bédié, l’échangeur du boulevard Giscard d’Estaing à Abidjan, l’autoroute Dakar-Diamnadjo, le nouvel Aéroport international Blaise Diagne de Dakar. Dans cette première partie, Modibo Koné aborde avec Financial Afrik l’équation entre l’agriculture et l’emploi, à travers son expérience à la tête de la Compagnie malienne pour le développement des textiles, la CMDT, qu’il entendait moderniser et en faire un outil de la transformation du Mali. C’était sans compter sur les forces de l’inertie. Exclusif !

La transformation agricole est un vaste chantier en Afrique. Vous avez été, notamment, le PDG de la Compagnie Malienne pour le Développement du Textile (CMDT) et un de vos axes de gouvernance a été d’initier des projets d’installation d’usines au Mali. A quelle nécessité cela répondait-il ?

Ma conviction de toujours a été que le Mali, à l’instar de plusieurs pays africains, est immensément riche de ses terres arables et de son sous-sol minier. Toute la question a été de savoir comment transformer ce potentiel immense en perspectives pérennes pour les milliers de jeunes qui n’ont d’autres choix que l’immigration clandestine souvent au péril de leur vie. Le paradoxe malien n’est pas une fatalité. C’est animé de cette conviction que j’ai mis l’accent, dès ma prise de responsabilité, sur la modernisation de la transformation de notre coton en recherchant des financements auprès de bailleurs de fonds sous régionaux comme la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD). Dans notre vision de mise à niveau de cette structure, l’idée était d’abord de réhabiliter l’outil d’égrenage au niveau de Sikassou, Koutiala et d’autres sites. En tout, 5 usines ont été remises à neuf. A cela, s’ajoutait la construction de 3 usines dont l’une financée par la BOAD. L’investissement envisagé concernait toute la chaîne de valeur. Jusque-là, le Mali s’était limité à la transformation du coton grain à la fibre et en d’autres produits comme l’aliment de bétail (ce dernier volet est laissé aux privés maliens).

Une telle évolution demandait beaucoup de financements et de partenaires techniques. Ces conditions étaient elles réunies ?

J’ai tout de suite échangé avec des industriels du coton européens et asiatiques, le but étant de financer l’acquisition de nouvelles usines et de réadapter les anciennes afin d’accroître nos capacités d’égrenage. J’avais au cœur de ma stratégie la transformation locale du coton malien pour permettre de créer plus de richesses et plus d’emplois dans le pays. Ma conviction est qu’il est temps d’aller plus loin dans la valorisation de la matière première. De la première transformation, nous devons passer à la deuxième transformation, c’est à dire au passage de la fibre à la filature. C’est passer en fait à ce qui constitue le socle même du tissu industriel. L’impact est important car un kilo de fibres transformé en filature devrait valoir dix fois plus. Les recettes que le Mali tirait de l’activité devraient donc augmenter de dix fois grâce au développement de l’industrie textile en aval. L’effet d’entrainement du coton malien, réputé de qualité supérieure en raison du climat sec du pays, devrait favoriser la naissance d’unités industrielles textiles (jean, tee-shirt, serviettes, etc) spécialisées et compétitives . Concrètement, l’idée était de créer de la valeur ajoutée par rapport à la production locale, en mettant en place 4 filatures au départ. Chaque filature devait créer au moins 4 000 emplois directs et améliorer ainsi les recettes d’exportation en faisant jouer divers dispositifs et conventions dont l’AGOA. Nous avions mobilisé à peu près 150 milliards de FCFA auprès d’Eximbank Chine et environ 25 milliards auprès de la BOAD. Pour résumer, je dirais que cet investissement devait créer plus de 150 000 emplois directs et impacter tout le pays.

Le chômage des jeunes est un vaste fléau en Afrique. Pensez-vous que le secteur agricole peut apporter des réponses viables ?

L’agriculture est un secteur divers et extrêmement dynamique. La conjonction de plusieurs facteurs atteste des opportunités que le secteur peut offrir à des jeunes en recherche d’emplois. Nous pouvons lister quelques-uns de ces facteurs comme suit : le dividende démographique en Afrique et les besoins en alimentation qui sont en constante augmentation, les nombreuses terres qui ne sont pas exploitées et qui peuvent être mises à la disposition des jeunes, les techniques d’irrigation qui ont réellement évolué et qui impactent fortement les rendements, les semences améliorées qui optimisent les quantités produites à l’hectare, les réseaux routiers qui s’améliorent ce qui facilite l’accès aux circuits de commercialisation, le numérique qui crée de nouvelles opportunités dans les zones de production agricole etc. Ces opportunités ont besoin d’être mieux circonscrites et promues auprès des jeunes, qui eux-mêmes doivent être accompagnés pour accéder à la terre, aux techniques d’exploitation, aux réseaux d’approvisionnement en intrants, etc. Pour mon pays le Mali par exemple, les milliers d’’hectares irrigués de l’Office du Niger peuvent faire l‘objet d’un vaste programme d’accès à la terre pour des milliers de jeunes maliens.

Lorsqu’on parle de transformation, on parle de partenaires techniques et aussi de financements importants, mais les deux ne sont pas aisés à trouver. Qu’en pensez-vous ?

Bien au contraire, les partenaires techniques et les investisseurs du monde sont intéressés au plus haut point par les matières premières produites en Afrique. Les investissements sont importants et vont s’accroissant année après année. Ils ont bien sûr décelé les opportunités à y investir pour apporter des réponses aux besoins mondiaux en nourriture qui ne cessent d’augmenter. Les grands groupes agro-industriels américains, européens, asiatiques sont de plus en plus présents sur le continent, et sont prêts à investir des montants considérables. J’en ai rencontré plusieurs qui ont déjà des projets clés en main dans le domaine des semences, des engrais, de la transformation. Ces projets peuvent aider à moderniser notre agriculture, à lutter contre l’insécurité alimentaire et à donner du travail à des milliers de nos compatriotes. D’ailleurs, aujourd’hui avec le développement des PPP, les partenariats public privé, qui aident nos Etats à alléger un peu les charges budgétaires, je pense qu’on peut miser sur des partenaires qui viendront avec leur savoir-faire, créer des emplois et exploiter nos terres. Toutes ces questions restent favorables si les conditions fiscales sont assez encourageantes. Le Mali vient de voter la loi PPP au niveau de l’Assemblée nationale, entérinée par un décret. Je pense donc qu’aujourd’hui, la porte est ouverte à ces privés qui veulent s’installer. Ce n’est pas le financement qui manque. En exemple, moi même à la CMDT, j’avais des partenaires chinois, turcs et indiens, ceci dans une optique de diversification de partenaires.

La transformation des matières premières ne concerne pas seulement les grandes industries agroalimentaires, l’agriculture en Afrique étant plutôt une affaire familiale, et qui s’exerce sur de petites superficies. Comment peut on promouvoir la transformation dans ce cadre ?

L’agriculture en Afrique est principalement familiale. Cependant, il est bon de noter que cette agriculture est la plus représentée dans le monde, car elle concerne 2,6 milliards de personnes, soit près de 40% de la population mondiale au sein de 500 millions d’exploitations agricoles. L’agriculture familiale constitue le premier fournisseur de biens alimentaires ; elle est donc une source de revenus importante pour de nombreuses populations. Nous savons que la transformation optimise les revenus, donc permet une nette amélioration du niveau de vie des populations. Mettre en place des unités de transformation au sein des exploitations familiales peut s’avérer coûteux. La solution réside dans le regroupement des exploitants au sein de filières ou de regroupements d’intérêt et dans la mutualisation des équipements de transformation. Par ailleurs, la recherche de financement est plus aisée lorsque l’on est regroupé.

La CMDT est à tort ou à raison assimilé à un Etat dans l’Etat. Avoir été à la tête de cette entreprise comportait sûrement des enjeux. Pensez-vous que vous avez pu les cerner ?

A la CMDT, j’ai entendu battre le coeur du Mali. J’ai vu les mains et les bras qui portent notre beau pays depuis de très longues années sans rien attendre en retour, mais uniquement de la considération et des moyens pour travailler. J’ai entendu aussi des voix que l‘on n’entendait pas. Alors, je ne sais pas si c’est un Etat dans l’Etat, mais ce sont des milliers de femmes et d’hommes qui travaillent au quotidien pour aider à sortir notre pays de la pauvreté. Vous savez, la CMDT, c’est une zone d’intervention de 134.518 km² couvrant 3.153 villages. Ce sont 4.026.000 habitants, 235 communes, 171.000 exploitations et 6.846 organisations paysannes. Moi, je me suis battu pour rechercher des partenaires, moderniser les outils de transformation et sortir le cotonculteur malien de la pauvreté. Seuls ces enjeux ont été au coeur de ma gouvernance. Quand on aime son pays et que l’on se sent en mission pour le service de tous, on ne peut avoir d’autres enjeux que d’aider les populations à avoir une meilleure vie. Vous savez, je suis un rural, un soldat du développement et mon combat a toujours été de lutter pour le bien-être de tous.

Vous vous apprêtez à quitter définitivement la BOAD et à rentrer au Mali votre pays. Quels sont vos projets pour l’avenir ? Il y a quelques rumeurs persistantes sur une carrière au service de vos compatriotes, qu’en est-il ?

J’ai passé ces 25 dernières années au service de la sous-région, au sein d’une des plus grandes institutions de financement du développement en Afrique. Le temps de la retraite est proche, mais au regard de la situation qui prévaut dans mon pays depuis quelques années, je souhaite écourter ma mission pour me rendre disponible. Vous savez, l’amour pour son pays est au-delà de certaines considérations, pour moi le temps de rentrer est arrivé. Une fois à Bamako dans quelques semaines, les Maliennes et les Maliens décideront à quel niveau ils souhaitent que je puisse aider. Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas voir mon pays sombrer, pris dans l’étau des divisions, du terrorisme, de la situation désastreuse d’une jeunesse au chômage, des conflits ethniques, d’une économie complètement atone qui accroît la pauvreté. Nous pouvons réussir notre développement en nous appuyant sur notre avantage comparatif, qui est l’agriculture, ces hectares non aménagés qu’il faut cultiver pour une transformation économique et sociale qui reste, malgré tout, à la portée du Mali.

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Propos recueillis par  Adama Wade

 

 

 

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Complicité Algero-Française !

Peut-on avoir une réunion de haut niveau à Alger réunissant autour du Ministre Algérien des Affaires Etrangères les plus hauts fonctionnaires et militaires français pour évoquer la situation au nord du Mali sans les gouvernants Maliens ? Il y a certes une complicité algero-française sur le dos du Mali, mais pas pour le même but. Les gouvernants maliens, comme toujours, semblent être incompétents et inadaptés à la situation qui prévaut actuellement. Le fait que l’ordre du jour ait été consacré au processus de paix sans la participation du Mali laisse la place à la suspicion.

Il est tout a fait normal que les citoyens maliens soient irrités par le duo franco-algérien dans la mesure où Bamako n’y a pas été associé et l’on peut effectivement s’interroger : d’abord, le gouvernement du Mali n’a jusqu’ici bénéficié d’aucun soutien de l’Algérie et de la France pour le retour de l’administration et de l’armée malienne à Kidal. Pourtant, l’Algérie qui a une forte influence sur certains groupes armés aurait pu faire preuve de fermeté. Quant à la France, elle aurait pu jouer le rôle d’arbitre et calmer le jeu entre la CMA et la plateforme en conflit autour de la gestion de Kidal. En réalité, elle est accusée par le Gatia de partialité. En effet, la CMA n’était plus grand chose et brusquement, elle est réarmée et tient le Gatia en échec. Le rôle de l’Algérie et de la France devient inquiétant, d’autant plus qu’ils auraient du permettre la mise en place beaucoup plus rapide de l’accord de paix et de réconciliation.

Nous avons l’impression que ces deux pays font traîner le retour à la paix au Nord du Mali. La France, et ce n’est pas nouveau, pourrait souhaiter que l’on s’acheminât vers une solution que les indépendantistes du nord pourraient accepter. Beaucoup de conditionnels mais n’étant pas dans ‘les secrets du dossier’ nous ne pouvons que nous tourner vers les gouvernants maliens pour nous éclairer d’avantage sur le dossier. Or, ces gouvernants ont toujours eu des difficultés à faire des concertations ou avoir des conversations avec les citoyens maliens. L’autonomie de Kidal pourrait être la solution vers laquelle on s’achemine sous la houlette de la France. Nous comprenons, si tel était le cas, l’opposition de l’Algérie qui a d’une part toujours quelques problèmes avec ses tribus berbères de Kabylie et qui, d’autre part, ayant réussi à calmer les velléités autonomistes verrait d’un mauvais œil les touaregs maliens donner des idées à ceux du sud algérien.

Finalement, le retour à la paix ne plaît ni aux Français ni aux Algériens pour des raisons différentes voire opposées. En conclusion, la paix n’est pas pour demain. Nous sommes peut-être dans l’erreur mais nous aimerions bien qu’on nous le dise.

Cheick Boucadry Traoré

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Réforme Constitutionnelle : « dégonflez tous les biceps, Monsieur le Président ! »

A travers sa lettre ouverte à Ibrahim Boubacar Keïta, l’ancienne première dame du Mali, Pr Adame Ba Konaré, fait une sortie sans concession contre l’entêtement du président de la République à faire passer une constitution qui suscite des dissensions sans précédent au sein de la société malienne.

Lisez le regard de l’historienne !

« Non au projet de réforme constitutionnelle ! Antè, a bana, Touche pas à ma constitution ! Tels sont les mots d’ordre lancés le samedi 17 juin 2017 par l’opposition, la société civile et certains syndicats dans une marche gigantesque.

Partis politiques de l’opposition, société civile, syndicats, tous fédérés autour d’un mot d’ordre au-delà de leurs divergences ! Ce n’est pas peu. C’est probablement, vous le savez sans doute, Monsieur le Président, l’une des marches les plus imposantes organisées depuis la chute, il y a déjà 26 ans, du régime de Moussa Traoré.

Ce n’est pas tout. La contestation prend de l’ampleur à l’intérieur du pays, Monsieur le Président, et elle s’étend à l’extérieur : en Europe, en Amérique, un peu partout où se trouvent des communautés et des représentations diplomatiques maliennes.

Je vois là, Monsieur le Président, un moment crucial de votre mandat, et peut-être de l’histoire du Mali, et c’est parce que j’y vois un moment crucial que je me résous à prendre ma plume. Une entorse à ma ligne de conduite, qui était toute de retenue par rapport à votre exercice du pouvoir. Oui, je dégaine facilement le verbe, mais malgré les interpellations et les appels insistants de certains militants du mouvement démocratique ou d’intellectuels plutôt bien intentionnés, je me suis gardée jusqu’à présent d’intervenir dans le débat public, du fait de ma position d’ancienne Première Dame.

En effet, vous ayant côtoyé durant ces longues années où vous avez été l’un des plus proches collaborateurs du président Konaré – d’abord directeur adjoint de sa campagne et, aussitôt après son élection, conseiller diplomatique à la Présidence, ambassadeur, avant d’être promu ministre des Affaires étrangères et enfin Premier Ministre –, sans compter que vous avez été aussi président de l’Alliance pour la Démocratie au Mali, Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ), je fais aujourd’hui violence à la réserve que je me suis imposée durant tant d’années.

Je ne suis pas une donneuse de leçons, Monsieur le Président, mais considérez votre projet référendaire sur la réforme constitutionnelle sous l’angle de son effet sur le lien social, ce déterminant essentiel de notre « vivre ensemble», ce « principe de cohésion sociale et de civilité », pierre de touche de la culture malienne. C’est ce principe et lui seul qu’il importe de mobiliser en ces temps où le Mali est en danger.

Le grand péril qui se profile à l’horizon proche avec la création d’un front anticontestataire composé de partisans du Oui à la constitution, vos partisans, c’est le risque de fracture entre deux groupes de citoyens.

N’admettez pas, Monsieur le Président, que se produise une situation propice à toute forme de radicalisation d’un côté comme de l’autre qui serait susceptible de compromettre la paix sociale. Vos fonctions vous font obligation de rasséréner avec le même degré de traitement les deux camps.

Assurément, toute constitution est susceptible de modulations face à la diversité des défis que subissent les générations. Si sacrée soit-elle, elle n’est pas une momie figée ni un fétiche abominable capable d’exterminer tous ceux qui le manipulent. Pour autant, l’on ne saurait la changer sans précautions majeures.

Ne voyez pas sujet de fâcherie ou d’offense à votre magistère, Monsieur le Président, lorsque l’on vous rappelle des faits : la constitution de 1992 est directement sortie des entrailles ensanglantées de la révolution de 1991 ; elle a été rédigée en lettres de sang. Y toucher demande un large consensus, le plus large possible, ce consensus même qui a prévalu à sa rédaction.

Ne voyez pas sujet de fâcherie, Monsieur le Président, lorsque l’on argumente que le projet de réforme constitutionnelle en ces temps-ci est anticonstitutionnel. L’article 118 de la constitution du 25 février 1992 est sans équivoque : « Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire. »

Aucune querelle de chapelle, ni d’interprétation des textes n’est à faire valoir. Jamais, depuis l’indépendance, atteinte plus grave n’a été portée à l’intégrité du territoire du Mali, Monsieur le Président. Kidal est pratiquement en sécession depuis quatre ans. Circuler dans le Nord et le Centre du Mali devient périlleux. Ce Centre croule sous les coups de boutoir de divers groupes armés. L’intégrité territoriale du pays est tellement rognée que le Mali ne doit sa survie, en dépit du courage de nos forces armées, qu’aux forces étrangères.

Ne nous voilons pas la face : notre pays est désormais, plus que jamais, sous « protection vigilante ».

Ne voyez pas sujet de fâcherie, Monsieur le Président, lorsque l’on argue que le nouveau projet renforce les pouvoirs du président. Un de vos soutiens disait même qu’il ne faisait que formaliser un état de fait.

Sachez, Monsieur le Président, que plus l’exécutif centralise, plus il rend les citoyens dépendants de lui. Plus il les rend cupides, plus il anéantit leur esprit d’initiative. Cette dépendance collective est une sorte de dictature, insidieuse ; de plus, elle freine considérablement la démocratie de progrès, au sens de la responsabilité et de l’épanouissement individuel.

Renoncez, Monsieur le Président à toutes ces incantations triomphalistes, qui ne débouchent que sur l’apologie du « moi », et par là sur l’incivilité, pour opposer le régime de clientèle obséquieuse au régime démocratique mené d’une main ferme par un chef déterminé mais humble.

En effet, la démocratie, qui est le maître mot de toute cette affaire, est une dynamique de partage, un art de gouverner ensemble dans le respect des uns et des autres, Monsieur le Président. Et c’est à leur degré d’humilité que se reconnaissent les grands chefs.

De l’humilité, encore de l’humilité et toujours de l’humilité ! Céder alors qu’on a les moyens de sévir honore et grandit un chef.

Dédaignez, Monsieur le Président, les objurgations et l’écholalie contreproductive des flagorneurs, opportunistes, complaisants, matamores et vat-en-guerre de tout acabit qui vous orientent vers la faute, qui vous poussent à vous accrocher à ce projet de révision constitutionnelle.

Monsieur le Président, je ne suis sur aucun registre : ni le registre du Oui ni celui du Non. J’en appelle simplement à votre sagesse. Il y a suffisamment de feux en la demeure pour ne pas encore y allumer un nouvel incendie. Il y a suffisamment de fronts de guerre dans le pays pour ne pas en ouvrir un autre.

L’histoire n’aime pas la mise en scène du duo antagoniste marcheurs/contre-marcheurs, manifestants/contre-manifestants.

Sans barguigner, optez donc, Monsieur le Président, pour l’apaisement. Dégonflez tous les biceps, qu’ils soient discursifs ou bellicistes. Oui, faites l’économie d’une menace dans ce pays déjà miné par tant de fléaux. Vous savez bien, Monsieur le Président, qu’en plus de votre titre de président de la République, les Maliens vous affublent allègrement de celui de Mandé mansa, le mansa du Mandé ou tout simplement mansakè.

Mansa, Monsieur le Président, dois-je le rappeler, est le titre dynastique des empereurs du Mali médiéval. Après le règne de roitelets locaux portant déjà ce titre, le premier mansa empereur fut Sunjata Kéita, arrivé au pouvoir au milieu du XIIIe siècle. En flattant son ego outre-tombe, les griots panégyristes évoquent ses hauts faits glorieux consacrés par la force de l’arc.

Certes, à travers Sunjata, c’est vous qu’on entend glorifier et magnifier, vous le héros du jour. Par ses détours langagiers, la tradition des griots procède à des télescopages temporels faisant de l’ancêtre et de son supposé descendant un seul et même personnage.

Mais sortez de ce prisme guerrier, Monsieur le Président. Ne vous laissez pas étourdir par les effluves de l’encensoir des illusions, fiez-vous à la sagesse et non à tout ce charivari assourdissant que vous entendez autour de vous. Il peut vous entraîner sur le chemin de l’orgueil insensé.

Gouverner est un art, mansaya, un comportement, Monsieur le Président. Mais essoufflée dans l’absolutisme, la mansaya s’est érigée au fil du temps en sagesse : le voyageur marocain Ibn Battouta, qui a visité la capitale du Mali sous le règne de mansa Souleymane en 1352, nous laisse un témoignage édifiant sur le sens de la justice, la capacité d’écoute de ce souverain au nom duquel le peuple jurait pourtant : mansa Souleymane ki ! Vous aimez faire référence au passé glorieux de notre pays, à ses valeurs, je vous prends donc au mot…

Sortez de la logique de procrastination, Monsieur le Président. Montez au cran supérieur en annulant tout simplement votre projet. Le peuple du Mali saluera votre sagacité. Faites preuve de bonne foi : dans un grand discours au ton renouvelé, du haut de vos fonctions régaliennes, adressez-vous à la Nation entière, et mettez tout de suite en place une structure de gestion du dossier, qui solliciterait et mobiliserait l’ensemble des acteurs de la société civile et des partis politiques, les experts, les syndicats et les associations, les religieux, et tout autre groupement ou individualité capable d’apporter son écot aux débats.

Donnez-vous le temps de ratisser large à travers de vraies concertations, de grandes assises nationales. Travaillez à leur organisation. Calmez le jeu.

Avec ma très haute considération, Monsieur le Président ».
Ce jour 02 Juillet 2017.

Prof. Adame BA KONARÉ,

Historienne, ancienne Première Dame du Mali.

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Hawa Dème, à propos du projet de révision constitutionnelle au Mali : « Réviser la Constitution est dangereux, nauséabond et suspect »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet de révision de la constitution du Mali fait débat. Le texte a suscité l’indignation générale. A l’intérieur comme dans la diaspora, la résistance s’organise sur le terrain, mais aussi dans la plume. Dans cette tribune envoyée à Afrique Connection, Hawa Dème, cette Jeune Leader Malienne très engagée dans la cause malienne, africaine plus généralement, trouve très suspecte la précipitation avec laquelle les autorités de son pays veulent faire adopter la nouvelle mouture. Fortes arguments à l’appui, elle s’interroge, dit toute son inquiétude vis à vis de ce projet constitutionnel qui a soulevé un « débat risquant de mettre le pays à feu et à sang. »

La nouvelle est tombée, la promesse faite dans le cadre de l’adoption de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, communément appelé l’Accord d’Alger, est en marche. Le gouvernement malien a demandé au parlement de statuer sur le projet de révision de la constitution du 25 février 1992. La procédure est lancée, avec en Chef d’Orchestre Maitre Kassoum Tapo, avocat, ancien bâtonnier, ancien député, conseiller du Président de la République, et surtout, premier Président de la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante). Il a une maîtrise parfaite de l’appareil de l’État, il a le verbe, la capacité d’argumentaire et de persuasion hérité de son métier. Qui mieux que lui donc, du haut de son tout nouveau titre de Ministre des droits de l’homme et de la réforme de l’État, pour mener cette bataille ?

Comme d’habitude, j’épluche minutieusement les sites d’information et les réseaux sociaux qui sont devenus un vrai pouls de la société civile malienne. Mes pensées prennent une tournure profonde, et je sens monter dans ma gorge un goût amer qui n’est certainement pas dû uniquement au jeûne du Ramadan. Je lis toutes ces réactions, tous ces commentaires, avec d’ores et déjà des positions fermes pour le « NON » au prochain référendum qui devra définitivement statuer sur le sort de l’éventuelle future nouvelle constitution.

Alors que j’entreprends la lecture du document d’une cinquantaine de pages qu’un ami m’avait adressé par courriel, la fraîcheur matinale me rappelle paradoxalement la chaleur étouffante des mois de juin au Mali …

Je me sens presque soulagée. Je viens de lire les premières lignes, on y parle du « principe intangible de l’intégrité du territoire national et de la souveraineté nationale », on y parle de la « détermination à maintenir et consolider l’unité nationale » … Certains passages m’enchantent, je poursuis ma lecture, plutôt confiante. A la page 44, je lis les articles 135 et 136, et je fais une pause. Je relis, je réfléchis, je scrute, et j’analyse. De quoi parle-t-on ? De décentralisation ou d’autonomisation ? Il est écrit que « les collectivités territoriales s’administrent librement par des conseils élus … ». Librement. Comment est-ce que cela se traduira dans la réalité ? Jusqu’où ira cette « liberté » de gestion ?

Les possibles réserves de pétrole, de gaz, l’exploitation des gisements d’or, tout ceci sera-t- il administré « librement » par les collectivités territoriales, comme pourrait le laisser présager l’article 71 du projet de révision ?

Cette « liberté » mènera-t-elle machinalement à la réalisation du rêve d’Azawad tant caressé par certains, durant toutes ces années ? Serions-nous, sans crier gare, dans le sillage du Sud-Soudan ? En 2003, dans le cadre de mes activités associatives, j’effectuais des collectes de fonds pour venir en aide aux réfugiés du Darfour. Ce mot qui a longtemps plané dans les médias, évoquant cette région du monde en proie à une crise immonde, a presque disparu des esprits aujourd’hui. Après 21 ans de guerre et de crise, opposant une rébellion séparatiste au Sud et l’État central de Khartoum, un accord de paix fut signé au Kenya entre le gouvernement et la SPLA (Armée populaire de libération du Soudan) en 2005. Quatre points majeurs étaient retenus, parmi lesquels, la question de l’autonomie du Sud-Soudan et le partage du pouvoir et des ressources. Six ans plus tard, en 2011, un référendum est organisé et l’indépendance du Sud Soudan est proclamée … Quel lien avec le Mali, me direz-vous ? Peut-être aucun.

Les journaux écrivent que le projet de constitution prend en compte les clauses de l’Accord d’Alger, valorise les acquis des précédentes tentatives de révision constitutionnelle et corrige les insuffisances de la Constitution du 25 février 1992. Le Chef d’Orchestre martèle que la seule justification de cette révision est le confort de notre démocratie, une exigence de la situation politique … Pourtant, la constitution de 1992 ne nous a guère empêché de vivre le cauchemar de 2012. La réviser en 2017, dans les conditions engagées, garantira-t-il un Mali harmonieux ?

A l’heure où la présence des institutions est compromise sur une part importante du territoire national, à l’heure où même le Président de la République ne peut se rendre dans la vile de Kidal, à l’heure où la menace de guerre civile gronde, où des affrontements inter-ethniques surviennent sporadiquement dans certaines régions du pays, à l’heure où les trafics en tous genres perdurent, où des milliers d’enfants ne vont pas à l’école, à l’heure où des millions de maliens sont déplacés ou réfugiés, désœuvrés, où nos soldats meurent au front, à l’heure où le Mali est classé au plus bas de l’échelle des pays les moins développé au monde, à la 176ème place sur 187, à l’heure où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté … réviser la constitution, engloutir des millions de Francs CFA dans l’organisation d’un référendum, soulever un débat risquant de mettre le pays à feu et à sang, sans dialogue patient et inclusif, précipitamment, pour seulement «le confort de notre démocratie», est dangereux, est nauséabond, est suspect …

Tous ces arguments se bousculent dans ma tête, et je me mets à songer à mon dernier voyage dans la région de Mopti, ses paysages, la douceur de l’atmosphère alors que la pinasse sur laquelle j’avais embarqué glissait langoureusement sur le flanc du Djoliba, au son des conversations animées au fur et à mesure que le soleil montait dans le ciel … Et elle, qui était là, assise près de moi, le regard franc, le rire limpide laissant entrevoir une rangée de dents blanches qu’elle récurait frénétiquement avec un cure-dent taillé dans un de ces arbres à l’écorce savoureuse. Koumba semblait avoir la quarantaine, elle disait n’être pas allée bien longtemps à l’école, et avait déjà presque tout oublié de ce qu’elle y avait appris. Elle avait dû abandonner pour se marier, à présent, mère de quatre enfants, elle empruntait régulièrement cette pinasse pour se rendre au marché de Mopti. Son panier en osier posé à ses pieds contenait sa marchandise : des bijoux en perles confectionnés par ses soins, à la lueur de la lampe à pétrole, alors qu’elle avait terminé ses corvées de la journée. Elle espérait tirer un bon prix de ses créations, et plissait des yeux de malice lorsque je lui expliquais qu’elle pourrait créer sa propre marque « KOUMBIS, Hand Made In Mali », et que les rares touristes qui osaient encore s’aventurer par ici en raffoleraient.

Koumba n’avait aucune idée de ce qu’était le Mali dans ses frontières. Ses repères à elle, c’était son village lové au bord de ce fleuve, ces terres qu’elle traversait

quotidiennement à la recherche de sa pitance … Elle ignore certainement qu’il existe ce document appelé « Constitution », censé régir sa vie, censé lui assurer paix et sécurité, accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, manger à sa faim, garantir l’éducation de ses enfants. Koumba ignore peut-être qu’une bataille était engagée et que, dans quelques jours, elle devrait se rendre aux urnes pour dire si OUI ou NON, elle acceptait que des hommes assis dans une salle climatisée, ignorant tout de ses soucis quotidiens, pouvaient continuer à profiter de leurs privilèges, et prétendre s’occuper de son sort.

Alors que je tournais les pages de ce projet de constitution, et que je percevais l’indignation de ces millions de jeunes, à propos de la volonté de création d’un Sénat dont le poids financier ne ferait que peser davantage sur l’échine du contribuable, de la tentative d’augmentation du pouvoir du Président de la République, et tous ces autres points sur lesquels l’ombre du doute plane, moi, Hawa, je me demandais ce que la belle Koumba à la peau d’ébène, pouvait bien penser de tout ceci.

N’est-ce pas de cela que nous devrions tirer la substantifique moelle de tout ce remue-ménage ?

L’enjeu est de taille. Je passe en revue ces situations qui m’inquiètent, comme pour tempérer ma fougue, mon envie de tout faire briller, de faire germer cet espoir tant convoité … La jeunesse malienne l’a compris. Elle n’a sûrement pas tous les éléments en main, mais son instinct de survie l’a fait se dresser immédiatement. Les mouvements spontanés organisés, réprimés, n’ont de cesse de prendre de l’ampleur.

Le Chef d’Orchestre a bien compris que le pari est loin d’être gagné. Tel dans les tribunaux qu’il a tant pratiqués, il s’affirme en défenseur du projet.

Ici, j’écris ces quelques lignes, pour dire NON à ce projet de révision de la constitution du Mali, dans sa forme actuelle, dans la situation actuelle du pays, dans le laps de temps imparti.

Je sais que dire OUI ou NON ne changera pas la vie de ces populations entassées dans des bidonvilles. Dire OUI ou NON ne rallumera guère la lueur de l’espoir dans le regard de ce jeune diplômé, prêt à tout pour prendre le sinueux chemin du ventre sombre de la Méditerranée, à la recherche d’une meilleure destinée.

Je me lève. J’ai chaud, mon cerveau bouillonne. Je jette dans la corbeille de papier le document dont je viens d’achever la lecture. Lasse, au fond de moi, je sais déjà qu’il sera la source du sang versé inutilement de l’espoir d’une mère.

Et ça continue.

OUI ou NON. Est-ce une question ?

OUI ou NON à la vie ? OUI ou NON à la dignité ? OUI ou NON à l’espoir ? OUI ou NON à nos valeurs ? OUI ou NON au vivre-ensemble ?

OUI ou NON dans l’urgence. Cette urgence, suspecte, cette urgence, une trappe …

Par Hawa Dème,

Jeune Leader Malienne

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La nouvelle loi constitutionnelle est-elle opportune ?

La constitution version hyper « présidentialisée » vient d’accoster les côtes maliennes. La constitution est la loi fondamentale pour tout pays. Elle trace les limites de chaque pouvoir et définit leurs compétences.

Ce texte est d’une importance absolue pour un État et s’apparente à la Bible pour le chrétien et au Coran pour le musulman. La chambre d’enregistrement des décisions royales (l’assemblée nationale) vient d’entériner la nouvelle loi constitutionnelle à 111 voix pour et 35 voix contre. Mais au delà de toute passion et critique les vraies questions qui doivent débattues sont les suivantes :

- Cette révision était-elle opportune ?

- Quelles sont les nouveautés de la nouvelle constitution ?

- Est-ce une bonne révision constitutionnelle ?

- Le prince est t-il est devenu roi ou empereur ?

Il convient d’apporter les éclaircissements nécessaires à ces questions pour renseigner le citoyen lambda qui est déconnecté de ces notions juridiques.

Sur l’opportunité de la réforme :

Les détracteurs diront que la révision est inopportune car l’État a enclenché des processus de maintien de la paix notamment la conférence d’entente nationale dont la charte pour la paix est toujours attendue; et les partisans diront circulez il y a rien à voir ou à critiquer.

L’analyste cohérent s’inscrira dans une démarche plus rationnelle. La nouvelle constitution est le fruit d’un long processus. En effet, au début des années 2000, un processus de réforme avait été enclenché. Il se soldera par un échec. Le président ATT (Amadou Toumani Touré) dans sa volonté de renforcer les institutions est lui aussi allé dans le même sens en 2011 et a connu le même sort.

La révision constitutionnelle est certainement opportune compte tenu des accords signés par le gouvernement et la faiblesse des institutions. Toutefois, dans un pays déchiré et qui repense ses plaies, ce projet, devait préalablement à son adoption en conseil de ministre, faire l’objet d’une grande concertation entre les forces vives de la Nation.

La nouvelle constitution adoptée par les parlementaires apporte-t-elle des nouveautés ?

Oui certainement, la nouvelle constitution a changé complètement la physionomie du pouvoir exécutif. Dans la constitution du 25 Février 1992, article 38, la démission du premier ministre était le moyen constitutionnel de démettre celui-ci de ses fonctions. Avec la nouvelle, il pourra être révoqué directement par le président.

1. Désormais, le Président déterminera la politique de la nation contrairement à l’article 53 de la constitution du25 Février 1992 qui confiait cette prérogative au Gouvernement.

2. La nouvelle constitution crée entre autre une Cour des comptes conformément aux recommandations de l’UEMOA pour vérifier, apprécier la régularité et la sincérité des comptes publics de même que le respect strict de la procédure budgétaire.

3. Elle crée un sénat qui devient de facto la seconde chambre du parlement. Le parlement n’est donc plus monocaréral mais bicameral.

Les sénateurs seront élus (au suffrage indirect) en partie et un tiers pourra être désigné par le Président de la République.

4. La Cour constitutionnelle devient la 5° institution du pays dont le président sera nommé par décret du Président de la République. Elle recevra le serment du Président contrairement à l’article 37 de la constitution du 25 Février 1992, qui attribuait cette prérogative à la Cour suprême.

5. La Haute cour ne fait plus partie des institutions de la république et le président devient totalement irresponsable pendant l’exercice de son mandat. Il ne peut être mise en cause ni judiciairement ni politiquement

6. Aussi le président pourra réviser la constitution uniquement à travers le congrès (assemblée nationale et sénat réunis) sans passer par référendum sauf pour le cas du changement de mandat présidentiel.

Cette révision constitutionnelle est-elle équilibrée ?

Absolument pas. Les pouvoirs du président sont nettement renforcés. La nouvelle constitution devait avoir une approche plus équilibriste et devait plutôt renforcer les pouvoirs des autres institutions pour constituer de véritable contre poids à l’exécutif.

« Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » assure Montesquieu.

Ceci n’a pas été fait et pourrait être problématique par la suite. Ce qui nous amène à notre dernier point qui fait du Président de la République un hyper président.

Le prince est t-il est devenu roi ou empereur ?

Cela est réellement le véritable danger. Donner autant de pouvoir à une personne est problématique. Le régime présidentialiste confère déjà des pouvoirs immenses à l’exécutif. Notre révision constitutionnelle accroît la puissance du président qui, du statut de prince pour reprendre la terminologie de Machiavel devient un véritable roi.

Il devient intouchable. Nous savons pertinemment que l’homme a tendance à abuser du pouvoir d’autant plus lorsque nous sommes en Afrique.

Le destin de toute une nation repose entre les mains de Soundjata désormais (quoique contrairement à la tradition orale ce dernier ne s’est jamais arrogé tous les pouvoirs), sans mécanisme efficace de contre pouvoir.

Pour conclure, cette nouvelle constitution, bien qu’elle contienne certaines avancées, est très dangereuse dans sa forme actuelle ; surtout dans un État où la moitié de la population ne sait ni lire ni écrire et ne comprend que très peu le mécanisme de fonctionnement de l’État. On doit renforcer certes les institutions pour le salut du peuple mais non pas le faire à des dessins personnels.

Or, on a l’impression que cette dernière motivation est plus importante que la volonté réelle de consolider les institutions. Prenons garde de ne pas tomber dans l’excès, comme en Turquie, avec le Président Recep Tayipp Erdogan.

Le Mali joue une partie de son histoire le 09 juillet. Voulons nous d’un hyper président ou de meilleurs institutions démocratiques ?

Fait à Bamako le 13 Juin 2017

Hamidou DOUMBIA

Président de l’association Act 1

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Lettre ouverte à Emmanuel Macron, par Professeur Adame Ba Konaré

Le dimanche 7 mai, à 20 h précises, le visage du nouveau président  français apparaît  sur les écrans de télévision et ce visage est celui d’un homme jeune de moins de quarante ans, le plus jeune président de l’histoire de la France, depuis Napoléon. Un président qui n’a jamais brigué un poste électif avant les présidentielles, quasi inconnu des Français jusqu’à son passage comme secrétaire général adjoint de l’Élysée puis comme ministre des Finances de François Hollande. Un président parti de presque rien, si ce n’est de ce mouvement En marche qu’il a fondé il y a à peine une année.

La récompense de l’audace, qui n’est pas loin du yes we can  de Barack Obama ? Oui, assurément !

Ce président, auquel on ne s’attendait pas, qui vient faire un pied-de-nez à la galaxie clivée des partis traditionnels, de droite comme de gauche, aux ténors usés sous le harnais de plus de trois décennies de luttes étripées les uns contre les autres va, s’enthousiasme t-on, « réinventer la France », apporter un baume rafraîchissant dans les cœurs et les esprits.

On dit que la France va « redevenir le centre du monde, renouer avec ses valeurs. »

« De l’air frais », nous laissent entendre certains commentateurs. Sur  CNews, dans une émission du 8 mai, un débatteur affirmera que ce nouveau président a de la chance et que cette chance – là, il va la reporter sur la France. Très africain comme analyse. Très africain comme croyance : on dit là-bas que la chance d’un pays est dans le bonnet de son chef.

Il va, croit-on également, combler « le vide émotionnel » causé par le régicide dont a été coupable le peuple français au XVIIIe siècle, en réincarnant cette figure royale qui manque tant à la France. Le rêve fantasmagorique !

Il est donc là, ce nouveau président, jeune et beau. Beau comme un Dieu grec, ou comme une star de cinéma. Mais ça, c’est une autre histoire…

Rassembler est le mot d’ordre, le projet politique d’En Marche, son mouvement. Prendre un peu à droite, un peu à gauche, un peu au centre, sa stratégie.

C’est à ce président que j’adresse cette lettre ouverte en tant que citoyenne de l’Afrique.

En Marche ! Une opportunité historique

Monsieur le Président, vous avez pointé du doigt le désarroi français L’une de vos exigences, avez-vous dit, est de « rendre aux Français cette confiance en eux depuis longtemps affaiblie parce que depuis des décennies, la France doute d’elle-même ».

Désarroi, oui, puisque, comme pour appuyer vos propos, le PS aura enregistré son plus faible score depuis cinquante ans, et la droite se sera disqualifiée pour la première fois.

Vous avez renouvelé les règles du jeu. Il est symptomatique qu’il vous ait suffi d’une toute petite année, d’avril 2016 à avril 2017, pour créer et mettre en marche votre mouvement En Marche ! Vous avez renvoyé dos à dos les traditionnelles Gauche et Droite. Vous les avez endiguées dans une espèce de fusion qui n’est pas  loin d’une certaine forme de consensus.

Certainement, en Europe, vous allez faire des émules !

En Afrique, cette voie a été  déjà expérimentée. Au Mali, mon pays, dans les années 1990, elle a été prônée pour faire face aux situations quasi-anarchiques consécutives à la  fin du régime à parti unique et a l’avènement de la démocratie.

Elle est aussi recommandée depuis des années par la communauté internationale pour stabiliser les pays fracturés, telle que la république démocratique du Congo, ou pour juguler des crises menaçant la paix.

Voyez-vous, monsieur le Président, ce qui semble être une expérience inédite pour la France, est une  réalité pour Afrique qui  en tire déjà les leçons et en signale les dangers.

Les présidents ayant opté pour cette alternative sont accusés de « débauchage  et de volonté de casser les partis politiques », partis sans lesquels, l’on ne saurait parler de démocratie.

Cette situation est perçue aujourd’hui comme la confiscation du pouvoir par une minorité d’hommes politiques qui font de leur pays un gâteau à partager. Quant aux personnalités de la société civile cooptées, elles apparaissent comme des « opportunistes » qui, sans participer aux combats politiques, profitent d’un cadeau obtenu sans effort.

Dans ces conditions, comment opérer la convergence entre votre innovation et l’expérience africaine ? Quels enrichissements en tirer de part et d’autre ?

Je m’interroge : que vont devenir les ersatz africains des partis politiques français, ceux se disant de gauche comme de droite ? ou encore centriste, centre-gauche, centre-droite… ? Ces partis traditionnels sont surtout bousculés par d’autres formations, qui n’utilisent pas le nom de partis politiques mais qui sont là, partie prenante du jeu politique, et très actives sur le terrain. Ce sont toutes ces associations corporatistes ou islamiques.

Je n’entends pas être Cassandre mais ne faut-il pas euthanasier l’ensemble des partis politiques en les remplaçant par quelque chose de plus extensible et qui va au-delà de leurs énoncés aux bases sclérosées ?

A l’évidence, est révolu le temps des grandes idéologies univoques dominatrices et à prétention universelle.

En Marche !  Pour une visite au Mali

Le 19 mai, monsieur le Président, en votre qualité de Chef suprême des Armées vos premiers pas sur le sol africain vous ont conduit au Mali, pour visiter la force Barkhane engagée dans la guerre du Sahel.

Vous êtes directement allé à Gao, où sont concentrées les troupes de la force Barkhane. Les images font revivre ce qui semble déjà être votre style : démarche solennelle et lente lorsque vous passiez les troupes en revue, sans tapis rouge, comme lorsque vous traversiez la cour de l’Elysée le soir de votre élection. Puis, inversion de tableau, où à la cantine, votre plateau-repas en mains, vous vous êtes installé, très décontracté, vous leur Chef suprême, côte à côte avec vos soldats pour partager leur repas, presque en osmose avec eux. Vous les avez rassurés et exprimé votre détermination : « exigent, lucide, toujours présent » tout en évitant d’exposer leurs vies. Par delà la France et vous-même, fervent Pro-européen, vous avez exprimé votre souhait pour plus de coopération de l’Europe et de l’Allemagne, particulièrement, en interpelant nommément madame Merkel.

Vous y avez affirmé l’engagement militaire de la France pour la sécurisation des territoires face aux groupes jihadistes jusqu’à l’éradication complète du jihadisme.

Devant le président malien, vous avez souhaité que « l’engagement militaire soit accompagné d’une stratégie de développement. »

On a noté ce qui pourrait être une mise en garde dans votre entretien téléphonique avec le président algérien lorsque vous survoliez son territoire : « je n’enverrai pas nos soldats se faire tuer si tous les gouvernements responsables de la situation localement ne prennent pas l’intégralité de leur responsabilité. »

Vous avez dit continuer avec le dossier du Nord Mali tel que l’a enclenché le président François Hollande.

Votre discours, pareillement, s’inscrit en droite ligne de celui de votre prédécesseur et de ses anciens ministres, notamment Laurent Fabius et de Jean-Yves Le Drian, par exemple lorsque vous dites « on ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l’égard de mouvements terroristes (…) et mot pour mot : « nous serons intraitables. » « Nous avons besoin de poursuivre et d’accroître notre engagement (…) Il restera de haute intensité ici au Sahel… »

Et pourtant, votre champ de bataille, le Sahel, est miné, tant au propre qu’au figuré, monsieur le Président. Les populations du Nord Mali le savent. Ne vous laissez pas emporter par la seule fougue guerrière. N’exaltez pas la seule solution militaire.

Osez trancher le nœud gordien, Monsieur le Président, dans vos procédés discursifs en direction de l’Afrique comme vous l’avez fait avec la France et l’Europe.

Elargissez votre champ d’analyse tant pour cette question précise que pour toutes les autres questions concernant les destinées communes de l’Afrique et de l’Europe. Toute solution envisagée devra être partagée, avec méthode et discernement, en rompant avec les recettes unipolaires et usées.

En Marche ! Avec des mots forts

Vous avez dit, monsieur le Président,  que « nous sommes à l’orée d’une extraordinaire renaissance », et déclaré vouloir « mettre l’innovation au cœur de votre action. » Deux déclarations fortes. Alors faites en sorte, monsieur le Président, d’innover aussi dans les relations de la France avec l’Afrique afin que nous soyons vraiment à l’orée d’une « extraordinaire renaissance. »

Vous projetez de “corriger les excès du cours du monde.” Dans cette entreprise, pensez à l’Afrique, monsieur le Président.

« Je veux l’unité de notre peuple », avez-vous dit. Vous proclamez que vous voulez « une France qui sache inventer l’avenir ». Fort de cette détermination, préemptez l’espace franco-africain, monsieur le Président, dans la verticalité, pour « inventer l’avenir » avec cet espace.

Union, rassemblement, amour… voici des mots que vous avez martelés, des mots pleins d’empathie, face à ces défis, si caractéristiques des temps de crise. Les grandes nations savent que ce sont là des mots magiques à même de concocter des recettes idoines pour sortir des périodes de déconfiture.

Votre arrivée  devrait être une opportunité pour l’Afrique et le monde, monsieur le Président. Elle correspond à l’un de ces moments de chambardement et de rupture radicale qui portent les germes de nouveaux départs, et dont  seule l’histoire a le secret. Chaque pays, chaque nation, avant de dompter les forces de rééquilibrage, connaît des périodes de fracture où tous les voyants affichent le rouge.

« Présider autrement, c’est maintenant », avez-vous dit à la mairie de Paris aux côtés d’Anne Hidalgo, maire de Paris, le jour de votre investiture.

À Berlin, auprès de la Chancelière Angela Merkel, vous avez annoncé votre volonté de « refondation historique de l’Europe ». Vous avez affirmé que vous seriez « un partenaire franc, direct et loyal ».

Imprégnée de vos  mots,  je vous demande, Monsieur le Président, d’être pour l’Afrique ce partenaire franc, direct et loyal qui saura préserver la dignité de ce continent berceau de l’humanité mais qui porte toujours en lui les meurtrissures causées par l’esclavage, la traite et la colonisation que l’Europe lui a fait subir.

Le défi africain du président Macron

« L’Europe et le monde nous regardent », avez-vous affirmé. J’entends fort bien, monsieur le Président même si j’aurais aimé que vous ayez une phrase pour l’Afrique, que vous citiez nommément l’Afrique, car ce qui va se jouer en Europe ne peut pas se définir en dehors de l’Afrique.

L’Europe n’a pas de devenir sans l’Afrique. Son avenir n’est-il pas plutôt à la fois européen et africain, ne serait-ce qu’à cause des problèmes d’immigration, de terrorisme ou d’écologie ?

L’Europe pourra -t-elle  survivre dans son confort à quelques encablures d’un continent de très grande pauvreté ? Sûrement non et c’est pour cette raison que l’avenir des deux continents doit être aménagé en commun.

On vous dit agile, plein d’intelligence et de virtuosité, monsieur le Président. Déployez une partie de ces talents sur l’Afrique ! Osez aborder avec nous et de façon franche, les problèmes qui engagent nos destinées communes.

Nous pensons déjà, monsieur le Président, que vous devriez inscrire l’Afrique dans le projet dont vous rêvez pour la France, pour l’Europe et pour le monde.

Il vous revient une tâche bien délicate mais oh combien noble, qui mette au pilori tous les vieux poncifs coloniaux et néo-coloniaux tenaces dans votre pays et en Europe : celle de définir et de mettre en oeuvre une stratégie globale pour l’Afrique, une stratégie ambitieuse et courageuse que vous partagerez et accomplirez avec l’Afrique.

Monsieur le Président, repensez la politique africaine de la France ! Quelle politique française pour l’Afrique ? C’est un débat de fond qu’il faut engager. Osez assumer votre fougue ! Permettez à votre intelligence d’être au service du défi à relever.

Oui, monsieur le Président, votre défi sera de repenser les relations franco-africaines, de les mettre en mouvement, de les normaliser, c’est-à-dire de les rendre plus égalitaires, mutuellement avantageuses, en mettant fin à la politique des réseaux et du « copain-copain » à l’endroit des chefs d’État africains.

Pour y parvenir, inscrivez-vous dans une dynamique de collaboration sans arrogance ni paternalisme, sans triomphalisme, en sachant que ce continent a encore besoin d’aide.

Décomplexez les relations franco-africaines en apportant vision neuve et comportements nouveaux. Condescendant, le discours de la France peut l’être, tant elle apparaît toujours aux Africains comme une puissance coloniale. Or elle est souvent bien trop frileuse dans ses déclarations. Quand elle hausse le ton, on la dit arrogante, et pour éviter ce faible risque, elle adopte des précautions de langage tellement surfaites qu’elles versent dans la démagogie. N’a-t-on pas trop entendu des formules comme « mon frère et mon ami », « j’aime les Africains », etc. là où un langage franc, direct, mais respectueux et loyal eut été de mise ?

De François Mitterrand à François Hollande, chacun de vos prédécesseurs a tracé ce qui semblait être sa feuille de route, avec plus ou moins de bonheur et de réussite mais aussi de ratés. On dit que le discours de La Baule de François Mitterrand a impacté les révolutions africaines, en débouchant sur la démocratie pluraliste ici et là en Afrique, avec les conférences nationales organisées au Congo-Brazzaville, au Togo, ou encore au Mali. Relativisons, le terrain était favorable, les contestations contre les dictatures déjà en marche.

Vos deux derniers prédécesseurs ont tous brandi leur volonté d’opérer une rupture radicale, manifestant leur ardeur d’en finir avec la France des réseaux parallèles et occultes, une volonté de rupture avec la « Françafrique ».

Pourtant, cette Françafrique existe toujours. Elle se manifeste à travers les sommets France-Afrique aux allures de « liturgies laïques », budgétivores dans leur organisation, néocoloniale d’une certaine façon dans leur conception actuelle, la France restant toujours la grande patronne. Ces sommets croulent sous le poids de discours lyriques, d’auto-satisfécits aux relents démagogiques et complaisants tandis qu’en arrière-fond subsistent ces vieilles peurs coloniales présentes chez les chefs d’État africains qui, hantés par la force de nuisance du maître de l’Élysée, redoutent, à tort ou à raison, sa capacité de les « faire » et surtout de les « défaire ».

Au-delà de tout ça, la Françafrique, c’est le business (parfois crapuleux), les réseaux mafieux, l’argent sale circulant entre l’Afrique et la France.

Les soutiens, la solidarité avec les chefs d’Etat africains s’étendent à d’autres sphères de fraternité et de reconnaissance mutuelles qui ne concernent que la cour « des Grands » : Franc-maçonneries, Rose Croix, Internationale Socialiste…

La majeure partie, sinon l’ensemble des présidents actuels de la bande sahélienne appartiennent à l’Internationale–socialiste : le Niger, le Mali, le Burkina Faso.

 L’Internationale–socialiste a le vent en poupe !

L’Afrique ne se ramène pas à ses chefs d’Etat et à ses ministres, monsieur le Président, tout comme la France ne se ramène pas aux réseaux de la Françafrique : il y a ici et là une opinion publique – quand bien même elle est plurielle – il faut l’informer et l’éduquer ; la France doit s’adresser à elle, ici et là-bas, et les compétences pour ce faire ne manquent pas : ce sont les universitaires, les chercheurs, les spécialistes de l’Afrique, mais aussi les hommes et femmes de terrain. Les analyses de ces hommes et femmes vous seront plus utiles que celles qui jouent sur la peur ou sur les intérêts à courte vue. Leurs analyses vous seront aussi utiles sinon plus, que celles de Conseillers au profil plus politique que scientifique. Leurs analyses vous seront plus utiles que celles de célèbres « Messieurs Afrique », agissant dans l’ombre des services secrets et des circuits obscurs, tel que le fameux réseau Focard et ses émanations, des perles que l’on croit rares, mais qui sont aussi rares que sont nombreux les vrais spécialistes de l’Afrique.

Le repositionnement de l’Afrique

J’entends dire qu’il appartient aux Africains de prendre eux-mêmes leurs responsabilités pour sortir de cette dépendance dans l’indépendance, de prendre en mains leurs destinées, en mettant de l’ordre dans leur façon de gouverner, avec des dictateurs et pseudo-dictateurs et autres apprentis-sorciers ça et là. Sans réfuter ces prises de position, je dis que cela fait près d’un demi-siècle que nous rabâchons tous ces discours et plus nous les rabâchons, plus d’étau de l’ancienne puissance coloniale se resserre sur nous.

Je dirai que nous sommes dans l’interdépendance avec l’ancienne puissance coloniale.

Tout est tellement enchevêtré, les relations tellement multidimensuelles !

Dressons ce tableau, posons-nous cette question, qui relève du seul truisme : que sera la France sans l’apport de ses anciennes colonies, sans l’apport des immigrés, tant sur le sol français, européen et africain même. Tablons sur le donnant-donnant, le gagnant-gagnant. Dans les rues de Paris, j’observe les courageux techniciens de surface, je vois de plus en plus de femmes baby sitters africaines avec des enfants « Blancs », dans les magasins on retrouve cette même main d’œuvre noire tant au niveau de la sécurité que de la manutention. Je ne comptabilise pas les étudiants, les chercheurs, les artistes, les sportifs, les créateurs et autres cadres, les relations amicales et parentales nées d’un long parcours commun, le partage de la langue française et que sais-je d’autre…

Si nous sommes tous d’accord pour dire que l’arrivée du Président Macron en France constitue un événement majeur, m’adressant à mes concitoyens africains, alors, je dis : cette opportunité-là, il nous faut la saisir. Marquons le nouveau président Français, scotchons-nous à lui, assiégeons son esprit, provoquons chez lui l’électrochoc capable de changer la donne.

Nous parlons de partenariat, de liens complémentaires ; alors, arrêtons d’hypostasier nos jugements sur une Afrique où tout va se régler par incantation.

Renouvelons nos discours, dans la clairvoyance et dans la lucidité. Saisissons le formidable renouvèlement du jeu politique en France pour nous réinventer. Inventons un autre paradigme avec des mots-clés, seulement des mots d’AMOUR : partenariat, solidarité, respect mutuel, empathie, humanisme, fraternité des cœurs, interdépendance, échanges réciproques, paix…

L’espoir en marche

Pourquoi tous ces développements, monsieur le Président ? Parce que j’ose espérer en vous, car :

- On a appris que, au sortir de l’ENA, vous aviez choisi de faire votre stage en Afrique, au Nigeria précisément, et non en Europe ou en Amérique.

- Pourquoi ne pas espérer en vous, monsieur le Président ? En pleine campagne électorale, vous avez pris le risque de vous aliéner une certaine frange de l’opinion française qui professe que la colonisation a eu des aspects positifs, en proclamant haut et fort et en assumant courageusement, lors de votre visite à Alger, que la colonisation était un crime contre l’humanité. Alors qu’un de vos devanciers avait évoqué des aspects positifs de la colonisation et qu’un autre disait de l’Afrique qu’elle n’était pas encore entrée dans l’histoire…

Permettez-moi, monsieur le Président de terminer sur ce vœu particulier : alors que sont certainement à saluer les efforts de parité de genre et la diversité de l’outil exécutif du gouvernement que vous venez de composer, on ne peut pas ne pas remarquer qu’il comporte deux départements consacrés à l’Europe : le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères et le ministère des Relations avec l’Europe. Singulièrement, et quand bien même les approches et résultats étaient discutables, les ministères de la Coopération ou du Développement, où étaient domiciliées les Affaires africaines ont disparu.

Monsieur le Président, là aussi, pour bien marquer votre volonté de renouveau audacieux, un ministère des Affaires africaines aurait été le bienvenu.

Bon vent, Monsieur le Président !

Ce jour 24 mai 2017

Prof. Adame BA KONARÉ

Historienne

Ancienne Première Dame du Mali.

Bamako-Mali.

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Madani Tall à propos d’Emmanuel Macron : « La volonté déplace les montagnes »

Les citoyens de France ont encore montré la force de leur volonté. Ce qui frappe chez Emmanuel Macron n’est pas sa jeunesse, mais le fait qu’il ne soit le représentant d’aucun parti dit important. C’est David contre les Goliath.

C’est un choix à la fois généreux et audacieux, porteur d’espoir et de changement. D’aucuns veulent réduire cette victoire, diminuer son mérite. Or là où dés le début sa réussite était improbable, il est arrivé premier, là où l’on estimait son adversaire à 40 %, il marque nettement la différence.

Sa tache est lourde, car de son bilan dépendra la monté ou pas de l’extrémisme aux prochaines échéances. Or le paradoxe français voudrait qu’il réussisse tout en lui refusant une majorité législative.

Les voici déjà à vouloir lui imposer une cohabitation, sauf que la cohabitation est un concept droite-gauche. Or Macron n’est ni de l’un ni de l’autre, il rend possible une rupture, une révolution citoyenne. Un nouveau courant ouvert à tout le monde.

Personnellement, je ne suis pas en faveur de la loi travail qui défavorise les plus pauvres. Hormis cela, je suis heureux de voir cet homme écrire son destin en même temps que celui d’une grande nation.

Madani Tall

Madani Tall

Madani Tall
http://madani-tall.com/

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« Le travailleur malien vit de plus en plus mal », dixit Issa Fakaba Sissoko, syndicaliste

La célébration 2017 de la Journée mondiale du travail intervient dans un contexte où le travailleur malien vit de plus en plus mal comparativement à celui d’autres pays, malgré « la bonne santé de notre économie » ventée par les autorités. Sous emploi, emploi précaire et chômage se disputent chez les jeunes devenus de candidats potentiels au jihad et à l’extrémisme violent. L’argumentaire brandi par les autorités, selon lequel « l’Etat n’a pas les moyens de satisfaire les revendications », a véritablement du mal à résister à la contestation. Face au train de vie extravagant d’une classe dirigeante qui n’a que faire de la classe moyenne, lorsque les autorités saluent le 3ème rang de notre économie dans la zone UEMOA, et lorsque le pays possède dix mines d’or, faisant de lui le troisième producteur en Afrique, l’envie chez le travailleur de réclamer plus, devient légitime. Et difficile d’avaler l’argument que les « revendications syndicales sont maximalistes ». Explications.

Pour ce 1er mai 2017 la condition du travailleur malien méritait toute l’attention des autorités. Il intervient dans un contexte d’extrême précarité pour les travailleurs du secteur public que privé. Un contexte aussi marqué par la grogne sociale à tous les niveaux. Enseignement, justice, impôts, banques, transports, santé, mines, etc. En trois ans du régime Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali a battu le record de grèves dans la sous-région. Si une issue a été négociée pour les travailleurs du secteur de la justice et de la santé, les enseignants de tous les ordres d’enseignement restent dans la rue. Ils ne réclament que de meilleures conditions de vie.

En clair, tous les secteurs socioprofessionnels du pays ont observé un ou des arrêts de travail ces dernières années. La nouvelle donne dans ces grèves au Mali, c’est particulièrement le caractère radical des mots d’ordre, marqués des arrêts de travail illimités.

La multiplication de ces grèves est fondamentalement le signe d’un malaise social. Depuis quelques temps la demande sociale se fait de plus en forte. La cherté de la vie, notamment le coût élevé du loyer, de l’eau, l’électricité, les denrées de premières nécessité ont imposé aux ménages des dépenses supplémentaires. Pas vraiment surprenant que les travailleurs demandent plus. Observer un mouvement de grève est donc un droit consacré pour les travailleurs.

Condamné à vivre dans la précarité !

La radicalisation des mouvements de grève peut bien se comprendre lorsque certaines comparaisons font froid dans le dos. Par exemple au Burkina Faso, l’indice plafonné chez le travailleur de la catégorie « C » est de 1.100, tant dis que qu’au Mali, il est 920 pour le travailleur de la catégorie « A ». La valeur indiciaire est de 500 au Burkina Faso, alors que qu’au Mali elle est passée à 400 au mois de janvier dernier seulement. Le Burkina n’est pas le Mali, mais le dernier a plus de potentialités économiques que le premier.

Dans la sous-région le travailleur malien est donc est le moins payé. Pourtant ce n’est pas faute de ressources financières comparativement à certains pays où le salaire est plus élevé. Les autorités maliennes se ventent que le pays est la « 3ème économie de l’UEMOA » après la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Si ce classement en termes de budget, il témoigne en revanche que l’économie se porte bien en termes de ressources. Et si cette économie se porte bien, c’est sans doute à causes potentialités économiques du pays, notamment la dizaine de mines d’or opérationnelles dans le pays et qui fait du Mali 3ème pays producteur d’or après l’Afrique du sud et de Ghana. Les ressources nationales sont reparties de manière inéquitable au Mali, où une minorité s’empare de l’essentiel de la richesse. Conséquence : la jeunesse désœuvrée à cause du chômage et l’emploi précaire devient une cible potentielle pour d’éventuels recruteurs jihadistes ou d’extrémisme violent. D’autres choisissent les routes incertaines de l’immigration pour finalement périr sur la mer ou sur le désert.

Bref, difficile donc de croire en l’argumentaire des autorités que « le pays n’a pas les moyens de satisfaire les revendications des travailleurs ». Lors qu’un pays « n’a pas les moyens », ou lorsqu’il sort d’une crise, ses dirigeants donnent l’exemple à travers la bonne gouvernance, la réduction de leur train de vie et la suppression de certaines dépenses de prestige. Au Mali, l’exemple est loin d’être donné par le haut sommet. Les travailleurs maliens n’ont d’autres choix que de constituer un front commun et de lutter sans relâche pour l’amélioration de leurs conditions de vie et travail. Nos dirigeants semblent-ils prendre au sérieux les enjeux et les menaces de cette bombe sociale. Difficile d’y croire face à une gouvernance qui favorise l’injustice et la corruption.

ISSA FAKABA SISSOKO, délégué syndical à Studio Tamani

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Janjo à Edmond Ousmane Traoré, *

*un Homme comme il n’en existe que rarement*

« J’ai mis du temps à t’écrire cet hommage parce que je n’en ai pas eu la force. Chaque fois que j’ai  tenté d’écrire quelque chose, ma plume s’est arrêtée. Il m’a fallu 7 ans pour y arriver. 7 ans, tu t’imagines !

Depuis un 8 avril 2010. Un mois terrible !

J’ai été la dernière personne à te voir la veille, le soir du 07 avril. T’en rappelles-tu ? « Ordure, décharge municipale ! » Pourquoi tu ne m’as pas mis dans la confidence ? Comment faire confiance à un Traoré ? Tu es vraiment une « ordure, une belle ordure », « mon ordure à moi », plus que « ordure », une « décharge interétatique ». Nous partagions un vocabulaire qui nous était familier… Une sorte de complicité intellectuelle et affective.

Ce soir du 07 avril,  nous nous sommes retrouvés comme tous les soirs à refaire le monde. Nous avions parlé de la situation du pays, du monde et de la déchéance de notre société, des dérives de l’humain…

A peine sorti de ta maison, vers les alentours de minuit, une coupure soudaine d’électricité. C’était devenu une habitude en ce mois de canicule. Nous nous sommes arrêtés et tu m’as proposé de nous asseoir devant ta maison, en attendant le retour du courant. Une curieuse conversation s’est alors engagée entre nous. Tu m’as parlé de ton aversion profonde pour l’obscurité. Elle te rappelait celle de la tombe, disais-tu !

Tu m’as parlé de la solitude de la tombe. Je me suis rappelé de l’enterrement d’un de tes amis d’enfance, dans son village lointain sur la route de Garalo, dans le cercle de Bougouni. Tu m’avais dit avoir été frappé par le silence accablant du lieu où il reposait désormais. Tu m’as dit que tu préférerais  reposer un jour dans le cimetière de Niaréla. Les alentours étaient bruyants. Pas de solitude. Les Sotramas y passaient tout le temps avec le vacarme de leur klaxon. Depuis, à chaque fois que je passe à proximité, je klaxonne, comme pour te réveiller de ton sommeil éternel.

Etrange soirée quand j’y repense. Le lendemain quand on m’a informé de ton décès, je n’y avais pas cru. Un terrible poisson d’avril ? Non, c’était la triste réalité. J’en étais foudroyé.  Je suis rentré aussitôt à la maison et je suis resté cloitré dans ma chambre, l’esprit vide. Curieuse sensation d’absence, de solitude extrême…

Quand je me suis décidé à aller te voir, j’ai refusé qu’on enlève le drap qui couvrait ton corps. Je ne voulais pas garder de toi l’image d’une rigidité corporelle.

Nous avons perdu toi et moi, des parents, des amis, des camarades… Dernièrement mon épouse Haby…

Paix à ceux qui sont morts, douleur à ceux qui leur survivent ! Vanité et insignifiance de l’humain face à son destin…

Je me rappelle au centimètre près, des endroits, au croisement de ta rue et de la mienne où nous nous pouvions rester de longs moments à causer et à nous raccompagner l’un et l’autre, du fauteuil où je m’asseyais chez toi chaque soir, du tien chez moi,  de tout comme si c’était hier…

Au fil des années notre complicité était devenue plurielle. Comment comprendre cette amitié entre un « communiste attardé » selon ton expression et un « féodal incorrigible » selon la mienne ?

En fait la solidité de notre amitié reposait sur notre attachement respectif aux valeurs de nos terroirs respectifs: amour de la vérité, haine de l’injustice, solidarité humaine, loyauté. Bien qu’ayant été tous

deux, à l’école occidentale, nous sommes restés assez ancrés dans nos cultures et valeurs fondamentales de civilisation.

Je me rappelle des propos tenus par des parents venus du fond du Bafing te rendre hommage. J’en avais été émerveillé. Des vieux de l’âge de nos parents qui ont salué ton sens de la famille, ta générosité d’esprit et de cœur, toi le jeune bâtisseur de ponts entre les générations… J’ai bu leurs discours jusqu’à la dernière goutte. Moi, le « communiste » j’étais fier d’avoir pour ami toi, le « féodal » !

Nous n’étions pourtant pas politiquement du même bord. Je te traitais souvent de « chien méchant » du CNID ou de Mountaga Tall. J’étais souvent étonné de ton engagement actif tardif en politique, toi qui as eu pour père Tidiane Faganda Traoré,  un illustre militant politique dont la force de conviction, l’engagement et l’honnêteté  étaient reconnus par tous.

Je me rappelle de ton arrestation et de ton emprisonnement suite à une marche de l’Opposition. Tu avais été précisément ciblé. Il fallait régler ton compte. Je me rappelle de tes larmes quand on t’a accusé à tort d’avoir jeté des cailloux contre les forces de l’ordre. Pure indignité pour le « féodal » que tu étais !

Il fallait t’humilier, toi, l’opposant politique du moment. On a poussé l’acharnement jusqu’à accuser ton jeune frère, maire d’une Commune  de détournement de deniers publics. Il en a été, lui aussi, brisé à jamais.

Il fallait te rabaisser le caquet. Immense tragédie ! Méchanceté gratuite! Des vies broyées ! Dérives politiciennes qui nous ont conduits dans les impasses actuelles.

Ton désengagement ultérieur du champ politique ne m’a pas non plus surpris quand tu t’es aperçu du double jeu et du revirement de certains de tes compagnons politiques d’alors. Le temps des convictions était révolu, place à l’opportunisme. Il fallait aller au festin du pouvoir. Tu n’étais pas de cette étoffe. Cela nous a rapprochés et davantage ancrés dans les principes et valeurs qui étaient les nôtres. Mais aussi dans nos amertumes… Quand j’interroge le présent, dans la solitude qui est parfois la mienne, une consolation me vient à l’esprit, la chance que tu as eue de n’avoir pas été témoin de la déchéance actuelle de notre pays, de toutes les trahisons et bassesses qui nous ont amenés à saccager l’héritage  que nos ainés nous avaient laissé, par cupidité, par lâcheté collective. Nous sommes devenus presque un peuple de « gueux »!

Je ne suis pas un griot pour chanter ta mémoire. Toi, Traoré, je te fais Diarra. Même s’il est vrai qu’aujourd’hui  bien des Diarra sont devenus moins que des Traoré. Les hommes de conviction et de principe sont devenus rares. Etrangers qu’ils sont dans leur propre pays.

Le désastre est total. Il reste à espérer que des parcours de vie tel que le tien et celui d’autres patriotes puissent un jour faire germer de nouveau l’espérance.

Alors j’écris un Janjo pour toi. Tu as accompli ta part de devoir. Chantons des exemples comme le tien  pour que les actuelles et nouvelles générations puissent se rappeler les leurs et ne pas continuer à trahir le pays et ses racines.

Repose en paix cher ami, mon « ordure » de lumière ! »

Pr Issa N’Diaye

Avril 2017

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