Doing Business: « un scandale au cœur de la Banque Mondiale »

La démission fracassante de Paul Romer, chef économiste de la Banque Mondiale, suite à ses critiques portant sur le classement Doing Business, fragilise ce rapport qui fait autorité depuis quinze ans.

Selon le célèbre économiste de l’Université de New York, connu pour sa théorie de la croissance endogène, des considérations parfois politiques ont motivé le classement de certains des 190 pays mis en exergue dans ce document particulièrement pris au sérieux en Afrique. Le cas du Chili illustre bien cet état de faits.

Le pays d’Amérique Latine aurait été pénalisé volontairement depuis l’arrivée aux affaires de la socialiste Michelle Bachelet, en 2014. Depuis, le Chili a perdu 20 places, se traduisant par une éviction des IDE.

Doing Business 2017 “(publié fin 2016) a été, par exemple, le premier de la série à se demander avec quelle facilité les entreprises peuvent obtenir un remboursement ou résoudre une erreur après le dépôt de leurs impôts.

Dans ce rapport, le Chili a été classé comme le 120e endroit le plus facile à payer des impôts, quelque 87 crans en dessous de son rang l’année précédente. Aucun autre pays n’est tombé aussi fortement.

À en croire Paul Romer, le seul critère lié aux délais de paiement des impôts exigés aux entreprises ne pouvait suffire pour faire passer le Chili de la 34e (2014) à la 57e place du classement général. Paul Romer remet en cause la fiabilité des quatre dernières éditions.
En fait, la Banque Mondiale, a changé les règles de son classement. La nouvelle méthode sur-pondère les critères mesurables tels que le nombre de jours requis pour créer une entreprise, enregistrer une propriété ou enregistrer des taxes.

En changeant les règles, les classements ont permis une meilleure prestation de certains pays comme l’Inde alors que la Chine, souvent malmenée par le rapport, en appelle à sa suppression.
Paul Romer parle des règles taillées sur mesure. Ce que dément sans détour la BM qui rappelle que les indicateurs et la méthodologie sont conçus sans aucun pays à l’esprit. Pour couper court à la polémique, l’institution financière internationale est décidée à mener sa propre enquête sur les indicateurs du Chili.

Depuis sa prise de fonctions en 2016, l’économiste en chef était en conflit permanent avec les responsables de la BM sur la méthodologie et la rédaction des rapports produits par cette institution financière internationale. Accusant l’équipe Doing Business de mettre un «pouce sur la balance», Paul Romer relance un débat sur le caractère idéologique d’un rapport qui participe de l’uniformisation des politiques économiques dans le monde mais pas forcément de la mise en place de meilleures systèmes de répartition de revenus.

Le rapport note que les 20 pays recevant leurs meilleurs scores (c’est-à-dire les plus favorables aux entreprises) – presque tous des économies avancées – ont un coefficient de Gini plus faible que les 20 pays qui reçoivent les scores les plus mauvais.

Adama Wade, Financial Afrik

Adama Wade est le Directeur de publication de Financial Afrik. Dans la presse économique africaine depuis 17 ans, Adama Wade a eu à exercer au Maroc dans plusieurs rédactions. Il Capitaine au Long Cours de la Marine Marchande et titulaire d’un Master en Communication des Organisations, Adama Wade vit entre Nouakchott et Dakar.

Photo Adama Wade

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Quand l’histoire donne raison au « King »

L’unité, la construction citoyenne, la liberté, l’égalité, la justice sociale sont autant de valeurs prônées par Martin Luther King. Jeff Kelly Lowenstein, journaliste d’investigation et Professeur à l’Université de Colombia, revient sur l’immense héritage sociétal légué par l’apôtre de la non-violence à l’humanité entière en le confrontant au contexte américain sous Trump.

« Dr. Martin Luther King, Jr.’s 1967 assertion that the moral arc of the universe is long, but bends toward justice may be his most well-known quote about the nature of time.

Drawing on the words of nineteenth-century Massachusetts abolitionist Theodore Parker,  King’s phrase moved President Barack Obama so much that he had it woven into a rug in the Oval Office.  In his emotional victory speech after defeating Republican opponent Roy Moore, Doug Jones invoked King’s dictum while telling his supporters they had “helped bend” the arc during his senatorial campaign.

Yet as uplifting as the quote may be, it is not the most useful guide during the Trump presidency.   Instead, we should heed words King had written more than four years earlier on scraps of paper while inside a Birmingham jail cell.

King was answering “A Call for Unity,” an open letter written by eight white clergymen who made a thinly veiled reference to him while criticizing outsiders.   Citing improvements in the city’s racial climate since the beginning of the year, these religious leaders called the demonstrations being led by King, longtime colleague Ralph Abernathy and legendary Birmingham minister and community organizer Fred Shuttlesworth “unwise and untimely.”

“We do not believe that these days of new hope are days when extreme measures are justified in Birmingham,” they wrote.

King took direct aim in his letter at the notion that time’s passage inevitably heals all ills. “Actually, time itself is neutral; it can be used either destructively or constructively,” he wrote. “ More and more I feel that the people of ill will have used time much more effectively than have the people of good will.”

He penned these words at a difficult point for him and the movement.

Along with Abernathy and Shuttlesworth, he had been roughly arrested on Good Friday shortly after the campaign’s start, one of 29 times he was put in jail.  This meant he was again away from his wife Coretta, who had recently given birth to their fourth child.

Living every day under the threat of death from the time community leaders tapped him to assume the mantle of leadership of the Montgomery Bus Boycott in 1955 had exacted a toll on King, too.  (When President John F. Kennedy was assassinated later that year, King told his wife in an eerily accurate prediction that he would not live to see his fortieth birthday.)

Birmingham’s decisive moment did not occur until early May, after movement leaders heeded James Bevel’s call to have black youth put their bodies in the way of Bull Connor’s fire hoses, batons and police dogs.  The children’s bravery produced iconic images that led to worldwide condemnation.  Their work also played a pivotal role in Birmingham’s leaders agreeing on May 10 to desegregate the city’s businesses and to establish a biracial committee to  improve employment opportunities for Birmingham’s black community.  These young people demonstrated that King was correct when he wrote in his letter to the clergymen that human progress never rolls in on wheels of inevitability, but rather comes through the “tireless efforts” of people willing to struggle for justice.

King’s words echo across the decades as we stand on the cusp of the second full year of the Trump presidency.  Now 89 years old had he lived, King undoubtedly would have opposed Trump’s racially-tinged rhetoric and policies like the tax reform bill that blatantly favors our wealthiest citizens.  Perhaps even more fervently, though, King would have spoken out against Trump’s dual assault on truth and our country’s democratic fabric because they were such fundamental elements of his life and work.  He repeatedly invoked  William Cullen Bryant’s statement that « Truth, crushed to earth, will rise again. » And from his very first speech in Montgomery in December 1955, just days after Rosa Parks’ arrest, to his final address the night before he was killed in Memphis on April 4, 1968, King declared his bone-deep love for democracy and his belief that the transformation of “thin paper to thick action is the greatest form of government on earth.”

So as we pause to reflect the life of the King who gave his life fighting peacefully to have our nation be true to the lofty ideals enshrined in our founding documents, we should read his inspiring dream and his declaration of moral arcs bending inexorably toward a more just universe.  But we should also remember, and be guided by, the sobering words he wrote in jail about time’s neutrality and the need to use it constructively, as well as by the courage and ceaseless effort exhibited by the Birmingham youth who joined him in the struggle to dismantle American apartheid more than a half century ago ».

Par Jeff Kelly Lowenstein

Journaliste/ Auteur/ Editeur/ Professeur à l’Université de Columbia

Jeff

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Être une femme mariée au Mali: un supplice !

Le Mali est un pays bien bizarre. Incompréhensible. Quand tu es étranger et que tu y arrives, tu te dis que les maliens sont des personnes bien gentilles, ouvertes, accueillantes. Surtout les maliennes. Ces mères de foyers qui accueillent tous les enfants comme les siennes. Elles sont impressionnantes. Extraordinaires. Hélas ! La femme est un être inférieur, qui est éduquée en prévision de son rôle de reproductrice et de bonne à tout faire.

Parfois. Quand ils ne travaillent pas à rendre leurs épouses aussi malheureuses que leurs pères se sont employés à rendre leurs mères malheureuses.

Je ne dis pas que le bonheur du foyer n’existe pas pour la femme malienne mariée.  Mais j’évoque seulement cette tradition qui veut qu’une personne qui a déjà vécu les violences dans son foyer s’occupe de l’éducation de sa fille et qu’elle ne fasse que la conditionner pour être le punching-ball de son futur époux.

Dans la majorité de nos sociétés, la femme est un être inférieur, qui est éduquée en prévision de son rôle de reproductrice et de bonne à tout faire.

D’ailleurs, chez certains, pire, ce n’est que de la main d’œuvre pour les cultures. Elle et ses enfants.

Le malien se dit moderne maintenant. Il va à l’école. Sait lire et écrire. Dispose d’une télévision [ et même d’un climatiseur] dan son salon, mais pourtant,  fait vivre sa famille dans des conditions plutôt abordables, mais , malheureusement, n’hésite pas à frapper la personne qu’il nomme compagne.

D’aucuns diront qu’il y a des circonstances atténuantes, le comportement de la femme qui n’est pas nette, trouveront la jalousie aussi comme alibi. Mais ne reprocheront jamais quelque chose à l’animal, qui oublie toute retenue, allant parfois jusqu’à tuer sa femme. Nous avons vu des cas tragiques provoquer l’émoi.

Mariam. Kamissa. Fanta dernièrement, assassinée jusqu’à Koulouba [palais présidentiel], lieu de son travail. Tuée. Assassinées par leurs conjoints.

Certains, politiciens, parlent de la nécessité de s’émanciper pour la femme africaine, sans pour autant chercher à connaitre la vie de ces femmes. [Cc Macron]

On leur reproche les 6/7enfants par femmes. On ne cherche pas à connaitre les conditions dans lesquelles ces enfants sont faits.

Quand la femme se retrouve mariée à un bloc de muscles appelé  » HOMME » être suprême qui pense être le seul à avoir droit à des égards, au bonheur, au plaisir sexuel, elle se retrouve dans une prison, qui n’est même pas dorée.

Quand tu te maries, ces mêmes femmes qui étaient maltraitées, frappées par leurs maris, te conseillent la patiente, t’enrobant dans cette chaine du silence dès que le prince charmant se transforme en tyran, violant.

Tu deviens la propriété de cette personne, qui peut te couper du, t’empêcher même d’exercer un métier si cela lui chante! Ton corps et même ton esprit lui appartiennent.

Tu veux planifier les naissances de tes enfants ?  Il faut qu’il soit d’accord !

Adhérer à une association ? Faut avoir son aval!

Un téléphone ? Son accord est requis même si tacite, car il se donne le droit de te le prendre, regarder ce que tu en fais, te demande des comptes quand des personnes qu’il ne connait pas t’appellent. D’ailleurs, tu ne seras pas étonnée qu’il exige que tu quittes les réseaux sociaux parce qu’il pense que des pervers ( qui te dragueront très certainement) s’y trouvent ou qu’il te fasse une scène parce qu’il t’a appelé et trouvé en conversation avec une autre personne  » pourquoi je t’appelle et je ne te trouve pas ! Tu parlais avec qui?  » te dira-t-il.

Fatouma Harber Touré, Bloggeuse

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Un militant de Yelema s’insurge contre des propos tenus par Moussa sur un plateau TV : « quand on est pressé comme il l’est, on perd sa lucidité et on choisit la voie qui mène à l’aventure et à l’imposture »

« Mes chères amies, Mes chers amis, chers compatriotes,

Je voudrais, par cette modeste contribution, apporter ma part de vérité à la litanie de contre vérités dont l’ancien premier Ministre M. Moussa MARA a fait montre lors de son passage sur le plateau de AFRICABLE et dans le studio de la radio DAMBÉ.

Que dit M. Moussa Joseph MARA?

Il dit que le Président IBK, le chef de file de l’opposition ne sont plus crédibles pour porter le changement et que l’ensemble du mouvement démocratique serait disqualifié et donc indigne d’incarner et de représenter notre Pays

Quel mépris et quelle arrogance!!!

Il s’en apprend non pas au Président de la République seul, non pas au chef de file de l’opposition seul mais à l’ensemble du Mouvement démocratique malien dont je salue, ici, avec déférence et admiration la lutte héroïque, courageuse et victorieuse qui consacra le pluralisme politique et médiatique.

Justement, c’est ce pluralisme politique qui permît à M. MARA de migrer de l’ADEMA P.A.S.J vers le YELEMA. (c’est son droit)

Justement, c’est ce pluralisme médiatique qui permît à M. MARA de déambuler entre micros pour dire ce qu’il croit être sa vérité.

Je rappelle à M. MARA, s’il le savais, qu’on ne peut pas prétendre à la plus fonction de la République et prôner l’exclusion, se rendre coupable de déni de réalités.

Oui c’est un déni de réalités et de démocratie que de vouloir exclure ceux (personnalités et partis politiques) qui de façon constante de 1992 jusqu’en 2013, cristallisent plus de
Quatre vingt dix pour cent de l’électorat malien.

Je rappelle que la fonction présidentielle exige de celles et de ceux qui veulent l’incarner beaucoup d’humilité, de modestie, de retenue et surtout d’un sens élevé de la responsabilité.

La fonction présidentielle ne s’accommode pas avec une posture belliqueuse, outrageuse ou injurieuse, quand on prétend à la plus haute fonction du pays, l’on doit commencer par rassurer, rassembler et apaiser.

La fonction présidentielle exige de la fidélité et la constance à des convictions, s’accommode difficilement avec l’entêtement, l’opportunisme et l’arrogance.

le 1er Ministre MARA va dans tous les sens, il n’est plus de la majorité, il ne veut pas aller à l’opposition parce que il n’en serait pas le chef de file car ne disposant d’aucun député à la représentation nationale.

En république et en démocratie, on ne se forge pas une légitimité par des invectives ou par des propos à l’emporte pièces mais on se la forge par le suffrage universel.

Quel fut le score de M. MARA à la présidentielle de 2013?

Moins de 3 pour cent. Je rappelle que le peuple souverain du MALI avait placé en tête, en 2013 les deux plus vieux candidats en l’occurrence IBK et Soumaïla CISSÉ contre de jeunes candidats à l’époque dont M. MARA.

Je comprends M. MARA, quand on est pressé comme il l’est, quand on est aveuglé par le pouvoir comme il l’est, quand on est prétentieux comme l’est M. MARA, quand on veut tout, tout de suite et tout seul au mépris de talentueux cadres de son propre parti (YELEMA) qui regorge, il faut le reconnaître, de personnalités valables pétries de compétence dont M.Abdoulaye DIARRA de EDM sa pour ne citer que lui, on perd sa lucidité et on choisit la voie qui mène à l’aventure et à l’imposture. Tel semble être le cas du prétendu MACRON du MALI.

Le passage de témoigne entre générations est un impératif naturel, personne n’y dérogerait, mais il doit se mener dans le respect de nos valeurs sociétales, en douceur et en bonne intelligence avec les aînés dont, encore une fois, je salue le travail remarquable abattu, au prix de leurs vies, au péril de leur liberté afin que ce qui est aujourd’hui SOIT, à savoir la liberté d’expression entre autre.

La jeunesse n’est pas synonyme de vertu et la vieillesse n’est pas synonyme de vice.

En nommant M. MARA premier Ministre, IBK avait adressé un formidable défi à toute la jeunesse malienne mais hélas Moussa nous a gâché la fête par son entêtement, son mensonge éhonté à l’hémicycle Modibo KEÏTA.

L’histoire retiendra qu’il porte la responsabilité morale et pourrait porter la responsabilité pénale du drame de Kidal, qui devait, à notre sens, imposer le profil bas.

On n’incarne pas notre pays dans l’arrogance, dans le rejet de l’autre, dans le reniement permanent de ces convictions.

Le YELEMA YELEMA tout le temps ne porte pas.

J’adresse à M. MARA une invitation fraternelle à venir échanger avec nous sur toutes les questions soulevées ici et au délà sur toutes questions d’intérêt national sein d’un cadre de son choix (radio télévision etc.)

Ensemble tout redevient possible. »

Mamadou Abdoulaye DICKO, jeune militant

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Paradis fiscaux : quatre pays de l’Union européenne méritent d’être sur liste noire, selon Oxfam

Alors que la Commission européenne doit dévoiler sa liste noire des paradis fiscaux le 5 décembre, l’ONG prend Bruxelles de court et énumère ce mardi les 35 pays, hors-Union européenne, qui mériteraient d’y figurer.

Après les « SwissLeaks », les « LuxLeaks » et les « Panama Papers »… les révélations récentes des « Paradise Papers » - sur les pratiques d’optimisation (parfois de fraude) fiscale des grandes entreprises et fortunes de ce monde – exercent une pression supplémentaire sur les décideurs politiques. A ce titre, la Commission européenne, désireuse de frapper « au portefeuilles » les fraudeurs, doit dévoiler le 5 décembre sa liste noire des paradis fiscaux.

L’ONG Oxfam, à la pointe sur cette question, prend Bruxelles de court en désignant ce mardi « les pays qui devraient figurer sur une liste se voulant objective, efficace et crédible », assène-t-elle dans un communiqué.

A partir de trois critères – à savoir la transparence, la fiscalité « équitable » (dont le taux d’impôt sur les sociétés n’est pas nul par exemple) et la participation aux forums internationaux sur la fiscalité -, l’organisation a recensé 35 pays* qui méritent, selon elle, d’être identifiés publiquement comme paradis fiscaux. Sa liste noire inclut la douzaine de pays déjà dans le viseur de Bruxelles, comme l’avait révélé Le Monde début novembre. Elle comprend notamment des territoires sous tutelle du Royaume-Uni, à l’instar de l’île de Man, des îles Caïmans et des Bermudes.

Irlande, Luxembourg, Malte et Pays-Bas

Oxfam a également fait figurer plusieurs pays du continent européen, mais qui ne sont pas membres de l’Union européenne. Il s’agit, entre autres, de la Suisse (dont la révision de sa fiscalité est au point mort) et des anciennes nations yougoslaves : la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, la Macédoine et la Serbie.

L’ONG s’est gardée d’intégrer des Etats de l’UE, car Bruxelles a d’ores-et-déjà assuré qu‘aucun des 28 ne sera inscrit sur liste noire. Oxfam estime pourtant que quatre d’entre eux méritent d’être considérés comme des paradis fiscaux.

On retrouve alors l’Irlande, au milieu du bras de fer entre Apple et la Commission européenne. Le Luxembourg, déjà éclaboussé par les révélations des « LuxLeaks ». L’île de Malte, déjà au cœur des « Malta Files » puis des « Paradise Papers », tout comme les Pays-Bas, dont le système de double domiciliation permet à des grands groupes de s’affranchir de l’impôt en Europe et dans leur pays d’origine.

Oxfam critique d’ailleurs ce choix de Bruxelles de ne pas cibler les acteurs présents à l’intérieur de ses frontières :

« Cette approche nuit considérablement à la crédibilité du processus, car plusieurs États membres comme l’Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas figurent parmi les paradis fiscaux les plus puissants au monde. »

Quid des sanctions ?

Établir une liste noire est une chose, mais pour garantir l’efficacité du dispositif, encore faut-il prévoir des sanctions. Jusqu’à présent, la Commission européenne s’est contentée d’une liste non-publique d’une cinquantaine de pays identifiés comme « suspects » en matière de transparence fiscale. L’objectif était d’entrer en contact avec les Etats concernés pour les inciter à modifier leur législation et de sanctionner ceux qui s’y refusaient.

Les « Paradise Papers » forcent Bruxelles à agir plus rapidement, d’où la publication prochaine de cette liste noire. Pour l’instant, le cadre des sanctions n’a pas été dévoilé. Plusieurs pistes sont à l’étude, « comme une privation des fonds européens pour les pays ciblés, ou des sanctions pour les entreprises qui transfèrent des sommes vers un pays désigné comme paradis fiscal par la liste noire« , selon Europe 1.

Le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a pour sa part proposé sur France 2 que les « États qui n’apportent pas les informations nécessaires pour lutter contre l’évasion fiscale n’aient plus accès aux financements des grands organismes internationaux comme le FMI ou la Banque mondiale ».

Pour d’autres, le fait de figurer sur une liste noire publique est déjà une sanction en soit, car cela ternit l’image du pays vis-à-vis de ses partenaires internationaux.

350 milliards d’euros par an

Les « Paradise Papers » ont permis d’affiner le montant estimé de l’évasion fiscale. D’après les calculs de l’économiste français Gabriel Zucman, professeur à l’université de Berkley (Californie) et auteur des rares travaux sur les paradis fiscaux, 350 milliards d’euros échappent chaque année aux administrations fiscales. Ces pertes se chiffrent à 120 milliards d’euros pour l’Union européenne et 20 milliards pour la France.

Oxfam rappelle que ces scandales fiscaux ne nuisent pas seulement aux pays européens. « On estime que les pays en développement perdent environ 100 milliards de dollars par an à cause de l’évasion fiscale des entreprises », souligne l’organisation. « Un tiers de ce montant suffirait à lui seul pour financer les soins de santé essentiels qui permettraient d’éviter la mort de huit millions de personnes. »

Par Jean-Christophe Catalon, journaliste à latribune.fr 

Jean-Christophe

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Marcel-M. MONIN : « La démocratie n’est pas gênante »

Les sociétés « démocratiques » sont des sociétés dans lesquelles (entre autres) les principaux décideurs émanent directement ou indirectement de l’élection (1). L’élection donne ensuite une légitimité à celui qui doit son poste au vote et une légitimité  à ce que fera ce dernier (2). Elle le protège également -sauf exceptions – (soit en droit, soit en fait) des juges.

Certains candidats peuvent même, au cours de leur campagne électorale, annoncer (astucieusement et à mots feutrés évidemment) qu’en cas d’élection, ils feront en réalité la politique prônée par tel clan ou tel lobby. Ce qui leur permet de pouvoir soutenir, après l’élection, qu’il est légitime … qu’ils ne travaillent pas pour l’intérêt général. (3) (20 B/)

Les effets magiques de l’élection sont si forts, que, par exemple, on entend dire par ceux qui surveillent leurs intérêts en Afrique, que la démocratie « progresse » quand tel dirigeant sort des urnes, pour peu que son élection n’ait pas été précédée  de tueries. Même si / alors même que … les élections ont été truquées.

Seulement, quand on jette un regard sur l’histoire, on se rend compte qu’élections ou pas, les sociétés ont toujours été gérées à la manière des copropriétés.

Dans les ensembles immobiliers, seuls les propriétaires d’appartements ont le droit de se prononcer sur la gestion de leurs biens. Il ne viendrait à l’idée de personne d’inviter avec voix délibérative aux assemblées générales de copropriété, le concierge, les personnels d’entretien ou les occupants non propriétaires. Et ce sont les copropriétaires qui, sur la recommandation de l’un d’eux,  désignent le syndic ; c’est à dire un employé, qui va assurer la gestion des intérêts liés à leur propriété.

Ce schéma est le schéma selon lequel, sauf rares exceptions (dans le temps ou dans l’espace), les grandes sociétés ont fonctionné. Les « possédants » -ceux qui ont des biens à défendre et à gérer- décident de la gestion de leur bien et remettent cette dernière à l’équivalent d’une sorte de syndic. Qui selon le lieu, l’époque ou le besoin, va jouer ce rôle dans un statut de chef d’Etat, de Premier Ministre, de président d’une commission parlementaire, de chef d’un parti et/ou d’un autre, de chef d’une bande armée (là se déroule une guerre civile), de président d’une assemblée territoriale )  (4).

Quand les détenteurs de la richesse d’un pays acceptent que la société fonctionne selon le principe de l’élection, c’est que les résultats des élections ne bouleversent pas l’ordre « naturel » des choses, ordre des choses qui est évidemment le leur.

Un simple regard sur les pratiques passées et actuelles de l’élection, renseigne sur les techniques mises  en œuvre (ici, ailleurs, jadis ou aujourd’hui) pour faire coïncider le contenu des urnes avec les intérêts dont il vient d’être parlé.

L’électorat et l’éligibilité ne sont pas donnés à ceux (appelés ci-après, les gens d’en bas) qui pourraient, s’ils étaient élus, porter atteinte, puisqu’ils sont majoritaires, aux intérêts et aux besoins de la minorité (appelés ci-après les gens d’en haut). (5) L’affaire est enveloppée dans des concepts forgés pour  donner un habillage présentable à la manœuvre ( par ex.  la souveraineté est dite « nationale »)  (6 a).

Lors de la colonisation, les étrangers qui viennent faire des affaires hors de chez eux, ne partagent pas le droit de voter avec les « indigènes »

On accepte le suffrage universel, mais on fait en sorte que les gens d’en bas n’aient pas la majorité dans la chambre qui les représente (la chambre « basse », appelée « chambre des députés » ou « assemblée nationale » selon les époques)

a) On fait du découpage électoral (7) ou on met en place des règles de comptabilisation des votes (appelées « modes de scrutin »)  que l’on modifie en fonction du contexte et du résultat à atteindre (8)

b) Pour le cas où  les gens d’en bas parviendraient malgré les précautions ci-dessus  à avoir la majorité dans la chambre basse, on fait en sorte qu’ils ne puissent pas en profiter : on institue un mécanisme qui  permettra de bloquer la mise en application les textes trop hardis (aux conséquences trop onéreuses) éventuellement votés par les députés  (9).

On truque les résultats.

Les techniques sont variées. On « trafique » les listes électorales, on fait voter des gens qui ne devraient pas voter (des électeurs qui ne se sont pas déplacés, des morts, des électeurs qui habitent ailleurs, mais n’ont pas été rayés de la liste électorale). On perd des urnes, on les remplace par d’autres ou on les bourre (avant le dépouillement on prélève au hasard tant de bulletin et on les remplace par autant de bulletins du « bon » candidat) ; dans les bureaux de votes où un « mauvais » candidat arrive en tête, on s’arrange pour fabriquer et mettre à jour des anomalies qui conduiront le juge de l’élection à ne pas prendre en compte les votes enregistrés dans ces bureaux. On commet des erreurs dans le report du nombre de suffrages obtenus par les différents candidats. « Erreurs » commises par les scrutateurs, ou par les informaticiens (ou leurs logiciels) dépêchés par telle société ayant bénéficié du marché (10) .

On manipule les électeurs en vue de leur faire déposer le « bon » bulletin dans l’urne le jour du vote. Les êtres humains, avec leurs envies, leurs répulsions, et le reste,  sont manipulables.  Il suffit d’étudier leurs « ressorts » et de mettre au point les instruments (comme le font les publicitaires et autres spécialistes du « marketing pour faire acheter) pour les faire voter dans tel sens ou pour telle personne. Tocqueville l’avait d’ailleurs noté : «  ils voteront comme on leur dira » rassurait-il ceux qui se demandaient en 1848 s’il était bien prudent de proclamer le suffrage universel (qui étendait le droit de suffrage aux plus pauvres).

La manipulation qui coûte le moins cher consiste à faire des promesses qui «déclenchent » le vote  (mais qui ne seront pas tenues, souvent pour la raison qu’elles ne peuvent ou doivent pas l’être). Ou à susciter un réflexe sur une question, qui occulte le principal (11).

Le développement des connaissances des individus et sur leurs comportements, a permis de mettre au point des techniques de manipulation moins rudimentaires. Qui exigent, elles, des investissements. Et ce sont les gens d’en haut qui disposent, contrairement aux gens d’en bas, des moyens matériels (12), financiers (12), et des réseaux efficaces (13), qui permettent la manipulation quasi scientifique et en profondeur des citoyens.  Et ce, en permanence, en dehors des périodes des campagnes électorales (14)

A côté des techniques de manipulation des citoyens existent des techniques de manipulation des « responsables ».  Avec la carotte et le bâton comme technique principale de management des élites politiques (15).

Parallèlement, on fait en sorte que les candidats qui sont présentés aux électeurs, soient acquis au « système ». Pour ce faire, il suffit souvent que les leaders des partis, qui vont entraîner les autres, soient acquis à la cause, ou y soient convertis.

Les personnes qui ont un bon « profil » peuvent être attirés, sélectionnés et mis en nourrice. Par exemple, ils sont nommés « youngs leaders », sont invités à se joindre à des réseaux, dont le champ d’action est quasi universel (Trilatérale, Bildelberg, et multiples autres réseaux ayant la même activité et la même finalité). Le tout dans l’harmonie : ceux qui veulent faire carrière et/ ou des affaires font en sorte de se faire remarquer par les réseaux ; ceux qui sont approchés sont ravis de l’avoir été et refusent rarement de renoncer aux perspectives ouvertes par cette marque de considération.

Et, le jour de l’élection, ils bénéficient de l’aide des membres des réseaux : financements, mise en branle des médias qui sont la propriété des membres des réseaux.  (16). Inversement les autres candidats ne bénéficient ni de la couverture financière, ni de la couverture médiatique des précédents.

D’autres techniques existent qui permettent de provoquer la cessation des fonctions (17).

On ne permet pas aux citoyens de s’exprimer sur tout. On réduit le champ du vote.

C’est l’astuce la plus récente qui a été trouvée et qui consiste à mettre ce qui intéresse les « gens d’en haut » (18 a) dans des traités. Traité OMC, Maastricht, Lisbonne, TAFTA, CETA, …   Traités qui ont intégrés  dans l’ordre juridique interne, grâce à l’action personnelle de quelques personnalités clés de l’Etat.  Après quoi, ni les électeurs (avec leur bulletin de vote), ni les institutions de l’Etat (même par le vote de lois), ne peuvent en modifier le contenu. Ce faisant, cette mécanique juridique  enlève «  en douceur » aux citoyens, l’usage de la parcelle de souveraineté dont ils étaient jusque là détenteurs (18 b).

Il n’est pas impossible à cet égard, que certains forgent actuellement le concept de souveraineté « européenne », comme on avait imaginé jadis le concept de souveraineté « nationale ».  Pour fabriquer une deuxième fois des citoyens « passifs » (6 b).

Par un simple mélange de ces « ingrédients », on peut obtenir,  selon le lieu ou l’époque, le produit suivant :  un individu (et une équipe dirigeante) choisis par des groupes de pression, et qui vont ensuite au devant des électeurs. Les  électeurs ayant été de leur côté préalablement sélectionnés en fonction de leur profil, ou / et conditionnés pour voter pour lui / pour eux.  On procède ensuite à un recensement des voix qui n’a aucun rapport avec la composition de la population ou la réalité des votes. Le tout permettant de présenter au peuple (au cours d’un spectacle médiatique)  celui ou ceux qui vont continuer : d’un côté à laisser faire leurs mentors ;  d’un autre, à expliquer aux citoyens que ce qui a été arrêté l’a été dans l’intérêt général (19) …  était la moins mauvaise solution ou la seule solution, dans un monde mondialisé sur lequel ni les dirigeants, ni quiconque, auraient, pas plus que sur Dieu,  la moindre prise … Jusqu’aux prochaines élections.

Synopsis d’un film de science fiction ?

Non,  réalité. On peut trouver nombre de décideurs de premier plan dont la situation correspond à tout ou presque ce qui vient d’être relevé (20). (On laissera chacun mettre un nom sur chaque cas).

Difficile conclusion …

On a pu établir (21) que le système éducatif reproduisait, sous une forme scolaire, les inégalités sociales.  Mais on cherche toujours les moyens de sortir de la situation. Et si on a parfois annoncé qu’on les cherchait (et malgré la pratique d’enseignants nécessairement minoritaires), on n’a pas enregistré les résultats d’ensemble qui infirmeraient la loi ci-dessus.

Dès lors que l’élection reproduit sous une forme politique les mêmes inégalités sociales, se trouve évidemment posée, pour ceux dont le rôle est de décider, la question des techniques qu’il leur faudrait concevoir puis expérimenter, s’ils en avaient l’envie ou l’audace.  Pour que la démocratie connaisse (par exemple, à partir d’élections plus ouvertes et avec plus d’élus non dépendants à un titre ou à un autre du pouvoir économique) un fonctionnement différent. Qui serait jugé plus « satisfaisant » au regard de considérations diverses, morales ou autres.

Mais, dans notre affaire (et comme en matière d’éducation) il leur faudra / faudrait « faire avec » les Hommes … alors qu’on ne peut pas « changer » ces derniers (23). En probablement intégrer dans leur démarche la conscience que des générations futures de « réformateurs » seront nécessairement confrontés de ce fait aux mêmes problèmes (24).

Marcel-M. MONIN

(1) Le concept de « souveraineté » (titulaire du pouvoir de décider en 1789, le « souverain » ce n’est plus le roi, sa souveraineté est transférée) et l’élection sont liés dès l’origine.  Aujourd’hui, l’article 3 de la Constitution de 1958 pose à cet égard que la « souveraineté nationale  appartient au peuple» (en réconciliant les deux concepts antinomiques à l’origine), puis, immédiatement après, traite du droit de suffrage et de ses caractéristiques.

(2) l’article 27 de la constitution française actuelle reprend une vieille règle qui vise à affranchir les élus de tout lien avec des tiers quels qu’ils soient (mandat dit « représentatif »).  Cette règle se trouvait déjà dans plusieurs décisions et instructions de Louis XVI pour le déroulement des travaux des Etats généraux de 1789, compte tenu des nécessités du moment. Il se trouve que la règle a très rapidement sous un certain rapport, contre les électeurs voués à donner des « chèques en blanc » sur le fond des questions (v.  la déclaration de Condorcet à l’une des séances de la Convention : «  mandataire du peuple, je ferai ce que je croirai le plus conforme à ses intérêts. Il m’a envoyé pour exprimer mes idées, non les siennes ; l’indépendance absolue de mes opinions est le premier de mes devoirs envers lui »). Le caractère représentatif du mandat a joué dans les rapports de l’élu avec ses électeurs, mais pas à l’égard des groupes de pression.

(3) Le candidat N. Sarkozy avait annoncé durant sa campagne électorale (2007) qu’il userait de ses prérogatives de chef d’Etat pour faire annuler (ce qui était par ailleurs désiré et préparé par certains  https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Amato ) le résultat du référendum de 2005 (rejetant le projet de constitution européenne). Le candidat E. Macron a annoncé pendant sa campagne (2017) qu’il utiliserait les mêmes prérogatives pour procéder à l’abrogation   (qui était attendue par certains depuis un certain temps : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/02/19/droit-du-travail-une-reforme-directement-inspiree-des-propositions-du-medef-et-de-la-droite_4868716_4355770.html ) de quelques principes sur la protection des salariés qui avaient été progressivement reconnus dans diverses lois de la République.

Ces politiciens ont dit et ont fait dire après leur élection, que leurs abrogations étaient légitimes dès lors qu’ils avaient « annoncé la couleur » pendant leur campagne électorale. L’un et l’autre donnant à leur élection une fonction (magique) de légitimation de décisions.

NB. D’un point de vue juridique, mais c’est une autre question, l’argument ne « tient pas ». (Et … heureusement : un individu qui aurait promis pendant sa campagne de faire euthanasier les personnes présentant certaines caractéristiques, ou qui se serait engagé à transformer la France en colonie d’un pays suzerain -cas concret moins théorique que le précédent-, est-il fondé faire ces ignominies, dès lors que l’élection est passée sur les promesses de campagne ?) …  L’argument ne  tient pas … ne serait-ce que parce que les actes du président de la République et même ceux du parlement sont soumis à des contrôles et peuvent être « annulés ».  (Au moins tant que le juge administratif accepte de contrôler les décisions du président de la République -et qu’il ne les qualifie pas d’« actes de gouvernement »- et dans la mesure où le Conseil constitutionnel juge opportun de déclarer une loi « non conforme » … ).

(4) Quand on aborde ces questions, on traite des banquiers, des industriels, de leurs réseaux, de leurs techniques de recrutement de leurs agents, de leurs « hired hands »  https://www.youtube.com/watch?v=1Atyvt9TlcQ&t=1034s , ,  et de leurs groupes de pression. ( https://www.youtube.com/watch?v=BywKi8jAIag ). Et on aime à s’offusquer de ce que ce sont eux « les maîtres du monde ». (https://www.youtube.com/watch?v=AynLYLWya4g).

Mais les banquiers, les industriels, ceux qui tirent leur niveau de vie de stocks options, de primes de résultat … c’est à dire de l’état du droit, ne peuvent arriver à leurs fins que pour autant qu’ils trouvent des individus, qui, aux postes clés de l’Etat (ceux qui font voter les lois et signent les ordonnances et les décrets) sont d’accord pour leur donner satisfaction. NB. Ce paramètre de l’implication personnelle et consentie est souvent ignoré.  A part les quelques formules lapidaires (« untel est le président des riches »), qui peuvent séduire quelques électeurs. Mais qui ne sont pas de nature à casser le lien de « complicité », quand il existe, entre les personnes investies d’une charge publique (qui se moquent d’ailleurs de ces quolibets) et celles qui détiennent le pouvoir économique.

A contrario : le pouvoir politique qui exprime sa non soumission au pouvoir économico-financier  : https://www.youtube.com/watch?v=nJZYdiWkC7A  ;

Et quand la frontière entre le politique et l’économique n’existe plus dans le droit il peut devenir difficile pour les individus investis d’une charge publique de savoir où et pour qui s’arrête l’usage de leurs compétences officielles. V. dans les ouvrages, documentaires ou articles de journalistes d’investigation, les mises en cause de plusieurs personnages de l’Etat qui auraient eu des hésitations malheureuses sur la notion de limite : – « avec les compliments du guide » Ed. Fayard ; -  http://boutique.arte.tv/f9280-argent_sang_democratie; https://www.mediapart.fr/biographie/fabrice-arfi?page=1 , … etc… etc…

(5) Les députés des Etats Généraux de 1789 qui rédigèrent la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, et la Constitution du 3 septembre 1791 veillèrent à se protéger du « peuple » (qui était miséreux, et qui par voie de conséquence, risquait d’avoir des revendications onéreuses…). Tout en proclamant l’égalité, ils ont établi le suffrage censitaire (on n’est électeur que si l’on paie certains impôts au delà du seuil fixé), et ont habillé l’opération dans une théorie dite de la souveraineté « nationale », engendrant à son tour, le concept d’électorat « fonction ». Ainsi, être électeur comme être élu, constituaient selon les habiles théories ad hoc du moment, des fonctions que l’on n’avait le droit d’exercer que si l’on satisfaisait aux conditions imposées (par ceux qui y avaient précisément intérêt). Comme on appela « actifs » les citoyens qui avaient accès à la vie politique, et « passifs », les autres.

Le système de la Restauration donne concrètement une idée du résultat (et de  « l’intérêt ») du régime censitaire. A l’époque, il n’y avait pas d’impôt sur le revenu. Les conditions de fortune portaient sur la patente et l’impôt foncier. Ne pouvaient être électeurs que les personnes qui avaient 30 ans (âge où l’on était mûr et serein à l’époque)  et qui payaient trois cents francs d’impôts. Cette règle donnait 90 000 électeurs pour tout le pays. Le département de la Seine (qui recouvrait Paris et les communes limitrophes, jusqu’à la frontière de l’ancienne « Seine-et-Oise »), qui était déjà riche, comptait 11 000 électeurs. La Corse qui était déjà officiellement pauvre, n’en comptait que 40. La majorité des départements avait entre 900 et 1 200 électeurs.

Ne pouvaient devenir députés que les citoyens qui avaient 40 ans (âge où les excès d’enthousiasme réformateur n’étaient plus à craindre) et qui payaient au moins 1 000 francs d’impôts. Le nombre d’éligibles varia de 14 500 à 16 000 pour toute la France. Dans certains départements, le nombre d’éligibles était ridiculement faible. Alors, ceux qui voulaient se présenter devaient se « débrouiller » : tel haut fonctionnaire en retraite prenait une patente ; telle personne achetait un immeuble, suffisamment cher de manière à pouvoir payer l’impôt foncier, mais signait chez le notaire une contre lettre annulant la vente ; des amis se groupaient pour acheter une propriété à celui qu’ils souhaitaient voir siéger (cas de Dupont de l’Eure en 1864). Par ailleurs, avant que l’on ne découvre les « bienfaits » du découpage électoral, des dégrèvements fiscaux enlevèrent à certains la qualité de candidat potentiel voire d’électeur, tandis que des majorations permettaient à d’autres, mieux pensants et mieux votants, de devenir électeurs. Dans ce contexte, la « campagne électorale » consistait, un peu comme aujourd’hui pour les élections sénatoriales, à aller trouver les (rares) électeurs et à établir des liens de « clientélisme ». De leur côté, préfets et autres administrateurs, pouvaient, notamment par l’effet de promesses de subventions, inciter les quelques centaines d’électeurs à voter pour le candidat du gouvernement.

Au total, avec son système censitaire, la Restauration n’a pas été seulement le régime qui a vu la royauté se rétablir. Elle a surtout donné le pouvoir aux détenteurs de la richesse.

Tout se passait comme si, aujourd’hui, on voulait réserver l’électorat aux personnes qui paient l’impôt sur les grandes fortunes, et on réservait le Palais Bourbon (siège de l’Assemblée nationale) aux millionnaires.

L’avènement du suffrage universel a juridiquement donné, du point de vue abordé ici, l’accès à la députation aux non possédants. La conservation des avantages et de la maîtrise économique et financière a alors pris d’autres formes, qui ont transcendé le clivage « gauche-droite ».

(6).Le tout dans le contexte de ce qui pourrait être analysé comme un changement insidieux de civilisation et ou ( à tout le moins) de modèle politique. Que l’on peut dépister à travers le vocabulaire devenu à la mode. Jadis, il était admis que le rôle des gouvernants était de veiller à l’harmonie dans la société, à l’intérêt général, au bonheur (USA). Aujourd’hui le rôle du politique est plutôt, ainsi qu’on le martèle sans cesse et partout, de se mettre au service de la « compétitivité des entreprises » (donc au service de ceux qui vont pouvoir engranger les bénéfices). Au concept d’intérêt général on substitue le concept de réussite individuelle et de plus grandes fortunes du pays ou du monde.  Au concept  de régulation, on substitue le concept de ruissellement. Au concept de loi de l’Etat, on substitue celui de loi des marchés. Les « services publics » et leurs « usagers » laissent la place aux « entreprises » et à leurs « clients » (parmi lesquels l’Etat avec les partenariats publics-privés ou lorsqu’il loue la monnaie aux banques privées -sous la forme des emprunts assortis d’intérêts de l’art. 123 du traité de Lisbonne-).  Etc…

a) On a vu dans la note précédente que le concept de souveraineté « populaire » a longtemps dérangé. Et que l’on avait préféré celui de la souveraineté « nationale ».  On remarquera que les politiciens qui défendent le contenu des traités européens, et qui ne veulent pas que les peuples en remettent le contenu en cause (en recouvrant leur droit de vote), développent le concept de «  souveraineté européenne ». Et qualifient de « populistes » (mot devenu un sobriquet, renforcé dans sa connotation négative, par l’image subliminale du fascisme. http://fr.euronews.com/2016/09/09/l-utilisation-du-terme-populiste-devient-problematique ), ceux qui voudraient que les électeurs recouvrent la possibilité de décider avec leur bulletin de vote, de la politique économique et d’en changer si cela leur chante.

b) On devra surveiller les avancées du concept de « souveraineté européenne » et voir s’il ne tend à promouvoir la résurrection des vieux concepts à l’appui de la mécanique en cours de fonctionnement : les citoyens seraient des « citoyens passifs » dans la zone économique européenne, et ne seraient, sous cette réserve d’ailleurs, des « citoyens actifs » que dans leur Etat. ( https://www.lesechos.fr/monde/europe/030519685966-macron-veut-rebatir-une-souverainete-europeenne-2110905.php  )

(7) En fonction de la composition sociologique de la population selon les quartiers, on répartit les électeurs entre tel ou tel bureau de vote, de manière à ce que les gens d’en bas aient le moins d’élus possible, même s’ils sont majoritaires en voix. (v. nos explications dans «  Textes et documents constitutionnels depuis 1958. Dalloz-Armand Colin).

Durant la colonisation de l’Algérie, on a mis, dans la même logique, et pour les mêmes fins,  les « indigènes » dans un deuxième collège (http://fresques.ina.fr/independances/fiche-media/Indepe00045/les-elections-a-l-assemblee-algerienne.html).

Toujours dans  la même logique et en vue du même résultat, on peut localement éviter de subir le vote des électeurs d’en bas en refusant de construire des logements sociaux. Quitte à payer l’usage de cette faculté. Les municipalités qui attirent les électeurs du bas en construisant des logements sociaux, rendent service aux municipalités conservatrices en débarrassant ces dernières de ces électeurs indésirables.  Et contribuent, pour les élections nationales, à rendre inutiles certaines opérations de « charcutage » électoral.

(8)  sur les modes de scrutin et les critères de choix, v. notamment  notre commentaire de l’article 34 de la constitution ;  op. cité dans la note 7)

(9) Les rédacteurs de la constitution de 1791 avaient pris une précaution contre les éventuels excès de la future assemblée nationale législative : ils avaient donné au roi le droit de geler trois fois un « décret » voté par l’assemblée. Mais ils ne voulaient pas d’une deuxième chambre dans laquelle se seraient retrouvés les privilégiés qui n’auraient pas manqué de (continuer à) s’opposer aux réformes voulues par la bourgeoisie industrielle et commerçante.

Le comportement dictatorial et sanguinaire de la Convention, dont certains membres utilisaient la populace comme masse de manoeuvre, fit naître le besoin d’un organe modérateur, pouvant stopper les excès de la chambre basse.

On commença par le Conseil des Anciens de la constitution de l’an III.

Les consuls, rois et empereurs constituèrent des chambres hautes dans lesquelles ils mirent leurs gens.

Les monarchistes, après la défaite de Sedan, organisèrent un sénat sur lequel ils comptaient pour aider le futur roi à gouverner (d’où le système imaginé pour la dissolution : celle-ci était décidée par le chef de l’Etat dont on avait cru qu’il pourrait, pour ce faire, s’appuyer  sur le Sénat).

Sous la III° République (dont la majorité utilisa le texte dont il vient d’être parlé), le Sénat, qui était conservateur (c’était son rôle) bloqua des réformes. (Et, au lieu de soutenir l’exécutif quand ce dernier voulait dissoudre, contraignit plusieurs gouvernements à démissionner).

Les rédacteurs des constitutions de 1946 et de 1958 jouèrent eux aussi la prudence, et ce d’autant plus que le parti communiste était puissant : ils maintinrent une deuxième chambre. (Ils prirent simplement des précautions pour éviter les oppositions inutiles des sénateurs auxquels ils interdirent notamment de renverser les gouvernements).

(10) Sur (une parodie de) la question, un film humoristique : «  bienvenue au Gondwana » ( à voir dans les salles ou sur internet),

(11) Par exemple, obtenir un vote sur le thème «  les étrangers dehors », … « l’Europe c’est la paix », permet de disposer d’un chèque en blanc pour faire ce que l’on veut y compris pour éluder ou camoufler diverses questions de fond (émission de la monnaie par les banques ou par l’Etat, politique économique fondée sur l’offre ou sur la demande, séparation ou non des banques de dépôt et des banques d’affaires, non ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats ou opérations militaires dirigées contre eux, etc…).

(12) Notamment en acquérant la propriété des chaines de radio, de télévision et la presse.

a) On peut déceler sans mal, à travers les programmes de télévision, quelques une des « ficelles » utilisées ( v. Noam Chomsky https://www.youtube.com/watch?v=g6UDiRkfngI ; P. Bourdieu : https://www.youtube.com/watch?v=vcc6AEpjdcY ) : programmes récréatifs qui engendrent l’ignorance et la passivité et tuent la réflexion ; journal télévisé orientant insidieusement l’information et  consacrant une large part du temps d’antenne à des reportages (sur la manière de fabriquer le pain ou de cuisiner tel plat, la gentillesse de tel animal ou la beauté de tel paysage) ; questions politiques traitées comme spectacles avec des débats regroupant des personnages amis et / ou « bien pensants » ( http://www.acrimed.org/Ces-economistes-qui-monopolisent-toujours-les-debats   ; https://www.youtube.com/watch?v=i3NXjvYWS_A   ) qui donnent leur opinion sur l’avenir ou sur l’opinion des autres, indiquent aux citoyens ce qu’il convient de retenir d’un fait ou de comprendre d’une situation.  Et s’ingénient à essayer de rendre inaudibles ou ridicules les personnes (économistes, sociologues, politiciens, géo- politologues) qui tiennent des propos hétérodoxes : V. à travers les réactions d’un politicien, certaines des techniques utilisées sur les plateaux de télévision :  https://www.youtube.com/watch?v=6t6tKEvgeTs

b) Comparer  ( entre autres) : – invité : J ;_L. Mélenchon : https://www.youtube.com/watch?v=UYmzvN86RO8&feature=youtu.be   à comparer avec, invité Eric Ciotti : : http://www.rtl.fr/actu/politique/lr-pour-ciotti-la-candidature-de-wauquiez-peut-sauver-le-parti-de-l-eclatement-7790039385 ).

c) sur « l’information » donnée par les médias lors de certains conflits, notamment avant leur déclenchement :  v. Michel Collon : https://www.youtube.com/watch?v=_jSPkz_0UZw&t=1656s  ;

d) Sur l’information et la manipulation : Natacha Polony : https://www.youtube.com/watch?v=db26_acAeF4 et Noam Chomsky : https://www.youtube.com/watch?v=88BfEcAFCPg

e) Sur certains financements des médias :  https://lespoir.jimdo.com/2014/12/26/de-gaulle-1963-le-peuple-est-patriote-les-bourgeois-ne-le-sont-plus/

f) sur les techniques permettant d’empêcher la diffusion de l’information : https://www.youtube.com/watch?v=laDOwa1gGF0  ; https://www.youtube.com/watch?v=D3QYxBKrLD4

(13) https://www.youtube.com/watch?v=ZoRQ6uW3uoQ  ; https://www.youtube.com/watch?v=jf9cLXOlj3U

NB. Que des personnes qui ont des intérêts à défendre, se réunissent et discutent de stratégies ( Bilderberg  https://www.youtube.com/watch?v=XGeGjYm_wqc , https://www.youtube.com/watch?v=JroOqjHbtiQ  Trilatérale, le siècle, french-american fondation, etc… …) à mettre en œuvre pour défendre leurs intérêts, paraît être dans la nature des choses.  Comme il est dans la nature des choses que l’on trouve des arguments qui séduisent quand on veut obtenir quelque chose.

Mais ce qui « pose problème » s’agissant de la question étudiée (les élections et la démocratie) , c’est que des politiciens se font élire au nom de l’intérêt général, et qu’une fois élus, ils servent des intérêts particuliers de nationaux ou d’étrangers pouvant aller à l’encontre de l’intérêt général ou des intérêts nationaux. Problème particulièrement perceptible quand est dévoilée une situation de conflit d’intérêt.

(14) v. Noam Chomsky « la fabrication du consentement » : https://www.youtube.com/watch?v=jWBPXYePQ64 ; https://www.youtube.com/watch?v=56AbAxw7PIg ;  (https://www.youtube.com/watch?v=W8EWBP1R3zw ). Patrick Champagne «  Faire l’opinion, le nouveau jeu politique » Minuit 1990.

(15) https://www.youtube.com/watch?v=ydaNxoespA0

(16) a) Plusieurs personnes qui semblaient répondre à un ou à plusieurs de ces critères se sont présentées à l’élection présidentielle de 2017. L’analyse chronologique des productions des médias tend à faire penser que les faveurs personnes liées à des réseaux (v. ci-dessus) allaient plutôt à E. Macron -  https://www.youtube.com/watch?v=2D2zWfAbtvs ; : https://www.youtube.com/watch?v=ydaNxoespA0 – ). Les autres impétrants, même s’ils présentaient quelques points communs avec ce dernier,  furent éliminés (primaires contre certains,  lancement du « Pénélopegate » par les médias contre la candidature de F. Fillon) ou renoncèrent d’eux mêmes (A. Juppé qui annonce qu’il ne sera pas le candidat de « rechange »).

b) Beaucoup de présidents africains ont la réputation d’avoir été « fabriqués » ou d’avoir été préalablement acceptés par l’extérieur. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Françafrique_(documentaire) . Il en va de même sur d’autres continents, avec d’autres acteurs (v. sur internet).

c) Remarquer aussi que  François Mitterrand, qui a terminé sa carrière sous l’étiquette socialiste,  a réussi à donner un coup mortel au parti communiste, et a pris une part active au placement de la France sous « protectorat » américain (membre du mouvement européen,   https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_européen_international    signature du traité de Maastricht    https://www.youtube.com/watch?v=turzi3Zy0dw ) ; à l’abrogation des protections du code du travail : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_relative_au_travail,_à_la_modernisation_du_dialogue_social_et_à_la_sécurisation_des_parcours_professionnels ;   http://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/mitterrand-etait-un-homme-de-droite-a-dit-rocard-ce-que-j-ai-toujours-pense-aussi-il-n-a-jamais-ete-socialiste-il-s-est-servi-du-parti-communiste-jacques-maillot-840621.html

(17) Il existe des techniques simples utilisées de l’intérieur ou de l’étranger selon le cas, pour déclencher le mécontentement des citoyens qui les conduira à éliminer lors de la prochaine votation, le dirigeant qui se refusait à la docilité. Parmi d’autres, des techniques bien connues : la hausse des taux d’intérêts (qui va paralyser ou asphyxier les entreprises qui du coup, vont licencier) peut déclencher du chômage de masse qui sera reproché aux dirigeants. La hausse artificielle du prix des produits importés qui va entraîner le chômage, l’inflation, la baisse du niveau de vie, voire la famine. Comme l’embargo sur des produits ( médicaments, denrées alimentaires, …) ou la baisse – qu’il suffit de provoquer- du cours des matières premières ( pétrole, cacao, ou autres) dont le revenu conditionne le niveau de vie de la population du pays exportateur.

Quand il n’est pas possible de provoquer le départ des gouvernants par la manipulation des électeurs, existent d’autres moyens, ainsi que l’histoire et l’actualité le montrent : – Assassinats ( v. sur internet la liste par continent) ; – financement et soutien accordés souvent de l’étranger ( https://www.youtube.com/watch?v=BH9SHxetO1I  ; https://www.youtube.com/watch?v=LRNKVJ59jIc  ) aux opposants, voire à des bandes armées, souvent composées d’étrangers ( http://www.dailymotion.com/video/xsgyjs )  ,  présentées comme des opposants opprimés au dirigeant « dictateur » qui « viole les droits de l’homme » et « tire sur son peuple », ( https://www.youtube.com/watch?v=tL8JDTQGpdY ) ; -  interventions de troupes étrangères en appui ( au nom d’un « droit / devoir d’ingérence » imaginés par quelques malins à l’encontre  des principes de non ingérence et de non intervention dans les affaires intérieures d’un Etat ) (18 )

a) La loi ne doit -surtout- pas  permettre de jouer le rôle que Lacordaire lui attribuait : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

b) https://www.youtube.com/watch?v=W6PSVG_x75M ; https://www.youtube.com/watch?v=_oN-DxnGPZQ

Lorsque des politiciens disent que les citoyens doivent recouvrer l’intégralité de leur droit de vote, y compris la part qui se trouve dans les traités européens, ils sont brocardés comme « souverainistes ». En sous entendant ou en insinuant que, si leurs idées prospéraient, l’Etat se recroquevillerait sur lui-même et les populations seraient contraintes de vivre en autarcie.

(19) Y compris quand l’opération livre des entreprises au contrôle étranger avec à la clef, des conséquences y compris sur la défense nationale ; par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=dOnGH9v-oIA ;     https://www.youtube.com/watch?v=0wSPfJ80TzE

(20) A/. Quand les personnes qui détiennent les postes décisionnels « truquent » les élections de manière à ce que les résultats soient ceux qui étaient espérés, il est prévisible que certaines d’entre elles seront tentées d’en tirer au passage quelques avantages, un peu comme si elles « facturaient » leur prestation (conflits d’intérêts, corruption, prise illégale d’intérêts, etc…). https://transparency-france.org/aider-victimes-de-corruption/biens-mal-acquis/   B/. Dans les villages en Afrique, ceux qui pouvaient devenir chefs répondaient à des critères très stricts de moralité. Une fois en place, ils se gardaient d’imposer leur volonté. Dans les assemblées, ils commençaient … par se taire.  Ils recueillaient l’avis de tous, du plus ancien au plus jeune, du plus jeune au plus ancien. Puis ils faisaient la synthèse des positions de manière à ce que tous acceptent une solution raisonnable. Et quand le chef du village s’écartait de son devoir et devenait corrompu, les esprits, comme par enchantement,…  lui retiraient la vie. C/.Quand l’Afrique a importé les modèles occidentaux, avec au niveau national le régime présidentiel (par simple recopiage en série du texte de la constitution française de 1958), les malins ont vu ce qu’ils pouvaient tirer à titre personnel du truquage des élections. La « communauté internationale » s’émerveillant de son côté, des  « progrès de la démocratie » quand l’élection est acquise (sans trop de tueries) et tenant par voie de conséquence et comme il se doit, l’élu comme interlocuteur légitime. Au moins tant que ce dernier accepte de signer des contrats léonins d’exploitation des ressources  du sous sol du pays. Car à défaut, l’élu … n’est pas élu (Gbadbo non, Ouattara, oui ). Ou l’élu devient un dictateur et il est nécessaire de procéder à de nouvelles élections. Qui porteront au pouvoir ipso facto un « démocrate » ou qui donneront une légitimité à celui qui , en attendant, a liquidé son prédécesseur et s’est mis à sa place par la force.

(21) v. notamment les études de P. Bourdieu et de J.-C. Passeron : « les héritiers », « la reproduction » (publiées par les éditions de minuit) et les travaux des chercheurs sur ce thème, notamment ceux du centre de sociologie européenne de l’EHESS ). https://www.youtube.com/watch?v=bv-o9WyHc18

(22) https://www.lesechos.fr/25/05/2016/LesEchos/22198-050-ECH_en-scandinavie–on-ne-badine-pas-avec-l-ethique.htm . L’exemple scandinave pourrait constituer le départ d’une recherche : comment expliquer la différence des « mentalités »  et la différence de réaction en présence de comportements « déviants » ?

(23) Plus ambitieux que les hommes de l’Eglise (pour qui les Hommes sont et demeureront des « pêcheurs »), les Francs-maçons déclarent qu’ils  travaillent à l’amélioration de l’individu et du genre humain. Mais comme les Francs-maçons ne sont pas des spécialistes de génie génétique, les hommes continuent à être des hommes. Ce qui, évidemment, est embêtant : – Pour les hommes qui continuent à faire ce qu’ils ne feraient plus si on les avait améliorés. – Pour la société qui doit trouver sans cesse des parades contre les comportements des uns qui ne peuvent pas s’empêcher de créer des préjudices aux autres. – Pour les Francs-maçons (eux-mêmes non améliorés),  qui sont obligés d’aller chercher dans leurs fraternelles ( http://www.souslavouteetoilee.org/article-un-avatar-ma-onnique-les-fraternelles-117219898.html ; http://www.lexpress.fr/informations/le-dessous-des-affaires_636587.html ) ou dans d’autres groupements plus profanes ( https://www.valeursactuelles.com/politique/emmanuel-macron-et-les-francs-macons-86024  ) de quoi s’occuper en attendant que l’espèce soit améliorée …

(24) On peut toujours imaginer quelques techniques juridiques qui produiraient –peut être, et au moins pendant une certaine durée- des résultats un peu plus satisfaisants d’un point de vue intellectuel ou moral, par rapport à ce que l’on observe. Ou on peut penser que le changement ne viendrait que de l’installation dans les plus hautes charges de l’Etat d’un personnage désintéressé par l’argent, ( comme de Gaulle, Sankara – et quelques rares autres hommes d’Etat sur divers continents- ) qui serait sourd au chant des sirènes et qui n’aurait en tête que le service de l’intérêt général et la dignité de l’Etat. Etant entendu, en démocratie,  qu’il faudrait les deux : qu’un personnage d’exception désintéressé puisse imposer et bénéficier – au moins jusqu’à l’expiration de son mandat- de nouvelle règles du jeu (système de 1958 avec de Gaulle « aux affaires »).

Mais il faudrait que le contexte s’y prête. Qu’un « choc » se produise qui engendrerait un renversement des rapports de force (le plus fort –financièrement- n’ayant pas le temps de jouer de sa supériorité eu égard au  contexte) d’où sortiraient quelques changements. Elections miraculeuses ? Coup d’Etat ? Révolution ? …

Et puis les êtres humains étant ce qu’ils sont, il est probable que leurs rapports auront tendance à se reproduire à l’identique (dans l’ordre « naturel » induit par la « loi «  du plus fort) au bout d’un certain temps : les trouvailles institutionnelles étant (comme d’habitude) détournées de leur objet, le dirigeant d’exception gênant pour les affaires étant éliminé (comme d’habitude) soit politiquement, soit physiquement.

Marcel-M. MONIN

Monnin

 

 

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Modibo Koné : « Le Mali peut créer des millions d’emplois à travers l’Agriculture »

Pour le Malien Modibo Koné, ni le sous-développement ni le chômage ne sont des fatalités. Le soldat du développement – comme il se définit – expose dans cette interview que nous publions en trois parties, sa vision sur les réformes nécessaires à la transformation de l’Afrique.

La tryptique du développement englobe l’Agriculture, les infrastructures et l’investissement dans le social. Tout plan de développement repose sur des satisfactions immédiates, à court terme (le social, l’école, la santé, etc) dans une vision de transformation orientée sur le long terme, explique M. Koné en tirant des enseignements d’une expérience de 20 ans qui l’a emmené à piloter des projets de grande envergure comme l’échangeur Multiple à Bamako, l’autoroute Bamako-Koulikoro, l’échangeur et les voiries de Ségou, le financement du développement de la chaine des hôtels Azalai, le projet du grand contournement de la ville de Lomé, l’aménagement des périmètres agricoles à Molodo, Bewani et Kémacina, le projet en Partenariat Public Privé du Pont Henri Konan Bédié, l’échangeur du boulevard Giscard d’Estaing à Abidjan, l’autoroute Dakar-Diamnadjo, le nouvel Aéroport international Blaise Diagne de Dakar. Dans cette première partie, Modibo Koné aborde avec Financial Afrik l’équation entre l’agriculture et l’emploi, à travers son expérience à la tête de la Compagnie malienne pour le développement des textiles, la CMDT, qu’il entendait moderniser et en faire un outil de la transformation du Mali. C’était sans compter sur les forces de l’inertie. Exclusif !

La transformation agricole est un vaste chantier en Afrique. Vous avez été, notamment, le PDG de la Compagnie Malienne pour le Développement du Textile (CMDT) et un de vos axes de gouvernance a été d’initier des projets d’installation d’usines au Mali. A quelle nécessité cela répondait-il ?

Ma conviction de toujours a été que le Mali, à l’instar de plusieurs pays africains, est immensément riche de ses terres arables et de son sous-sol minier. Toute la question a été de savoir comment transformer ce potentiel immense en perspectives pérennes pour les milliers de jeunes qui n’ont d’autres choix que l’immigration clandestine souvent au péril de leur vie. Le paradoxe malien n’est pas une fatalité. C’est animé de cette conviction que j’ai mis l’accent, dès ma prise de responsabilité, sur la modernisation de la transformation de notre coton en recherchant des financements auprès de bailleurs de fonds sous régionaux comme la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD). Dans notre vision de mise à niveau de cette structure, l’idée était d’abord de réhabiliter l’outil d’égrenage au niveau de Sikassou, Koutiala et d’autres sites. En tout, 5 usines ont été remises à neuf. A cela, s’ajoutait la construction de 3 usines dont l’une financée par la BOAD. L’investissement envisagé concernait toute la chaîne de valeur. Jusque-là, le Mali s’était limité à la transformation du coton grain à la fibre et en d’autres produits comme l’aliment de bétail (ce dernier volet est laissé aux privés maliens).

Une telle évolution demandait beaucoup de financements et de partenaires techniques. Ces conditions étaient elles réunies ?

J’ai tout de suite échangé avec des industriels du coton européens et asiatiques, le but étant de financer l’acquisition de nouvelles usines et de réadapter les anciennes afin d’accroître nos capacités d’égrenage. J’avais au cœur de ma stratégie la transformation locale du coton malien pour permettre de créer plus de richesses et plus d’emplois dans le pays. Ma conviction est qu’il est temps d’aller plus loin dans la valorisation de la matière première. De la première transformation, nous devons passer à la deuxième transformation, c’est à dire au passage de la fibre à la filature. C’est passer en fait à ce qui constitue le socle même du tissu industriel. L’impact est important car un kilo de fibres transformé en filature devrait valoir dix fois plus. Les recettes que le Mali tirait de l’activité devraient donc augmenter de dix fois grâce au développement de l’industrie textile en aval. L’effet d’entrainement du coton malien, réputé de qualité supérieure en raison du climat sec du pays, devrait favoriser la naissance d’unités industrielles textiles (jean, tee-shirt, serviettes, etc) spécialisées et compétitives . Concrètement, l’idée était de créer de la valeur ajoutée par rapport à la production locale, en mettant en place 4 filatures au départ. Chaque filature devait créer au moins 4 000 emplois directs et améliorer ainsi les recettes d’exportation en faisant jouer divers dispositifs et conventions dont l’AGOA. Nous avions mobilisé à peu près 150 milliards de FCFA auprès d’Eximbank Chine et environ 25 milliards auprès de la BOAD. Pour résumer, je dirais que cet investissement devait créer plus de 150 000 emplois directs et impacter tout le pays.

Le chômage des jeunes est un vaste fléau en Afrique. Pensez-vous que le secteur agricole peut apporter des réponses viables ?

L’agriculture est un secteur divers et extrêmement dynamique. La conjonction de plusieurs facteurs atteste des opportunités que le secteur peut offrir à des jeunes en recherche d’emplois. Nous pouvons lister quelques-uns de ces facteurs comme suit : le dividende démographique en Afrique et les besoins en alimentation qui sont en constante augmentation, les nombreuses terres qui ne sont pas exploitées et qui peuvent être mises à la disposition des jeunes, les techniques d’irrigation qui ont réellement évolué et qui impactent fortement les rendements, les semences améliorées qui optimisent les quantités produites à l’hectare, les réseaux routiers qui s’améliorent ce qui facilite l’accès aux circuits de commercialisation, le numérique qui crée de nouvelles opportunités dans les zones de production agricole etc. Ces opportunités ont besoin d’être mieux circonscrites et promues auprès des jeunes, qui eux-mêmes doivent être accompagnés pour accéder à la terre, aux techniques d’exploitation, aux réseaux d’approvisionnement en intrants, etc. Pour mon pays le Mali par exemple, les milliers d’’hectares irrigués de l’Office du Niger peuvent faire l‘objet d’un vaste programme d’accès à la terre pour des milliers de jeunes maliens.

Lorsqu’on parle de transformation, on parle de partenaires techniques et aussi de financements importants, mais les deux ne sont pas aisés à trouver. Qu’en pensez-vous ?

Bien au contraire, les partenaires techniques et les investisseurs du monde sont intéressés au plus haut point par les matières premières produites en Afrique. Les investissements sont importants et vont s’accroissant année après année. Ils ont bien sûr décelé les opportunités à y investir pour apporter des réponses aux besoins mondiaux en nourriture qui ne cessent d’augmenter. Les grands groupes agro-industriels américains, européens, asiatiques sont de plus en plus présents sur le continent, et sont prêts à investir des montants considérables. J’en ai rencontré plusieurs qui ont déjà des projets clés en main dans le domaine des semences, des engrais, de la transformation. Ces projets peuvent aider à moderniser notre agriculture, à lutter contre l’insécurité alimentaire et à donner du travail à des milliers de nos compatriotes. D’ailleurs, aujourd’hui avec le développement des PPP, les partenariats public privé, qui aident nos Etats à alléger un peu les charges budgétaires, je pense qu’on peut miser sur des partenaires qui viendront avec leur savoir-faire, créer des emplois et exploiter nos terres. Toutes ces questions restent favorables si les conditions fiscales sont assez encourageantes. Le Mali vient de voter la loi PPP au niveau de l’Assemblée nationale, entérinée par un décret. Je pense donc qu’aujourd’hui, la porte est ouverte à ces privés qui veulent s’installer. Ce n’est pas le financement qui manque. En exemple, moi même à la CMDT, j’avais des partenaires chinois, turcs et indiens, ceci dans une optique de diversification de partenaires.

La transformation des matières premières ne concerne pas seulement les grandes industries agroalimentaires, l’agriculture en Afrique étant plutôt une affaire familiale, et qui s’exerce sur de petites superficies. Comment peut on promouvoir la transformation dans ce cadre ?

L’agriculture en Afrique est principalement familiale. Cependant, il est bon de noter que cette agriculture est la plus représentée dans le monde, car elle concerne 2,6 milliards de personnes, soit près de 40% de la population mondiale au sein de 500 millions d’exploitations agricoles. L’agriculture familiale constitue le premier fournisseur de biens alimentaires ; elle est donc une source de revenus importante pour de nombreuses populations. Nous savons que la transformation optimise les revenus, donc permet une nette amélioration du niveau de vie des populations. Mettre en place des unités de transformation au sein des exploitations familiales peut s’avérer coûteux. La solution réside dans le regroupement des exploitants au sein de filières ou de regroupements d’intérêt et dans la mutualisation des équipements de transformation. Par ailleurs, la recherche de financement est plus aisée lorsque l’on est regroupé.

La CMDT est à tort ou à raison assimilé à un Etat dans l’Etat. Avoir été à la tête de cette entreprise comportait sûrement des enjeux. Pensez-vous que vous avez pu les cerner ?

A la CMDT, j’ai entendu battre le coeur du Mali. J’ai vu les mains et les bras qui portent notre beau pays depuis de très longues années sans rien attendre en retour, mais uniquement de la considération et des moyens pour travailler. J’ai entendu aussi des voix que l‘on n’entendait pas. Alors, je ne sais pas si c’est un Etat dans l’Etat, mais ce sont des milliers de femmes et d’hommes qui travaillent au quotidien pour aider à sortir notre pays de la pauvreté. Vous savez, la CMDT, c’est une zone d’intervention de 134.518 km² couvrant 3.153 villages. Ce sont 4.026.000 habitants, 235 communes, 171.000 exploitations et 6.846 organisations paysannes. Moi, je me suis battu pour rechercher des partenaires, moderniser les outils de transformation et sortir le cotonculteur malien de la pauvreté. Seuls ces enjeux ont été au coeur de ma gouvernance. Quand on aime son pays et que l’on se sent en mission pour le service de tous, on ne peut avoir d’autres enjeux que d’aider les populations à avoir une meilleure vie. Vous savez, je suis un rural, un soldat du développement et mon combat a toujours été de lutter pour le bien-être de tous.

Vous vous apprêtez à quitter définitivement la BOAD et à rentrer au Mali votre pays. Quels sont vos projets pour l’avenir ? Il y a quelques rumeurs persistantes sur une carrière au service de vos compatriotes, qu’en est-il ?

J’ai passé ces 25 dernières années au service de la sous-région, au sein d’une des plus grandes institutions de financement du développement en Afrique. Le temps de la retraite est proche, mais au regard de la situation qui prévaut dans mon pays depuis quelques années, je souhaite écourter ma mission pour me rendre disponible. Vous savez, l’amour pour son pays est au-delà de certaines considérations, pour moi le temps de rentrer est arrivé. Une fois à Bamako dans quelques semaines, les Maliennes et les Maliens décideront à quel niveau ils souhaitent que je puisse aider. Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas voir mon pays sombrer, pris dans l’étau des divisions, du terrorisme, de la situation désastreuse d’une jeunesse au chômage, des conflits ethniques, d’une économie complètement atone qui accroît la pauvreté. Nous pouvons réussir notre développement en nous appuyant sur notre avantage comparatif, qui est l’agriculture, ces hectares non aménagés qu’il faut cultiver pour une transformation économique et sociale qui reste, malgré tout, à la portée du Mali.

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Propos recueillis par  Adama Wade

 

 

 

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Complicité Algero-Française !

Peut-on avoir une réunion de haut niveau à Alger réunissant autour du Ministre Algérien des Affaires Etrangères les plus hauts fonctionnaires et militaires français pour évoquer la situation au nord du Mali sans les gouvernants Maliens ? Il y a certes une complicité algero-française sur le dos du Mali, mais pas pour le même but. Les gouvernants maliens, comme toujours, semblent être incompétents et inadaptés à la situation qui prévaut actuellement. Le fait que l’ordre du jour ait été consacré au processus de paix sans la participation du Mali laisse la place à la suspicion.

Il est tout a fait normal que les citoyens maliens soient irrités par le duo franco-algérien dans la mesure où Bamako n’y a pas été associé et l’on peut effectivement s’interroger : d’abord, le gouvernement du Mali n’a jusqu’ici bénéficié d’aucun soutien de l’Algérie et de la France pour le retour de l’administration et de l’armée malienne à Kidal. Pourtant, l’Algérie qui a une forte influence sur certains groupes armés aurait pu faire preuve de fermeté. Quant à la France, elle aurait pu jouer le rôle d’arbitre et calmer le jeu entre la CMA et la plateforme en conflit autour de la gestion de Kidal. En réalité, elle est accusée par le Gatia de partialité. En effet, la CMA n’était plus grand chose et brusquement, elle est réarmée et tient le Gatia en échec. Le rôle de l’Algérie et de la France devient inquiétant, d’autant plus qu’ils auraient du permettre la mise en place beaucoup plus rapide de l’accord de paix et de réconciliation.

Nous avons l’impression que ces deux pays font traîner le retour à la paix au Nord du Mali. La France, et ce n’est pas nouveau, pourrait souhaiter que l’on s’acheminât vers une solution que les indépendantistes du nord pourraient accepter. Beaucoup de conditionnels mais n’étant pas dans ‘les secrets du dossier’ nous ne pouvons que nous tourner vers les gouvernants maliens pour nous éclairer d’avantage sur le dossier. Or, ces gouvernants ont toujours eu des difficultés à faire des concertations ou avoir des conversations avec les citoyens maliens. L’autonomie de Kidal pourrait être la solution vers laquelle on s’achemine sous la houlette de la France. Nous comprenons, si tel était le cas, l’opposition de l’Algérie qui a d’une part toujours quelques problèmes avec ses tribus berbères de Kabylie et qui, d’autre part, ayant réussi à calmer les velléités autonomistes verrait d’un mauvais œil les touaregs maliens donner des idées à ceux du sud algérien.

Finalement, le retour à la paix ne plaît ni aux Français ni aux Algériens pour des raisons différentes voire opposées. En conclusion, la paix n’est pas pour demain. Nous sommes peut-être dans l’erreur mais nous aimerions bien qu’on nous le dise.

Cheick Boucadry Traoré

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Réforme Constitutionnelle : « dégonflez tous les biceps, Monsieur le Président ! »

A travers sa lettre ouverte à Ibrahim Boubacar Keïta, l’ancienne première dame du Mali, Pr Adame Ba Konaré, fait une sortie sans concession contre l’entêtement du président de la République à faire passer une constitution qui suscite des dissensions sans précédent au sein de la société malienne.

Lisez le regard de l’historienne !

« Non au projet de réforme constitutionnelle ! Antè, a bana, Touche pas à ma constitution ! Tels sont les mots d’ordre lancés le samedi 17 juin 2017 par l’opposition, la société civile et certains syndicats dans une marche gigantesque.

Partis politiques de l’opposition, société civile, syndicats, tous fédérés autour d’un mot d’ordre au-delà de leurs divergences ! Ce n’est pas peu. C’est probablement, vous le savez sans doute, Monsieur le Président, l’une des marches les plus imposantes organisées depuis la chute, il y a déjà 26 ans, du régime de Moussa Traoré.

Ce n’est pas tout. La contestation prend de l’ampleur à l’intérieur du pays, Monsieur le Président, et elle s’étend à l’extérieur : en Europe, en Amérique, un peu partout où se trouvent des communautés et des représentations diplomatiques maliennes.

Je vois là, Monsieur le Président, un moment crucial de votre mandat, et peut-être de l’histoire du Mali, et c’est parce que j’y vois un moment crucial que je me résous à prendre ma plume. Une entorse à ma ligne de conduite, qui était toute de retenue par rapport à votre exercice du pouvoir. Oui, je dégaine facilement le verbe, mais malgré les interpellations et les appels insistants de certains militants du mouvement démocratique ou d’intellectuels plutôt bien intentionnés, je me suis gardée jusqu’à présent d’intervenir dans le débat public, du fait de ma position d’ancienne Première Dame.

En effet, vous ayant côtoyé durant ces longues années où vous avez été l’un des plus proches collaborateurs du président Konaré – d’abord directeur adjoint de sa campagne et, aussitôt après son élection, conseiller diplomatique à la Présidence, ambassadeur, avant d’être promu ministre des Affaires étrangères et enfin Premier Ministre –, sans compter que vous avez été aussi président de l’Alliance pour la Démocratie au Mali, Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ), je fais aujourd’hui violence à la réserve que je me suis imposée durant tant d’années.

Je ne suis pas une donneuse de leçons, Monsieur le Président, mais considérez votre projet référendaire sur la réforme constitutionnelle sous l’angle de son effet sur le lien social, ce déterminant essentiel de notre « vivre ensemble», ce « principe de cohésion sociale et de civilité », pierre de touche de la culture malienne. C’est ce principe et lui seul qu’il importe de mobiliser en ces temps où le Mali est en danger.

Le grand péril qui se profile à l’horizon proche avec la création d’un front anticontestataire composé de partisans du Oui à la constitution, vos partisans, c’est le risque de fracture entre deux groupes de citoyens.

N’admettez pas, Monsieur le Président, que se produise une situation propice à toute forme de radicalisation d’un côté comme de l’autre qui serait susceptible de compromettre la paix sociale. Vos fonctions vous font obligation de rasséréner avec le même degré de traitement les deux camps.

Assurément, toute constitution est susceptible de modulations face à la diversité des défis que subissent les générations. Si sacrée soit-elle, elle n’est pas une momie figée ni un fétiche abominable capable d’exterminer tous ceux qui le manipulent. Pour autant, l’on ne saurait la changer sans précautions majeures.

Ne voyez pas sujet de fâcherie ou d’offense à votre magistère, Monsieur le Président, lorsque l’on vous rappelle des faits : la constitution de 1992 est directement sortie des entrailles ensanglantées de la révolution de 1991 ; elle a été rédigée en lettres de sang. Y toucher demande un large consensus, le plus large possible, ce consensus même qui a prévalu à sa rédaction.

Ne voyez pas sujet de fâcherie, Monsieur le Président, lorsque l’on argumente que le projet de réforme constitutionnelle en ces temps-ci est anticonstitutionnel. L’article 118 de la constitution du 25 février 1992 est sans équivoque : « Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire. »

Aucune querelle de chapelle, ni d’interprétation des textes n’est à faire valoir. Jamais, depuis l’indépendance, atteinte plus grave n’a été portée à l’intégrité du territoire du Mali, Monsieur le Président. Kidal est pratiquement en sécession depuis quatre ans. Circuler dans le Nord et le Centre du Mali devient périlleux. Ce Centre croule sous les coups de boutoir de divers groupes armés. L’intégrité territoriale du pays est tellement rognée que le Mali ne doit sa survie, en dépit du courage de nos forces armées, qu’aux forces étrangères.

Ne nous voilons pas la face : notre pays est désormais, plus que jamais, sous « protection vigilante ».

Ne voyez pas sujet de fâcherie, Monsieur le Président, lorsque l’on argue que le nouveau projet renforce les pouvoirs du président. Un de vos soutiens disait même qu’il ne faisait que formaliser un état de fait.

Sachez, Monsieur le Président, que plus l’exécutif centralise, plus il rend les citoyens dépendants de lui. Plus il les rend cupides, plus il anéantit leur esprit d’initiative. Cette dépendance collective est une sorte de dictature, insidieuse ; de plus, elle freine considérablement la démocratie de progrès, au sens de la responsabilité et de l’épanouissement individuel.

Renoncez, Monsieur le Président à toutes ces incantations triomphalistes, qui ne débouchent que sur l’apologie du « moi », et par là sur l’incivilité, pour opposer le régime de clientèle obséquieuse au régime démocratique mené d’une main ferme par un chef déterminé mais humble.

En effet, la démocratie, qui est le maître mot de toute cette affaire, est une dynamique de partage, un art de gouverner ensemble dans le respect des uns et des autres, Monsieur le Président. Et c’est à leur degré d’humilité que se reconnaissent les grands chefs.

De l’humilité, encore de l’humilité et toujours de l’humilité ! Céder alors qu’on a les moyens de sévir honore et grandit un chef.

Dédaignez, Monsieur le Président, les objurgations et l’écholalie contreproductive des flagorneurs, opportunistes, complaisants, matamores et vat-en-guerre de tout acabit qui vous orientent vers la faute, qui vous poussent à vous accrocher à ce projet de révision constitutionnelle.

Monsieur le Président, je ne suis sur aucun registre : ni le registre du Oui ni celui du Non. J’en appelle simplement à votre sagesse. Il y a suffisamment de feux en la demeure pour ne pas encore y allumer un nouvel incendie. Il y a suffisamment de fronts de guerre dans le pays pour ne pas en ouvrir un autre.

L’histoire n’aime pas la mise en scène du duo antagoniste marcheurs/contre-marcheurs, manifestants/contre-manifestants.

Sans barguigner, optez donc, Monsieur le Président, pour l’apaisement. Dégonflez tous les biceps, qu’ils soient discursifs ou bellicistes. Oui, faites l’économie d’une menace dans ce pays déjà miné par tant de fléaux. Vous savez bien, Monsieur le Président, qu’en plus de votre titre de président de la République, les Maliens vous affublent allègrement de celui de Mandé mansa, le mansa du Mandé ou tout simplement mansakè.

Mansa, Monsieur le Président, dois-je le rappeler, est le titre dynastique des empereurs du Mali médiéval. Après le règne de roitelets locaux portant déjà ce titre, le premier mansa empereur fut Sunjata Kéita, arrivé au pouvoir au milieu du XIIIe siècle. En flattant son ego outre-tombe, les griots panégyristes évoquent ses hauts faits glorieux consacrés par la force de l’arc.

Certes, à travers Sunjata, c’est vous qu’on entend glorifier et magnifier, vous le héros du jour. Par ses détours langagiers, la tradition des griots procède à des télescopages temporels faisant de l’ancêtre et de son supposé descendant un seul et même personnage.

Mais sortez de ce prisme guerrier, Monsieur le Président. Ne vous laissez pas étourdir par les effluves de l’encensoir des illusions, fiez-vous à la sagesse et non à tout ce charivari assourdissant que vous entendez autour de vous. Il peut vous entraîner sur le chemin de l’orgueil insensé.

Gouverner est un art, mansaya, un comportement, Monsieur le Président. Mais essoufflée dans l’absolutisme, la mansaya s’est érigée au fil du temps en sagesse : le voyageur marocain Ibn Battouta, qui a visité la capitale du Mali sous le règne de mansa Souleymane en 1352, nous laisse un témoignage édifiant sur le sens de la justice, la capacité d’écoute de ce souverain au nom duquel le peuple jurait pourtant : mansa Souleymane ki ! Vous aimez faire référence au passé glorieux de notre pays, à ses valeurs, je vous prends donc au mot…

Sortez de la logique de procrastination, Monsieur le Président. Montez au cran supérieur en annulant tout simplement votre projet. Le peuple du Mali saluera votre sagacité. Faites preuve de bonne foi : dans un grand discours au ton renouvelé, du haut de vos fonctions régaliennes, adressez-vous à la Nation entière, et mettez tout de suite en place une structure de gestion du dossier, qui solliciterait et mobiliserait l’ensemble des acteurs de la société civile et des partis politiques, les experts, les syndicats et les associations, les religieux, et tout autre groupement ou individualité capable d’apporter son écot aux débats.

Donnez-vous le temps de ratisser large à travers de vraies concertations, de grandes assises nationales. Travaillez à leur organisation. Calmez le jeu.

Avec ma très haute considération, Monsieur le Président ».
Ce jour 02 Juillet 2017.

Prof. Adame BA KONARÉ,

Historienne, ancienne Première Dame du Mali.

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Hawa Dème, à propos du projet de révision constitutionnelle au Mali : « Réviser la Constitution est dangereux, nauséabond et suspect »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet de révision de la constitution du Mali fait débat. Le texte a suscité l’indignation générale. A l’intérieur comme dans la diaspora, la résistance s’organise sur le terrain, mais aussi dans la plume. Dans cette tribune envoyée à Afrique Connection, Hawa Dème, cette Jeune Leader Malienne très engagée dans la cause malienne, africaine plus généralement, trouve très suspecte la précipitation avec laquelle les autorités de son pays veulent faire adopter la nouvelle mouture. Fortes arguments à l’appui, elle s’interroge, dit toute son inquiétude vis à vis de ce projet constitutionnel qui a soulevé un « débat risquant de mettre le pays à feu et à sang. »

La nouvelle est tombée, la promesse faite dans le cadre de l’adoption de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, communément appelé l’Accord d’Alger, est en marche. Le gouvernement malien a demandé au parlement de statuer sur le projet de révision de la constitution du 25 février 1992. La procédure est lancée, avec en Chef d’Orchestre Maitre Kassoum Tapo, avocat, ancien bâtonnier, ancien député, conseiller du Président de la République, et surtout, premier Président de la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante). Il a une maîtrise parfaite de l’appareil de l’État, il a le verbe, la capacité d’argumentaire et de persuasion hérité de son métier. Qui mieux que lui donc, du haut de son tout nouveau titre de Ministre des droits de l’homme et de la réforme de l’État, pour mener cette bataille ?

Comme d’habitude, j’épluche minutieusement les sites d’information et les réseaux sociaux qui sont devenus un vrai pouls de la société civile malienne. Mes pensées prennent une tournure profonde, et je sens monter dans ma gorge un goût amer qui n’est certainement pas dû uniquement au jeûne du Ramadan. Je lis toutes ces réactions, tous ces commentaires, avec d’ores et déjà des positions fermes pour le « NON » au prochain référendum qui devra définitivement statuer sur le sort de l’éventuelle future nouvelle constitution.

Alors que j’entreprends la lecture du document d’une cinquantaine de pages qu’un ami m’avait adressé par courriel, la fraîcheur matinale me rappelle paradoxalement la chaleur étouffante des mois de juin au Mali …

Je me sens presque soulagée. Je viens de lire les premières lignes, on y parle du « principe intangible de l’intégrité du territoire national et de la souveraineté nationale », on y parle de la « détermination à maintenir et consolider l’unité nationale » … Certains passages m’enchantent, je poursuis ma lecture, plutôt confiante. A la page 44, je lis les articles 135 et 136, et je fais une pause. Je relis, je réfléchis, je scrute, et j’analyse. De quoi parle-t-on ? De décentralisation ou d’autonomisation ? Il est écrit que « les collectivités territoriales s’administrent librement par des conseils élus … ». Librement. Comment est-ce que cela se traduira dans la réalité ? Jusqu’où ira cette « liberté » de gestion ?

Les possibles réserves de pétrole, de gaz, l’exploitation des gisements d’or, tout ceci sera-t- il administré « librement » par les collectivités territoriales, comme pourrait le laisser présager l’article 71 du projet de révision ?

Cette « liberté » mènera-t-elle machinalement à la réalisation du rêve d’Azawad tant caressé par certains, durant toutes ces années ? Serions-nous, sans crier gare, dans le sillage du Sud-Soudan ? En 2003, dans le cadre de mes activités associatives, j’effectuais des collectes de fonds pour venir en aide aux réfugiés du Darfour. Ce mot qui a longtemps plané dans les médias, évoquant cette région du monde en proie à une crise immonde, a presque disparu des esprits aujourd’hui. Après 21 ans de guerre et de crise, opposant une rébellion séparatiste au Sud et l’État central de Khartoum, un accord de paix fut signé au Kenya entre le gouvernement et la SPLA (Armée populaire de libération du Soudan) en 2005. Quatre points majeurs étaient retenus, parmi lesquels, la question de l’autonomie du Sud-Soudan et le partage du pouvoir et des ressources. Six ans plus tard, en 2011, un référendum est organisé et l’indépendance du Sud Soudan est proclamée … Quel lien avec le Mali, me direz-vous ? Peut-être aucun.

Les journaux écrivent que le projet de constitution prend en compte les clauses de l’Accord d’Alger, valorise les acquis des précédentes tentatives de révision constitutionnelle et corrige les insuffisances de la Constitution du 25 février 1992. Le Chef d’Orchestre martèle que la seule justification de cette révision est le confort de notre démocratie, une exigence de la situation politique … Pourtant, la constitution de 1992 ne nous a guère empêché de vivre le cauchemar de 2012. La réviser en 2017, dans les conditions engagées, garantira-t-il un Mali harmonieux ?

A l’heure où la présence des institutions est compromise sur une part importante du territoire national, à l’heure où même le Président de la République ne peut se rendre dans la vile de Kidal, à l’heure où la menace de guerre civile gronde, où des affrontements inter-ethniques surviennent sporadiquement dans certaines régions du pays, à l’heure où les trafics en tous genres perdurent, où des milliers d’enfants ne vont pas à l’école, à l’heure où des millions de maliens sont déplacés ou réfugiés, désœuvrés, où nos soldats meurent au front, à l’heure où le Mali est classé au plus bas de l’échelle des pays les moins développé au monde, à la 176ème place sur 187, à l’heure où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté … réviser la constitution, engloutir des millions de Francs CFA dans l’organisation d’un référendum, soulever un débat risquant de mettre le pays à feu et à sang, sans dialogue patient et inclusif, précipitamment, pour seulement «le confort de notre démocratie», est dangereux, est nauséabond, est suspect …

Tous ces arguments se bousculent dans ma tête, et je me mets à songer à mon dernier voyage dans la région de Mopti, ses paysages, la douceur de l’atmosphère alors que la pinasse sur laquelle j’avais embarqué glissait langoureusement sur le flanc du Djoliba, au son des conversations animées au fur et à mesure que le soleil montait dans le ciel … Et elle, qui était là, assise près de moi, le regard franc, le rire limpide laissant entrevoir une rangée de dents blanches qu’elle récurait frénétiquement avec un cure-dent taillé dans un de ces arbres à l’écorce savoureuse. Koumba semblait avoir la quarantaine, elle disait n’être pas allée bien longtemps à l’école, et avait déjà presque tout oublié de ce qu’elle y avait appris. Elle avait dû abandonner pour se marier, à présent, mère de quatre enfants, elle empruntait régulièrement cette pinasse pour se rendre au marché de Mopti. Son panier en osier posé à ses pieds contenait sa marchandise : des bijoux en perles confectionnés par ses soins, à la lueur de la lampe à pétrole, alors qu’elle avait terminé ses corvées de la journée. Elle espérait tirer un bon prix de ses créations, et plissait des yeux de malice lorsque je lui expliquais qu’elle pourrait créer sa propre marque « KOUMBIS, Hand Made In Mali », et que les rares touristes qui osaient encore s’aventurer par ici en raffoleraient.

Koumba n’avait aucune idée de ce qu’était le Mali dans ses frontières. Ses repères à elle, c’était son village lové au bord de ce fleuve, ces terres qu’elle traversait

quotidiennement à la recherche de sa pitance … Elle ignore certainement qu’il existe ce document appelé « Constitution », censé régir sa vie, censé lui assurer paix et sécurité, accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, manger à sa faim, garantir l’éducation de ses enfants. Koumba ignore peut-être qu’une bataille était engagée et que, dans quelques jours, elle devrait se rendre aux urnes pour dire si OUI ou NON, elle acceptait que des hommes assis dans une salle climatisée, ignorant tout de ses soucis quotidiens, pouvaient continuer à profiter de leurs privilèges, et prétendre s’occuper de son sort.

Alors que je tournais les pages de ce projet de constitution, et que je percevais l’indignation de ces millions de jeunes, à propos de la volonté de création d’un Sénat dont le poids financier ne ferait que peser davantage sur l’échine du contribuable, de la tentative d’augmentation du pouvoir du Président de la République, et tous ces autres points sur lesquels l’ombre du doute plane, moi, Hawa, je me demandais ce que la belle Koumba à la peau d’ébène, pouvait bien penser de tout ceci.

N’est-ce pas de cela que nous devrions tirer la substantifique moelle de tout ce remue-ménage ?

L’enjeu est de taille. Je passe en revue ces situations qui m’inquiètent, comme pour tempérer ma fougue, mon envie de tout faire briller, de faire germer cet espoir tant convoité … La jeunesse malienne l’a compris. Elle n’a sûrement pas tous les éléments en main, mais son instinct de survie l’a fait se dresser immédiatement. Les mouvements spontanés organisés, réprimés, n’ont de cesse de prendre de l’ampleur.

Le Chef d’Orchestre a bien compris que le pari est loin d’être gagné. Tel dans les tribunaux qu’il a tant pratiqués, il s’affirme en défenseur du projet.

Ici, j’écris ces quelques lignes, pour dire NON à ce projet de révision de la constitution du Mali, dans sa forme actuelle, dans la situation actuelle du pays, dans le laps de temps imparti.

Je sais que dire OUI ou NON ne changera pas la vie de ces populations entassées dans des bidonvilles. Dire OUI ou NON ne rallumera guère la lueur de l’espoir dans le regard de ce jeune diplômé, prêt à tout pour prendre le sinueux chemin du ventre sombre de la Méditerranée, à la recherche d’une meilleure destinée.

Je me lève. J’ai chaud, mon cerveau bouillonne. Je jette dans la corbeille de papier le document dont je viens d’achever la lecture. Lasse, au fond de moi, je sais déjà qu’il sera la source du sang versé inutilement de l’espoir d’une mère.

Et ça continue.

OUI ou NON. Est-ce une question ?

OUI ou NON à la vie ? OUI ou NON à la dignité ? OUI ou NON à l’espoir ? OUI ou NON à nos valeurs ? OUI ou NON au vivre-ensemble ?

OUI ou NON dans l’urgence. Cette urgence, suspecte, cette urgence, une trappe …

Par Hawa Dème,

Jeune Leader Malienne

Hawa_Deme

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