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Conférence sur les bourgoutières : LE PRESIDENT KEITA ASSISTERA A LA TRAVERSEE DE DIAFARABE

Cette localité accueille samedi le chef de l’Etat à l’occasion d’une série de manifestations culturelles liées à la traversée des animaux vers les pâturages

Sur un rythme immuable, la traversée des animaux des zones exondées vers les bourgoutières se tient tous les ans. Cette transhumance offre l’occasion de grandes manifestations culturelles et folkloriques dans certaines localités de la région de Mopti. C’est ainsi que cette année, le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, va présider, ce samedi 15 novembre, la 196è édition de la traversée de Diafarabé, qui marquera le début de six mois de manifestations.

La localité de Dialloubé bouclera, en effet, le cycle des traversées, le 4 avril 2015. Entretemps, et suivant un calendrier précis, plusieurs autres localités auront organisé leur traversée, comme par exemple Dia-Bozo (17 novembre), Ouro-Mody (29 novembre), Coumbé-Saré dans le cercle de Tenenkou (4 décembre), Djenné-Nyala (21 décembre), Mougna (25 décembre) et Pondori dans le cercle de Djenné (13 mars 2015), Dialloubé dans le cercle de Mopti (4 avril 2015). Le cercle de Youwarou va tenir ses traversées avec les localités de Teneredji (14 mars 2015) et Walado (28 mars 2015).

Ces événements socioculturels sont planifiés par la conférence régionale sur les bourgoutières qui se tient aussi tous les ans et qui discute de toute la problématique de la transhumance, de la gestion des bourgoutières et des manifestations culturelles et folkloriques y afférentes. Pour cette campagne 2014-15, la conférence régionale sur les bourgoutières a été présidée, lundi dans la salle de conférence du gouvernorat de Mopti, par le ministre du Développement rural, le Dr Bokary Treta. C’était en présence du gouverneur de région, Kaman Kané, des représentants des communautés peulh qui organisent les transhumances des animaux, des professionnels de l’élevage, des services techniques et des ONG qui interviennent dans la zone.

Il faut rappeler que la situation sécuritaire apaisée de la région favorise la tenue de ces différentes éditions séculaires qui animent la vie socio-économique et culturelle des populations riveraines du Delta central du Niger. La région de Mopti est la première région d’élevage par excellence et cette activité se place au premier rang du développement économique régional. La région abrite 19% de l’effectif bovin et 28% de l’effectif ovin/caprin du Mali. Le cheptel bovin y est évalué à 2.721.968 têtes, les ovins à 2.412.016 têtes et les caprins à 3.477.428 têtes.

ENDURANCE ET PATIENCE RECOMPENSEES. La région de Mopti se caractérise par sa grande diversité agro-écologique avec, entre autres, le Delta du Niger. Le delta vif, qui comprend une multitude de plaines d’inondation du Niger et du Bani, couvre une superficie de 16 000 km². Il constitue un déversoir pour une fraction importante du cheptel bovin, ovin et caprin de la région et celle des régions voisines. Plus d’un million de boeufs et 2 à 2,5 millions de petits ruminants venant des régions voisines séjournent ainsi chaque année, pendant 7 à 8 mois, dans la région de Mopti, à la recherche de pâturages, du bourgou notamment. Cette herbe est une plante fourragère très nourrissante pour les animaux, notamment les vaches laitières et les animaux de trait. Il faut rappeler que les qualités nutritives de cette herbe contribuent à améliorer l’embonpoint des animaux et la production laitière des vaches. D’où, un attachement affectif et culturel des éleveurs et de leurs animaux aux pâturages immenses qui disposent de cette ressource herbacée.

La mise en pâturages des bêtes a été codifiée de façon très minutieuse pour permettre aux animaux ayant subi les dures réalités de la transhumance de soigner leur embonpoint. Le berger qui aura supporté toutes les souffrances physico-morales et psychologiques de séjour des animaux en vue d’assurer à ses bêtes la meilleure forme possible, est récompensé pour son endurance et sa patience. « La visite du président Ibrahim Boubacar Kéita à Diafarabé sera un honneur pour la localité. Le chef de l’Etat viendra célébrer la bravoure des jeunes bergers et féliciter les meilleurs d’entre eux. Ceci est une fierté pour toute la région de Mopti », a indiqué le ministre Treta avant de souhaiter que Diafarabé soit à la hauteur de l’événement.

A noter que l’organisation de la transhumance a subi plusieurs mutations. Il y a eu la période d’avant la Dina, puis la période de la Dina et le mode de gestion actuel, hérité du colonisateur qui avait mis en place, à partir de 1932, une carte de la transhumance afin de mieux contrôler le cheptel.

La zone exondée, comprend des espaces naturels appelés plateau Dogon, plaine du Séno-Bankass et plaine du Gondo-Mondoro. Elle dispose de potentialités relativement faibles. Par contre, la zone inondée comprenant les espaces dits du Delta mort et Delta Vif du Niger, possède, elle, des potentialités agricoles, sylvicoles, pastorales et halieutiques importantes. Le système d’élevage y est basé sur la transhumance aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur et  s’effectue de manière cyclique.

Pendant la crue et l’hivernage, les animaux migrent vers les zones exondées à l’Est, les zones des plateaux de Bandiagara, Koro et Bankass et une partie de Douentza, et à l’Ouest, dans le Méma-Djoura. Pendant la décrue, les mêmes animaux redescendent dans les bourgoutières (généralement après la conférence des bourgoutières). Certains animaux transhument alors vers le Burkina Faso et la Mauritanie.

PATRIMOINE MONDIAL. Les quantités de pluies enregistrées ont permis une régénération des pâturages tant en zone exondée qu’inondée. L’état des pâturages aériens et herbacés est bon dans l’ensemble. Cependant l’installation  tardive des pluies, l’arrêt momentané et la mauvaise répartition des pluies dans le temps et dans l’espace  ont  affecté la production fourragère dans certaines zones pastorales. Le retour précoce  des animaux est annoncé dans certains cercles. Les conditions d’abreuvement des animaux sont bonnes malgré quelques difficultés rencontrées dans les zones de transhumance. L’état d’embonpoint des animaux est satisfaisant.

Toutefois, des actions ont été entreprises par la Direction régionale des productions et industries animales (DRPIA), comme la régénération de 3144 hectares de bourgou, la réhabilitation de 22 mares dans les cercles de Tenenkou et de Douentza. La réhabilitation de 340 hectares de pâturages dégradés dans le cercle de Douentza, celle du P17 (15.000 hectares) à Douentza et la réalisation des études de faisabilité de 269 km de pare-feu dans le cercle de Douentza et enfin l’élaboration de 5 conventions locales de gestion des bourgoutières dans les cercles de Tenenkou, Youwarou, Mopti, Djenné et Douentza ont émaillé les interventions de la DRPIA.

Par ailleurs, la traversée des animaux vers les zones de bourgoutières est aussi devenue, d’année en année, une occasion de résurgence des conflits fonciers. Aussi, les services de sécurité (gendarmerie) et judiciaires sont-ils sur le qui-vive pour résoudre les multiples et complexes litiges entre les différents acteurs. Ces litiges empoisonnent le climat socioculturel et ternissent l’image de la traversée. Le ministre Treta a promis d’organiser prochainement une conférence interministérielle élargie aux différents acteurs locaux avec l’ambition de cerner toute la problématique de la transhumance et des conflits fonciers.

D’ici là, le chef du département a remercié et félicité l’UNESCO qui a inscrit la traversée des animaux au patrimoine mondial. Cette reconnaissance de l’UNESCO explique pourquoi la transhumance doit être mieux organisée et exemptée de tous les conflits qui ternissent son image, a expliqué Bokary Treta qui a profité de l’occasion pour rappeler que la traversée fêtera son bicentenaire en 2018. C’est l’occasion d’entamer dès maintenant une réflexion sur l’organisation de cet événement historique et culturel majeur des agro-pasteurs de la région afin qu’il puisse avoir une portée internationale et drainer un grand public étranger. « Les traversées pourraient être inscrites comme des destinations touristiques majeures, au même titre que les beautés du pays dogon », a souhaité le ministre Treta.

M. COULIBALY

Source : L’Essor du 12/11/2014

 

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